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vendredi 30 mars 2018

La Reine Margot, d'Alexandre Dumas,

Des «  noces vermeilles  » de Marguerite de Valois et Henri de Navarre, prélude au massacre des protestants, à la mort de Charles IX baignant dans une rosée de sang, les deux années qui s’écoulent comptent parmi les plus cruelles de l’histoire de France. Guerres civiles de religion, luttes d’influence au sein de la famille royale, complots et assassinats politiques forment la trame sombre sur laquelle se détache la figure de Margot. Beauté incomparable, dame galante, cette fille de France est aussi une femme de lettres doublée d’une redoutable politique ; Marguerite est avant tout une Valois, fille de roi, sœur de roi, femme de roi. Et le brave La Mole, ce jeune gentilhomme protestant réfugié dans l’alcôve royale pour échapper à ses assassins la nuit de la Saint-Barthélemy, sait que l’amour qu’il voue à cette perle le précipitera au cœur d’intrigues de pouvoir où la vie d’un homme n’a guère de poids.
Quatrième de couverture depuis LivrAddict.
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Aussi connu que Victor Hugo ou Molière, Alexandre Dumas a atteint l’immortalité grâce à son comte de Monte-Cristo ou ses trois (en fait quatre) mousquetaires. Ceci dit, le succès vient selon moi de des intrigues à rebondissements que de la plume-même de cet auteur. J’ai toujours regretté ce manque de poésie malgré quelques éclairs de génie et des dialogues amusants, mais les romans d’Alexandre Dumas ne me marquent pas comme ceux d’Hugo ou de Zola.
Toutefois, La Reine Margot reste une bonne lecture !


Véritable ancêtre des romans d’aventures historiques que l’on peut emporter à la plage, Alexandre Dumas dresse un décor dans un Paris rongé par la méfiance, tendu par les rivalités religieuses. Et sur cette scène austère, que des acteurs connus ! Enfin, connus : ils ont tous une page Wikipédia en tout cas, au même titre que Charlize Théron, Tom Cruise ou Natalie Portman, donc ça compte. De vrais people du XVIème siècle.
Dumas alimente la légende noire qui entoure Catherine de Médicis, offre des allures d’amour courtois à la liaison qui aurait uni la reine Margot et de La Mole (historiquement parlant, il aurait été également l’amant de François de France, dernier fils de Catherine de Médicis, mais pas l’ombre d’une allusion dans le roman... tant pis), explique le comportement ambigu de Charles IX... Les dimensions historiques sont donc totalement exploitées.
Il vaut mieux posséder quelques notions pour pouvoir situer tout ce beau monde, mais dans le fond, lire La Reine Margot, c’est comme regarder un épisode de Secrets d’Histoire : le côté romanesque est mis en avant et Dumas ne perd pas son lecteur dans des détails trop pointus. Il ne manque que la présence de Stéphane Bern, mais vous pouvez toujours le consulter si vous avez oublié jusqu'à la date du massacre de la Saint-Barthélemy.

Ce jour fatidique, parlons-en : j’ai été surprise qu’il soit à peine traité, arrivant dès le début du roman et étant vécu d’assez loin. Ce sont surtout les répercussions que le lecteur découvre, bien que cela n’empêche pas les scènes sanglantes qui possèdent un côté kitsch, mêlant violence et érotisme. Personnellement, j’adhère car c’est totalement assumé et bien représenté !

Un matin devant la porte du Louvre (1880), d’Edouard Debat-Ponsan
«  Il apparut enfin dans la rue, soutenant d'un bras sa maîtresse, à moitié nue et presque évanouie, et tenant un poignard entre ses dents. Son épée, flamboyante par le mouvement de rotation qu'il lui imprimait, traçait des cercles blancs ou rouges, selon que la lune en argentait la lame ou qu'un flambeau en faisait reluire l'humidité sanglante  »
P. 161, tome 1

Un classique qui ne posera aucun problème d’indigestion, régalant avec son esprit romanesque, avide d’aventures qui pousse les pages à défiler rapidement. Si vous aimez Dumas, il frappera à coup sûr. Si vous voulez découvrir ce colosse de la littérature française, cette version de l’histoire de la reine Margot est un bon choix, reprenant tous les codes qui font le succès de Dumas.

