Affichage des articles dont le libellé est Genre: Psychologique. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Genre: Psychologique. Afficher tous les articles

lundi 5 février 2018

La Mésange et l'Ogresse, de Harold Cobert,

22 juin 2004. Après un an d’interrogatoires, Monique Fourniret révèle une partie du parcours criminel de son mari, « l’Ogre des Ardennes ». Il sera condamné à perpétuité. Celle que Michel Fourniret surnomme sa Mésange reste un mystère : victime ou complice ? Instrument ou inspiratrice ? Mésange ou ogresse ? En faisant résonner la voix de Monique Fourniret jusqu’aux tréfonds de la folie, la traque de ces deux monstres révèle un diabolique face-à-face avec les enquêteurs.
Quatrième de couverture par Points.
---

« Elle parle sans cesse de son émotivité sans pour autant montrer la moindre émotion. Un an que je l’interroge plus d’une fois par semaine des heures durant, comme son mari, et je suis incapable de la saisir ou de dire qui elle est. Elle m’échappe, elle me glisse des mains comme un savon flasque et humide. »
P. 398

Il est difficile de parler d’un livre où le plaisir de divertissement est absent mais l’idée convaincante : on ne pioche pas La Mésange et l’Ogresse dans sa PAL en se disant « tient, j’ai bien envie de me faire plaisir et de lire ça », on le pioche pour comprendre, on le pioche pour affronter l’horreur et réfléchir sur cette affaire.
Je ne peux pas dire que j’ai aimé ce roman comme j’ai aimé Jane Eyre ou Harry Potter, mais j’ai aimé le travail de l’auteur et la lumière qu’il apporte sur cette affaire.

Michel Fourniret, ou Marc Dutroux² dans l’esprit des journalistes, était aussi épaulé par une complice avec une bague au doigt : Monique Fourniret. Une femme insipide, morne voire idiote : tel est son portrait dans La Mésange et l’Ogresse. À l’instar de Michelle Dutroux dans La femme qui donnait à manger aux chiens, le lecteur entend les monologues de l’épouse d’un prédateur sexuel, mais dans le roman de Cobert, les pensées de madame Fourniret sont entrecoupées par des procès-verbaux et les réflexions du policier Jacques Debiesme qui tente d’équilibrer vie privée et vie professionnelle, sans oublier les passages narratifs qui montrent Michel Fourniret en chasse, prédateur frustré mais futé. De façon surprenante, ces moments sont pudiques et ne noient pas le lecteur de détails : mais le peu suffit pour se sentir mal.
Ces différents formats forment alors des mini-chapitres qui défilent très vite, ou qui défileraient très vite si la lecture était facile : la plume est fluide, le sujet est éprouvant. Ce qui est particulièrement éprouvant, ce sont les passages où Monique Fourniret est interrogée : si Jacques Debiesme doit encore prouver son innocence ou sa culpabilité, le lecteur sait que madame Fourniret se rapproche plus de l’ogresse que de la mésange et tous ses interminables « euh… je ne sais plus… », « je ne sais pas, euh… je n’ai pas très bonne mémoire… », « j’ai oublié, euh… ça remonte à si loin… » agacent. Le lecteur n’est pas écarté même si les « je » excluent toute identification, car il est dans la position de Jacques Debiesme : fatigué et énervé par les bredouillements de Monique Fourniret qui n’est pas innocente mais tente de jouer la carte de l’ignorante. Et croyez-moi, des réponses mesurées par de nombreux « euh », il y en a à la pelle !
Cette mise en abîme est donc très efficace et j’applaudis l’auteur pour avoir irrité mes nerfs comme ça ! Je ne sais pas si j’aurais été aussi efficace que les policiers du roman durant les interrogatoires, j’aurais certainement perdu mon sang-froid.


Malheureusement, un autre détail qui m’a irritée et qui n’était peut-être pas dans l’intention de l’auteur : Chris, l’unique policière de l’équipe. Un peu comme Rachel dans Simetierre qui refuse qu’on parle de la mort car elle n’est pas naturelle, Chris refuse jusqu’au bout l’hypothèse que Monique Fourniret ait pris part aux méfaits de son époux sous prétexte qu’elle est une femme et mère de surcroît. Qu’une policière ignore des faits divers comme les « fameux bébés congelés » m’énervait : cette naïveté qui s’accorde mal avec le statut du personnage me fatiguait.
Forcément, j’ai soutenu Ben tout le long du roman.

