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lundi 20 mars 2017

Lais, de Marie de France,

Contes d’aventures et d’amour, les Lais, composés à la fin du XIIème siècle par une mystérieuse Marie, sont d’abord, comme le revendique leur auteur, des contes populaires situés dans une Bretagne ancienne et mythique. Les fées y viennent à la rencontre du mortel dont elles sont éprises ; un chevalier peut se révéler loup-garou ou revêtir l’apparence d’un oiseau pour volet jusqu’à la fenêtre de sa bien-aimée.
Mais la thématique universelle du folklore est ici intégrée à un univers poétique à nul autre pareil, qui intériorise le merveilleux des contes de fées pour en faire l’émanation de l’amour.
Quatrième de couverture par Le Livre de Poche.
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Si vous aimez la Bretagne et le Moyen-âge, vous devez impérativement lire ce recueil de vieilles légendes de ces contrées celtes : le style médiéval peut rebuter, mais les histoires sont courtes, simples et bien souvent pleines de charme.

Et puisque nous fêtons aujourd’hui le printemps :
The Progress of Spring (1905), par Charles Daniel Ward

             Guigemar (Guigemar),
Le recueil ouvre le bal musical avec un conte très classique qui ne surprendra pas les lecteurs des légendes médiévales : un chevalier trop téméraire chassera une biche enchantée et, en la blessant, la flèche se retournera contre lui, ne pouvant être retirée que par une femme amoureuse. Après la malédiction, il y a l’amour entre le chevalier et la male-mariée qui se déclareront leurs sentiments sans pouvoir les afficher : le chevalier aura une chemise nouée que seule son aimée pourra défaire, tandis qu’elle portera une ceinture que seul son amour pourra défaire.
Bref, le quotidien de nos ancêtres du XIIème siècle, ils ne s’embêtaient pas avec les statuts Facebook, hé.
Rien de très claquant mais Guigemar met dans le bain.

             Equitan (Equitan),
J’ai déjà plus apprécié Equitan : le côté un peu moral n’est pas à prendre au sérieux avec une fin franchement burlesque. Si l’infidélité ne pose pas de problème dans Guigemar, dans Equitan, la méchanceté ajoutée fait qu’il y a une punition qui plane au-dessus des coupables.
Un humour certain dans ce lai qui se rapproche des contes burlesques de l’époque.
(Et il met dans le bain aussi. Vous voyez mon humour ?)

             Le Frêne (Le Fraisne),
Une histoire originale car Marie de France aborde le thème des jumeaux (une particularité de naissance qui posait problème au Moyen-âge) qui est peu utilisé dans les légendes médiévales.
Le récit est plutôt touchant avec l’aventure de cette jeune Frêne (oui, je parle de la demoiselle, là) et ce milieu religieux.

             Bisclavret (Bisclavret),
Loup-garou oblige, j’ai été emportée par Bisclavret ! D’autant plus surprenant que le loup-garou n’est pas le méchant de l’histoire, au contraire : c’est le personnage principal qui sera trahi par sa femme. À la base, en tant que créature maudite et effrayante, le loup-garou a le mauvais rôle, ici, il est au contraire soutenu.
Chose que je n’aurais jamais imaginé pour un récit médiéval !
Un lai que j’adore.


             Lanval (Lanval),
Héhé, le lai qui s’inscrit dans les légendes arthuriennes. Lanval est un récit que je suis même surprise de n’avoir jamais vu dans Kaamelott : un chevalier que tout le monde oublie sans cesse, y a de quoi faire de bons sketchs !
Autrement, Lanval n’a rien à envier à ses collègues Lancelot ou Yvain : son récit est intéressant et le côté féerique est bien plus appuyé que dans les autres légendes qui versent vraiment dans la merveille surprenante.

             Les Deux Amants (Les Dous Amanz),
Lai assez curieux, Les Deux Amants a un côté burlesque et ne possède aucun sérieux : la fin est même presque ridicule ! Comme une blague avec une chute (sans jeux de mots).
Vraiment pas le lai le plus marquant mais il fait sourire.

