mardi 30 décembre 2014

Top Ten Tuesday [22],

              

Le Top Ten Tuesday est un rendez-vous hebdomadaire dans lequel on liste notre top 10 selon le thème littéraire défini. Ce rendez-vous a  initialement été créé par The Broke and the Bookish et repris en français sur ce blog.






Ce mardi, mon thème est...
Les 10 coups de cœur lus en 2014.
(dans l'ordre de lecture)
http://lectures-de-vampire-aigri.blogspot.fr/2014/05/trahisons-et-faux-semblants-de-ludovic.html
Premier coup de cœur de l’année, j’ai eu énormément de mal à rendre Trahisons et Faux-Semblants à la bibliothèque… Bien que classé jeunesse, cette histoire de Dark Fantasy charmera même les plus vieux lecteurs et si vous aimez les mages, les complots sordides et les protagonistes hors du commun, jetez-vous sur ce livre de Rosmorduc !
Emporté durant un voyage en montagne, le Trône de Fer s’est encore une fois très bien marié au décors savoyards et même si je ne l’avais pas fini lors de mon retour, il me suffisait de rouvrir les pages pour sentir à nouveau l’odeur des chalets, le bruit des cloches, la fraîcheur de la neige matinale… Bref, un p’tit bout de bonheur entre les pages qui a forcément influencé mon avis très positif sur ce quatrième tome.
J’ai commencé à lire du Agatha Christie dès le début de l’année mais ce n’est qu’après Mort sur le Nil, Le Crime du Golf et Je ne suis pas Coupable où j’ai clairement commencé à accrocher. Ce n’est pas un coup de cœur livresque comme les autres mais un ressenti globale des aventures de Poirot lues. Forcément, ce n’est pas en 2015 que je vais décrocher !
Et non, Agatha Christie n’a pas détrône pour autant Arthur Conan Doyle et Sherlock Holmes. J’ai relu le tome 2 des éditions Omnibus au début de l’année et j’ai terminé le tome 3 durant l’automne, je peux désormais dire que je suis une Holmésienne qui a lu toutes les nouvelles, tous les romans et je peux les ajouter une dernière fois à un TTT sur les coups de cœur de l’année.
Un pastiche pour l’an prochain, peut-être ?
Le Moine ou comment on peut parler d’un coup de cœur intense. Vous vous souvenez de vos amies au lycée qui vous tannait pour lire Twlilight parce que Edward est beau, parce qu’il y a des sentiments vraies, parce qu’il y a des vampires badass ? Et bien elles avaient des étoiles dans les yeux et la bave au coin des lèvres.
C’est un peu la même chose pour Le Moine et moi (mais j’ai de meilleurs goûts que vos amies du lycée *petit rejet de cheveux en arrière*), parce qu’Ambrosio est un personnage complexe, parce que les retournements de situation m’ont décrochés la mâchoire et le cœur, parce que la fin m’a poignardée et que j’en garde un excellent souvenir. Je l’ai lu durant une période assez difficile et Matthew G. Lewis m’a entraîné très loin dans son livre, me faisant oublier beaucoup de tracas.
Une pure merveille !

Comme j’avais bien accroché au jeu, j’étais curieuse de lire les romans de la saga Sorceleur. Au final, après avoir emporté les deux premiers tomes en vacances et les avoir dévoré (mais dévorer genre, comme une brouxe dévore sans scrupule le cœur d’un jeune puceau romantique), j’ai couru dans ma librairie à mon retour et j’ai laissé un énorme trou dans le rayon Fantasy : tin-tiiiin, les tomes 3 à 7 du Sorceleur avaient été kidnappés ! Je commence d’ailleurs le tome 4 dans peu de temps, je ne résiste pas~
Et voilà le dernier coup de cœur en date : une histoire de fantômes irréels dans une Écosse reculée et brumeuse narrée par une Irlandaise des rues qui n’a pas la langue dans sa poche ! La Servante Insoumise est une excellente surprise et mérite sa place de Coup de Cœur 2014 pour clore ce TTT.


Les chiffres ne sont pas très clairs, mais globalement, j’arrive bien à une dizaine de coups de cœur pour 2014. Ce fût donc une année très plaisante en lectures et je n’ai pas à me plaindre. Alors certes, j’accumule les challenges mais au moins, je les termine et ce sont eux qui me permettent ces excellentes découvertes, mine de rien !
L’année a été positive pour vous aussi ?

mardi 2 décembre 2014

Top Ten Tuesday [21],

              

Le Top Ten Tuesday est un rendez-vous hebdomadaire dans lequel on liste notre top 10 selon le thème littéraire défini. Ce rendez-vous a  initialement été créé par The Broke and the Bookish et repris en français sur ce blog.






