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lundi 8 mai 2017

Les Mensonges de Locke Lamora, de Scott Lynch,

On l’appelle la Ronce de Camorr. Un bretteur invincible, un maître voleur. La moitié de la ville le prend pour le héros des miséreux. L’autre moitié pense qu’il n'est qu’un mythe. Les deux moitiés n’ont pas tort. En effet, de corpulence modeste et sachant à peine manier l’épée, Locke Lamora est, à son grand dam, la fameuse Ronce. Les rumeurs sur ses exploits sont en fait des escroqueries de la pire espèce, et lorsque Locke vole aux riches, les pauvres n’en voient pas le moindre sou. Il garde tous ses gains pour lui et sa bande : les Salauds Gentilshommes. Mais voilà qu’une mystérieuse menace plane sur l’ancienne cité de Camorr. Une guerre clandestine risque de ravager les bas-fonds. Pris dans un jeu meurtrier, Locke et ses amis verront leur ruse et leur loyauté mises à rude épreuve. Rester en vie serait déjà une victoire...
Quatrième de couverture par Bragelonne.
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J’ai mis beaucoup de temps à lire ce premier tome des Salauds Gentilhommes, non pas que je n’accrochais pas (bien au contraire), c’est juste que c’est la première fois que je lis un roman aussi "épais" sur liseuse (en ebook, ça se remarque moins).
Ça ne m’empêche pas d’être ravie d’avoir acheté les trois premiers tomes de cette saga lors de l’OP de Bragelonne de Décembre 2016 (c’est-à-dire des ebooks à 0€99).

« — […] J’ai des gosses qui aiment voler. J’en ai d’autres que ça n’intéresse pas, et d’autre encore qui le tolèrent juste parce qu’ils savent ne rien pouvoir faire d’autre. Mais personne, et je dis bien personne, n’en a autant envie que lui. S’il se faisait ouvrir la gorge et qu’un medekiner essaie de le recoudre, Lamora lui volerait aiguille et fil. Et ça ne le dérangerait pas d’en crever. Il… vole trop. »
P. 16

Le premier point fort qui m’a frappée : le style. Scott lynch arrive à avoir une plume très lyrique et en même temps, un rythme animé et ponctué d’humour. Les dialogues sont vraiment savoureux avec autant de réparti et cette Venise féerique est plein de charme…
Justement à propos de l’inspiration : Les Salauds Gentilhommes font leurs quatre-cents coups à Camorr, lointaine sœur de Venise avec tous ces courants qui viennent diviser la cité. Mais les descriptions ne se concentrent pas que sur les remous où dorment les requins, le lecteur lève souvent le nez vers les tours en verre de Camorr, du verre coloré et omniprésent qui amplifie la lumière. L’ambiance des Mensonges de Locke Lamora est très lumineuse, très colorée, rien à voir avec les personnages roublards.

« — C’est un couteau, ça ? demanda Locke en levant un ustensile à beurre au bout arrondi à l’adresse de Chains. Il y a quelque chose qui cloche, là. On ne peut tuer personne avec cette chose.
— Et bien, ce ne serait pas facile, je te l’accorde, mon garçon. (Chains guida la main de Locke pour lui indiquer l’endroit où le couteau à beurre se mettait, avant de disposer de petites assiettes et des bols.) Mais, quand les gens de qualité se réunissent pour dîner, il est impoli de buter qui que ce soit avec autre chose que du poison. Ça, c’est pour tartiner, pas pour trancher les trachées. »
P. 106

Les personnages sont très intéressants mais pour l’instant, ils restent assez classiques : donnant envie de découvrir leur histoire mais sans pour autant faire rêver dans ce premier tome. C’est surtout les liens qui ont pimenté cette partie du roman. Sans oublier l’ingéniosité des plans de ces voleurs aguerris.
Mais voilà, je n’ai pas été entièrement charmée par Locke, Jean, Calo, Galdo et Moucheron : un peu comme une virée très amusante avec des copains mais pas la sortie avec des amis proches. Ceci dit, je suis prête à repartir pour une autre tournée avec eux ! Et découvrir davantage de cet univers puisque la fin de ce premier tome s’ouvre sur des horizons plus larges.
Et je veux plus de souvenirs avec père Chains. C’est lui, mon favori. Avec Sofia Salvara.

