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jeudi 31 mars 2016

Les Fiancés de l’Hiver, de Christelle Dabos,

Sous son écharpe élimée et ses lunettes de myope, Ophélie cache des dons singuliers : elle peut lire le passé des objets et traverser les miroirs. Elle vit paisiblement sur l’Arche d'Anima quand on la fiance à Thorn, du puissant clan des Dragons. La jeune fille doit quitter sa famille et le suivre à la Citacielle, capitale flottante du Pôle. À quelle fin a-t-elle été choisie ? Pourquoi doit-elle dissimuler sa véritable identité ? Sans le savoir, Ophélie devient le jouet d’un complot mortel.
Quatrième de couverture par Gallimard.
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« Clouée sur place, Ophélie était incapable de bouger. Il était là. L’homme qui était sur le point de déstructurer sa vie était là. Elle ne voulait ni le voir ni lui parler.
[…] Enivrée de bruits et de pluie, à demi consciente, Ophélie passa de visage en visage jusqu’à tomber sur le poitrail d’un ours polaire. Hébétée, elle ne réagit pas quand l’ours marmonna un « bonsoir » glacé, tout là-haut, loin au-dessus de sa tête.
— Les présentations sont faites ! s’époumona sa mère au milieu des applaudissements polis. À vos fiacres ! Il ne s’agit pas non plus d’attraper la mort. »
P. 61

Dur de sauter de blog littéraire en blog littéraire comme Ophélie de miroir en miroir sans apercevoir la couverture bleu givré du premier tome de La Passe-Miroir. Et bah paf : désormais, quand vous passerez dans mon domaine, vous verrez aussi ce château ambulant monochrome enroulé dans sa banderole avec le titre et le nom de l’auteur qui m’a emportée dans son monde.
Ce n’est pas que je veux participer au harcèlement, mais je tiens à apporter ma pierre à l’édifice qui encense Christelle Dabos car effectivement, Les Fiancés de l’Hiver est un très, très bon livre.

Après une ou deux mauvaises surprises concernant ma lecture (il s’agissait d’un emprunt à la bibliothèque, je sais maintenant que je vais aller carrément les acheter), j’ai réussi à plonger dans l’histoire. Première mise en garde : je m’imaginais du Fantasy avec des princesses et des dragons, toutefois La Passe-Miroir verse plutôt dans le steampunk féerique : moins de vapeur, plus de magie, mais les corsets et le tea time sont au rendez-vous. Seconde mise en garde : je ne classe pas trop vite le livre en jeunesse car il s’approche plus du Young Adult, du Young Adult mature même. Les détails ne sont pas brutaux et le contexte reste relativement doux, toutefois, les aventures d’Ophélie embarquée par Thorn s’adressent à un public plus âgé que celui de Darkwind par exemple.
Là, j’ai pu plonger pleinement dans le monde de Dabos et j’ai été totalement conquise.

La première preuve est qu’il y a longtemps que je ne me suis pas montrée aussi curieuse concernant la relation ambiguë entre deux protagonistes : ce qui lie Ophélie et Thorn fait penser à Catherine et Heathcliff ou Jane Eyre et Rochester. Je ne suis pas fan des relations construites sur la méfiance, le conflit, la haine même, mais quand la recette marche, il n’y a rien à redire et je surveille attentivement chaque signe entre les deux frigides de La Passe-Miroir comme je surveillais chaque sous-entendu de Rochester adressé à Jane ou chaque sourire que Yennefer peut accorder à Geralt.
Les autres personnages semblent posséder aussi beaucoup de charisme, malheureusement, étant cantonnée au premier tome et les secrets étant encore bien ficelés, l’honnêteté n’est pas au rendez-vous et je ne peux pas encore me prononcer sur la galerie autour… Sauf concernant la grand-mère de Thorn qui réserve des surprises. De bonnes surprises.

Des portraits que l’on peut trouver sur le site officiel.
C’est là le second point qui a réussi à me convaincre : l’intrigue est admirablement bien menée. Les mensonges sont partout et chacun poursuit des objectifs personnels, des buts privés. Difficile de percer à travers ces masques et les lecteurs devront se montrer patients, d’autant plus que des réponses ne seront pas apportées dans ce premier tome.
Les retournements de situation sont efficaces, la trame suit un rythme agréable et le monde, original, dresse un cadre unique.

Le style est très agréable, bien que si je devais reprocher une chose, ce serait au niveau des répétitions (j’ai surtout été marquée par les nombreux « grignotements des gants d’Ophélie », je ne sais pas pourquoi, cette phrase m’a marquée)  mais c’est peut-être vraiment le seul point que j’ai relevé sans être gênée : l’avancement est fluide, clair et conviendra aussi bien aux jeunes lecteurs qu’aux bons rats de bibliothèque mordus de Balzac.

Et enfin, certainement mon portrait préféré d'Ophélie signé Kiramizuno.

Ce premier tome de La Passe-Miroir, lu dans le cadre du Baby Challenge Fantasy et que j’ai repoussé longtemps, est donc une réussite totale auprès de moi : les personnages captent l’attention, leurs mystères attirent et le monde est assez intriguant pour que le lecteur veuille gratter tout le vernis qui recouvre cette féerie.
Ma seule question est maintenant de savoir où Christine Dabos va entraîner ses lecteurs. Une seule chose est certaine : j’ai hâte de savoir ce que les autres tomes réserveront.

