Affichage des articles dont le libellé est Historique: 1850's. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Historique: 1850's. Afficher tous les articles

vendredi 2 mars 2018

Moby Dick, d'Herman Melville,

Moby Dick, c’est la monstrueuse baleine blanche, l’incarnation du Mal, cette figure de l’obsession et du double qui, des profondeurs glacées, accompagne le capitaine Achab habitué en surface aux combats titanesques des océans. Moby Dick est ce chef-d’œuvre total que tout le monde peut lire comme le plus formidable des romans d’aventures ; la quête aussi d’une humanité embarquée de force à bord d’une histoire qui reste pour elle un mystère…
Quatrième de couverture par Libretto.
---

« Je n’ai pas arrêté d’y penser depuis lors, et ce ha, ha ! est la dernière conclusion. Pourquoi ? Parce que le rire est la plus sage et la plus facile réponse à tout ce qu’il y a de bizarre. »
P. 292

Herman Melville a réussi un exploit : me faire aimer une histoire qui se passe en mer. Moi qui exècre la vie maritime, moi qui souffre de mal de mer même sur les gros paquebots, moi qui me lasse sur les plages, agacée par le monde et les envolées de sable, j’ai aimé Moby Dick !
(Je suis une fille de montagnes, en fait)
Malgré la grande part concernant la vie des marins et la faune maritime, Moby Dick est un roman au thème obscur et très intéressant.

Fishermen at sea, peint par William Turner
Je ne vais pas vous mentir : les nombreux chapitres qui racontent comment on extrait l’ambre gris des cachalots, les différences entre les différents cétacés, toutes les mentions de monstres marins dans la littérature, tous ces passages, je les ai lus en diagonale. Si ces chapitres vous semblent affreusement longs également, vous pouvez sauter quelques pages sans rougir et sans perdre le fil de l’histoire pour autant, pas d’inquiétude.
Et si vous persévérez, vous aurez peut-être la chance d’être happé par ce voyage malheureux qui amène un équipage, dirigé par un homme qui a soif de vengeance, à affronter un cachalot invincible et immense. Mais enfin, vous connaissez l’histoire.
Ce que vous ignorez peut-être, par contre, c’est que Moby Dick n’est pas qu’une réflexion de l’homme contre la nature ou Dieu : il n’y a pas que la haine d’Achab à l’encontre de Moby Dick, il y a bien plus de trames que cette rivalité légendaire. Le premier narrateur, Ismaël, s’amourache d’un cannibale Queequeg (si, si, une romance gay, magnifique au passage) et offre de jolis moments à propos d’amitié, les conflits entre membres de l’équipage montrent la dure vie menée par ces derniers…
Et allez savoir : en le lisant, vous trouverez peut-être d’autres thèmes qui m’ont échappé. Quoiqu’il en soit, il s’agit d’un roman très vaste et les interprétations sont propres à chacun.

Malgré l’épaisseur intimidante, Moby Dick se lit très vite, cela grâce à une plume claire et fluide, bien que parfois trop instructive : Melville s’efforce de dresser un magnifique cadre où l’océan est tantôt tourmenté, tantôt paisible et triste… Et au risque de me répéter : même moi qui ne suis pas fascinée par la mer, l’ambiance a réussi à me charmer.

Dutch boats in a gale, peint par William Turner
Un sacré morceau mais qui mérite quand même qu’on s’y attarde : si vous êtes motivé, si vous aimez les classiques et si vous voulez compter dans vos lectures ce monstre ultra-connu, alors plongez dans Moby Dick.

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Tous les détails et connaissances partagés par l’auteur sont-ils tirés d’ouvrages compulsés ? Peut-être, mais pas seulement : Herman Melville a eu une vie assez mouvementée et a pris la mer. Certains passages sont donc probablement inspirés de sa propre expérience.


Envie de l’acheter ?

lundi 8 janvier 2018

Fleur de tonnerre, de Jean Teulé,

Ce fut une enfant adorable, une jeune fille charmante, une femme compatissante et dévouée. Elle a traversé la Bretagne de part en part, tuant avec détermination tous ceux qui croisèrent son chemin : les hommes, les femmes, les vieillards, les enfants et même les nourrissons. Elle s'appelait Hélène Jégado, et le bourreau qui lui trancha la tête le 26 février 1852 sur la place du Champs-de-Mars de Rennes ne sut jamais qu'il venait d'exécuter la plus terrifiante meurtrière de tous les temps.
Quatrième de couverture par Audiolib.
---


"Bizarre" est un mot qui revient assez souvent dans les critiques de Fleur de tonnerre, en bien ou en mal. "Bizarre" est un mot qui revient même souvent quand on parle de Jean Teulé, tout simplement. Donc j’éviterai d’utiliser le terme dans ma chronique : déjà parce que, étant prévenue, je ne l’ai pas trouvé si étrange que ça et ensuite, Fleur de tonnerre est agréablement étrange.