             Yonec (Yonec),
Un lai avec un air de légende : poème assez long, toute l’histoire est détaillée et bien construite. Yonec s’inscrit parfaitement dans les récits du Moyen-âge.
Métamorphoses, male-mariée, amour caché… il y a tout, même la demoiselle qui s’évanouit une paire de fois en quelques heures !
Un bon récit.

             Le Rossignol (Aüstic),
Malgré mon amour pour Bisclavret, Le Rossignol est certainement mon lai préféré : il est plein de poésie, tout en pudeur. Il s’écarte des merveilles et du surnaturel et serait presque un conte réel, rajoutant à l’émotion que Le Rossignol me laisse.
Si vous n’avez pas le courage de lire le recueil entier, lisez au moins Le Rossignol.


             Milon (Milun),
On retourne ici à un lai classique qui s’inscrit comme une énième légende médiévale. L’histoire est sympathique mais rien de très marquant, surtout après Bisclavret et Le Rossignol qui sortent clairement de l’ordinaire : passer après mes deux coups de cœur, c’est difficile.

             Le Malheureux (Chaitivel),
Tout d’abord commune, cette histoire offre en fait une conclusion en double teinte très intéressante : Le Malheureux peut aussi s’appeler Les Quatre Deuils et ces deux titres offrent un approfondissement intéressant.
Un lai très sympa.

             Le Chèvrefeuille (Chievrefueil),
J’ai eu un souci avec ce lai car il est très connecté au récit de Tristan et Yseult, récit que je n’ai pas encore lu. J’étais donc perdue, je ne comprenais pas grand-chose (ce serait comme lire le tome trois du Trône de Fer avant de lire le premier).
Donc je ne peux pas vraiment me prononcer : je relirai Le Chèvrefeuille une fois que j’aurai lu Tristan et Yseult.

             Eliduc (Eliduc),
Comme pour le premier lai qui met dans le bain, le dernier s’inscrit dans la lignée et clôture ce recueil avec cette aventure classique, histoire d’achever les impressions "légendes médiévales". Malheureusement, Eliduc n’a rien de très original et ne sort pas du lot.

Je termine donc ma lecture avec un avis mitigé : j’adore les légendes médiévales, j’ai eu de vrais coups de cœur pour certaines, autrement, d’autres sont nettement plus communes et s’effaceront assez vites de ma mémoire. Mais je ne regrette absolument pas ma lecture !

Grâce à deux lais, je peux rattacher ce livre au Challenge des Légendes Arthuriennes !

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Concrètement, Mairie de France "n’a rien inventé" : elle a surtout immortalisé des légendes connues en Bretagne. C’est ce qu’elle précise dans l’introduction.

jeudi 16 février 2017

Merlin, de Robert de Boron,

Né d’une femme abusée par le diable, Merlin est aussi fou que sage. Ayant le privilège de connaître le passé et l’avenir, l’auguste prophète du Graal et de la grandeur arthurienne conseille et protège les rois qu’il a pris sous sa protection. Mais sa nature sauvage le pousse parfois à fuir la société des hommes pour gagner les solitudes forestières du Northumberland, ses talents de sorcier lui permettent de prévoir et de parer tous les mauvais coups et il sait à l’occasion se montrer facétieux, sournois et vaniteux.
Saint et démon tour à tour, l’enchanteur est au cœur de ce roman du XIIIème siècle qui raconte l’histoire fantastique du royaume de Logres depuis la naissance du prophète jusqu’à l’avènement d’Arthur.
Quatrième de couverture par GF Flammarion.
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« Tandis qu’elle se lamentait disant, en s’adressant à son fils, que Dieu avait toléré cette désastreuse naissance, créant en ses entrailles un être qui l’amenait au supplice et à la mort, […]. »
P. 41

Je connaissais les grandes lignes de l’histoire de Merlin grâce à l’ouvrage Arthur, Lancelot, le Graal : Le Grand Roman de Christine Ferlampin-Acher et Denis Hüe, mais je n’avais pas lu le récit de Robert de Boron. Ceci dit, connaître l’histoire avec la prose moderne, c’est bien sympathique, mais découvrir le récit de Merlin avec le charme de la narration médiévale, c’est mieux !