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• L’histoire de la publication des Fiancés de l’Hiver est suffisamment intéressante pour être mentionnée, mais au lieu d’un discours, je vous transmets ce qu’on trouve à la première page :
« Au printemps 2012, Gallimars Jeunesse, RTL et Télérame ont lancé un grand concours ouvert à tous ceux qui rêvent d’écrire pour la jeunesse. Parmi les 1 362 textes reçus, un jury composé d’éditeurs, d’auteurs, de journalistes, de libraires et du public a désigné le gagnant en Juin 2013. C’est ce livre que vous avez aujourd’hui entre les mains. »
(ou pas si vous ne le possédez pas, mwah)
• Bien que l’histoire ne se passe pas dans notre monde, j’ai raccroché l’étiquette Historique : Belle Époque selon les dires de Christelle Dabos : « La Passe-miroir est une série littéraire qui mélange Fantasy et Belle Époque. » (depuis le site officiel). Évidemment, ne vous attendez pas à croiser Georges Méliès, mais ça donne une idée du contexte qui n’est pas médiéval mais plutôt Belle Époque.

mardi 17 novembre 2015

Mécanique Infernale, de Sharon Cameron,

Angleterre, 1852. Katharine est envoyée par sa tante et tutrice au manoir de Darkwind où vit son oncle Tulman. Elle doit prouver que celui-ci a perdu la raison et le faire interner pour qu’il cesse de dilapider la fortune familiale. À Darkwind, Katharine rencontre un vieil homme excentrique, mais surtout génial, qui se consacre à l’invention de fascinants automates. À ses côtés, travaillent des dizaines de personnes qu’il a arrachées à la misère. Katharine doute : l’héritage familial mérite-t-il qu’on sacrifie son oncle et les familles qu’il protège ? Pour le savoir, elle décide de rester un mois à Darkwind. Trente jours au cours desquels elle se rendra complice d’espionnage, échappera de justesse à la mort et tombera amoureuse…
Quatrième de couverture par Bayard, Jeunesse.
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« — Nous vivons une époque formidable, mademoiselle. Nous sommes à l’orée d’une ère où plus rien ne pourra échapper à notre contrôle, pas même la lune, les étoiles ou la vie ! »
P. 84


Un contexte tentant, une couverture assez élégante (bien qu’anachronique), des chroniques encourageantes… Forcément, ce tout me poussait vers ce premier tome de Darkwind.
Finalement, ce n’est ni un coup de cœur, ni une trop grosse déception : loin d’être une lecture palpitante, je jetterai quand même un œil à la suite qui sortira peut-être un peu plus du commun.

Il y a des livres jeunesses qui sont remplis de magie, même une lectrice aigrie comme moi le reconnaît après une lecture d’un Harry Potter ou d’un Épouvanteur, mais même si Mécanique Infernale ne manque pas d’attrait avec son époque à crinolines et son ambiance steampunk, j’ai trouvé le tout un peu creux et parfois très cliché, un livre plus Young Adult.
Je m’arrête sur l’étiquette steampunk d’ailleurs : loin des lunettes de pilote ou des hauts de forme sertis d’engrenages, le premier tome de Darkwind propose une tendance aux vapeurs très discrète et le lecteur devra surtout se contenter d’automates et des premières découvertes qui se confondent parfaitement à la période historique abordée.
La romance et l’aventure prennent en revanche plus de place et pourra satisfaire les curieux, mais c’est le souci : ces trames-là n’ont pas vraiment réussi à me convaincre, sans compter je ne me suis pas vraiment attachée aux personnages… À part Mary qui est typiquement le genre de personnage que je peux aimer ! Ce n’est pas pour rien que La Servante Insoumise a été un vrai coup de cœur : Betsy et Mary se ressemblent d’une certaine façon.
L’héroïne, Katharine, n’était pas vraiment des plus intéressantes mais deux ou trois passages étaient attendrissants tout de même. Enfin, un était assez bizarre et je me permets la blague :
« — Attends, j’ai quelque chose pour toi.
Il a ralenti et s’est retourné, intrigué, fixant ce que je brandissais. C’était le petit pain aux raisins de la veille. »
Ça ne lui fait rien de donner des pains vieux d’un jour à de pauvres petits garçons ? Il est prisonnier ?!
Je rigole, l’auteure précise quelques paragraphes plus tard que c’est de la brioche. Mais j’ai bien rigolé sur le coup !

Plus sérieusement : il y a quelques fausses notes dans ce livre (je pense à la scène où Katharine essaie une dizaine de tenues en une demi-heure… En 1852, une demi-heure, elle pouvait peut-être essayer deux ou trois tenues en étant très rapide. Mouerf !) mais le style jeunesse fait qu’on peut pardonner quelques écarts historiques et la modernité du caractère de l’héroïne : l’ambiance se concentre sur une époque très personnalisée et une imitation bonne enfant façon Jane Eyre ou du Tour d’Écrou mais forcément, l’immersion n’est pas évidente tout de suite. On a quelques passages d’angoisse et des complots à dévoiler, tout ce programme sur une plume simple et relativement agréable tout de même. Et en toute franchise, certains moments sont très réussis ! La conclusion l’est également même si on a encore cette impression de déjà-vu et de rebondissements peut-être trop classiques.

Donc si ce n’est pas la meilleure découverte de l’année, Mécanique Infernale a fait passer le temps de façon agréable et si le début n’arrivait pas à me convaincre, la conclusion s’en est mieux sortie et me poussera à lire la suite quand elle sortira.

Grâce à cette couverture et son domaine en bord de lac, cette chronique me permet de valider l’idée 101 du Challenge des 170 Idées :

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Sharon Cameron a été inspirée pour son roman par un fait divers datant de 1870 : l’abbaye de Welbeck appartenait au cinquième duc de Portland, quelqu’un d’assez excentrique qui faisait travailler mille six cents personnes pendant vingt ans pour des projets pharaoniques. Son domaine a d’ailleurs servi pour la couverture française.
Pour les anglophones, vous avez un article complet ici.