Ce mardi, le thème est...
Les 10 (ou 7, ce sera déjà bien) livres que je souhaite voir sous le sapin.
Puisque j’ai déjà des pastiches de Sherlock Holmes, il faut bien qu’Hercule Poirot soit à l’honneur aussi. D’autant plus que les critiques, jusqu’à maintenant, sont très positives et que le résumé est assez intriguant. J’espère que Sophie Hannah s’est mieux débrouillée que certains de ses compères holmésiens, maintenant...
Honnêtement, je n’ai même pas honte de vouloir ce livre. Oui, c’est du bonus, de l’inutile et de ce que j’ai saisi, ces pages réunissent des citations qui sont tirées déjà de la saga. Mais je suis faible et George R. R. Martin pourrait me faire avaler que les licornes vertes existent, je dirais avec sincérité « Ok, George, je te crois sur parole, pas la peine de me montrer ton Doctorat en Licornes. ». 
Sans compter que je voue une admiration sans limite pour Tyrion Lannister.
Si le médiéval et le victorien me jettent des étoiles dans les yeux, l’époque des deux guerres mondiales n’a jamais réussi à me captiver. Quand j’étudiais cette période, j’avais une très mauvaise prof’ d’Histoire qui se contentait de nous passer des vidéos et parlait sans la moindre passion. Au final, elle ne m’a jamais donné envie de connaître cette première moitié du XXème siècle.
Bien entendu, j’ai vu des films tels que La Liste de Schindler ou Le Garçon au Pyjama Rayé, je ne suis pas insensible au drame d’Oradour-sur-Glane ou d’Auschwitz. Mais sans avoir jamais eu le déclic historique.
Jusqu’à il y a quelques mois, pour je-ne-sais-quelle-raison, j’ai été happée par les années 39-45. Mais plutôt que de partir au front, je reste dans les villages où les citoyens ont aussi peur que les soldats. Je m’intéresse autant aux français qui vivent difficilement à Paris durant l’Occupation qu’aux allemands qui sont déchirés par l’état de leur pays.
J’ai commencé à lire Seul à Berlin et c’est un début excellent qui m’encourage dans ma lecture, j’espère donc recevoir Deux dans Berlin pour continuer à satisfaire cette nouvelle lubie car, quoique sordide, cette époque est incroyablement riche en psychologie.
Aperçu tout à fait par hasard dans ma librairie favorite, j’ai été attirée par cette belle couverture et je n’ai pas pu m’empêcher d’avoir un large sourire en voyant le nom de l’auteure ! J’avais adoré Notre-Dame aux Écailles et pourtant, je n’ai rien lu de Mélanie Fazi depuis… Avoir Le Jardin des Silences serait l’occasion de me remettre à jour dans les nouvelles de cette talentueuse artiste.
Maintenant que j’ai lu Druide, il serait temps que j’attaque la saga que mijote Oliver Peru. J’aime commencer des sagas quand la suite est déjà sortie et puisque le tome 2 de Martyrs a fait son entrée en librairie depuis peu, je suis tentée de commencer le premier tome.
Je n’avais jamais entendu parler de Mary Elizabeth Braddon jusqu’à il y a quelques mois. Et pourtant, cette auteure est considérée comme l’Agatha Christie du XIXème siècle, l’homologue féminin de W. Wilkie Collins et pour mon plus grand malheur, je n’ai toujours pas trouvé ses romans qui m’intéressaient le plus… Lady Lisle est celui qui m’a vraiment tapé dans l’œil, mais je pense que je vais devoir passer par internet pour pouvoir le lire.
À la bibliothèque, mon regard a été attiré (et c’est bien le mot) par ce titre austère. Intriguée, j’ai préféré fouiller sur le net pour avoir davantage d’informations sur l’œuvre d’Hoffmann. Autant dire que depuis que j’ai lu que Les Élixirs sur Diable était le pendant allemand du Moine, je n’ai plus qu’une idée en tête : lire cette œuvre en espérant qu’elle pourra me transporter comme Matthew G. Lewis l’a fait avec son terrible frère Ambrosio.
Et vous ? Vous avez fouillé dans la hôte du père Noël ? Vous savez quels livres vous voulez découvrir au pied du sapin ?