Merlin est un long récit qui ferait pâlir les plus belles légendes des autres terroirs : le décor s’agrémente de hauts châteaux, de cours vertueuses, de forêts vierges… Tous les ingrédients sont réunis pour un univers celtique.
[ci-contre, Viviane et Merlin, une photo de Julia Margaret Cameron.]
Quoique, celtique rime avec païen : pas une seule fois Merlin est vu comme un druide dans la version de Boron, qui est l’auteur qui a christianisé les mythes arthuriens (fun fact : le Graal n’était pas le Saint Graal chez Chrétien de Troyes, c’est Boron qui en fait le Saint Graal). Il y a donc un contexte purement religieux, propre aux récits du Moyen-âge occidental, des histoires du XIIIème siècle, ce qui n’est pas désagréable quand on connaît ce détail.
C’est comme se plaindre des morales présentes dans les romans du XIXème : Jane Eyre sera plus à lire sa Bible qu’à vous donner envie de déchirer votre corset et de défaire votre coiffure. Sauf quand Mr Rochester est dans les parages.

Forcément, si j’aime l’ambiance des légendes, il y a toujours cette ambiance assez ridicule qui va très vite : les gens qui s’évanouissent sans arrêt, les morts subites qu’on pleure pendant cinq minutes ou pendant trois siècles, les chevaliers surhumains, Superman et Batman de l’époque, qui peuvent se battre pendant une semaine sans s’arrêter… Et encore, curieusement, Robert de Boron n’est pas dans l’excès et je n’ai pas souvent éclaté de rire comme pendant ma lecture du Chevalier au Lion ou Histoires de Fantômes irlandais. De plus, même si on reconnaît le style clairement médiéval, Merlin est un récit original : un cambion qui suscite autant de respect, ce n’est pas l’idée qu’on se fait d’un héros du XIIIème.

Merlin dictant pour père Blaise.

Un livre donc assez sérieux, bien rythmé bien que finalement, plein de mystères, Merlin n’occupe pas toute la scène et disparaît à de nombreuses reprises. Je suis ravie d’avoir lu ce livre, me faisant poursuivre mes lectures arthuriennes qui ne me lassent toujours pas. Alors forcément, je rajoute Merlin dans mes participations au challenge des légendes arthuriennes !


             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Les éditions GF Flammarion proposent souvent des éditions bilingues ancien français-français moderne, mais à savoir que pour Merlin, il n’y a que le français moderne !... Avec une traduction qui commence à vieillir. Ça coupe la poire en deux !

samedi 12 mars 2016

Mordred, de Justine Niogret,

"Oyez la sinistre et triste histoire de Mordred, le chevalier renégat."
La légende veut que Mordred, fruit des amours incestueux d’Arthur et de sa sœur Morgause, soit un traître, un fou, un assassin. Mais ce qu’on appelle trahison ne serait-il pas un sacrifice ?
Alité après une terrible blessure reçue lors d’une joute, Mordred rêve nuit après nuit pour échapper à la douleur. Il rêve de la douceur de son enfance enfuie, du fracas de ses premiers combats, de sa solitude au sein des chevaliers. Et de ses nombreuses heures passées auprès d’Arthur, du difficile apprentissage de son métier des armes et de l’amour filial. Jusqu’à ce que le guérisseur parvienne à le soigner de ses maux, et qu’il puisse enfin accomplir son destin.
Quatrième de couverture par Mnémos.
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La célèbre illustration qui oppose Mordred à Arthur...
Oui bah non, retirez cette image de votre tête. Le mythe de Mordred est dépoussiéré.

Légendes arthuriennes, dit-on. Le grand et bon roi Arthur chante-t-on sur un air du roi Dagobert.
Mais si Arthur n’a pas sa culotte à l’envers, son rôle l’est : n’avez-vous jamais été frustré de le voir si peu présent dans les romans de Troyes ? Si lisse, si effacé et si fade ? Voire même cliché ?
Par chance, les romans plus modernes font reculer de leur plume le torturé Lancelot, le preux Perceval et le noble Gauvain pour s’intéresser à la source de cette immense Table Ronde : le roi Arthur. Le roi, mais aussi tout simplement l’homme.
Justine Niogret fait même plus en prenant pour narrateur de ce roman un chevalier bien mal aimé dans cet univers : Mordred.
On laisse la pureté de Galaad et le divin de Perceval pour s’intéresser à quelque chose de plus terre à terre, quelque chose de plus humain. On se fiche du Graal ici, ce n’est pas Dieu qui compte mais les relation humaines, les liens tissés.