jeudi 13 août 2015

Sans Forme, de Gail Carriger,

Un jour qu’elle se réveille de sa sieste, s’attendant à trouver son époux gentiment endormi à ses côtés comme tout loup-garou qui se respecte, elle le découvre hurlant à s’en faire exploser les poumons. Puis il disparaît sans explication... laissant Alexia seule aux prises avec un régiment de soldats non humains, une pléthore de fantômes exorcisés, et une reine Victoria qui n’est point amusée du tout.
Mais Alexia est toujours armée de sa fidèle ombrelle et des dernières tendances de la mode, sans oublier un arsenal de civilités cinglantes. Et même quand ses investigations pour retrouver son incontrôlable mari la conduisent en Écosse, le repère des gilets les plus laids du monde, elle est prête !
Quatrième de couverture par Orbit.
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«  « — Oh, lady Maccon, je suis follement amoureux d’elle. Ces cheveux noirs, ce naturel si doux, ces extraordinaires chapeaux. »
Bon Dieu, se dit Alexia, il doit être réellement amoureux s’il aime les chapeaux. »
P. 160

Autant j’avais adoré le premier tome malgré quelques petits défauts pardonnés, autant cette suite me laisse vraiment sur mon faux-cul ! J’avais traîné à acheter les tomes deux et trois en restant fidèle aux éditions Orbit mais finalement, je pouvais encore laisser couler car Sans Forme est une grosse déception.

Déjà, il y a un gros défaut de rythme au début du tome : l’histoire a du mal à décoller et j’ai trouvé ces cent premières pages assez indigestes tant je m’ennuyais, trouvant qu’ il avait trop de blabla pour peu d’informations au final… Là où j’ai commencé à accrocher c’est à partir du quatrième chapitre, et même mieux, quand Alexia Tarabotti, devenue Lady Alexia Woosley, décolle en dirigeable (sans mauvais jeu de mots). Je sentais que ça commençait à venir et toute cette partie dans les airs était très sympa, très steampunk.
Mais enfin, Gail Carriger n’a pas su maintenir les mystères de ce tome-ci : alors qu’elle réserve toutes les révélations pour la fin pour faire perdurer les questions, je les avais toutes devinées à partir de ce passage en dirigeable… Forcément, s’enfiler les 200 pages suivantes pour n’avoir aucune surprise au bout, l’ennui était à son comble.
D’ailleurs, concernant la fin, j’en avais entendu beaucoup bien mais elle n’a pas été efficace sur moi. [spoiler] J’ai l’impression de trouver les solutions avant de les lire d’ailleurs mais le fait qu’Alexia soit enceinte ne m’a pas choquée : puisque Lord Maccon était humain pendant presque tout le livre (et qu’il devient même humain dès que sa femme le touche), n’est-ce pas logique qu’à force de galipettes passionnées sa femme tombe enceinte ?… Enfin, pour moi, ça me semble logique. [/spoiler] Je verrai bien la réponse dans Sans Honte mais je ne comprenais pas tout ce remue-ménage chez des personnages pourtant doués de logique et je trouvais même cette scène horripilante car exagérée.
Vivement qu’Alexia retrouve son sang-froid et ses facultés mentales, parce que là...


Concernant l’exagération, j’avais déjà reproché un peu au style de Carriger d’être assez pesant car la parodie du style guindé victorien est poussé à son paroxysme : je le prends à l’humour la plupart du temps mais il faut reconnaître qu’à certains coins de pages, je me suis demandée si ce n’était pas un peu lourd…
Surtout que cette exagération humoristique ne touche pas que la plume mais aussi les personnages. Entre Ivy Hisselpenny et son comportement de petite fille, Félicité Loontwill et son rôle de prédatrice célibataire et autres clichés de la société du XIXème siècle, j’avoue que j’ai eu du mal à m’attacher aux personnages. Par chance, Lord Akeldama, que j’adore, est au mieux de sa forme et (lui au moins) arrive à me faire rire, sans oublier Geneviève Lefoux a été suffisamment intéressante pour me captiver un minimum [spoiler] c’est le couple qu’elle formait avec Angélique (ouais nan, ça, je l’avais deviné aussi depuis le dirigeable) qui m’intriguait mais au lieu de ça, il fallait se coltiner le triangle amoureux de Ivy, Félicité et Tunstell... Pffff… [/spoiler]
En parlant de couple, celui d’Alexia et de son loup-garou n’arrive toujours pas à me convaincre (surtout avec cette fin, tss, tss). Comme pour le premier tome, les passages émouvants sont inexistants entre eux, remplacés par des piques sur un ton de « je t’aime, moi non plus » et des étreintes très charnelles. Mais enfin, en espérant que la conclusion du second tome permette des passages plus sensibles pour le troisième tome…
Je ne demande pas de la mièvrerie, mais enfin, un peu d’effet mignon ne fait pas de mal non plus.

En fait, ce que je retiens de ce tome, ce sont les bonnes idées concernant l’univers qu’installe Gail Carriger, cette originalité de l’existence des sans âmes et l’individu coupable dans ce tome que j’ai trouvé touchant et avec une bonne fin (mieux que celle d’Alexia en tout cas…).
Je vérifierai mes soupçons dans Sans Honte (car je pense sincèrement avoir deviné la raison de ce coup de théâtre final) et je terminerai à lire cette saga puisqu’elle n’est qu’en cinq tomes, mais j’ai peur que cela devienne laborieux…

Grâce à la couverture, je valide avec cette chronique l’idée 110 du Challenge des 170 Idées, je suis d’ailleurs ravie de raccrocher cette idée au Big Ben qu’on aperçoit. Sacrée horloge !