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Ma Reine Margot a été publié en feuilleton juste après Les Trois Mousquetaires en 1844 : depuis ces œuvres, le cardinal de Richelieu et Catherine de Médicis ont une image très romancée mais tenace. Le premier, manipulateur hors-pair et glacial, la seconde, mère redoutable et adepte du poison. Les clichés que l’on connaît aujourd’hui ont été alimentés avec les livres de Dumas.

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(mon édition n’existe plus qu’en occasion sur des brocantes, je vous propose donc la version du Livre de Poche en un tome)
 

lundi 26 mars 2018

Laëtitia, d'Ivan Jablonka,

Laëtitia Perrais avait 18 ans et la vie devant elle. Dans la nuit du 18 au 19 janvier 2011, elle a été enlevée. Puis tuée. Par la vague d’émotion sans précédent qu’il a soulevée, ce fait divers est devenu une affaire d’État. À travers cette enquête de vie, Ivan Jablonka rend Laëtitia à elle-même. À sa liberté et à sa dignité.
Quatrième de couverture par Points.
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Tout le monde a entendu parler de Laëtitia Perrais et de Tony Meilhon. Tout le monde a entendu parler de la grève des magistrats, leur colère provoquée par les mesures que l’ancien président Nicolas Sarkozy voulait appliquer. Et tout le monde a entendu parler du livre de Jablonka, Laëtitia ou la fin des hommes, prix Médicis.
Je ne suis pas influencée par les prix reçus et donc je n’attendais pas forcément un chef d’œuvre, me méfiant même des critiques qui encensent trop. Mais ce livre m’a franchement mise mal à l’aise. Non pas avec son sujet, j’ai lu La Mésange et l’Ogresse, La femme qui donnait à manger aux chiens, Fils de Sam, L’Adversaire… Ce qui me gêne terriblement, c’est la démarche de l’auteur que j’ai trouvé suspecte, presque malhonnête.

Dans l’écriture surtout : Jablonka manque beaucoup de pudeur dans son ouvrage, détaillant sans que ce soit nécessaire. L’horreur a-t-elle besoin d’être décrite quand elle a déjà été étalée sur tous les journaux et écrans télévisés ? Les calvaires ont-ils besoin d’être répétés ? Peut-on rendre dignité et humanité à Laëtitia Perrais en en faisant une martyre avec ses détails ? Je ne pense pas.
L’ennui, c’est que l’écriture est saturée d’effets de sensation, aussi bien sur le plan de l’horreur que du plan sentimental. Ces effets pourraient marcher s’ils n’étaient pas aussi nombreux et hors de propos pour un tel sujet. Rendre hommage en produisant un livre à sensation ? Pareil, je ne partage pas la démarche.
De même : le drame que Laëtitia a vécu parle de lui-même, une personne qui reste de marbre est une personne avec de graves problèmes d’empathie. Jablonka n’a pas besoin de nous rappeler qu’elle a vécu l’horreur avec de nombreuses métaphores et répétitions, de nous rappeler qu’il faut pleurer pour elle. À titre d’exemple, j’ai admiré la pudeur d’Harold Cobert dans La Mésange et l’Ogresse : les scènes de « chasse » de Michel Fourtniret s’arrêtent au moment où la victime entre dans son véhicule. Décrire plus loin est superflu et l’imagination seule entraîne la frayeur.

Après, si on oublie qu’il s’agit d’un fait divers authentique et récent, la lecture est plutôt plaisante, rythmée. Il y a une réflexion très intéressante sur la création d’un fait divers, comment les gens s’arrachent une histoire sordide, l’utilisent à leurs fins. Mais peut-on oublier qu’une jeune femme a perdu la vie dans cette affaire ? D’autant que Laëtitia et sa sœur Jessica sont nées la même année que moi, et je ne peux m’empêcher de penser que sans cette journée "merdique" du 18 janvier 2011, Laëtitia aurait fêté également son quart de siècle l’an dernier.