Je n’aime pas beaucoup lire un résumé habituellement : il révèle des passages clés de l’intrigue, des rebondissements que l’auteur avait pourtant travaillés... Mais pour Mordred, le résumé sert d’introduction et aide le lecteur à s’installer dans ce roman, ce qui est primordial : tout comme Mordred, le lecteur nage en plein brouillard, entre le rêve et le réveil, le passé et le présent, le réel et les hallucinations.
De plus, la plume de Justine Niogret, bien que très poétique et admirablement travaillée, n’aide pas à la compréhension : il y a de ces phrases au sens ambigu et il faut accepter de ne pas pouvoir les comprendre. Mais cela ne retire rien à la beauté de certains passages. Un peu comme lorsqu’une indienne vous fait une chorégraphie endiablée d’odissi : c’est très beau, c’est même émouvant… mais impossible de comprendre comment fonctionne son corps et ce qu’elle exprime exactement.
La clarté n’a pas de place ici et les sentiments de l’auteure sont personnels, tout comme ceux du lecteur et son interprétation donne un nouveau souffle à Mordred.

J’avoue que j’avais peur de ce court roman : ma rencontre avec Chien du Heaume il y a quelque temps m’avait un peu laissée froide et je craignais de finir sur un sentiment d’inachevé ou de creux…
Déjà, en moins de 200 pages, Justine Niogret ne commet pas l’impair de faire un catalogue des chevaliers arthuriens : seuls les acteurs essentiels ont leur place sur scène, c’est-à-dire Mordred, Arthur, Morgause et l’étrange Porîk.
Ah oui, et les chevaux et un mire cynique que j’ai bien aimé. Sans oublier un serpent aussi.
On s’écarte des réunions avec un Mordred "adolescent" en quête d’un concept inconnu, à la découverte d’un monde trop connu mais qui a ici une nouvelle dimension. Lire Mordred ne donne pas l’impression de reconnaître un autre livre du thème, et pourtant, les plus néophytes seront perdus : pas pour les références, il n’y en a quasiment pas, mais pour l’intérêt de voir un Mordred jeune et "inoffensif", tout comme de voir un Arthur en simple homme.
J’ai aimé ces personnages mais j’ai surtout aimé leurs relations et plonger dans les souvenirs de Mordred aide à la familiarité.

Justine Niogret dresse donc un portrait de ce méchant et ténébreux Mordred très personnel, sortant des clichés et de l’interprétation facile. Quand on ouvre Mordred, on s’attend à des empoisonnements, des viols, de la boucherie, un tout façon Borgia à Camelot et pourtant, une ambiance celtique accueillera plutôt le lecteur dans des forêts humides où la pluie est courante, la magie timide et les hommes plein de doutes, de remords et de souhaits.
Un doux roman plein de poésie que je ne regrette pas d’avoir lu mais que je conseille aux lecteurs patients et sensibles qui ne demandent pas le mythe du chevalier courtois et valeureux.

Par contre, si quelqu’un veut me partager son interprétation sur le passage concernant les dragons intérieurs, je suis preneuse !

Cette chronique rejoint le Challenge des Légendes Arthuriennes :
J’aimerais une adaptation avec Alexandre Astier d’ailleurs.
Je sais qu’il peut jouer autre chose que le roi Arthur mais sa version a des échos avec celle de Niogret et sans regret, je l’ai imaginé durant ma lecture.

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Rien à ce jour~
• Mais seulement pour l’instant.
• Nous verrons.

jeudi 11 février 2016

The Witcher,

Incarnez Geralt de Rivia, créature mi-humaine, mi-magique, mais surtout mercenaire redoutable dans sa quête pour retrouver sa mémoire.
Résumé par JeuxVideo.com
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Je l’ai toujours dit : si j’étais un homme, je garderais mes cheveux longs et je charmerais toutes les jolies filles. Et il se trouve que j’ai eu ma révélation en terminant The Witcher : si j’étais un homme, je serais Geralt de Riv.
Oh, un homme mutant, certes.