dimanche 30 novembre 2014

Bilan Mensuel : Novembre 2014 [28]


Mon dos se remet lentement mais sûrement et je serai peut-être capable porter la hôte du Père Noël pour Décembre. Quoique mon but est quand même de redevenir plus active dans mon domaine et de partager davantage de chroniques !
Voici celles disponibles qui concernent mes lectures du mois :

Quant à mes achats, il fallait bien que je me montre raisonnable... Sauf pour une exception qui me fait envie depuis trop longtemps, tant pis pour J’ai Lu, je me tournerai vers Pygmalion pour la saga du Trône de Fer désormais :

Je boucle ce mois-ci deux challenges, celui de l’Écosse qui se termine demain et celui de Sherlock Holmes même si le post sur le blog de Filipa n’existe plus... M’en fiche ! J’ai quand même vaincu ! Il ne me reste plus qu’à terminer les autres challenges mais j’ai encore du temps. Et peut-être à céder pour certains ?

J’en profite pour vous faire une jolie annonce aussi : au mois de Mai 2013 (j’ai fouillé dans les bilans), je vous expliquais que l’écriture était une grande passion chez moi et que je m’attelais sérieusement à une aventure qui connaîtra un jour, je l’espère, son public. Me sentant plus ou moins prête à vous partager des éléments, j’ai décidé d’ouvrir une page Facebook avec son titre provisoire "Quand les Loups hurlent". 
J’espère vous embarquer d’ici quelques mois dans les premiers chapitres (qui seront gratuits) où se mêlent des lycanthropes, une sorcière blanche, un roi solitaire, des Nains disparus, un Dieu Forgeron et d’autres éléments.
Quant à la suite de l’histoire, je compte la mettre en ligne pour 1€, j’y réfléchis encore... À part bien sûr pour ceux qui se proposent comme premiers lecteurs, correcteurs.
Croyez-moi, sensible comme je suis, chaque encouragement comptera énormément pour moi. Cela dit, rassurez-vous : je garde mon rôle de chroniqueuse car comme dit Stephen King, un auteur écrit beaucoup et lit aussi beaucoup~


Sur ce, bon mois de Décembre à tous ! Courage à ceux qui passent leurs examens, courage à ceux qui croulent sous les achats et courage à ceux qui endurent rhume, fièvre ou je-ne-sais-quelle-bêtise-du-froid.
Survivez au moins jusqu’aux cadeaux !

Mademoiselle Else, d'Arthur Schnitzler

Mademoiselle Else ou le soliloque tragique d’une femme piégée par les oscillations de l’âme. A travers les mots et les errances désespérées de son personnage, Schnitzler brosse le tableau exemplaire des fascinants déchirements de la morale viennoise au tournant de la modernité, valse – hésitation entre désir et devoir, entre fantasmes de prostitution et rêves de continence. 
Quatrième de couverture par Le Livre de Poche.
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Après Madame Bovary, je vous présente une autre bonne surprise dans une version plus jeune avec Mademoiselle Else, une Bovary à l’autrichienne. Plus court et dans un format bien différent, je me sentais obligée de sélectionner les résumés car certains en dévoilent beaucoup trop.

Déjà, la nouvelle aborde un format nouveau à cette époque et assez étrange qui ne plaît pas à tous les publics : le monologue intérieur. Les dialogues ne sont entendus que d’un seul point de vue, les événements sont aperçus à travers les yeux de cette demoiselle qui nous partage, sans le savoir, ses pensées les plus enfouies. Journal intime oral, confessions du moment, le lecteur est emporté sur ses divagations de jeune femme perdue comme un canoë l’est par des torrents troubles. Le rythme est quelques fois répétitifs mais il est rapide, cinglant et cette nouvelle cache en fait un véritable tourbillon !
Délirante, décalée, drôle malgré elle et tragique, je me suis attachée à cette petite demoiselle Else, figure féminine un peu hystérique et prétentieuse mais attachante, les lectrices se reconnaîtront certainement dans quelques parcelles de cette autrichienne qui croque la vie et fonctionne en accéléré.
Amusant et pourtant profondément tragique, Else préfère rire que pleurer, elle préfère se battre plutôt que de s’enterrer, oser plutôt que se cacher. Mais qui n’a pas rêvé faire des miracles ? Qui ne se construit pas les scénarios les plus délirants sans parvenir à les accomplir ? Else est profondément humaine et est exposée avec ses défauts que l’on partage tous sans se l’avouer.
Les personnages secondaires ne sont malheureusement pas creusés, j’aurais volontiers lu d’autres monologues pensés par Fred, Paul mais surtout le vieux von Dorsday qui démontre autant de défauts humains mais réalistes que la jeune Else. [spoiler concernant la fin] La fin est donc assez frustrante puisque jamais on apprendra la réaction de l’entourage d’Else, ce que penseront ses parents,von Dorsday... Mais après tout, morte, Else non plus ne saura jamais comment se déroulera son enterrement et nous emporte dans son sort malheureux. [/spoiler concernant la fin]