« — […] Ça, ça a de la gueule, au moins. Cinq solons tout ronds. L’or est bon, mais le platine, c’est de la pacotille verrarienne, aussi authentique qu’un œil de verre. Et je chie des diamants plus gros que ça cinq ou six fois par semaine.
— Sept et trois, dit Locke. Je me suis décarcassé pour mettre la main sur cet objet-là.
— Alors, il faut que je paie plus, tout ça parce que ton cul et ta cervelle ont été intervertis à la naissance ? C’est pas mon avis. »
P. 170

Les Mensonges de Locke Lamora n’est pas un tome introductif, et tant mieux : il se passe une foule de choses et on peut considérer qu’une première histoire se clos, bien qu’on se doute que les répercussions seront nombreuses. Scott Lynch met beaucoup de talent dans la composition de ses trames : les rebondissements sont astucieux (j’avais même parfois du mal à croire à certains retournements de situation), les indices intelligents… Vos neurones vont marcher durant la lecture comme pendant une partie d’échecs ou au contraire, vous vous laisserez porter comme dans une tempête.

Même si ce n’est pas un coup de cœur, je ne vois aucun défaut aux Mensonges de Locke Lamora. Maintenant que je suis entrée dans l’univers et que j’ai apprivoisé ces personnages, peut-être qu’un prochain tome fera mouche ? J’ai bon espoir.

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Quand Patrick Rothfuss a publié son premier roman Le Nom du Vent, le succès lui a collé le surnom de "nouveau Scott Lynch". Tout d’abord un peu vexé car privé d’avoir "son propre nom", Rothfuss a finalement lu Les Mensonges de Locke Lamora et se dit finalement honoré de la comparaison ! Vous pouvez lire sa critique ici.
• Les Salauds Gentilhommes est une saga prévue en sept tomes, avec un spin-off publié en 2017.

(attention, il s’agit des versions numériques)

vendredi 5 avril 2013

Un Traître à notre Goût, de John le Carré,

Ils voulaient simplement faire une partie de tennis. Gail et Perry, jeune couple anglais en vacances dans les Caraïbes, échangent quelques balles avec d’autres vacanciers, les Dima, une banale famille russe. Invités à leur soirée, ils deviennent malgré eux des émissaires de la mafia. Les services secrets anglais sont à leurs trousses. Pour s’en sortir, Perry n’a qu’une solution : devenir espion.
Quatrième de couverture par Points.
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« Voilà. Débrouillez-vous seuls. Je suis, donc je n'espionne pas. »
P 136

M’intéressant de près à la mafia russe (ou la mafia tout court), j’étais ravie de voir que John le Carré abordait ce thème assez tabou dans son petit dernier : Un Traître à notre Goût.

Ayant lu La Taupe, je connais déjà plus ou moins le style un peu spécial de ce célèbre auteur anglais, cette plume appuyée et précise qui choisit sagement ses mots, colorant son récit par quelques points d’humour ironiquement, typiquement britannique. Le début du récit est plutôt délicat car les événements en flash-back et flashforward s’enchaînent, mais John le Carré s’en sort relativement bien et je ne me sentais pas perdue en ce début d’aventure. De plus, le récit nous fait voyager des Caraïbes jusqu’à Londres, de Paris jusqu’en Suisse et bien que l’auteur se montre un peu avare dans les descriptions du décor, l’ambiance est bien plantée et on n’imagine sans trop de mal ces paysages uniques.

Mais ce n’est pas pour les descriptions à la Zola que je lis du John le Carré mais plutôt pour ses personnages travaillés. Encore charmée par George Smiley, Bill Haydon et Peter Guillam de La Taupe, j’ai malheureusement trouvé certains acteurs de Un Traître à notre Goût un peu creux. Le couple Gail et Perry n’a pas réussi à me convaincre car d’un côté, j’adorais Gail, cette avocate travailleuse qui continue de creuser pour se faire une place dans le monde qu’elle veut atteindre, tandis que Perry m’agaçait souvent avec ses réactions irraisonnées et égoïstes, me demandant parfois si il ne souffrait pas de bipolarité. C’est vrai que, se retrouver à fréquenter la mafia russe malgré soi, ça peut déclencher certains troubles…
Quant aux autres personnages, le tout m’a plu mais sans plus, il n’y a que le russe Dima qui sort du lot, sa façon de baragouiner le rendait bizarrement attachant. Et bien sûr, sa situation et la conclusion contribuent à cet intérêt. Un chouette gars avec une famille assez frappé, ce serait comique si le sujet était fictif… Mais comme il ne l’est pas, il ne nous reste plus qu’à prendre pitié.
J’ajoute aussi un excellent point aux discussions que j’ai trouvé très rythmées, très fluides, tantôt elles m’amusaient, tant tôt elles me faisaient froid dans le dos. Je salue aussi le travail de traduction d’Isabelle Perrin qui est de très bonne qualité.