Il y a de ces histoires qui passent toujours mieux en audiobook : Fleur de tonnerre en fait partie, sans le moindre doute, vu la narration très animée qui rappelle une légende celte. Si j’avais commencé initialement ce roman parce qu’il a pour sujet une empoisonneuse en série française du XIXème siècle, j’ai été surprise de voir que Teulé ne s’aventurait ni sur un policier, ni sur une réflexion criminelle : l’auteur exploite pleinement le cadre breton et nous entraîne dans des relents mystiques propres à cette région.
Fleur de tonnerre est le roman d’apprentissage venimeux d’Hélène Jégado, un livre qui retrace sa vie ponctuée par des empoisonnements provoqués selon ses envies hasardeuses. Ce schéma qui se répète fait penser à un road-movie le long des côtes bretonnes, sans analyse psychologique et peu d’historique : Fleur de tonnerre accorde bien plus d’importance à l’esprit de la Bretagne et son folklore, une place privilégiée étant accordée à Ankoù, l’équivalent de la faucheuse avec une brouette. Mais il y a également le vocabulaire breton, les villes bien connues et un choc culturel entre les bretons et les français venant de l’Est (qui est assez comique à certains moments d’ailleurs).

Ceci dit, Jean Teulé ne néglige pas le côté criminel et reprend quelques codes qui font du criminel un personnage fascinant (malgré une conclusion très perturbante). Hélène Jégado partage un délire de destiné avec Raskolnikov, le protagoniste de Crime et Châtiment : elle s’imagine être née pour tuer, elle est née pour être Ankoù. Mais sous ce vernis de légende se cache une once de vérité que j’ai appréciée : Teulé raconte une enfance à la fois traumatisée et fascinée par la mort (une enfance partagée (et prouvée) par des tueurs en série plus modernes) qui est à l’origine de la quête de Jégado.
Peut-on vraiment comprendre les motivations de Jégado ? Pas vraiment : il faut juste prendre en compte cette fascination et suivre cette empoisonneuse dans son délire.

Mais si je devais reprocher quelque chose, c’est la répétition : certains événements se démarquent (la fois où Jégado tombe amoureuse, quand elle apprend que Napoléon "a tué des millions de personnes" sans y croire, etc…) mais la succession reste tout de même assez linéaire.
Hélène Jégado est sympathique mais quelque chose m’a dérangée et là, je blâmerais le narrateur plutôt que l’auteur : Jean-Christophe Lebert, lorsqu’il lit les lignes de Jégado, s’efforce de prendre une voix fluette et douce mais qui sonne beaucoup trop forcée, ce qui est dommage puisque le personnage est très prometteur.

Retenez donc de Fleur de tonnerre un récit basé sur un fait divers qui est animé grâce à une plume originale, plus que l’histoire mais après tout, l’auteur s’en tient aux faits et n’avait pas à changer la vie d’Hélène Jégado, celle que l’on surnommait la Brinvilliers Bretonne et qui possède probablement le record d’empoisonnements.
Une vraie Ankoù qui a tiré sa charrette et laissé un sillon funèbre derrière elle.

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Jean Teulé a été invité la 13 janvier 2017 à l’émission de RTL L’Heure du crime, présentée par Jacques Pradel, pour parler d’Hélène Jégado aux côtés de Stéphanie Pillonca-Kerven et Philippe Dagron. Vous pouvez écouter, voire télécharger, l’émission ici !


Envie de l’acheter ?

lundi 24 avril 2017

La Curée, d'Emile Zola,

À la fin d’une chasse, pendant la curée, les chiens dévorent les entrailles de la bête tuée. Pour le jeune Zola, qui déteste son époque, c’est le cœur de Paris, entaillé par les larges avenues voulues par Napoléon III, que des spéculateurs véreux s’arrachent. Ce deuxième volume des Rougon-Macquart, histoire naturelle et sociale d’une famille sous le Second Empire, est l’un des plus violents. Zola ne pardonne pas ces fortunes rapides qui inondent les allées du Bois d’attelages élégants, de toilettes et de bijoux éclatants. Aristide Saccard a réussi, mais tout s’est dénaturé autour de lui : son épouse, Renée, la femme qui se conduit en homme, si belle et désœuvrée ; son fils Maxime, l’amant efféminé de sa belle-mère. On accusa Zola d’obscénité. Il répliqua : « Une société n’est forte que lorsqu’elle met la vérité sous la grande lumière du soleil. » 
Quatrième de couverture par Le Livre de Poche (Les Classiques de Poche).
---

« — Vous allez voir, murmura M. Hupel de la Noue ; j’ai poussé peut-être un peu loin la licence poétique ; mais je crois que l’audace m’a réussi… La nymphe Écho, voyant que Vénus est sans puissance sur le beau Narcisse, le conduit chez Plutus, dieu des richesses et des métaux précieux… Après la tentation de la chair, la tentation de l’or.
— C’est classique, répondit le sec M. Toutin-Laroche, avec un sourire aimable. Vous connaissez votre temps, monsieur le préfet. »
P. 296

C’est dommage d’avoir ouvert La Curée en période de révisions car j’aurai fini ce second tome des Rougon-Macquart bien plus tôt sans ça, car cette lecture fut excellente !
La Fortune des Rougon avait été une lecture lente où j’avais pris beaucoup de notes (j’ai conçu un carnet tout Rougon-Macquart) et la première partie très axée généalogie n’était pas facilement digeste. Mais enfin, si Zola s’était étendu au lieu de balancer toutes les infos, sa saga ne ferait pas vingt tomes mais trente.

La Curée ne souffre pas de ce handicap : ce tome commence fort, il est rythmé et je sens que je rentre vraiment dans le monde de ce naturaliste accusé d’obscénité. J’avoue que La Curée m’a surprise à plusieurs reprises : Emile Zola ose, il fonce même dans le lecteur en le heurtant avec des sujets que je n’aurais jamais cru lire dans un classique de la littérature française (comme quoi, non : les classiques ne sont pas toujours chiants). Je vous laisse découvrir l’audace de l’auteur, mais en tout cas, George R. R. Martin peut aller se rhabiller avec son Trône de Fer jugé trash.