J’avoue pourtant que The Witcher n’a pas été un coup de cœur immédiat : je l’avais acheté en soldes sur Steam (avec la suite, The Witcher 2 : Assassins of Kings) avant de l’installer un an après à cause d’un urgent besoin de m’aérer l’esprit durant un été.
J’avais bien aimé mais sans l’envie de passer des nuits blanches dessus, non que le jeu était mauvais, mais je me sentais perdue : amnésique, le héros doit réapprendre le monde dans lequel il vit en même temps que le joueur mais j’étais bien trop larguée pour apprécier mon avancement.
Finalement la décision était prise : je devais lire la saga du Sorceleur qui a inspiré la trilogie des jeux avant de me jeter dans l’aventure. Et finalement, en maniant le vocabulaire et la géographie de l’univers de Sapkowski, je suis (enfin) tombée sous le charme de The Witcher sur le support jeu-vidéo.


Le jeu est-il mieux que le livre ? De mon propre avis, le jeu complète le livre. Les monstres laissent rapidement la place aux intrigues politiques dans la version papier, mais action oblige, le jeu vous laisse traquer les vampires et les noyeurs tout votre soûl. Les quêtes secondaires permettent, à la façon des nouvelles, d’explorer cette dichotomie humain/monstre qui tiraille tant le héros qui est entre l’homme et le monstre. C’est dommage qu’on ne retrouve pas plus les personnages du roman mais la brochette que le jeu propose est suffisamment intéressante et intervient à quelques reprises.
C’est sûr, l’équipe exploite pleinement l’univers que Sapkowski a laissé et jouer au jeu permet une autre approche, une intrusion dans ce Moyen-âge funèbre.

Par contre, je déplore des défauts techniques qui gâchent l’aventure : on sent que c’est une petite équipe qui a programmé ce premier titre. Trop de quêtes qui peuvent être ratées, des chapitres mal sectionnés, des indicateurs qui ne sautent pas au visage... J’ai raté pas mal d'événements en pensant pouvoir les faire plus tard : problème, The Witcher n’est pas un open world et vous avez très peu de chances de pouvoir revenir sur vos pas...
Donc ce point a été décevant car un petit détail pour prévenir le joueur avant de passer au chapitre suivant aurait été pas mal...


Pour sauver le jeu, en plus de personnages (évidemment) intéressants et un univers (encore évidemment) intriguant, The Witcher propose une interface intelligente et originale : j’ai aimé le détail du médaillon qui tremble en présence de monstres, remplaçant la carte basique avec les petits points rouges pour montrer les méchants, j’ai aimé ce système d’alchimie où ce ne sont pas les ingrédients mais les molécules qu’ils contiennent qui font les potions.
The Witcher se démarque donc de ses homologues RPG Fantasy avec ce genre de petits détails qui lui sont propres.


En revanche, si Geralt est plutôt fidèle (pour un amnésique), je regrette énormément un certain changement chez certains personnages déjà connus : Triss étant le meilleur exemple. Adorable petite sœur au profil de "petite sœur" dans les livres, elle devient une rouquine fatale dans le jeu et réunit toutes les personnalités aguichantes et séductrices des autres sorcières du roman.
C’est simple : si je la trouvais mignonne dans les romans, ici, elle est abjecte à mes yeux.
Et si j’ai eu un petit pincement au cœur à chaque référence à Ciri ou Yennefer, j’ai amèrement regretté leur absence dans cette adaptation… Comme si elles n’étaient pas importantes alors qu’on voit Shani.
Autant dire : j’ai choisi Shani à Triss dans le jeu. Les sorcières, ça va un temps : les femmes médecins forte tête ont leur charme aussi~


Quant aux graphismes, ils n’ont pas à rougir sachant leur âge et le plus marquant se situe dans les plans et les paysages. Les villes sont relativement animées et le charme est présent, les couchers de soleil jettent des lueurs étoilées dans les yeux du joueur et on fond devant la beauté des eaux qui reflètent la lune, le tout porté par une musique bien présente et efficace.
Un petit mot : les influences celtes sont très discrètes et on retrouve surtout un souffle de musiques slaves (origine polonaise oblige), l’OST de The Witcher n’a pas de semblable chez ses semblables et possède donc une playlist unique.