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Un terme est utilisé un peu à tort et à travers dans Sans Forme : "une femme bas-bleu", une étiquette qui colle à Alexia tout le long du récit. En réalité, cette expression était surtout réservée aux femmes de lettres : celles qui organisaient ou participaient à des salons littéraires, qui écrivaient sous un pseudonyme masculin par exemple. George Sand est un bas-bleu, Emily Brontë is a blue stocking. Plus tard, le terme s’est élargi et touchait les femmes qui s’intéressaient aux branches scientifiques, ce qui correspond plus à Alexia mais le terme reste particulièrement péjoratif. C’est comme quand un geek vous appelle noob : il faut très, très mal le prendre. Et quand Lord Maccon l’appelle comme ça à la page 173, on voit tout l’amour qui les unit !
• Apparaissant dès le XVe siècle, le terme laird (page 181) est un titre réservé aux individus qui héritent de possessions terriennes en Écosse. On suppose que les racines étymologiques sont les même que pour le titre de Lord mais sans être aussi prestigieux.
• Ci-contre, Alexia Tarabotti, de Karen Besant.

mercredi 24 juin 2015

Les Enchantements d'Ambremer, de Pierre Pevel,

Les messieurs ont des fières moustaches, des chapeaux melons ; les dames portent des corsets, des jupons, des bottines à boutons. Déjà, de rutilants tacots pétaradent parmi les fiacres le long des Grands Boulevards aux immeubles haussmanniens. Mais ce n’est pas le Paris de la Belle Époque tel que nous l’entendons : la tour Eiffel est en bois blanc, les sirènes ont investi la Seine, les farfadets, le bois de Vincennes, des chats-ailés discutent philosophie et une ligne de métro permet de rejoindre le pays des fées.
Occupé à enquêter sur un trafic d’objets enchantés, Louis Denizart Hippolyte Griffont, mage du Cercle Cyan, se retrouve mêlé à une série de meurtres. Confronté à des gargouilles immortelles et à un puissant sorcier, Griffont n’a d’autre choix que de s’associer à Isabel de Saint-Gil, une fée renégate que le mage ne connaît que trop bien…
Quatrième de couverture par Bragelonne.
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« Que se serait-il passé si l’OutreMonde [le monde des fées], à la faveur d’une conjonction astrale propice, ou d’un caprice du destin, avait librement étendu son influence sur Terre pour l’imprégner de merveilles que le temps écoulé nous aurait bientôt rendues familières ? Avec votre permission, admettons qu’il en fût ainsi et transportons-nous au début du XXème siècle, en France. » 
P. 6

Et j’ai accordé ma permission à Pierre Pevel sans le moindre regret.
Déjà, restons honnêtes : si je me suis jetée sur le Paris des Merveilles, c’est que j’ai eu un vrai coup de cœur pour le travail de Xavier Collette, l’auteur des nouvelles couvertures pour Bragelonne. D’ailleurs, je ricanais sous cape car, dans les transports en commun, plus d’une paire d’yeux s’est accrochée à la couverture des Enchantements d’Ambremer.
Bon, ensuite, parce qu’on ne juge pas un livre à sa couverture, j’ai cédé au profil de la baronne de Saint-Gil parce que je connaissais déjà l’auteur Pierre Pevel avec sa trilogie de Wielstadt et le thème de la Belle-Époque a achevé de m’attirer dans le filet. Un Paris de 1909 qui accueille les fées et autres merveilles, le sujet me tentait et ce premier tome est réellement une aventure qui enchante et fait rêver.
Déjà, comme pour la trilogie de Wielstadt, j’ai apprécié le fait que Pevel sorte des créatures plus discrètes dans la Fantasy : les fées sont à l’honneur mais également les dragons, les gnomes et d’autres surprises qu’on croise trop peu dans les autres œuvres du genre. Les surprises ne s’arrêtent pas là, car Paris est totalement réinventé et s’offre sous une toute nouvelle image avec des allures qui mêle le féerique et le steampunk. Et pourtant, on reconnaît bien la capitale française et j’avais envie de revenir me promener dans les quartiers cités !
On reconnaît également l’époque car Pevel sème de nombreux clins d’œil et le lecteur croise donc le cinéaste George Méliès, les techniques policière d’Alphonse Bertillon, les œuvres du regretté Jules Verne et d’autres encore. On baigne presque dans le roman historique !

Ce qui aide, dans cet habile mélange, c’est que le lecteur est moins perdu que lorsqu’il débarque en Terre du Milieu ou à Westeros : les informations guident pas à pas et on se familiarise très vite avec l’Histoire, les cercles des mages et les trois mondes croisés durant l’aventure en gardant un cadre pourtant familier.

« À l’époque déjà, les esprits sages niaient l’existence de l’OutreMonde et de ses prodiges. Et les mêmes, aujourd’hui, continuent doctement à vouloir peindre nos rêves en gris… »
P. 5

Je suis contente d’avoir retrouvé la plume de Pevel, inspiré et fluide, bien que j’ai eu quelques difficultés avec la narration : j’ai toujours eu du mal avec les styles où l’auteur a un contact direct avec le lecteur. Mais le fait d’avoir déjà lu Pevel fait que j’aie mieux digéré cette particularité, sans compter que le ton pourrait s’accorder avec celui d’un chat-ailé (oui, en imaginant que l’histoire est racontée par Azincourt, le chat-ailé de Griffont par exemple).
Je partage un extrait pour illustrer ce que je sous-entends et qui ne plaît pas forcément à tout le monde concernant la référence au Fantôme de l’Opéra de Gaston Leroux : « [La loge] que l’on ne réservait plus à personne depuis les événements dont Gaston Leroux fit le récit dans Le Fantôme de l’Opéra, génial roman que le lecteur est invité à découvrir, si nécessaire, dès qu’il aura achevé celui-ci. » P. 64, personnellement, ayant lu et adoré Le Fantôme de l’Opéra, la référence a étalé un gros sourire sur ma figure, mais chacun peut avoir sa réaction...
Ce ton ajoute donc un élément à la lecture et installe davantage le lecteur non pas dans un livre mais dans un salon parisien où on se tient correctement dans son fauteuil.
Il ajoute aussi une pointe d’originalité puisque ce roman n’est pas qu’une réécriture de Paris : une enquête occupe la majorité de la trame et entraînera son public dans des complots de la Haute, se mariant donc parfaitement à ce ton gentiment pédant et complice (donc je confirme : comme une anecdote partagée avec Azincourt, il ne reste qu’à imaginer l’accent anglais).