Je ne dirais pas que La Curée est sanglant : pas de meurtre, pas de sang… La violence seulement suggérée mais suffisamment mise en évidence. Je vais même me risquer à affirmer que Zola est facile à comprendre : il a une écriture fluide, accessible et il suffit de rentrer dans l’histoire pour saisir les métaphores et adhérer à son écriture très imagée. À titre d’exemple : on n’assiste à aucune curée dans le roman, mais le bal où les riches se jettent sur le buffet dans des costumes de valeurs, où ils se vautrent sur les nappes et se marchent dessus est un écho évident, mais habile et efficace.
Je vais continuer d’exprimer mon amour pour le style de Zola, car je n’écrirai jamais assez d’éloges sur cette écriture vraiment magnifique. Elle est complète, elle est réfléchie, elle est poétique…

C’est d’ailleurs cette écriture qui porte les moments les plus forts. J’ai été marquée par cette opposition entre les salons saturés de faste, de luxe et de lourd qui sert de verni à une société en réalité sauvage, un trait qui s’exprime, de façon plus doute, dans les jardins, les parcs… Toute cette vergeture est un élément récurrent, qui entoure le personnage de Renée Saccard et traduit son âme farouche, libre.

Comme pour La Fortune des Rougon, les personnages ne sont pas sympathiques mais Zola ne s’encombre pas de manichéisme : c’est le principe du naturalisme après tout que d’analyser l’homme sous les lumières de la vérité. Et ici, c’est un pari réussi, car si le style est réfléchi, les personnages le sont également, et je les ai aimés dans leur rudesse, leur perversité et leurs projets.
« — Oh ! ces affaires !... J’ai la tête brisée, ce matin… Allez, je vais signer ce billet de quatre-vingt mille francs. Si je ne le faisais pas, ça me rendrait tout à fait malade. Je me connais, je passerais la journée dans un combat affreux… J’aime mieux faire les bêtises tout de suite. Ça me soulage. »
P. 203

J’ai donc lu les deux premiers tomes des Rougon-Macquart, il m’en reste dix-huit et ça ne me fait pas peur : j’espère bien tous les lire et savourer chaque tome si la qualité est au rendez-vous comme ça. Zola s’inscrit déjà parmi mes auteurs favoris.
Je ne relis jamais, toutefois Victor Hugo a écrit à Zola le 25 octobre 1871 « Le succès, c’est d'être lu ; le triomphe, c’est d'être relu. » : je relis mes passages favoris, donc c’est tout comme !

La couverture me permet de valider l’idée n°44 du Challenge des 170 Idées :

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Zola écrit sur la vie faussement huppée des arrivistes, les nouveaux riches de Paris, et se concentre sur deux éléments qu’il met en avant : « l’or et la chair ». Mais il apporte aussi un véritable travail sur l’architecture de Paris et les changements que va apporter le baron Haussmann.

mardi 14 février 2017

Germinie Lacerteux, par Edmond et Jules de Goncourt,

Germinie Lacerteux est une fille du peuple, une héroïne sans le moindre rang social.
Mais le roman des frères Goncourt ne choque pas avec cette pointe d’audace : c’est le destin tragique de Germinie qui affole les lecteurs qui assistent à ses tourments. Abus, amours frustrés, alcoolisme, dettes… Une véritable descente aux enfers que ni Jupillon, son amant, ni Mlle de Varandeuil, sa maîtresse, ne pourront freiner.
Quatrième de couverture personnalisé par le vampire aigri.
---


« Et quand elle fut dans son lit, ce qu’elle avait vu revint devant elle. Il y avait toujours auprès d’elle la morte horrible, ce visage effrayant dans le cadre de cette bière. Son regard avait emporté au dedans d’elle cette tête inoubliable ; sous ses paupières fermées, elle la voyait et en avait peur. [Elle] était là, avec le bouleversement de traits d’une figure d’assassinée, avec ses orbites creusés, avec ses yeux qui semblaient avoir reculé dans des trous ! Elle était là, avec cette bouche encore tordue d’avoir vomi son dernier souffle ! Elle était là, avec ses cheveux, ses cheveux terribles, rebroussés, tout debout sur sa tête ! »
Chapitre LXVII         


Je n’accroche pas aux romans d’apprentissage, David Copperfield n’avait pas réussi à m’émouvoir et L’Éducation Sentimentale m’avait un peu ennuyée… Mais curieusement, dans un genre d’histoire similaire, j’aime beaucoup les romans naturalistes où s’accumulent aussi des rebondissements tragiques, des personnages réalistes et un contexte fouillé, qui plonge dans une période historique.
Germinie Lacerteux, sans être un coup de cœur, est une bien jolie découverte : repéré sur Littérature Audio, cet audiobook gratuit est narré par Pomme qui prête une voix convaincante à ce récit.