« Un fait divers suppose un coupable. Un fait divers horrible exige un monstre. »
P. 142

J’ai donc eu beaucoup de mal avec ce livre, ne comprenant pas l’intention exacte d’Ivan Jablonka et j’ai préféré la pudeur et la simplicité qu’utilisent d’autres auteurs pour ce genre d’ouvrage. Leur neutralité également car certaines réflexions de Jablonka sont réductrices et à prendre avec nuances, leur place n’était donc peut-être pas dans un récit pour Laëtitia.
Et là, Laëtitia aurait retrouvé son humanité à mes yeux, mais ce roman a produit l’effet inverse..

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Ivan Jablonka a obtenu le prix Médicis en 2016 avec Laëtitia. L’édition Points, assez vendeur, propose des citations de critiques et celle de Grazia mettra de nouveau l’accent sur mon scepticisme : « Un thriller à couper le souffle ». Thriller… On a l’impression de parler du dernier Sire Cédric ou Jo Nesbø.


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lundi 19 mars 2018

Du domaine des murmures, de Carole Martinez,

En 1187, le jour de son mariage, devant la noce scandalisée, la jeune Esclarmonde refuse de dire "oui" : elle veut faire respecter son vœu de s’offrir à Dieu, contre la décision de son père, le châtelain régnant sur le domaine des Murmures. La jeune femme est emmurée dans une cellule attenante à la chapelle du château, avec pour seule ouverture sur le monde une fenestrelle pourvue de barreaux. Mais elle ne se doute pas de ce qui est entré avec elle dans sa tombe... Loin de gagner la solitude à laquelle elle aspirait, Esclarmonde se retrouve au carrefour des vivants et des morts. Depuis son réduit, elle soufflera sa volonté sur le fief de son père et ce souffle l’entraînera jusqu’en Terre sainte.
Quatrième de couverture sur LivrAddict.

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Du domaine des murmures est un roman qui mêle habilement modernité et Moyen-âge : dans un contexte historique très obscur, Carole Martinez parle aux femmes de toutes les époques et si la situation d’Esclarmonde peut être difficilement vécue au XXIème siècle, ses craintes, ses pensées et ses espoirs sont intemporels.

La force principale de cette histoire, c’est l’écriture : la narration est vivante et harmonieuse. La facilité de lecture ne vient donc pas seulement de la longueur modeste Du domaine des murmures mais également de cette plume leste.
Ironiquement, la faiblesse que je reproche à ce roman, c’est justement sa brièveté, ou plus que cela : sa chute. Il est difficile d’en parler sans spoiler : tout d’abord, à ceux qui ne l’ont pas lu, la conclusion arrive de façon abrupte et coupe l’enthousiasme de la lecture. Pour ceux qui l’ont lu, [spoiler] si l’idée qu’Esclarmonde décède ne me dérange pas (non pas que je ne l’aimais pas : la mort d’un personnage n’altère pas mon ressenti et n’est jamais la cause d’un avis négatif), c’est qu’elle est soudaine. Comme la mort, peut-on me répondre : soudaine, brutale et surprenante, la mort d’Esclarmonde est réaliste. Maiiiis celle d’Emma Bovary aussi l’est et pourtant, le roman possédait une fin que Du domaine des murmures n’a pas, coupant clairement la lancée [/fin du spoiler].

Un moment de lecture authentique où la beauté médiévale prend forme grâce à un sens poétique et à une histoire qui se résume à un message fort, malgré un sens du scénario moins maîtrisé : j’avais deviné certaines révélations (enfin bon, j’ai un esprit tordu) et le fil de l’histoire ne surprendra pas à la renverse. Mais cela ne retire rien au plaisir de lecture !
Quant à l’expérience en audiobook, Isabelle Carré rend hommage au Domaine des murmures prêtant sa voix à Esclarmonde, si toutefois vous n’avez pas l’habitude des livres à écouter, préférez la version lecture afin de vraiment profiter de la beauté du texte.

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• RAS pour le moment.