Finalement, j’ai quand même été captivée et j’ai dévoré cette énigme originale et logique (oui, car bon, c’est Fantasy mais l’auteur ne commet par l’affront de tricher). Certaines questions restent en suspens et me donnent envie de poursuivre avec L’Élixir d’Oubli, sans compter que je serai ravie de retrouver ces personnages qui ne manquent pas de charme et qui sont encore bien mystérieux.

Et pour finir, une illustration de Grégos, 
trois autres vous attendent à ce lien et qui vous rappelleront des moments de lecture.

Je peux raccrocher cette chronique à l’idée n°51 du Challenge des 170 Idées grâce à la couverture et au titre, car Paris est ma ville natale et quand je m’y rends, je me sens toujours comme chez moi dès que j’aperçois la Tour Eiffel depuis le métro.

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Une petite nouvelle bonus intitulée Magicis in Mobile vient conclure ce premier tome.

lundi 14 octobre 2013

Les Vampires d'Airain : La Légende de Kell, d'Andy Remic,

Ils sont arrivés du Nord et les cités sont tombées. Nul ne semble pouvoir entraver la marche sanglante des vampires d'Airain.
Kell, ancien guerrier légendaire, doit reprendre les armes pour éviter la chute de l'empire.
C'est une époque pour les héros, une ère de légende... Et la hache maudite de Kell a soif de sang.
Quatrième de couverture par Éclipse.
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« Et pourtant elle avait l’impression d’être la spectatrice d’une représentation. En effet, voir son grand-père se battre lui semblait irréel, surréaliste. Cela sonnait faux. C’était un vieil homme. Il cuisinait de la soupe. Il racontait des histoires. Il se plaignait de son dos. Il se plaignait du prix du poisson au marché. Cela ne collait pas. »
P. 91

J'avoue que je ne sais même plus pourquoi j'avais La Légende de Kell dans ma bibliothèque (sûrement parce que mon cœur de donzelle s'était emballée à la vue de cette couverture et cette impressionnante hache haha, et non, ce n'est pas une épée, pas de blagues libidineuses pour cette fois) et malgré ma note un peu sévère, je tiens à préciser que je n'ai pas vraiment été déçue par cet ouvrage, plutôt mitigée en fait.
La Légende de Kell est un bon tome, mais pas assez bon.
Je préfère donc commencer par énumérer ce qui m'a déplu dans ce récit qui regorge pourtant d'originalité.

Déjà, si certains résumés en disent trop, celui que j'ai sur mon édition n'en dit pas assez, se rapprochant davantage d'une liste de mots-clés (on sait qu'il y aura des vampires, une légende, une grosse hache oui, oui, la grosse hache et du sang). Forcément, je ne savais pas du tout dans quoi je me lançais et j'étais même surprise de voir que Kell n'est pas exactement le personnage principal. La saga se nomme "Les Chroniques des Vampires d'Airain" ou en VO, "Clockwork Vampire Chronicles" et on se rend compte effectivement qu’une Vachine un peu spéciale (comme si un vampire méchano n'était pas déjà suffisamment spécial en soi) partage les feux des projecteurs avec le vieux guerrier. On découvre petit à petit le monde façonné par l'auteur grâce aux récits parallèles, malheureusement, cela marque le premier défaut de La Légende de Kell, qui est d'ailleurs un défaut commun à beaucoup de débuts de saga : c'est un tome beaucoup trop introductif.


Il ne se passe pas grand-chose dans cette première partie (pour tout vous avouer, Kell, la fameuse Légende, passe les trois quarts du roman à fuir) et le récit suit un schéma trop linéaire, trop monotone. Globalement, la recette se tient à combat, viol, torture, combat, gore, viol, gore, torture, viol, combat, torture, torture, combat, gore, viol... Bref, on revoit des scènes très semblables mais avec des personnages différents, ce qui donne à l'histoire une impression de brouillon. Impression très nette d'ailleurs dans les révélations concernant Vashell qui semblent carrément se contredire à certains passages.

Un autre détail qui m'a dérangée : l'absence de carte ! J'ai pourtant cherché mais aucune carte n'existe. On me dira qu'il y a pire comme défaut, et je le reconnais volontiers, mais un monde imaginé sans carte, il y a de quoi facilement paumer un lecteur.
Et j'ai pourtant un sens de l'orientation pas trop mauvais.

La bouille de l'auteur, descendre à Quelques anecdotes sur ce bouquin pour plus d'informations.

Concernant l'écriture, j'ai lu beaucoup de critiques négatives à ce sujet. Étrangement, je n'ai rien à approcher, sauf peut-être une traduction houleuse qui transmet maladroitement l'humour de l'auteur (en même temps, de l'humour anglais traduit, ça ne sonne jamais mieux que dans la langue originelle. Un ange a dit un jour que c'était plus drôle en énochien et c'est vrai). Les métaphores sont nombreuses, subtiles, les descriptions sont imagées et le style est relativement fluide si on oublie la répétition du récit.
Donc bizarrement, rien à signaler de ce côté et c'est même l'écriture qui a sauvé un peu le roman à mes yeux.

Après, il faut reconnaître les nombreuses originalités du récit d'Andy Remic. Un truc tout con mais j'ai aimé que l'un des personnages principaux, Kell, soit vieux. Pas de jeune gringalet qui rêve de fortune alors qu'il a tout juste le droit d'entrer dans une taverne, pas de jeune princesse en quête d'un beau mâle. La gloire de Kell est derrière lui, il a des problèmes d'articulations et veut juste bouffer sa soupe pénard. Son caractère est classique mais je m'y suis attachée.
Quant aux autres personnages, je n’ai pas franchement été séduite : que ce soit Saark, Vashell, Kat, Nienna… Aucun ne m’a vraiment touché. Par chance, j’ai trouvé Anukis attachante également et son avenir pique ma curiosité.