L'auteur qui risque de
rejoindre mes chouchous.
Très psychologique, Arthur Schnitzler a entretenu une longue correspondance avec le célèbre Sigmund Freud qui le voyait comme son doppelgänger (et effectivement, ils se ressemblent étrangement !) et Schnitzler fut même un des premiers lecteurs de L’Interprétation des Rêves. On reconnaît des concepts freudiens et surtout, la même audace que le psychanalyste pour aborder des notions sexuelles chez un esprit si jeune. Mais Schnitzler le fait sans perversité mais plutôt pour disséquer l’âme d’une jeune fille qui passe d’un stade prude à une sorte de liberté dissimulée sans connaître le vrai acte en lui-même, ne connaissant que les flirts innocents.

Si le style m’a quelque peu terrifié au début, j’avoue que je ressors conquise de Mademoiselle Else. Le cœur un peu serré pour cette demoiselle, pour le vieux bonhomme Dorsday et surtout, son auteur talentueux et perspicace mais pourtant durement critiqué à son époque.
Curieux, si vous avez une après-midi de libre, n’hésitez pas à faire connaissance avec Mademoiselle Else et de découvrir un des premiers monologues internes de la littérature autrichienne.

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Une anecdote assez tragique et perturbante sur la vie privée d’Arthur Schnitzler qui coïncide étrangement avec la fin de son roman : [spoiler sur le dénouement de Mademoiselle Else] sa fille, Lili, s’est suicidée en 1930, à 18 ans. Selon les témoignages du père lui-même, Lili avait laissé une note qui disait « qu’elle ne voulait pas mourir ». Une triste fin qui ressemble à celle d’Else écrit six ans auparavant. On s’en doute : l’auteur ne s’est jamais remis totalement de ce décès et aurait reçu par la suite des lettres l’accusant d’être responsable, qu’avec l’éduction donnée à Lili, elle finirait forcément comme ça. Arthur Schnitzler meurt finalement en 1931. [/spoiler sur le dénouement de Mademoiselle Else]
• Les thèmes abordés sont vus comme « assez tabous » (encore aujourd’hui, peu d’auteurs oseraient écrire sur la confrontation entre une jeune fille ignorante et un vieil homme qui fantasme sur elle) et beaucoup d’œuvres de Schnitzler ont été détruites par les nazis qui allaient jusqu’à interdire les représentations de ses pièces de théâtre.

Madame Bovary, de Gustave Flaubert,

Une jeune femme romanesque qui s’était construit un monde romantiquement rêvé tente d’échapper à l’ennui de sa province, à la médiocrité de son mariage et à la platitude de sa vie. Mais quand Flaubert publie Madame Bovary, en 1857, toute la nouveauté du roman réside dans le contraste entre un art si hautement accompli et la peinture d’un univers si ordinaire.
Quatrième de couverture par Le Livre de Poche, Classiques.
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« Pauvre petite femme ! Ça bâille après l’amour, comme une carpe après l’eau sur une table de cuisine. »
P. 225
[Le 12 Décembre 2011, Google fêtait le 190ème anniversaire de Gustave Flaubert avec cette jolie bannière]

En voilà un livre bien mal aimé ! En voilà un personnage bien méprisé !
On m’avait souvent parlé du style assommant de Flaubert, de son héroïne exécrable, de ses passages longuets… Tant de critiques sévères qui m’ont refroidi durant le lycée, achevant de me désintéresser totalement de Madame Bovary. Toutefois, si je ne serai pas l’avocate d’Emma Bovary, je serai en tout cas celle de Flaubert maintenant que j’ai refermé le livre.