Envie de l’acheter ? (en audiobook)

lundi 12 mars 2018

Héloïse, ouille !, de Jean Teulé,

Jean Teulé revisite les amours tumultueuses d’Héloïse et Abélard dans une version d’une modernité ébouriffante.
À la fin de sa vie, Abélard écrivait à Héloïse : « Tu sais à quelles abjections ma luxure d’alors a conduit nos corps au point qu’aucun respect de la décence ou de Dieu ne me retirait de ce bourbier et que quand, même si ce n’était pas très souvent, tu hésitais, tu tentais de me dissuader, je profitais de ta faiblesse et te contraignais à consentir par des coups. Car je t’étais lié par une appétence si ardente que je faisais passer bien avant Dieu les misérables voluptés si obscènes que j’aurais honte aujourd’hui de nommer. »
Depuis quand ne peut-on pas nommer les choses ?
Jean Teulé s’y emploie avec gourmandise.
Quatrième de couverture depuis LivrAddict.
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Abélard et son élève Héloïse (1882),
par Edmund Blair Leighton
Même si j’ignore les détails, j’ai toujours été fascinée par l’histoire d’amour, devenue légende, d’Héloïse et du moine Abélard. J’ai toujours aimé les romances qui incluent des personnages religieux car la tentation et la religion peuvent apporter une dimension très humaine.
Mais enfin, ce n’est pas avec Héloïse, ouille ! que cette faiblesse a été comblée : Héloïse, ouille !, c’est lire une slash fiction, un porno littéraire sur ce couple populaire.

Je connais un peu le style de Teulé et pourtant, je ne m’attendais pas à un tel début : la première partie est composée, voire saturée, de cul. Les scènes pornographiques se succèdent avec beaucoup de détails et Jean Teulé semble avoir potassé le Kâma-Sûtra avant l’écriture de son roman.
J’ai accepté de continuer la lecture comme lorsque je regarde un nanar qui s’assume : cette romance ne fait pas particulièrement rêver et tombe dans le burlesque, le ridicule. Plutôt que d’exciter, ces scènes poussent même à rire !
Et cet humour très spécial se retrouve jusqu’à la fin et il m’aurait lassé si les personnages n’évoluaient pas : Jean Teulé suit quand même les grandes lignes historiques et évoque des évènements connus. Abélard, après avoir perdu ses parties génitales, revient à une foi plus sérieuse tandis qu’Héloïse est insensible à la honte, restant une femme amoureuse et forte.

C’est peut-être ce qui m’a plu dans Héloïse, ouille !, cette fameuse Héloïse : un peu (trop) naïve au début, vieillit en se forgeant un caractère fort et espiègle. Elle possède un charme particulier et j’ai aimé ses réflexions nonchalantes. C’est sûrement cette évolution qui a sauvé un peu mon ressenti.

Si vous commencez Héloïse, ouille !, ne vous attendez pas à une romance avec de belles scènes courtoises, prenez le roman pour ce qu’il est : une histoire à ne pas prendre au sérieux, qui verse dans le burlesque et ne connaît pas la décence. De quoi passer un moment comique même si je ne le conseille pas tellement, ayant conscience que cet humour et ce style peut fatiguer, voire agacer.

Héloïse et Abélard (1919) par Eleanor Fortescue Brickdal,
qui a servi à la couverture

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• L’édition Audiolib termine avec un entretien avec l’auteur très intéressant : cela permet d’apprendre que Jean Teulé a voulu populariser le couple mythique après s’être rendu compte que personne ne connaissait vraiment Héloïse et Abélard.

Envie de l’acheter ? (audiobook)

lundi 26 février 2018

La Sève et le Givre, de Léa Silhol,

Trois fois les Parques ont parlé : Finstern, Roi de la Cour de Dorcha, doit mourir. Seule la belle Angharad peut contrecarrer la mort de Finstern, ou la précipiter. Elle ignore son propre destin, et le prix à payer pour accomplir sa mission… Dans la funeste partie d’échecs qui s’engage entre les Cours d’Ombre et de Lumière, la Reine Blanche devra trouver sa voie.
Quatrième de couverture par Points.
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Siren III par American Ghoul/Daniel Vazquez
« Il tourna vers elle son visage pointu, aux yeux semblables à des lampes :
— Il va la tuer, dit-il platement.
— Oui, c’est son but. Mais il le fera lentement. Le plaisir, Osscair, c’est ce qui perd toujours les assassins.
Souriant ironiquement, le regard blême elle ajouta :
— C’est ce qui nous perd tous. »
P. 222