Germinie Lacerteux plonge dans le XIXème siècle français, mais plutôt que de fréquenter les salons et les bals, les châteaux et les journées tranquilles, les frères Goncourt prennent par la main le lecteur pour l’entraîner dans les cafés, les bars, les ruelles étroites…
Mais finalement, plutôt que de longues descriptions interminables sur les vêtements et les bijoux, les ornements dans les moindres recoins de pièce, l’architecture et les vies de quelques PNJ en arrière-plan, les Goncourt misent plutôt sur la psychologie, les relations, les pensées de leurs personnages, apportant de la richesse dans ces acteurs.
Globalement, j’ai été séduite par tous : Germinie Lacerteux étant le personnage principal, ce n’est pas malheureux de l’apprécier énormément, j’ai été touchée par son histoire, son récit. J’ai aimé ce caractère si optimiste, si naïf qui tente de maintenir la tête hors de l’eau… 
De plus, si je n’ai pas eu autant d’affection pour Mademoiselle de Varandeuil, la relation qui alliait les deux femmes est très douce, m’intéressant jusqu’à la conclusion.


Se concentrant peu sur le cadre, le décor, les frères Goncourt (mais lequel écrivait ?) misent donc sur la psychologie et tant mieux : je ne sais pas ce que vaudrait Germinie Lacerteux version Balzac avec des ambiancements de vision du monde, mais les Goncourt gèrent dans le registre intime. Les émotions passent, se transmettent par cette plume efficace (mais laquelle ? Celle de Jules ou d’Edmond ?).
Certes, Germinie Lacerteux ne choquera pas le lecteur du XXIème siècle à côté de celui du XIXème (quoique, il y est question de viol pédophile, à un moment…), mais cela n’empêche pas d’avoir un pincement de cœur, même en le lisant en 2017.

Germinie Lacerteux est donc un roman très intéressant avec un personnage attendrissant, certes pas tout blanc et qui perd ses vertus mais qui s’efforce d’être bien intentionné. Les frères Goncourt ont écrit peu de romans et ils ne sont pas disponibles n’importe où, ce qui est bien dommage : cette découverte a réussi à me convaincre et je garderai un bon souvenir de cette histoire cousue dans le drame total, mais sans exagération.

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Le personnage de Germinie Lacerteux aurait été inspiré par la troublante servante des frères Goncourt, Rose Malingre, qui menait une double vie très inspirante qui a été découverte après qu’elle soit emportée par la tuberculose en 1862.
• Publié en 1865, Germinie Lacerteux est considéré comme le premier roman naturaliste. Zola participe également à ce courant et publie en volume en 1877 L’Assommoir, un roman qui ressemble un peu trop à celui des Goncourt selon Edmond et le frère aîné accuse Zola de plagiat. Mort en 1870 de la syphilis, Jules de Goncourt n’assistera pas à cette querelle.
• Petit plus au cas où : les auteurs Goncourt ne vous parlent peut-être pas, mais le prix littéraire Goncourt est déjà plus connu. Est-ce qu’il y a un rapport ? Oui ! Ce sont ces frères qui ont lancé la tradition de décerner chaque année un prix littéraire, tradition qui perdure jusqu’à aujourd’hui.

samedi 10 septembre 2016

La Fortune des Rougon, d'Émile Zola,

Dans la petite ville provençale de Plassans, au lendemain du coup d’État d’où va naître le Second Empire, deux adolescents, Miette et Silvère, se mêlent aux insurgés. Leur histoire d’amour comme le soulèvement des républicains traversent le roman, mais, au-delà d’eux, c’est aussi la naissance d’une famille qui se trouve évoquée : les Rougon en même temps que les Macquart dont la double lignée, légitime et bâtarde, descend de la grand-mère de Silvère, Tante Dide. Et entre Pierre Rougon et son demi-frère Antoine Macquart, la lutte rapidement va s’ouvrir.
Quatrième de couverture par Le Livre de Poche (Classiques).
---

Les éditions Folio utilisent le tableau Réunion de Famille de Frédéric Bazille 
pour illustrer la couverture de La Fortune des Rougon.
Un tableau bien choisi.

Quand vous voulez découvrir un auteur, classique ou contemporain, vous avez l’embarras du choix : débuts, anthologies, succès… Et principalement, vous vous dirigerez vers ses succès ou alors ses œuvres les plus détestées. Shining pour Stephen King, Le Trône de Fer pour George R. R. Martin, Notre-Dame-de-Paris ou Les Misérables pour Victor Hugo ou encore Les Trois Mousquetaires pour Alexandre Dumas.
Déjà assez casse-couilles en son temps et ne faisant rien comme les autres (Artips vous apprendra comment il a défendu Edouard Manet pour son Olympia de 1863 contre tous, et qu’il a comparé la Vénus de Cabanel, la même année, à une « sorte de pâte d’amande rose et blanche »), Émile Zola a été immortalisé par Germinal, Nana, Au Bonheur des Dames ou encore L’Assommoir : sauf que ces romans font partis d’une saga familiale qui comprend vingt tomes.
Cette saga narre les vies des membres de la famille Rougon-Macquart, les premiers venant d’un mariage légitime entre Adélaïde et son premier époux Rougon, les seconds descendant d’une liaison entre la veuve Rougon et un certain Macquart, faisant des enfants des bâtards.
Et les coups bas dans cette fratrie peuvent aller loin…

« Pour résumer mon œuvre en une phrase : je veux peindre, au début d’un siècle de liberté et de vérité, une famille qui s’élance vers les biens prochains, et qui roule détraquée par son élan lui-même, justement à cause des lueurs troubles du moment, des convulsions fatales de l’enfantement d’un monde »
Émile Zola

Zola a voulu, en écrivant cette saga, s’intéresser au phénomène d’héritage : d’un tronc formé par un couple, les branches, représentant les enfants, se multiplient tout autour et comment elles évoluent. Les caractères, les décisions qui engendreront tel ou tel destin, les maladies, les habitudes et tous ces petits détails sont-ils liés à nos ancêtres ? Sujet très intéressant et le regard d’un auteur de 1870 rend le thème plus captivant pour les lecteurs du XXIème siècle puisque les connaissances de l’hérédité ont bien évoluées depuis.
Je suis déjà un peu maniaque concernant l’avancement dans une saga : j’ai besoin de commencer par le premier tome (les sagas d’Agatha Christie sont les seules que je lis dans le désordre, mais je commence par le premier tome quand même) et de suivre le fil. Savoir que la saga de Zola concerne pas moins de quatre générations d’une même famille, j’étais obligée de commencer par La Fortune des Rougon.
J’ai d’ailleurs abandonné Au Bonheur des Dames qui est le onzième tome car trop gênée par le fait que je ne connaissais pas les personnages cités.