Je ne peux pas le nier : Gustave Flaubert, comme bon nombre d’auteurs de son époque, s’attarde sur des détails qui nous semblent complètement dérisoires pour notre génération du XXIème siècle habituée au rapide et concret. Il y raconte les différents modèles de voiture, la médecine et son enseignement des 1860 à 1892, des oppositions entre les gens de campagne et ceux de la ville… Sauf que certains ne l’ignorent pas : le XIXème siècle est une véritable passion chez moi et les nombreux détails ne m’ont absolument pas dérangés. Madame Bovary n’est pas seulement un roman qui nous ramène en arrière, c’est un étrange manuel à la fois sociologique, mécanique et historique de l’époque, à tel point que j’ai gardé certaine notes et j’espère pouvoir les réutiliser.
Quant au style, je suis déjà venue à bout de classiques riches en descriptions et Madame Bovary n’est pas le pire d’entre eux, malgré les avis que j’ai entendus. La plume de Flaubert aide beaucoup sur ce point car on sent un certain talent dans la narration, une passion pour les mots. Et puis, on se souviendra tous de la comparaison entre l’ennuyeux Charles Bovary et un trottoir. Pauvre gars…

Mort de Madame Bovary (1883) par Albert Fourié.

D’ailleurs, les reproches visent majoritairement les personnages, galerie peu glamour où les défauts et les mauvaises conduites s’accumulent, à commencer par la fameuse Emma Bovary. Non, je ne peux pas dire que j’ai aimé Madame Bovary, mais je ne peux pas dire non plus que je l’ai détestée : certes elle est capricieuse, infidèle, prétentieuse, égoïste… Mais Emma est surtout malade et j’ai été agréablement surprise de voir une hystérique aussi bien représentée dans une œuvre fictive et malgré tout, sa mort m’a fait beaucoup de peine (Ouais, je spoil un peu, mais ce livre est tellement connu qu’on ne dissimule plus le rôle joué par l’arsenic dans la dernière partie).
Je n’idolâtre pas non plus ses compères. En revanche, c’est la richesse d’un personnage que j’aime juger, pas si j’aimerais l’avoir dans mes contacts Facebook. Plus que Rodolphe Boulanger, j’ai été surprise par l’évolution de Léon Dupuis qui offre des images très paradoxales et intéressantes. On sort du roman à l’eau de rose et on a une vision plus ou moins véridique de l’amour adultère, Flaubert dissèque avec réalisme ce genre d’aventures qui connaissent rarement de belles fins (surtout à cette époque).
Malgré son côté benêt, j’ai été véritablement touchée par Charles Bovary, ce pauvre gars balourd, gauche et qui voue un culte naïf à sa femme qui passe les trois quarts de son temps à le rabaisser. C’est « l’idiot du roman » mais son importance ne peut pas être balayée et j’ai eu beaucoup de considération pour ce personnage.
Je n’oublie évidemment pas Homais, le phare éclatant, si éclatant qu’il en devient aveuglant, agaçant. Le personnage si emmerdant qu’il en devient drôle et si représentatif de la fausse bourgeoisie de cette époque. Il connaît d’ailleurs une conclusion où j’ai beaucoup ricané avec des côtés assez burlesques.
Bref, une galerie bien complète qui ne séduira que grâce à ses défauts et non avec ses charmes.

« Elle eut dans ce temps-là le culte de Marie Stuart, et des vénérations enthousiastes à l’endroit des femmes illustres ou infortunées. Jeanne d’Arc, Héloïse, Agnès Sorel, la belle Ferronière et Clémence Isaure, pour elle, se détachaient comme des comètes sur l’immensité ténébreuse de l’histoire [...]. »
P. 101

C’est dommage que j’ai tant tardé à lire ce roman mais c’est maintenant chose faîte et le jour où je tomberais dans une conversation concernant Madame Bovary, je pourrais défendre ce classique noir avec des arguments. Homais a écrit sur une tombe « Sta viator, amabilem conjugem calcas ». À mon tour, j’inscris sur ma chronique « Sta viator, amabilem librum occurris ».

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Avant la publication en librairie de Madame Bovary, Gustave Flaubert a été jugé pour des « écrits immoraux » et de nombreux passages ont été supprimés (il suffit de taper Madame Bovary scène du fiacre). Certaines éditions, comme celle du Livre de Poche, propose des versions complètes et ajoutent des annotations pour dire quel passage avait été supprimé.
• Quand je dis que Madame Bovary est complet en anecdotes victoriennes, il suffit de voir toutes les références à la Monarchie de Juillet (dur de ne pas comparer la déchéance d’Emma Bovary avec cette petite monarchie vouée à l’échec, au passage), la page 66 est recouverte d’anecdotes sur la médecin (le père de Gustave Flaubert était après tout médecin, on peut donc comprendre que le père Gustave soit si bien renseigné), les notes de la page 85 nous présente les différents types de véhicule, etc.