Si certains choix scénaristiques sont pour moi douteux et qu’on peut pointer de nombreux défauts de jouabilité malgré une interface pratique, The Witcher est malgré tout un jeu très bon. J’ai hésité entre le 3/5 ou le 4/5 et puis j’ai jeté mon dévolu sur la seconde note : il n’y a pas beaucoup de jeu qui peut se vanter de m’avoir pousser à lire une saga de sept tomes en un an.


Tout un chapitre est consacré à un univers très arthurien, entre un Roi Pêcheur, une Dame du lac... avec qui on peut coucher, d’ailleurs. Si, si : sa carte "érotique" (une des moins érotiques du jeu en fait) est là. (On pourrait penser que le jeu vise un public masculin, mais les cartes, obtenues quand une fille s’ajoute à la liste des amantes, sont très jolies, on ne peut pas le nier ! Je laisse juger entre celle avec une elfe ou encore la première avec Triss et quelques autres ici...) Sans compter une ambiance assez chevaleresque d’ailleurs durant ce chapitre qui est sûrement le plus beau...
Donc le premier jeu de Witcher peut s’ajouter au Challenge Arthurien :

             Quelques anecdotes sur ce jeu,
• Inspiré de livres d’Andrzej Sapkowski. Il n’est pas obligatoire de les lire mais… Pour ma part, d’expérience, je le conseille pour ne pas être paumé entre les différents royaumes : je vous invite à voir ma chronique du premier tome et du troisième tome (les deux premiers tomes étant des recueils de nouvelles, l’histoire démarre vraiment au tome 3).
• Différence avec The Witcher "simple" : The Witcher : Enhanced Edition est une version comprenant moult améliorations et ajouts par rapport au jeu original avec notamment un éditeur de scénario, une tripotée de personnages supplémentaires et deux aventures inédites. Le coffret comprend également deux CD audio (bande originale et musiques inspirées par le jeu) ainsi qu’une nouvelle d’Andrzej Sapkowski.

vendredi 29 janvier 2016

Perceval ou le Conte du Graal, de Chrétien de Troyes,

Perceval vit à l’écart du monde, ignorant de tout, et même de son nom. Un jour dans la forêt, il croise, émerveillé, cinq chevaliers revêtus de leur armure et décide de rejoindre la cour du roi Arthur pour se faire à son tour armer chevalier. Ainsi débutent les aventures de Perceval qui affrontera cent ennemis, rencontrera l’amour et tentera de percer le mystère du Graal.
Comment un enfant rustre et naïf va-t-il devenir un parfait chevalier ? C’est toute l’histoire de ce roman d’apprentissage avant la lettre. Car Perceval ne parviendra au plein épanouissement de sa personnalité qu’à condition de connaître les codes en vigueur. Et même alors, il lui restera à s’en détacher pour accéder à une plus haute vérité.
Quatrième de couverture par GF Flammarion.
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J’adore Chrétien de Troyes et j’adore sa part d’œuvres dans les légendes arthuriennes. Mais même en sachant que Perceval ou le Conte du Graal est un roman inachevé, j’ai été plutôt déçue par cette lecture...

La Tentation de Sir Perceval (1894), par Arthur Hacker

Perceval ou le conte du Graal pourrait s’appeler tout aussi bien Perceval ou Gauvain, ou encore Gauvain ou la quête romantique : le livre n’est pas concentré uniquement sur le nouveau chevalier (ô combien hilarant) de Perceval mais aussi sur (le ô moins génial) Gauvain. Adorant Perceval, je me réjouissais des passages où ce chevalier apparaissait avec des événements surprenants, mais je ne portais pas du tout Gauvain, figure peu originale à côté car parfait cliché du chevalier en quête de gloire.
Il faut dire que la part de merveilleux dans ce roman est très importante : des enchantements, des légendes, des apparitions… Et même si les deux chevaliers rencontrent leur part de surprises, les événements de Perceval sont bien plus intéressants, j’irais même jusqu’à dire essentiels. Le côté de Perceval est plus axé sur la spiritualité et un mystère concret tandis que Gauvain affronte des manifestations où il pourra tirer gloire et renom dans chaque victoire.
Forcément, la trame de Perceval me bottait un peu plus…

Les deux chevaliers rencontrent bien sûr une foule de personnages et j’ai eu un coup de cœur pour l’Orgueilleuse de Logres, une figure féminine assez inhabituelle dans les romans de Troyes, pleine de rancœur et de méchanceté. Ce qui donne parfois des situations comiques qui se retournent contre Gauvain...