J’avoue que je me lançais en terres inconnues : si je connaissais la réputation "révolutionnaire" de Zola et sa façon de décrire les aspects les plus dérangeants de la vie hors des magnifiques salons parisiens, je ne savais pas du tout qui étaient en réalité ces fameux Rougon et Macquart.
Et bien j’ai appris à mes dépends combien ils étaient en majorité détestables ! Leur histoire est toutefois captivante pour ceux qui s’intéressent à ces années : lutte entre classes sociales, linge sale de famille recomposée, politique sanglante… Des événements historiques sur lesquels s’est appuyé Zola et qui ont certainement contribué à l’image du français révolutionnaire et prêt à faire couler le sang pour ses idées.

Des illustrations signées par l'illustrateur allemand Wilhelm M. Busch.

Mais pas seulement ! Zola n’était pas uniquement un apprenti sociologue de son temps mais aussi un auteur influencé par la période romantique : il nous sert alors une amourette d’enfants dans un décor de cimetière très réussie et je regrette même que le lien de Silvère et Miette ne soit pas davantage mis en valeurs, comme enseveli par les autres relations si animées et venimeuses.

Une bien jolie lecture avec toutefois quelques longueurs (surtout vers la dernière partie, la conclusion m’a tout de même émue, quant à la première moitié qui relate l’histoire de la famille, elle pourra sembler longue à beaucoup... Moi-même j’avais du mal au bout d’un moment car l’action n’est pas un registre que Zola maîtrise pour le coup), ce qui aidé par-dessus tout, c’est la très belle plume de Zola. Des descriptions nombreuses, des métaphores poétiques, des sentiments qui ressortent des phrases et des situation... Non, vraiment, je peux parfaitement comprendre le succès de Zola rien que pour la qualité de son style.
Ma note est provisoire car c’est une longue saga et je m’attends à tout autre chose avec des succès connus comme Nana ou Germinal. Je reviendrai dessus à l’avenir.
En tout cas, un très bon début aux côtés de Zola et je ne tarderai pas à entamer La Curée qui suit le parcours d’Aristide Rougon.

Enfin, après, si vous souffrez de la même manie que moi et que vous ne vous sentez pas de commencer la série des Rougon-Macquart, vous pouvez toujours vous tournez vers Thérèse Raquin, livre indépendant pour découvrir Zola.

Le Livre de Poche pioche quant à lui La Liberté guidant le peuple d’Eugène Delacroix pour sa couverture.

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Il s’agit du tout premier roman de la série en vingt tomes des Rougon-Macquart qu’Emile Zola a écrite de 1871 à 1893.
• Emile Zola s’est beaucoup appuyé sur les ouvrages historiques d’Eugène Ténot : il est cité à de nombreuses reprises et Zola reprend des événements cités par Ténot lors de la révolte des insurgés en Décembre 1851.
• Le Livre de Poche est une très bonne édition pour les Rougon-Macquart : les annotations sont nombreuses et expliquent bien… Parfois trop et spoilent les autres tomes. Je suis heureuse d’avoir oublié la plupart et que d’ici que je lise Le Docteur Pascal, le dernier tome, j’aurai quand même ma dose de surprise. Les documents, au passage, sont complets aussi ! Une bonne collection.

mardi 17 novembre 2015

Mécanique Infernale, de Sharon Cameron,

Angleterre, 1852. Katharine est envoyée par sa tante et tutrice au manoir de Darkwind où vit son oncle Tulman. Elle doit prouver que celui-ci a perdu la raison et le faire interner pour qu’il cesse de dilapider la fortune familiale. À Darkwind, Katharine rencontre un vieil homme excentrique, mais surtout génial, qui se consacre à l’invention de fascinants automates. À ses côtés, travaillent des dizaines de personnes qu’il a arrachées à la misère. Katharine doute : l’héritage familial mérite-t-il qu’on sacrifie son oncle et les familles qu’il protège ? Pour le savoir, elle décide de rester un mois à Darkwind. Trente jours au cours desquels elle se rendra complice d’espionnage, échappera de justesse à la mort et tombera amoureuse…
Quatrième de couverture par Bayard, Jeunesse.
---
« — Nous vivons une époque formidable, mademoiselle. Nous sommes à l’orée d’une ère où plus rien ne pourra échapper à notre contrôle, pas même la lune, les étoiles ou la vie ! »
P. 84


Un contexte tentant, une couverture assez élégante (bien qu’anachronique), des chroniques encourageantes… Forcément, ce tout me poussait vers ce premier tome de Darkwind.
Finalement, ce n’est ni un coup de cœur, ni une trop grosse déception : loin d’être une lecture palpitante, je jetterai quand même un œil à la suite qui sortira peut-être un peu plus du commun.