jeudi 27 novembre 2014

Absinthes & Démons, d'Ambre Dubois,

Qui est réellement Lord Nermeryl ?
Le diable, comme le laisse sous-entendre la rumeur ? Ou un jeune dandy un peu trop excentrique dont le passe-temps morbide est d’enquêter sur des affaires surnaturelles ?
Au fil des énigmes, en compagnie de sa fidèle compagne, la Corneille, le jeune homme goute la saveur des âmes des âtres humains, découvrant les travers de l’humanité et y apportant sa propre justice... d'une manière bien singulière...
Quatrième de couverture depuis le Site Officiel de lAuteure.
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Charmée par les commentaires toujours très enjoués, intriguée par ce titre alcoolisé et à tendances démoniaques, j’ai emprunté Absinthes & Démons pour le commencer le jour-même, pressée de voir ce qui m’attendrait. Autant vous dire tout de suite : j’ai rendu ce livre sans aucun regret car ce fût une vraie déception.

Déjà, ce sont toutes les louanges sur la plume d’Ambre Dubois qui ont attiré ma curiosité. Mais je me rends compte que ces fameuses louanges devaient venir d’un public facile à satisfaire car j’ai été très surprise : le vocabulaire est pauvre (je ne compte même plus les "prunelles mordorées" qui se pointent toutes les deux pages avec les "sourires cruels"...), des répétitions à foison qui cassent, détruisent le rythme. Je cite juste deux exemples qui m’ont marqués : "De délicates morsures couraient le long de sa nuque et de son torse d’une délicate blancheur" ou "Avec lenteur, elle s’élevait lentement, sans faire un geste ni un mouvement". Les synonymes ne sont pourtant pas durs à trouver et une relecture aurait supprimé ce genre de défaut.
J’ai donc souvent buté durant ma lecture.

Davantage de descriptions de décor
et des détails plus poussés
auraient été les bienvenus…
Forcément, l’ambiance en a pris un sacré coup. Si le thème n’est pas sans intérêt, je n’ai pas été plus emballée que ça : Ambre Dubois mise sur la luxure plutôt que l’horreur, faisant de ses monstres des êtres lubriques plutôt que des dangers pour les mortels, tout en n’assumant pas suffisamment les passages érotiques qu’elle place à chaque nouvelle. Je ne demandais pas les mots "anus" ou "bite", mais enfin, si on pouvait sortir du cliché de l’amour facile et monotone, hein...
Avec tous les amants que se tape Jorian, je pensais voir plus d’originalité ou de diversité (une femme à tendances sataniques, un amant plus réticent au vue des lois interdisant l’homosexualité à l’époque ? C’aurait été plus sympa, non ?), une utilité à ces passages. Cela dit, même hors du lit, la psychologie des personnages fait un peu du surplace : fades et sans distinction, aucun n’a marqué ma mémoire. Pas même le personnage principal, Jorian Nermeryl, tellement agaçant et au charme si lourd, si évident qu’il n’a pas opéré sur moi. En même temps, j’ai toujours horreur des protagonistes qui sentent la perfection…
Il y a juste peut-être la Corneille qui me restera en tête mais sans plus, car bien qu’elle accompagne l’orgueilleux Lord Nermeryl, elle est trop souvent reléguée au second plan.
Certaines lectrices rêvent de rencontrer Jorian, alors que de mon côté, je préférerais plutôt inviter la Corneille à boire un verre…

Bref, c’est bien dommage car j’étais curieuse tout le long du récit, laissant une ultime chance mais au final, il y a comme une impression d’inachevé : leur histoire est avortée, coupée. Pourtant, avec un thème si riche, il y avait quoi creuser plus profondément dans les ténèbres.
Je m’attendais à retrouver des traces d’héritage de Le Fanu, de Baudelaire ou de Poe, je m’attendais à lire une histoire terrifiante mais élégante, sordide mais charmante, une Poppy Z. Brite à l’Ère Victorienne mais j’étais très loin de mes espérances, passant totalement à côté de ce recueil de nouvelles.

Au moins, grâce au titre, je peux valider l’idée n°70 du Challenge des 170 Idées...