Illustration signée Bagus Hutomo

Ensuite, les vampires, ces fameuses créatures dont le succès immortel laisse dubitatif le lecteur qui en a assez d'être assailli. C'est là qu'intervient le côté un peu steampunk dans cette œuvre à la base fantasy : les vampires, dits Vachines, sont des humains dont les organes et autres parties anatomiques ont été remplacés par des rouages, des engrenages et autre saloperie qui fait "clic-clic". Canines et griffes en cuivre, huile-de-sang pour faire travailler la machine intérieure, beauté et séduction mécaniques… Bref, une réécriture très, très sympathique mais qui reste trop mystérieuse même pour ce premier volet. Andy Remic greffe d’ailleurs autour de sa créature un background réfléchi avec une organisation spéciale, des idées fixées et une hiérarchie stricte quoique peu claire pour l’instant, j’espère donc lire plus d’informations par la suite.

Je me souviens d’avoir lu une critique qui surnommait Andy Remic "le Tarantino de la littérature" et ce n'est pas faux quoique Remic verse plus dans l'horreur au niveau des tortures et de la condition féminine, La Légende de Kell n’est pas à mettre entre toutes les mains et exigera du lecteur un cœur bien accroché.
Bien que j’ai pas mal de reproches, je lirai la suite car je suis suffisamment intriguée.

Les couvertures françaises de cette trilogie.

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Il y a une très chouette interview de l'auteur à la fin du livre intitulée 20 minutes dans la tête d'Andy Remic et disponible gratuitement sur le site d'Eclipse.

vendredi 6 juillet 2012

Sans Âme, de Gail Carriger,

Alexia Tarabotti doit composer avec quelques contraintes sociales. 
Primo, elle n’a pas d’âme. Deuxio, elle est toujours célibataire et fille d’un père italien, mort. Tertio, elle vient de se faire grossièrement attaquer par un vampire qui, défiant la plus élémentaire des politesses, ne lui avait pas été présenté. Que faire ? Rien de bien, apparemment, car Alexia tue accidentellement le vampire. Lord Maccon – beau et compliqué, Écossais et loup-garou à ses heures – est envoyé par la reine Victoria pour enquêter sur l’affaire. 
Des vampires indésirables s’en mêlent, d’autres disparaissent, et tout le monde pense qu’Alexia est responsable. Découvrira-t-elle ce qui se trame réellement dans la bonne société londonienne?
Quatrième de couverture par Orbit.
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Série qui fait parler d’elle du côté de la Bit-Lit et de la littérature Steampunk, la saga du Protectorat de l’Ombrelle a beau être discrète en France, elle ne tardera peut-être pas trop à se faire connaître comme aux États-Unis actuellement.
Avant de commencer, j’aimerais remercier Bea puisque c’est elle qui m'a vivement conseillée de lire cette série et honnêtement, je ne regrette pas !

Donc, pour débuter, je voudrais débattre sur la question de : est-ce que Sans Âme est bien de la Bit-Lit, si on doit absolument classer tous les livres par genre ? Oui, si vous considérez que l’unique ingrédient qui compte est la présence d’une romance, mêlant un ou plusieurs surnaturels (enfin, ici, une paranaturelle est carrément au rendez-vous). Mais j’ai aussi envie de vous dire non. Car Sans Âme nous offre un brin d’originalité qui fait rompre son contrat avec la bit-lit : une enquête surnaturelle !
Bien que la balance entre romance et mystère soit bien équilibrée, les énigmes se multiplient et on sent que l’auteure a une idée derrière la tête autre que de caser une charmante Lady italienne et un loup-garou ténébreux je veux dire.
Dernier point donc concernant la famille du Protectorat de L’Ombrelle : l’univers des lunettes croisées avec des longues-vues, des voitures aux moteurs révolutionnaires, de la vapeur qui se mêle au smog… Bref, du cuivre et du cuir partout, rangeant le roman dans le genre Steampunk.
Pour ceux qui ont donc peur de la Bit-Lit autant que moi, soyez tranquilles, prenez vos aises et laissez-vous convaincre.

Étapes pour créer la couverture

Déjà, non que je veuille prendre la défense de Sans Âme (enfin, ce n’est certes pas l’œuvre du siècle mais il fallait bien que je prenne sa défense sur ce point) : les critiques négatives pointant du doigt le contexte historique. J’ai lu des arguments qui m’ont fait sourire, voire ricaner comme une hyène, tels que « On voit bien que l’auteure ne connaît rien de l’époque victorienne ». Si, si, j’ai même une preuve à l’appui qui vient d’Amazon (vous aurez le lien tout en bas de la page si vous voulez voir par vous-même). Mais voilà un extrait du pavé cassant :
« L’héroïne est exposée comme une "vieille fille", dédaignée à cause de son teint et de nez (origines italiennes) et qui n’a même pas été "présentée au monde" à l’âge du mariage (monstrueuse invraisemblance pour l'époque. Jamais une famille nantie n’aurait relégué ainsi une jeune fille, c’est un stratagème grossier pour placer l’héroïne, qui choque d’autant plus que l’auteur feint la fidélité historique). »
De Larouette (L.A), sur Amazon.

Notre chère rédactrice d’Amazon n’aura sans doute pas remarquer que Gail Carriger, sans prétention, nous offre une époque inspirée de l’époque victorienne, jamais on ne parlera de Sans Âme comme un roman historique. Jamais nous lirons Sans Âme pour lire du Jane Austen pur et dur ou du Anne Perry ! Il faut se rendre compte que c’est le genre Fantasy qui prime et (je me répète) Steampunk. 
Au cas où : personne n’avait de tels gadgets à l’époque, désolée de briser vos rêves.
Forcément, comme je ne m’attendais pas à ce que Gail Carriger m’offre un petit roman bien propre et bien discipliné sous les coutumes victoriennes, je n’ai pas crié au scandale de mon côté. 