« Ce fut au tour d’Hector de se montrer pensif.
« Vous allez devoir vous contenter de notre parole.
- La parole de votre Service ?
- Dans l’immédiat, oui.
- Et elle a quelle valeur ? Les gentlemen qui mentent pour le bien de pays, c’est bien vous, non?
- Ça, c’est les diplomates. Nous, on n’est pas des gentlemen.
- Alors vous mentez pour sauver votre peau.
- Encore raté, ça, c’est les hommes politiques. Rien à voir. »
P 181-182

Les dialogues appréciables donnent de la vie à des intrigues très intéressantes durant le roman. Le lecteur qui pense que John le Carré se contente d’intrigues d’espionnage se plante, car il y a aussi les relations affectives et familiales qui sont en jeu dans le récit. J’ai énormément aimé la relation qui rapproche Gail et l'étrange Natasha. Mais ces intrigues palpitantes durant la première moitié commençaient à s’essouffler durant la seconde moitié et mon intérêt a eu du mal à émerger de nouveau lors de la conclusion, ce qui est bien évidemment dommage…
Un Traître à notre Goût est donc bien un livre de John le Carré, on ne peut se tromper sur l’auteur tant on retrouve sa signature, son humour à la limite caustique et ses personnages atypiques, bien que j’ai préféré ceux de la trilogie de Karla. Il manque juste un peu de souffle au roman pour être réellement frappant et poignant. La lecture vaut quand même le coup pour ceux qui s’intéressent à la Bratva (et si vous êtes en plus très, très dan de tennis) car le Carré connaît quand même son sujet et je n’ai pas du tout regretté ce point.

Pour ceux qui désirent se pencher sur Un Traître à notre Goût, je vous propose un petit lexique pour le vocabulaire qu’on retrouve durant les mésaventures du couple de Gail et Perry :
• Apparatchick (en russe, аппаратчик) est un cadre du gouvernement ou du parti communiste, en URSS.
• Bratva (en russe, Братва) désigne l’ensemble des réseaux criminels.
• Kolyma (en russe, Колыма) est une région russe dans la Sibérie, qui tire son nom du fleuve. Durant l'aire stalinienne, les camps du Goulag étaient très nombreux là-bas. C'est une région qui apparaît souvent dans les œuvres de Chalamov. C’est aussi un titre de livre de Tom Rob Smith (après le tome Enfant 44).
• Nomenklatura (en russe, номенклатyра) est un terme pour désigner l'élite du parti communiste de l'URSS et ses blocs.
• Vor (en russe, вор) est le nom donné aux "mafieux russes", si on veut faire simple. Traduit, il veut dire "voleur", au pluriel, vor devient vory (Воры). Leur organisation porte également le nom de vory v zakone (воры в законе), ou en anglais Thieves in Law.
« C’est le Prince qui donne les vory à l’État, la pire chose qu’un vor puisse faire. Trahir un homme comme lui est un devoir, aux yeux de Dima, pas un crime. »
P 167

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Alexandre Soljenitsyne et Varlam Chalamov sont deux auteurs russes temps à autre cités dans Un Traître à notre Goût : dans leurs œuvres, ils dénonçaient les conditions du Goulag et les injustices du gouvernement.
• Le roman sera bientôt adapté avec possiblement Mads Mikkelsen pour le rôle principal (je me demande bien quel rôle est principal ? Perry ? Luke ? Dima ?) et il est probable que Ralph Fiennes et Ewan McGregor rejoignent le casting. De plus, les scènes seront partagées entre Londres, Paris, Moscou et Tanger. Juste pour le voyage visuel, je suis tentée ! (source)
• Pour ceux qui s’intéressent également à la mafia russe, je peux vous proposer un excellent site de photographie où j’ai trouvé les images de cette chronique : FUEL. Pourquoi est-il si excellent ? Pour la qualité des photos déjà mais aussi parce que vous trouverez à droite de chaque illustration la signification (supposée ou certaine) des tatouages. À savoir tout de même qu'il s'agit de mafieux photographiés avant les années 1990, donc la signification des tatouages diffère certainement de ceux des années 2010 (n'allez pas harceler pas des russes qui ont des barbelés au bras).