Il y a des livres jeunesses qui sont remplis de magie, même une lectrice aigrie comme moi le reconnaît après une lecture d’un Harry Potter ou d’un Épouvanteur, mais même si Mécanique Infernale ne manque pas d’attrait avec son époque à crinolines et son ambiance steampunk, j’ai trouvé le tout un peu creux et parfois très cliché, un livre plus Young Adult.
Je m’arrête sur l’étiquette steampunk d’ailleurs : loin des lunettes de pilote ou des hauts de forme sertis d’engrenages, le premier tome de Darkwind propose une tendance aux vapeurs très discrète et le lecteur devra surtout se contenter d’automates et des premières découvertes qui se confondent parfaitement à la période historique abordée.
La romance et l’aventure prennent en revanche plus de place et pourra satisfaire les curieux, mais c’est le souci : ces trames-là n’ont pas vraiment réussi à me convaincre, sans compter je ne me suis pas vraiment attachée aux personnages… À part Mary qui est typiquement le genre de personnage que je peux aimer ! Ce n’est pas pour rien que La Servante Insoumise a été un vrai coup de cœur : Betsy et Mary se ressemblent d’une certaine façon.
L’héroïne, Katharine, n’était pas vraiment des plus intéressantes mais deux ou trois passages étaient attendrissants tout de même. Enfin, un était assez bizarre et je me permets la blague :
« — Attends, j’ai quelque chose pour toi.
Il a ralenti et s’est retourné, intrigué, fixant ce que je brandissais. C’était le petit pain aux raisins de la veille. »
Ça ne lui fait rien de donner des pains vieux d’un jour à de pauvres petits garçons ? Il est prisonnier ?!
Je rigole, l’auteure précise quelques paragraphes plus tard que c’est de la brioche. Mais j’ai bien rigolé sur le coup !

Plus sérieusement : il y a quelques fausses notes dans ce livre (je pense à la scène où Katharine essaie une dizaine de tenues en une demi-heure… En 1852, une demi-heure, elle pouvait peut-être essayer deux ou trois tenues en étant très rapide. Mouerf !) mais le style jeunesse fait qu’on peut pardonner quelques écarts historiques et la modernité du caractère de l’héroïne : l’ambiance se concentre sur une époque très personnalisée et une imitation bonne enfant façon Jane Eyre ou du Tour d’Écrou mais forcément, l’immersion n’est pas évidente tout de suite. On a quelques passages d’angoisse et des complots à dévoiler, tout ce programme sur une plume simple et relativement agréable tout de même. Et en toute franchise, certains moments sont très réussis ! La conclusion l’est également même si on a encore cette impression de déjà-vu et de rebondissements peut-être trop classiques.

Donc si ce n’est pas la meilleure découverte de l’année, Mécanique Infernale a fait passer le temps de façon agréable et si le début n’arrivait pas à me convaincre, la conclusion s’en est mieux sortie et me poussera à lire la suite quand elle sortira.

Grâce à cette couverture et son domaine en bord de lac, cette chronique me permet de valider l’idée 101 du Challenge des 170 Idées :

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Sharon Cameron a été inspirée pour son roman par un fait divers datant de 1870 : l’abbaye de Welbeck appartenait au cinquième duc de Portland, quelqu’un d’assez excentrique qui faisait travailler mille six cents personnes pendant vingt ans pour des projets pharaoniques. Son domaine a d’ailleurs servi pour la couverture française.
Pour les anglophones, vous avez un article complet ici.


vendredi 22 mars 2013

Nord et Sud, d'Elizabeth Gaskell,

Après une enfance passée dans un village riant du Hampshire, Margaret Hale, fille de pasteur, s’installe dans une ville du Nord. Témoin des luttes entre ouvriers et patrons, sa conscience sociale s’éveille. John Thornton, propriétaire d’une filature, incarne tout ce qu’elle déteste : l’industrie, l’argent et l’ambition. Malgré une hostilité affichée, John tombera sous son charme.
Quatrième de couverture par Points.
---
« - […] Vous ne connaissez pas le Sud, Mr Thornton », conclut-elle, avant de retomber dans un silence délibéré, furieuse contre elle-même d’en avoir trop dit.
« Me permettez-vous de dire que vous ne connaissez pas le Nord ? » fit-il avec une indicible douceur dans le ton. »
P. 132

Il suffit de regarder mes Souvenirs Littéraires pour voir qu’il y a déjà quelques classiques que j’ai dévoré, tel que Basil, tel que Jane Eyre et d’autres encore. Ces récits qui ont survécu à tant de décennies arrivent à m’emporter dans leurs années qui me font rêver. Ces livres sont mieux que des billets de train à mes yeux, mieux que des tickets d’avion quand la plume est capable de me faire voyager. C’est pourquoi je ne m’attendais pas à ressentir une telle déception en terminant Nord et Sud d’Elizabeth Gaskell.