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Rien pour l’instant, je digère et je cherche quelque chose à partager.

lundi 24 novembre 2014

The Elder Scrolls III : Morrowind,

Les Prophéties oubliées annoncent que l’Incarné, la réincarnation de l’héroïque Dunmer (elfe noir) Nerevar, gagnera Morrowind pour débarrasser ses terres d’une malédiction.
Afin de réaliser cette prédiction, l’Empereur a envoyé un messager inconnu à la destinée incertaine sur l’île de Vvardenfell.
Par une série de quêtes magiques et périlleuses, ce messager deviendra l’un des héros les plus vaillants de l’Empire.
Résumé du Site Officiel.
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Je reviens enfin d’un fantastique voyage de 150 heures où, sur des terres tantôt verdoyantes, tantôt cendrées, j’ai croisé des mages farfelus, des guerriers prétentieux, des elfes conservateurs et des nomades méfiants dans des villes sablées ou infestées de champignons géants, des créatures dangereuses qui arboraient de vives couleurs…
Si en 2011 Skyrim faisait autant de bruit qu’un ouragan, un vent lointain se fait encore entendre quand les joueurs les plus chevronnés parlent de Morrowind, succès certain de Bethesda Softworks en 2002.

Bien que je suis une grande fervente de la saga The Elder Scrolls, je suis moins puritaine que ceux qui s’acharnent contre les petits fans de Skyrim qui ne touchent pas au troisième volet car il faut le reconnaître : Morrowind, c’est une sale bête dur à dompter. Les créateurs n’ont pas fait dans la dentelle et l’aventure promet d’être très laborieuse.
Mais elle vaut largement le coup.


J’aime comparer l’histoire de Morrowind à une tragédie grecque, à de la science fiction aux allures divines, mythologiques. Vous l’aurez compris : le scénario est très complexe et finir le jeu n’apportera pas seulement des réponses mais aussi des questions. Le Nérévarine, réincarnation du charismatique Nérévar, doit chasser les étrangers de Morrowind et dévoiler la vérité sur sa mort. Mais dans cette quête, les notions de gentil et méchant deviennent complètement brouillées, il y a tour à tour des alliés, des ennemis, des traîtres… Et bien que vous incarnez un être légendaire, vous n’aurez pas l’avantage dans ce monde très complexe et particulier. Pour être honnête, il est même probable que vous vous sentiez perdu pendant de longues heures.
Morrowind est donc un univers difficile à maîtriser car les thèmes abordés sont délicats. Je pense surtout à la religion des Dunmers qui est le sujet majeur de cette quête principale : trois elfes ont remplacé les trois divinités démoniaques qui étaient autrefois vénérées, ces êtres mortels sont alors devenus des Dieux tour à tour admirés et insultés. Leur religion est toute une mythologie dure à cerner aux premiers abords et il faudra vous plonger dans l’univers de Morrowind comme on plonge dans un livre.
Mais rassurez-vous car vos efforts seront récompensés. Le joueur valse entre dark fantasy, science fiction et ethnologie, évoluant dans un monde très personnalisé et travaillé où les influences asiatiques, berbères et africaines sont bien ressenties. Vous ne verrez pas cet univers deux fois, contrairement à Oblivion ou Skyrim où les inspirations médiévales et nordiques sont trop évidentes.

Si les screens ne sont pas suffisamment représentatifs pour vous, il y a toujours les fanarts les plus fidèles qui vous montreront de quoi je parle :
Pour ceux qui sont intéressés, jetez-vous sur la galerie de Minttu, artiste exceptionnelle qui a tout saisi de l’univers de Morrowind.

Certes, on sent que le jeu a vieilli : vieux bruitages excessifs et pas tellement fluides, animation monotone et saccadée, défauts typiques des jeux des précédentes générations… Et pourtant ! Personne ne peut le nier, le jeu possède beaucoup de charme, que ce soit au niveau des couleurs harmonieuses, des décors diversifiés et des prouesses de l’imagination. Sans compter que les joueurs modernes ont la possibilité de modder leur jeu en rendant les graphismes aussi beaux que les sorties vidéoludiques les plus récentes.
Personnellement, je me suis vite habituée et je n’ai pas eu besoin d’avoir recours à des mods, mais tout dépend de vos goûts maintenant !

Je vous laisse comparer !