Par contre, le point où j’ai un peu râlé (en silence), c’est l’écriture. Si l’époque victorienne est franchement modernisée, le style prend bien le ton soutenu et collé-monté de l’époque, mais au point de devenir presque pédant, trop coquet. Sur le coup, ça fait parfois rire, mais lorsque la plume de Gail Carriger devient rébarbatif (comme par exemple nous rappeler à tous les coins de page qu’Alexia a des difficultés à se battre à cause de ses tournures de jupes ou de son corset, à la longue, on a envie de lui répondre « Oui. On a compris ! »). Cela dit, il y a des passages gratinés de détails que j’ai aimés : je pense aux robes décrites, aux plats et aux décors. On sent les multitudes de couches, mais c’est comme le glaçage sur le mille-feuilles : on en redemande et on ne redemande que ça.
Autre point qui rattrape la lourdeur de certains passages : les dialogues. Rythmés, enthousiastes, riches, les dialogues pimentent la lecture de Sans Âme et, si ils ne vous font pas rire aux éclats, ils vous feront sûrement sourire. Je vous annonce la couleur si il y a des Larouette d’Amazon aux alentours : Gail Carriger ne reprend les expressions de « très chère » et « puis-je porter votre manteau ? » que pour les rendre ridicules. Expressions presque modernes et insultes cinglantes vues à l’horizon. Pour les jurons telles que « Par le gros cul de la fière Marie », il faudra remercier le charmant Lord Maccon, soit dit en passant.
On notera aussi la présence de quelques passages légèrement érotiques, visant donc un public plus mature que d’habitude.

Version poche de Sans Âme. 
Qui est la même que la version allemande.

Abordons maintenant un des points essentiels du livre : les personnages.
J’ai eu un peu de mal au début avec Alexia Tarabotti : l’introduction la rend assez pompeuse, très au-dessus des autres, et puis finalement, on découvre ses petites faiblesses et son côté gourmand qui la rendent attendrissante. Pour Lord Maccon, pas de grande révolution du genre, même si il s’agit d’un héros viril (enfin ! Vous voyez que ce n’est pas de la bit-lit ! Non, c’était méchant et je m’en excuse…) qui reconnaît mater les décolletés. Chose que des vampires de 107 ans refusent de faire pour d’obscures raisons… 
Malheureusement, même si chacun sont des personnages intéressants, je n'ai pas tellement accroché à l'union Alexia/Lord Maccon. Si dans certaines littératures, le couple est trop "niais", "trop romantique", dans ce livre-ci, je le trouve trop charnel. Après, je verrai comment leur relation évoluera dans les prochains tomes où on assiste peut-être à plus d’attentions romantiques.
Cela dit, si le duo n’offre pas une originalité écrasante, Sans Âme dévoile quand même une galerie d’acteurs très sympathiques. Je ne veux pas gâcher des découvertes comme la Comtesse Nadasdy. Oui, c’est une vampire-reine sadique, cruelle… Un vrai cliché et pourtant… Si vous l’imaginez habillée en dominatrice avec un fouet, vous avez tord. Lisez, vous comprendrez.
Mais mon gros coup de cœur et, c’est puéril à dire, personnage préféré, je dirais que c’est Lord Akeldama. Il m’a fait l’impression du jeu des Robot Unicorn Attack (pour ceux qui ne connaissent pas) : trop de fleurs, trop de ciels nuageux, trop d’italiques… Et finalement, il est extraordinaire et on devient accro. Un personnage en somme qui est riche en couleurs et en burlesque mais qui est très rafraîchissant. Je dirai qu’il est presque osé et prouve donc que Gail Carriger écrit sans prétention et avec peu de sérieux... Pour notre plus grand plaisir.
Vous aurez de bonnes surprises niveau personnages.

Alors oui, rien de révolutionnaire dans le genre : les vampires et les loup-garou sont fidèles aux mythes. Et pourtant, Gail Carriger prend quelques libertés raisonnables et s’adonne dans quelques renouveaux. Je pense par exemple aux odeurs qui se rattachent à chaque meute de loups : c’est ainsi qu’ils savent à quel clan ils ont affaire.
Ensuite, le concept de l’âme, rarement abordé dans la littérature et ici maîtrisé. J’ai aimé cette idée d’absence d’âme et les répercutions qu’il y a. Alors oui, Gail Carriger triche un peu en effaçant les états d’âme d’Alexia trois fois sur quatre mais les hypothèses et les études qu’elle présente autour rattrape le tout.

Un demi-portrait bien sympa de l'auteur

En conclusion donc, Sans Âme est un roman qui n’est peut-être pas l’œuvre du siècle mais qui présente de quoi nous divertir, nous amuser et surtout, nous intriguer. L’enquête est bien ficelée et le mot fin n’apparaît pas dans ce premier tome, il faudra donc lire plus loin pour retirer vraiment le voile. En plus d’en avoir pour tous les goûts (romance et enquête), Sans Âme vise donc un public large et hétérogène.
On se retrouve donc sans faute pour le second tome.

Ce billet est également ma septième participation au challenge Victorien dans la section Charles Dickens, organisé par Arieste (mille mercis à elle d'ailleurs). Tout est expliqué sur cet article si vous voulez nous rejoindre !