Si vous vivez en France, vous attendez aussi de pied ferme la vague de froid qui va arriver. Si vous n’aimez pas l’hiver, embellissez-le avec une lecture poétique : La Sève et le Givre vous donnera une autre vision des forêts glacées, des tapis de neige et des flocons qui valsent. Le roman de Léa Silhol vous montrera en plus que la ronde des saisons cache une lutte royale et romantique.

J’ai bien conscience que le genre ne plaira pas à n’importe quel public : seuls les lecteurs sensibles aux recueils de légendes trouveront pleinement leur bonheur, et c’est un genre particulier. Il faut se laisser porter, sans poser de questions : les métaphores sont nombreuses et les descriptions offrent des visions qui n’appartiendront jamais à la réalité.
Cette plume, comme un songe qui possède sa logique, s’accorde parfaitement à une histoire d’amour tragique, totalement féerique. Les entités de La Sève et le Givre rendraient jaloux les elfes du Seigneur des Anneaux tant elles sont gracieuses, mystérieuses et semblent totalement éternelles. Et fidèles à leurs origines : neutres, ne représentant ni le Bien, ni le Mal, ils vivent selon leurs règles personnelles et chacun possède son charme.

La Sève et le Givre, c’est l’héritage de la littérature médiévale et l’influence de la Fantasy : c’est un roman absolument unique et c’est bien dommage. Par chance, Léa Silhol n’a pas rangé sa plume et a conté d’autres histoires depuis, et je les chercherai !

Photographie par Samantha Primera
« La magnificence est leur seule règle et le Mal leur bon vouloir, ils passent au cœur du monde des mortels comme une épée de cristal – trop transparente et trop fine pour être perçue des hommes, elle ne trahit son passage que par les ravages laissés comme par inadvertance derrière elle. »
P. 55


             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• À la fin du livre, un lexique permet de se retrouver entre les noms, les lieux et les termes directement tirés du folklore celte comme Tír-na-nÓg, Changelings ou encore Amadán. La définition qui suit le mot en gras est l’officielle, la définition qui suit le mot en italique est celle que Léa Silhol s’est appropriée. Ainsi, pour Ankoù, on a :
« Ankou (l’) : figure de la Mort dans le foklore breton Esprit du dernier défunt de l’année précédente.
Ankou (l’) : titre du Monarque de la Cinquième Cour en Ombre. »
P. 318


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samedi 17 février 2018

Chronique du règne de Charles IX, de Prosper Mérimée,

Que le lecteur ne s’y trompe pas : en dépit de son titre, ce livre n’a rien d’une austère chronique. En prenant pour sujet la Saint-Barthélemy et les guerres de Religion qui ensanglantèrent la France du XVIe siècle, Mérimée, au plus fort de la ferveur romantique pour Walter Scott, s’attache à déjouer les codes du roman historique. Souhaitez-vous un portrait de Charles IX ? Allez plutôt « voir son buste au musée d’Angoulême », rétorque l’auteur. Vous attendez-vous à ce qu’apparaisse la reine Margot ? Vous serez déçu : « elle était un peu indisposée, et gardait la chambre »… C’est Bernard de Mergy, un parfait anonyme, qui occupe le devant de la scène : ce jeune huguenot, amoureux d’une comtesse catholique prompte au prosélytisme, est aux prises avec son propre frère, qui s’est converti. Dans cette œuvre de jeunesse, qui est aussi son unique roman, Mérimée engage avec brio une réflexion sur cette question brûlante : comment les hommes en viennent-ils à s’entretuer monstrueusement ? Et nous offre une chronique d’un genre inédit – « un ouvrage plein d’esprit à la Voltaire », disait Stendhal.
Quatrième de couverture par GF Flammarion.
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J’ai toujours été fascinée par l’événement du massacre de la Saint-Barthélemy : le contexte religieux houleux, la période historique trouble, les antécédents et les aboutissants… Historique ou fantasmé, le 24 Août 1572 est un sujet riche et complexe.
Et dans cette fausse chronique qui n’a l’air de rien par un auteur plus nouvelliste que romancier, cette date fatale prend des allures d’un roman d’aventure à la Dumas : le drame s’associe à l’action, l’amour romanesque à l’opposition entre protestants et catholiques.
« […] [Satan] porte tout un arsenal : ce sont nos péchés, armes offensives et défensives à la fois. Il me semble le voir entrer en champ clos, la Gourmandise sur le ventre : voilà sa cuirasse ; la Paresse lui sert d’éperons ; à sa ceinture est la Luxure, c’est un estoc dangereux ; l’Envie est sa dague ; il porte l’Orgueil sur la tête comme un gendarme son armet ; il garde dans sa poche l’Avarice pour s’en servir au besoin ; et pour la Colère, avec les injures et tout ce qui s’ensuit, il les tient dans sa bouche : ce qui vous fait voir qu’il est armé jusqu’aux dents. »
P. 82