mardi 25 décembre 2012

Alcool, de Poppy Z. Brite,

Rickey et G-man décident d’ouvrir à la Nouvelle-Orléans un restaurant où tous les plats contiendront un petit plus spiritueux…
Commence une course frénétique et épicée à travers les cuisines, les arrière-cours, les bouges et les deals d’une ville amoureuse de l’alcool.
Quatrième de couverture par Au Diable Vauvert.
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Quand Poppy Z. Brite annonce vouloir quitter les bas-fonds punk et dégueulasses de la Nouvelle-Orléans car elle n’a plus rien à écrire dessus, elle tient parole. Dans Alcool, on sent combien elle a changé, qu’elle veut passer à autre chose et pourtant, la plume reste intacte.
J’étais un peu sceptique en voyant tant de critiques négatives sur ce livre de la Reine de l’Underground, le jugeant sans aucun intérêt, plat et ennuyeux… Et pourtant, j’en sors enchantée car j’ai redécouvert l’auteur. Dans ces pages, pas de bains de sang à répétition, pas de créatures libidineuses et de scènes choquantes. Aussi étrange que cela puisse paraître, Alcool est un livre de Brite à mettre dans toutes les mains.

 À gauche, couverture français, à droite, couverture américaine
Ceux qui s’arrêtent sur Poppy Z. Brite pour lire uniquement du sexe sont quand même tombés bien bas, car c’est une auteur qui a réellement du talent et elle nous le prouve. Alcool est bien en-dessous du Corps Exquis et d’Âmes Perdues en matière frayeur, mais on retrouve le ton sarcastique, l’humour sanglant (certains répliques valent de l’or) et surtout, ses personnes typiques.
J’avoue que certains tombent un peu dans la caricature détestable, comme Mike Mouton. Mais j’avoue que j’ai eu un véritable coup de foudre pour Rickey et G-man, ils ont une véritable alchimie, formant un équilibre qui se casse de temps en temps la gueule, sont touchants, ont leur caractère bien sympa… Bref, un couple simple, appréciable et qui m’a donné envie de lire le reste juste pour les retrouver. J’ai beaucoup aimé Terrance aussi, que j’espère voir davantage dans les prochains tomes.

Quant à l’histoire, si on ne sait pas trop où on navigue ni où on va atterrir, l’intrigue apparaît petit à petit et devient particulièrement intéressante. Passé une cent cinquantaine de pages, je pense qu’il est difficile de reposer le livre sans vouloir savoir comment tous ces nœuds vont se dénouer. Par chance, Poppy Z. Brite nous offre une conclusion satisfaisante et met un point d’honneur sur ce livre réussi.

La Nouvelle-Orléans, ville amoureuse de l'alcool

Petite mention bien sûr aux plats culinaires qui passent. Jamais je n’ai eu autant envie d’aller à la Nouvelle-Orléans et voir si les cuisiniers Rickey et G-man existaient vraiment pour voir leur restaurant. Côtoyant le domaine de la cuisine, je sais comment un chef peut être passionné par l’art culinaire et Poppy Z. Brite fait preuve du même amour, le partageant dans des mets raffinés et menus sophistiqués. De quoi donner faim et de nous faire rêver.

Bref, un peu sceptique au début, ce livre a pas mal traîné dans ma bibliothèque mais je ne regrette pas de l’avoir enfin… Dégusté ? Je ne pense pas enchaîner tout de suite avec le reste, histoire de digérer en bonne et due forme, mais je serai ravie de retrouver le duo de cuistots dans quelques mois.
À lire que vous connaissez Brite ou non, que vous l’aimez ou non : elle est sous un nouveau jour, plus radieuse que jamais.


             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Alcool est le premier tome d’une trilogie (dont seulement les deux premiers sont sortis en France) avec les personnages de Rickey et G-man. Bien que le duo apparaisse dans d’autres livres.
• Étant mariée à un chef cuisinier, on peut dire sans se tromper que Poppy Z. Brite maîtrise son sujet.

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Et joyeux Noël mes petits~