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Il s’agit du premier roman de Gail Carriger, à l’origine, cette jeune américaine est une archéologue.
• Le Protectorat de l’Ombrelle a été traduit au Japon, la série a donc droit à ses propres couvertes qui ne manquent pas de charme. Mais elle a aussi droit à son propre manga (d’origine anglaise par contre) ! Les couvertures sont à ne pas confondre donc…
 Manga anglais à gauche, roman japonais à droite

De mon côté, j’aurai bien aimé essayer la version manga, mais le dessin ne me charme pas plus que ça et Alexia a vraiment des airs d’autosuffisance qui tiennent plus de l’orgueilleuse que de la Lady anglaise. Ça sera donc sans moi. 
(Je préfère nettement l’allure d’Alexia sur la couverture de droite d’ailleurs.)


vendredi 20 avril 2012

La Mécanique du Cœur, de Mathias Malzieu,

Édimbourg, 1874 : le jour le plus froid du monde. Lorsque Jack naît, son cœur gelé se brise immédiatement. La sage-femme le remplace par une horloge et le sauve. Depuis lors, il doit prendre soin d'en remonter chaque matin le mécanisme. Mais gare aux passions ! Le regard de braise d'une petite chanteuse andalouse va mettre le cœur de Jack à rude épreuve...
Un conte initiatique cruel et merveilleux.
Quatrième de couverture par J'ai Lu.
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Une couverture soignée, un résumé original, une époque qui me fascine… Je n’ai pas réussi à dire non à l’œuvre la plus connue de Mathias Malzieu. Je me suis demandée ce que ce livre si chétif pourrait bien me murmurer en seulement 155 pages et l’air de rien, comme les choco fresh qui sont trop petits mais bien trop délicieux (ça devrait être interdit par la loi ces trucs abominablement bons), La Mécanique du Cœur offre un récit qui sort de l’ordinaire et se révèle être un véritable petit bijou de la littérature française.
[ci-contre, la bouille de l'auteur, véritable hériter de Baudelaire aux mots magiques]

Ce n’est pas un collier en or qui supporte deux kilos de rubis et de grenats, ce n’est pas une parure historique avec les plus grosses émeraudes de la Colombie, La Mécanique du Cœur, c’est la délicate chaîne en argent, la perle minuscule mais éclatante dans un écrin noir, c’est le petit livre qui se glisse entre les gros pavés et attend de conquérir un lecteur assez curieux et moins méprisant car cette tranche anorexique réunit en fait les pages d’une romance peu commune où chaque ligne est un vrai bonheur car embellie par une plume unique et musicale.
Au fil de ces paragraphes qui tiennent plus de la chanson que du récit, Mathias Malzieu nous sert un conte pour grands enfants où les personnages sont hauts en couleurs et pleins de surprises.

La planche qui a servi pour l'édition anglaise sous le titre de The Boy with the Cuckoo-Clock Heart. 
Bon courage au traducteur pour saisir toutes les nuances et jeux-de-mots de Malzieu.

À commencer par le protagoniste, Jack, unique personnage de la littérature qui peut se vanter d’avoir une horloge qui protège son cœur. Cœur fragile et sensible, cet handicap n’empêche pas Jack de vivre pleinement sa vie et son courage l’amène à s’opposer aux règles que Madeleine, la sage-femme et mère adoptive, lui impose. Ce caractère le pousse donc à aimer, à fréquenter une école, mais surtout à entamer un voyage jusqu’en Andalousie pour poursuivre envoûtante Miss Acacia. Véritable oiseau espagnol, la petite chanteuse est séduisante, pimpante et surtout... Myope comme une taupe.
Si les deux amoureux sont attachants, le roman ne tourne pas seulement autour d’eux, j’ai beaucoup aimé Madeleine et les révélations qui qui sont dévoilées [spoiler] le fait par exemple qu’elle refusait que Jack tombe amoureux pour pouvoir le garder auprès d’elle : bien sûr que je l’ai trouvée égoïste au début, et puis, par la suite, je l’ai surtout trouvée très émouvante [/spoiler]. Et je n’oublie pas l’inventeur, le romantique, le dénommé Georges Méliès qui accompagne Jack durant son voyage et qui m’a faite sourire à de nombreuses reprises.
Tous font un assemblage coloré, léger et presque enfantin. Avant que la conclusion ne vienne éclairer leurs desseins, leurs défauts et leur humanité.

Miss Acacia dans notre monde s’appelle Olivia Ruiz, mais elle reste toujours aussi sublime.

Bien que le roman se déroule en 1888, le contexte historique se fait en fait peu ressentir : il n’y a que très peu de place pour l’historique dans l’histoire de Little Jack car son monde et sa réalité sont engloutis par son imagination, ses rêves et la beauté de Miss Acacia.
Cela n’empêche pas l’univers d’être charmant et complet par ses descriptions imagées et caricaturées, les contours du Londres victorien sont accentués comme ceux de l’Andalousie pour nous entraîner un peu plus loin dans l’imaginaire de Malzieu où l’innocence est portée par un côté sombre et tragique insoupçonné.
Car si le début fait réellement conte avec une maturité discrète, la conclusion de l’histoire de Jack s’y oppose avec un ton très différent, marquant un contraste frappant. Sans en révéler plus, vous pourriez être surpris par la cruauté du récit de cet auteur.

Le roman peut être court, le souvenir qu’il laisse est loin d’être bref ou fugace et c’est un véritable coup de cœur qui double la découverte de l’auteur et chanteur Mathias Malzieu.

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Mathias Malzieu est également le chanteur du groupe français Dionysos, le roman est lié au CD du même nom. 
• Après le roman, après le CD, les fans l’attendaient : le film est sorti le 5 Fèvrier 2014 dans les cinémas français. Mon gros regret est que le graphisme est très différent du clip Tais-Toi mon Cœur qui était très sympathique. Ici, le film donne plus un côté "poupon" qui me rebute un peu mais je me laisserai peut-être tentée un de ces quatre car les extraits arrivent à me convaincre.
(cela dit, je ne vais pas râler, car cette affiche m’a tenu compagnie et m’a remonté le morale à la gare d’Avignon car mon train avait plus d’une heure de retard et j’étais frigorifiée par la météo adéquate à la saison de Noël.)

• Georges Méliès n’est pas qu’un nom (d’autant plus que c’est le seul  personnage du livre qui a un nom complet), c’est surtout l’un des premiers cinéastes a avoir créé des effets spéciaux et qui a impressionné le public de 1902 avec son film Le Voyage dans la Lune.
• Le roman est semi-autobiographique dans le sens où Malzieu reconnaît s’être inspiré de sa relation avec Olivia Ruiz et de son enfance pour écrire ce livre.