Arrestation de la huguenote (1875),
par Vassili Polenov
Là où Mérimée surprend, c’est dans sa façon de faire : il retire de son roman histoire des figures mythiques comme Catherine de Médicis, la reine Margot ou Charles IX. Sang royal ou pas, toute cette galerie se colle au décor, pas le moindre relief ne les rehausse, ils font partie d’un cadre qui accueille deux frères : le capitaine George, catholique, et Bernard de Mergy, protestant. Sur leur chemin, une bande de reîtres, un audacieux raffiné du nom de Comminges ou encore une magnifique Madame de Turgis à la fois sensuelle et pieuse.
Des rencontres qui promettent une lecture rythmée et des rebondissements romanesques. Ce qui est surprenant quand on pense que Mérimée était qualifié de plat par ses contemporains littéraires !

Mais ici, la plume de Mérimée sait se montrer comique tout en communiquant les émotions, préservant le précieux mystère de certains passages ambigus (si je parle d’un rendez-vous galant avec une espagnole masquée, les lecteurs sauront de quoi je parle) ou pimentant des événements forts avec deux protagonistes hauts en couleurs.
De plus, pas le temps de s’ennuyer car le roman est relativement court et se lit avec beaucoup de facilité.

Une très bonne surprise avec ce roman historique malheureusement éclipsé par des œuvres comme Notre-Dame de Paris ou Les Trois Mousquetaires et pourtant, Prosper Mérimée n’a pas à rougir de son texte.

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Il s’agit de l’unique roman de Prosper Mérimée.

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mardi 13 février 2018

Une bonne âme, d'Audrey Perri,

Londres, 1899.
Florence Jones, jeune mère célibataire, décide de faire adopter sa fille Sélina, faute de pouvoir la garder auprès d'elle. Elle se tourne alors vers Mrs Hewetson, l'une de ces fermières de bébés qui pullulent dans la capitale et qui affirme pouvoir s'occuper de son enfant. Mais Florence ignore encore que cette femme, loin d'être la bonne âme qu'elle prétend être, est déjà impliquée dans la disparition de nombreux enfants...
Quatrième de couverture par Librinova.
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« Je t’ai pris du thé noir, je ne sais pas si tu aimes ? », « j’ai réservé nos vacances, on part à la montagne, j’espère que ça te fait plaisir ? », « je suis passé à la boulangerie, je ne savais plus si tu préférais l’oranais ou le croissant aux amandes, alors je t’ai pris les deux »… Y a ce genre de phrases où on ne peut que me faire plaisir, me décevoir tient vraiment de l’impossible.
Alors quand Librinova m’a envoyé le mail de confirmation pour mon achat d’Une Bonne Âme, j’ai lu « recevez cette histoire dans le Londres victorien inspiré d’un authentique fait-divers et avec des thèmes encore très actuels, on espère que vous passerez une bonne lecture », quand les ingrédients sont réunis, la recette ne peut que fonctionner.
Et Une Bonne Âme n’est même pas retombé comme un soufflet !