Adaptation par la BBC (voir Quelques anecdotes sur ce bouquin pour plus de détails)

J’ai rapidement abandonné Orgueil et Préjugés tant la romance n’est pas mon domaine de prédilection (malgré mon coup de cœur pour Nid de Gentilhomme de Tourgueniev) et malgré les points communs qui réunissent l’histoire d’Austen et celle de Gaskell, je me suis quand même jetée à l’eau surtout parce que Gaskell semblait traiter davantage des conditions de vie de cette époque, abordant la fameuse confrontation du Nord et du Sud. Or, sans pour autant accuser Elizabeth Gaskell de publicité mensongère, je me suis rendue compte que les informations étaient relativement pauvres et l’atmosphère assez maladroitement installée. Je voulais des détails, des descriptions mais Nord et Sud se contente d’évidences : prenez un natif de Saint-Paul-de-Vence et embarquez-le à Paris, il fera certainement des commentaires sur la vie précipitée de la ville, la pollution de l’air et j’en passe. C’est le même schéma qu’on suit avec la famille Hale qui part de Helstone pour Milton. Quant aux conditions de vie, le récit se montre aussi logique que s’il comparait le quotidien d’une logeuse d’un miteux bâtiment de Whitechapel à celui d’une institutrice travaillant pour une grande famille vivant à Knightsbridge. Les explications s’arrêtent là et je suis restée malheureusement sur ma faim.

Deux photos de Manchester, décor du "Nord" : la première montre St Ann's Square en 1876, 
la seconde représente le Market Place en 1885.

Bien évidemment, il ne me restait plus qu’à me rabattre sur la romance, ce sujet délicat où je deviens une lectrice particulièrement exigeante. Certains le savent déjà, j’aime quand les portraits des personnages sont mouchetés d’imperfections : des tendances capricieuses, des réactions humaines, des défauts naturels… Or, Margaret Hale semble être une véritable sainte dont l’orgueil inconscient serait, aux yeux de son entourage, le seul point négatif. Elizabeth Gaskell abuse des descriptions sur son physique parfait, du charme qu’opère son héroïne sur ses proches. Pourtant, le roman étant axé assez drame, je ne pense pas que tant de deuils, crises de larme et déceptions forment vraiment un cocktail miracle de beauté. Les moments de faiblesse qu’a Margaret n’en sont pas, sa force de vivre paraît à certains moments improbable et ses réactions insoupçonnées font d’elle une jeune fille beaucoup trop prodigieuse pour être raisonnable. Ses intentions sont certes bonnes et admirables, mais trop de perfection détruit un personnage qui a tant de potentiel.
Alors que d’un autre côté, John Thornton est, quoiqu’un peu trop classique, un personnage particulièrement attachant avec son physique quelque peu ingrat, ses répliques piquantes et ses moments rudes qui contrastent avec ses accès de vulnérabilité. J’ai énormément aimé sa relation avec sa mère qui est forgée dans la confiance et un amour un peu pudique. Par chance, d’autres personnages m’ont conquises, comme les Higgins avec la jeune Bessy (le choc par contre, je l’imaginais avoir 8 ans avant de lire qu’elle en avait 19... Comme elle grandit vite…), Dixon et sans oublier le généreux Mr Bell. Bien que dans le fond, je les ai tous trouvé assez creux, peu travaillés et tombant parfois dans le cliché (j’aimais beaucoup Nicholas Higgins mais à la longue, il me fatiguait presque).

Le Paradis de Margaret de nos jours : à gauche, New Forest, à droite, une maison dans le Hampshire.

Quant à la romance en elle-même, là encore je trouvais qu’elle manquait de réalisme : elle n’est pas progressive, débarquant en quelques phrases seulement, sans compter que j’ai trouvé qu’il ne se passait pas grand chose. J’avais même du mal à comprendre certaines réactions et voir les personnages tourner en rond pendant des centaines et des centaines de pages, c’est assez lassant. Je n’ai pas trouvé cette romance belle, je l’ai trouvé particulièrement frustrante et lente. Je trouvais aussi qu’Elizabeth Gaskell avait trop souvent recourt à des éléments faciles : telle personne se trouve à tel lieu et à tel moment, sans explication, soudainement et permet alors d’enchaîner sans surprise. Au final, le récit est beaucoup trop linéaire sans de vrais retournements de situation. [spoiler] Je pense notamment à ce bout d’enquête où la police suspecte Margaret d’avoir quelque chose à voir avec la mort de Leonards et, simplement grâce à des charmes, Margaret arrive à repousser les doutes du policier Watson. [/spoiler] Forcément, la facilité est plus qu’évidente ici…

Nord et Sud partait vraiment d’un bon pied, les 200 premières pages étaient efficaces, entraînantes, mais peu après, l’histoire tourne sur un même point, avance sans creuser davantage sur des aspects que j’aurai aimé comprendre et se termine beaucoup trop rapidement. J’ai même eu l’impression que les derniers chapitres étaient comme bâclés et ne m’ont pas convaincu.
Nord et Sud est donc une histoire qui m’a déçue, peu émue malgré son contexte et son potentiel. En revanche, pour les lecteurs et lectrices avides de romance innocente et de pavés amoureux, l’aventure devrait être plus efficace qu’avec moi.