Le Gauvain de Chrétien de Troyes et celui de Kaamelott n’ont rien à voir, en revanche, 
si une distinction est à faire entre les deux Perceval, on sent l’inspiration d’Alexandre Astier !

D’ailleurs, c’est indéniable, c’est bien du Chrétien de Troyes : ce ton un peu ironique et fluide est similaire à ses autres œuvres et l’auteur n’a pas peur de se moquer de ses personnages. Malgré le contexte historique, la narration est relativement accessible, d’autant plus que la traduction de Jean Dufournet est très correcte.
Être spécialiste de littérature médiévale doit rendre le texte encore plus savoureux !

Ce n’est pas un mauvais livre, mais Chrétien de Troyes a nettement fait mieux dans d’autres ouvrages… Peut-être si l’œuvre n’avait pas été inachevée, j’aurais eu un ressenti inverse mais ce n’est pas celui que je conseille.

Cette chronique rajoute une participation au Challenge des Légendes Arthuriennes organisée par Auudrey :


             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Il s’agit du dernier roman de Chrétien de Troyes et bien qu’il soit inachevé, plusieurs suites ont été écrites dès le XIIème siècle. On ignorera quelles étaient les intentions de Chrétien de Troyes mais peut-être que certaines versions pourront combler ce manque.
• L’édition Gallimard propose une version bilingue (à gauche) : la page de gauche est en ancien français et la page de droite en française moderne, certaines comparaisons sont très sympathiques à faire. L’autre édition (à droite) ne propose que la traduction en français moderne.



dimanche 1 février 2015

Yvain ou le Chevalier au Lion, de Chrétien de Troyes,


Malgré l’amour qu’il porte à son épouse, la belle Laudine, le chevalier Yvain s’en va combattre aux côtés du roi Arthur. Il a fait le serment de revenir au bout d’un an. Mais il manque à sa promesse et perd l’amour de Laudine... Désespéré, Yvain erre alors d’aventure en aventure, suivi par un lion à qui il a sauvé la vie. Saura-t-il gagner, par l’éclat de ses prouesses, le pardon de celle qu’il aime ?
Quatrième de couverture par LivrAddict.
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« — Aimer ? Et qui ? — Vous, ma chère dame.
— Moi ? — C’est vrai, absolument. — De quelle manière ?
— D’une manière telle qu’il ne peut y avoir de plus grand amour,
telle que mon cœur ne vous quitte pas
et que jamais je ne le trouve ailleurs qu’auprès de vous ;
telle que je ne peux pas penser à autre chose ;
telle que je me donne à vous entièrement ;
telle que je vous aime plus que moi ;
telle que pour vous, et sans arrière-pensée,
je veux, selon votre gré, vivre ou mourir. »
P. 175

Ça y est ! Je me suis mise à attaquer le cycle du Graal avec le ouvrages originaux, signés par Chrétien de Troyes. J’avais déjà eu une approche en prose et résumé dans Arthur, Lancelot, le Graal : Le Grand Roman donc je me sentais d’affronter la traduction honnête d’un récit en vieux français.

Déjà, un petit éclaircissement sur ce point : même une néophyte comme moi n’a pas été gênée par ce type de narration et c’est même remarquablement facile à lire ! L’époque veut forcément que les descriptions soient secondaires et que les personnalités n’aient pas une psychologie trop creusée, mais quand on garde en tête ces deux caractéristiques de la littérature de cette époque, on peut passer un excellent moment.

Le chevalier Calogrenant verse l’eau sur le perron de la fontaine merveilleuse et déclenche la tempête ; il se retourne pour affronter le gardien, Esclados le Roux, sorti précipitamment de son château, illustration dans un manuscrit datant des années 1325.