L’avantage de l’âge de Morrowind vient aussi de son côté old school : l’équipe a réussi à mêler jeu de plateau et RPG informatique, permettant au joueur de bénéficier d’énormément de libertés (un point que j’ai adoré : vous pouvez refuser des quêtes, voire dire merde à la quête principale en tuant une personne nécessaire à l’avancement de l’histoire, personne n’est immortel !) et il est difficile de refaire deux fois la même partie.
L’évolution du personnage est aussi plus stricte car vous choisissez dès le début de votre partie l’apparence, le signe astrologique, le métier et les compétences. Vous avez la possibilité d’inventer un métier mais les aptitudes choisies devront être privilégiées car ce sont elles qui permettront à votre personnage de gagner des niveaux.
Si les dialogues ne sont pas doublées et vous obligeront de lire, il y a quand même un plus : vous avez beaucoup plus de répliques possibles, vous pouvez poser des questions, choisir des sujets de conversations qui vous permettront d’en apprendre plus et vous pourrez graisser la patte, menacer ou charmer vos compères…


À force de persévérer dans ce monde dangereux mais fascinant, vous finirez vous aussi par rencontrer les terrifiants Ordonnators, ces gardes aux devoirs sacrés, les Cendrais, nomades persécutés et méfiants qui joueront pourtant un rôle capital dans votre ascension, les Grandes Maisons qui se départagent majoritairement entre les Hlaalu, commerçants amoureux des humains, les Telvanni, mages orgueilleux, nombrilistes et inconscients et les Redoran, guerriers accueillants et qui priment avant tout le sens du devoir et de l’honneur.
Sans oublier les guildes riches et aux quêtes nombreuses où les personnages intéressant pullulent. Mes coups de cœur vont vers la Guilde des Mages et la Morag Tong, groupe d’assassins très strict qui suivent de vieilles traditions et des rituels pour commettre leurs meurtres.


Si j’ai réussi à vous convaincre (et croyez-moi, si Morrowind arrive à vous charmer à travers cette chronique, je juge ma mission accomplie), laissez-moi vous donner quelques tuyaux qui seront bien utiles !
• N’acceptez jamais trop de quêtes. Contrairement à Oblivion ou Skyrim, les quêtes ne sont pas classées dans un menu déroulant mais écrites et confinées dans un seul et même journal. Si vous acceptez une quête de trop mais que vous l’oubliez, vous serez obligé de relire chaque page pour retrouver la dite quête. Le mieux est de transposer ce journal dans la réalité : sur un petit bout de papier, écrire les missions en cours, etc.
• Les indications données ne sont jamais trop claires dans Morrowind, je vous laisse donc cette encyclopédie (anglaise) qui vous guidera certainement plus d’une fois.
• La carte est très spéciale dans Morrowind et honnêtement, je préférais me reporter sur celle que vous trouverez ci-dessous (attention, gros fichier !) :

• Tout se vend à Morrowind, absolument tout. Comme la vaisselle et les babioles ne vous sont d’aucune utilité, pensez à les revendre pour amasser le plus d’argent possible. Et astuce : vendez-les par pièce, ça prend plus de temps mais 10 fourchettes vendues en paquet coûteront 7 pièces, tandis qu’à l’unité, le marchand vous donnera 10 pièces car une pour chaque fourchette. Bref, vous serez gagnant~
(évitez de commettre la même bêtise que moi par contre : de voler le marchand et d’essayer de lui revendre sa propre marchandise car aussi surprenant que cela puisse paraître, il reconnaîtra ses biens !)


Vous l’aurez compris : Morrowind est un coup de cœur énorme et je pourrais en parler pendant des heures tant cet univers m’a vendu du rêve. Je ne sais pas ce que je donnerais pour pouvoir lire un roman avec des elfes aussi peaufinés et fouillés, une trame d’histoire aussi émouvante et une ambiance aussi bien menée.
J’ai adoré Oblivion, j’ai aimé Skyrim, mais Morrowind… Je comprends le succès qui, telle la chaleur luisante des braises, perdure depuis plus de dix ans et continue de réchauffer ses fans grâce à ce feu magique, hypnotisant quoique dangereux…

Dernière mention pour les Ordonnateurs car bien qu’ils m’ont fait flipper plus d’une fois, je les adore :
Ça ne s’appelle plus du charisme quand on intimide à ce point...

             Quelques anecdotes sur ce jeu,
• Tous les screens de cette chronique sont issus de ma propre partie (sauf celle pour le mod qui améliore les graphismes).
• Bien que je ne les ai pas encore testé, deux DLCs sont sortis pour Morrowind : le premier se nomme Tribunal et le second Bloodmoon.
• Pour ceux qui ne possèdent que Skyrim et voudraient un avant-goût du monde des Dunmers, je vous invite à jeter un œil sur la chronique de Dragonborn.