Un exemple de mantille en dentelle noire, cadeau que reçoit Margaret d'une certaine femme.
Doña Isabel de Porcel, par Francisco de Goya (vers 1805)
« Mon précepte  moi, c’est : « Fais quelque chose, [Margaret], fais du bien si tu le peux, mais fais quelque chose. »
- Même si c’est du mal ? Demanda Margaret, avec un léger sourire malgré ses larmes. »
P. 391
             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Milton est une ville inventée par Elizabeth Gaskell qui a été inspirée par Manchester où elle a passé une bonne partie de sa vie, plus exactement à Plymouth Grove. Darkshire est aussi une contrée inventée (même si les fans les plus hardis de World of Warcraft me diront le contraire). Il en est de même pour Helstone (un village se nomme effectivement Helstone mais tout au Sud des Cornouailles) bien que cette fois, le Hampshire existe pour de bon.
• Il me reste tout de même encore à voir l’adaptation BBC par Sandy Welch qui réunit Daniela Denby-Ashe et Richard Armitage à l’écran. Je permets juste un petit commentaire sur l’actrice : j’aime l’apparence que dégage Daniela Denby-Ashe (peut-être arrivera-t-elle à me faire aimer Margaret ?) car pour une fois, il ne s’agit pas d’un sac d’os dans une adaptation où les femmes belles sont censées rimer avec femmes assumant de vraies formes. Personnellement, j’ai toujours désapprouvé l’idée des rôles d’Anne Hathaway pour Jane Austen ou encore de Keira Knightley pour Elizabeth Bennet... Ces deux actrices sont maigres comme des autruches déplumées et sont clairement des canons du XXIème siècle. Ça leur ferait si mal de prendre quelques kilos le temps de porter un corset ?

dimanche 23 septembre 2012

Une Femme sans Peur, de Lee Jackson,


En 1852, à Londres, fraîchement installé dans le quartier populaire de Leather Lane, Sarah Tanner est l’heureuse propriétaire d’une minuscule échoppe dont elle a su faire en quelques mois un prospère café-restaurant. Discrète et travailleuse, c’est à première vue une jeune femme sans histoire. Certains diraient même secrète… Et pourtant… Lorsqu’un soir, elle est témoin du meurtre par un policier d’un dénommé Georgie, petit escroc notoire qu’elle connaît fort bien, son passé lui saute à la figure. Fermement décidée à lui rendre justice, la respectable Mrs. Tanner n’a pas oublié qu’il fut autrefois son ami et décide de prendre l’enquête en main. Elle replonge alors sans hésitation dans les bas-fonds malfamés de la capitale où elle a si longtemps vécu.
Quatrième de couverture par 10x18, collection Grands Détectives.
---

Bien que le roman Les Bienfaits de la Mort ne m’ont pas laissé un souvenir incroyable, Une Femme sans Peur s’est révélé plus efficace. Certes, l’enquête n’est pas renversante, les personnes pas spécialement incroyables… Mais un peu à la façon d’Anne Perry, les romans de Lee Jackson permettent de découvrir l’univers Victorien (autant vous dire qu’il est nettement plus renseigné qu’Anne Perry d’ailleurs) et de passer un bon moment avec un petit bouquin.

L'auteur est également photographe.
Et semble être amoureux des lampadaires... Comme je le comprends...
victorianlondon © 
Déjà, un élément que j’ai apprécié dans ce roman : on dit au revoir aux ombrelles en dentelle, aux salons dorés et majordomes propres. Au revoir aux robes travaillées et aux costumes élégants. Lee Jackson nous entraîne dans un endroit moins populaire mais qui existait bien à l’époque : les bas-fonds. Là où la maladie et la crasse règnent. Où la violence et la méfiance sont du quotidien. Il faut avouer que, j’ai beau adorer l’Époque Victorienne, il n’y avait pas que les plus hautes classes sociales qui existaient à l’époque et beaucoup vivaient dans une misère alarmante. On découvre donc ce monde à l’envers en compagnie de Sarah Tanner.

Que penser de ce personnage d’ailleurs ? Sarah Tanner est un personnage assez classique dans son genre : la femme forte qui a enduré assez de merdes dans sa vie pour avoir le courage d’en affronter d’autres. Classique, mais pas désagréable. La paire qu’elle forme avec Ralph Grundy est très basique aussi, un peu comme une Sherlock Holmes au féminin et son acolyte Watson (qui, ici, reste un homme). La plupart des personnages, je pense par exemple à Miss Mills, respectent le décor dans lequel ils agissent et leur caractère s’y adaptent : cachotiers, douteux, mesquins… On croise aussi quelques personnes bien logés et plus présentables comme Charles Merryweather, etc. Mais toute cette galerie contribue à une enquête qui, bien qu’elle ne laisse pas énormément de marques, se montre intéressante. Réfléchie et bien menée, elle pourra satisfaire les détectives en herbe.

Mais pour les historiens curieux ? Comme dit plus haut, Lee Jackson est nettement mieux renseigné au sujet du XIXème siècle qu’Anne Perry. Un peu à la manière de Gyles Brandreth (l’auteur de la série des enquêtes menées par Oscar Wilde), on sent que les recherches ont été menées et l’univers est donc prenant. Et ça, c’est le gros point positif à mes yeux.

En clair, pour ceux qui veulent découvrir l’auteur sans prétention qu’est Lee Jackson, je conseillerai Une Femme sans Peur au lieu des Bienfaits de la Mort, juste histoire de voir son style et pour ne pas commencer sur un mauvais départ.




J’en profite pour signaler que cette chronique est la neuvième dans le cadre du challenge Victorien organisé par Arieste (mille mercis à elle d'ailleurs), ce qui est également le minimum requis pour le niveau Charles Dickens, mais il me reste encore quelques livres à chroniquer~ Si vous voulez nous rejoindre, tout est expliqué sur cet article !





             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Sarah Tanner fait sa première apparition dans Une Femme sans Peur, mais trouve son rôle dans L’Ange à Leather Lane, qui est une suite indirecte.
• Je vous rappelle, pour ceux qui n’ont pas vu la chronique sur Les Bienfaits de la Mort, que Lee Jackson tient un site en anglais très complet sur les années Victoriennes.