Alors certes, Yvain ou le Chevalier au Lion ne m’a pas emportée comme un tome du Trône du Fer mais cela ne retire rien au merveilleux qui est omniprésent dans le récit. Les surprises étaient nombreuses et on nage réellement en plein surnaturel grâce à des rencontres originales (eh oui, je songe surtout à celle d’Yvain et du lion, mais à d’autres encore), des créatures assez dérangeantes et des périples qui semblent impossibles au premier abord. Adorant les légendes de chevaliers confrontés au monde féerique, je n’ai pas été déçue par les aventures d’Yvain bien qu’il ne soit pas, à mes yeux, le chevalier le plus intéressant de la Table Ronde. Son récit est tout de même agréable et pour les plus curieux, cela sort de l’éternelle romance de Lancelot et Guenièvre car la romance entre Laudine et Yvain est moins barbante (merci l’ours pour l’adjectif, un tel mot ne me surprend pas venant de toi, mwéhéhé).
Enfin, elle reste tordue hein. Tomber amoureux d’une femme qui se lacère le visage et s’arrache les cheveux, c’est toujours comique d’un point de vue extérieur.
Mais c’est précisément ce que j’aime dans les vieilles légendes ! Me dire, en pleine lecture « Mec, on a vraiment pas les mêmes problèmes dans la vie ! » et ces moments absurdes me font tellement sourire (je vous rassure, j’évite le plus possible de rire du malheur des autres) que j’en redemande. Bref, je n’arrive même pas à décider si ce côté too much est un défaut ou un bon point… Mais quand c’est pour le Graal, c’est un bon point !

Surtout quand on visualise le Yvain de la série Kaamelott menée par Alexandre Astier.

Yvain ou le Chevalier au Lion n’est donc pas mon récit arthurien préféré mais il compte de nombreux passages que j’ai aimés (les deux sœurs rivales de la Noire Épine, le lion attaqué, le château de la Pire Aventure avec les trois cents vierges qui y résident…) et j’ai été ravie de connaître les exploits de ce chevalier.

J’attendais de faire enfin mon post pour le Challenge des Légendes Arthuriennes pour enfin écrire cette chronique et qu’elle trouve sa place parfaite parmi mes participations :

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Bien que mon édition porte le titre de Le Chevalier au Lion, l’œuvre de Chrétien de Troyes est plus connue sous son titre complet Yvain ou le Chevalier au Lion.
• À savoir, petit détail sympa : les éditeurs Le Livre de Poche et GF Flammarion a sorti la plupart des légendes arthuriennes en version bilingue. À gauche, vous avez donc le vieux français et à droite, le français moderne. Un p’tit bonus que j’ai apprécié et j’ai déjà Lancelot ou le Chevalier de la Charrette et Perceval ou le Conte du Graal dans ma PAL.

vendredi 30 janvier 2015

Challenge [09], Challenge Légendes Arthuriennes,


Il était temps que je m’occupe de ce post : voilà donc l’article officiel qui fait que je participe au gros challenge Arthurien mené par Auudrey, quête qui me tente énormément et que j’espère mener à bien pour le niveau qui m’intéresse (Galahad, soit 22 livres).

Pour ceux que ça intéresse, vous avez donc plusieurs niveaux possibles :
Niveau Roi Arthur : Lire 100 livres
Niveau Merlin : Lire 90 livres
Niveau Dame du Lac : Lire 80 livres
Niveau Perceval : Lire 70 livres
Niveau Morgane : Lire 60 livres
Niveau Mordred : Lire 50 livres
Niveau Gauvain : Lire 40 livres
Niveau Galahad : Lire 22 livres
Niveau Lancelot : Lire 15 livres
Niveau Bohort : Lire 10 livres
Niveau Guenièvre : Lire 5 livres
Niveau Yvain : Lire 3 livres

Les livres ne sont pas obligatoirement ceux de Chrétien de Troyes, tant que le thème arthurien s’applique à votre lecture… En sachant qu’Auudrey autorise aussi les chroniques de séries, films, etc. il y a de quoi faire ! Dernière info' : le challenge est sans limite de temps et il est possible de changer de niveau en cours de route. C’est merveilleux !

Alors n’hésitez pas à nous rejoindre en vous inscrivant sur ce post !

Mes participations…