Certains se plaindront de la brièveté du roman et ce serait mentir que de dire qu’une trentaine de pages aurait été de trop, mais cette longueur s’accorde au sujet : l’histoire est courte et percutante, sans avoir besoin d’imiter un journaliste, Audrey Perri fait honneur au genre du fait divers en transmettant de vives émotions tout en se débarrassant des notions de bien et de mal.

Belle of the Village (1883) par Alice Mary Havers
« Elle se surprit à penser à sa fille et réalisa qu’elle aurait aimé profiter de cette si belle matinée pour se rendre sur sa tombe. Elle y aurait réchauffé son cœur, aurait déposé son bouquet sur la dalle grise, se serait recueillie sous un soleil clément, lui aurait promis un amour éternel puis se serait glissée sans regrets dans ce qu’elle considérait comme sa dernière chance d’être heureuse. Mais aucun au revoir n’était possible car Adella avait rejoint l’une de ces tombes anonymes auxquelles seuls les plus pauvres doivent se résigner. »
P. 90

La couverture signée
par Elaine Thiebaut
Pas de manichéisme ici : Une Bonne Âme réunit deux femmes, même trois je dirais, des mères confrontées à une société qui ne voit que le rôle sacré sans les difficultés. Ada Williams, Florence Jones et Lizzie Scott sont toutes les trois très différentes, mais toutes m’ont émue : parfaitement inscrites dans l’année 1899, s’accordant aux quartiers pauvres et désemparés, ces trois personnages sont particulièrement marquants. Et cela, grâce à une jolie plume et surtout, humaine : Une Bonne Âme est une réécriture intelligente qui explore tous les esprits, se penche sur tous les passés et toutes les destinées…
J’ai même aimé l’histoire d’amour, c’est dire : elle est pudique, discrète et apporte une touche de douceur dans cette histoire amère.
Un roman très réussi qui tient la moindre de ses promesses : l’histoire touche tout en entraînant son lecteur à la fin du XIXème siècle, abordant pourtant des thèmes actuels et qui parleront à des lecteurs du XXIème.


             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Ada Williams et Florence Jones sont deux femmes qui ont réellement existé, mais je vous invite à mener vos recherches qu’une fois le roman terminé.
• Je ne l’ai pas mentionné dans la critique car ce détail est secondaire dans Une Bonne Âme, mais Audrey Perri est la bloggeuse Cellardoor.

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ou sur Librinova

lundi 5 février 2018

La Mésange et l'Ogresse, de Harold Cobert,

22 juin 2004. Après un an d’interrogatoires, Monique Fourniret révèle une partie du parcours criminel de son mari, « l’Ogre des Ardennes ». Il sera condamné à perpétuité. Celle que Michel Fourniret surnomme sa Mésange reste un mystère : victime ou complice ? Instrument ou inspiratrice ? Mésange ou ogresse ? En faisant résonner la voix de Monique Fourniret jusqu’aux tréfonds de la folie, la traque de ces deux monstres révèle un diabolique face-à-face avec les enquêteurs.
Quatrième de couverture par Points.
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« Elle parle sans cesse de son émotivité sans pour autant montrer la moindre émotion. Un an que je l’interroge plus d’une fois par semaine des heures durant, comme son mari, et je suis incapable de la saisir ou de dire qui elle est. Elle m’échappe, elle me glisse des mains comme un savon flasque et humide. »
P. 398

Il est difficile de parler d’un livre où le plaisir de divertissement est absent mais l’idée convaincante : on ne pioche pas La Mésange et l’Ogresse dans sa PAL en se disant « tient, j’ai bien envie de me faire plaisir et de lire ça », on le pioche pour comprendre, on le pioche pour affronter l’horreur et réfléchir sur cette affaire.
Je ne peux pas dire que j’ai aimé ce roman comme j’ai aimé Jane Eyre ou Harry Potter, mais j’ai aimé le travail de l’auteur et la lumière qu’il apporte sur cette affaire.

Michel Fourniret, ou Marc Dutroux² dans l’esprit des journalistes, était aussi épaulé par une complice avec une bague au doigt : Monique Fourniret. Une femme insipide, morne voire idiote : tel est son portrait dans La Mésange et l’Ogresse. À l’instar de Michelle Dutroux dans La femme qui donnait à manger aux chiens, le lecteur entend les monologues de l’épouse d’un prédateur sexuel, mais dans le roman de Cobert, les pensées de madame Fourniret sont entrecoupées par des procès-verbaux et les réflexions du policier Jacques Debiesme qui tente d’équilibrer vie privée et vie professionnelle, sans oublier les passages narratifs qui montrent Michel Fourniret en chasse, prédateur frustré mais futé. De façon surprenante, ces moments sont pudiques et ne noient pas le lecteur de détails : mais le peu suffit pour se sentir mal.
Ces différents formats forment alors des mini-chapitres qui défilent très vite, ou qui défileraient très vite si la lecture était facile : la plume est fluide, le sujet est éprouvant. Ce qui est particulièrement éprouvant, ce sont les passages où Monique Fourniret est interrogée : si Jacques Debiesme doit encore prouver son innocence ou sa culpabilité, le lecteur sait que madame Fourniret se rapproche plus de l’ogresse que de la mésange et tous ses interminables « euh… je ne sais plus… », « je ne sais pas, euh… je n’ai pas très bonne mémoire… », « j’ai oublié, euh… ça remonte à si loin… » agacent. Le lecteur n’est pas écarté même si les « je » excluent toute identification, car il est dans la position de Jacques Debiesme : fatigué et énervé par les bredouillements de Monique Fourniret qui n’est pas innocente mais tente de jouer la carte de l’ignorante. Et croyez-moi, des réponses mesurées par de nombreux « euh », il y en a à la pelle !
Cette mise en abîme est donc très efficace et j’applaudis l’auteur pour avoir irrité mes nerfs comme ça ! Je ne sais pas si j’aurais été aussi efficace que les policiers du roman durant les interrogatoires, j’aurais certainement perdu mon sang-froid.


Malheureusement, un autre détail qui m’a irritée et qui n’était peut-être pas dans l’intention de l’auteur : Chris, l’unique policière de l’équipe. Un peu comme Rachel dans Simetierre qui refuse qu’on parle de la mort car elle n’est pas naturelle, Chris refuse jusqu’au bout l’hypothèse que Monique Fourniret ait pris part aux méfaits de son époux sous prétexte qu’elle est une femme et mère de surcroît. Qu’une policière ignore des faits divers comme les « fameux bébés congelés » m’énervait : cette naïveté qui s’accorde mal avec le statut du personnage me fatiguait.
Forcément, j’ai soutenu Ben tout le long du roman.

Ces histoires des policiers à côté composent la partie fictive de La Mésange et l’Ogresse : il y a quelques longueurs et quelques répétitions mais elles permettent une immersion totale dans ce face-à-face qui dure plus d’un an. Un face-à-face qui apporte beaucoup de réponses et avec une fin qui glace, une fin qui tranche le titre : mésange ou ogresse ?


Un roman vraiment efficace : le lecteur ne peut que varier entre colère et chagrin, éprouvé par cette lecture pas facile et qui ne peut pas se dévorer comme un polar où on a hâte de découvrir l’identité du tueur car, dans La Mésange et l’Ogresse, le lecteur n’a pas hâte de découvrir la réponse.
Je ne peux pas dire que j’ai aimé ce livre mais j’admire le talent d’Harold Cobert car l’exercice n’a pas dû être facile et le résultat est présent : si vous êtes prêt aussi à plonger dans une des affaires les plus sordides de notre temps, lisez La Mésange et l’Ogresse.
Et si vous le lisez, je vous souhaite beaucoup de courage.

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Harold Cobert précise bien au début de son roman que les paroles des Fourniret sont purement fictives, à part quelques termes comme MSP (qui veut dire membrane sur pattes) et quelques surnoms. Les lettres, dialogues, etc, sont donc des inventions littéraires.


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