Ces histoires des policiers à côté composent la partie fictive de La Mésange et l’Ogresse : il y a quelques longueurs et quelques répétitions mais elles permettent une immersion totale dans ce face-à-face qui dure plus d’un an. Un face-à-face qui apporte beaucoup de réponses et avec une fin qui glace, une fin qui tranche le titre : mésange ou ogresse ?


Un roman vraiment efficace : le lecteur ne peut que varier entre colère et chagrin, éprouvé par cette lecture pas facile et qui ne peut pas se dévorer comme un polar où on a hâte de découvrir l’identité du tueur car, dans La Mésange et l’Ogresse, le lecteur n’a pas hâte de découvrir la réponse.
Je ne peux pas dire que j’ai aimé ce livre mais j’admire le talent d’Harold Cobert car l’exercice n’a pas dû être facile et le résultat est présent : si vous êtes prêt aussi à plonger dans une des affaires les plus sordides de notre temps, lisez La Mésange et l’Ogresse.
Et si vous le lisez, je vous souhaite beaucoup de courage.

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Harold Cobert précise bien au début de son roman que les paroles des Fourniret sont purement fictives, à part quelques termes comme MSP (qui veut dire membrane sur pattes) et quelques surnoms. Les lettres, dialogues, etc, sont donc des inventions littéraires.


Envie de l’acheter ?

mercredi 20 décembre 2017

Silent Hill 8: Downpour,

Dans le jeu d’action horrifique Silent Hill : Downpour, c’est au tour d’un certain Murphy Pendleton, prisonnier en fuite, de déambuler dans les rues brumeuses de la célèbre bourgade. Oubliez l’hôpital, l’école et tous les lieux qui ont contribué à la réputation malsaine de Silent Hill. Ici, c’est une toute nouvelle portion de la ville qui s’offre à vous avec son lot d’horreurs et de monstres impatients de goûter la peur dans vos yeux.
Résumé par JeuxVideo.com
---


Depuis que Konami partage le bébé Silent Hill ("bébé", "bébé"… devenu ado’ depuis) avec différents développeurs, la saga est visée par de nombreux débats qui déchirent les fans. D’un côté, les fanatiques du Silent Hill 2 qui ne veulent rien entendre et sont aussi bornés que des ânes, de l’autre, les nouveaux qui préfèrent encore et toujours Homecoming et trouvent le protagoniste de The Room mignon.
Personnellement, je ne me place dans aucune catégorie : je n’ai que moyennement aimé The Room, je n’ai même pas fini Homecoming tant il était inintéressant, mais je garde espoir pour chaque opus annoncé. J’ai bien aimé Shattered Memories par exemple. Et plus que ça : j’ai adoré Silent Hill : Downpour.

Je tiens surtout à prendre la défense du travail du groupe tchèque Vastra, car je trouve les fans terriblement durs. Retenez les conditions : un délai court, une maison de développeurs discrète qui tangue sur des projets pour sauver le navire, un budget assez limité… Et même si Downpour n’est pas le meilleur Silent Hill, on sent les efforts pour faire plaisir aux joueurs.
Que je contre quelques arguments de langues de vipère, donc…


         → « La musique est à chier »,
Dès que les développeurs ont confirmé que la musique ne serait pas composée par Akira Yamaoka et que KoRn remplaçait Mary Elizabeth McGlynn pour chanter le morceau d’intro, il pleuvait des menaces de suicide.
Bref, un blasphème, un sacrilège aux yeux de la communauté.
Moi-même j’idolâtre Mary Elizabeth McGlynn et sa voix puissante et j’écoute encore les compositions de Yamaoka depuis plus de quinze ans sans jamais me lasser, alors je ne vais mentir : j’ai regretté l’absence de ces deux monstres vénérés. Mais à ma grande surprise, je me suis repassée en boucle Silent Hill chanté par KoRn pendant plusieurs jours et même si je ne suis pas fan de Daniel Licht (compositeur de la musique de la série Dexter), leur travail fait que l’ambiance sonore et musicale s’accorde à merveille avec cette nouvelle aventure, régie par la violence plus que le mystère des opus précédents.


         → « Murphy ressemble trop à Henry ! »,
Peut-être, mais avec bien plus de personnalité.
Murphy Pendleton s’inscrit parfaitement dans la lignée des protagonistes de Silent Hill : tout comme James ou Heather, le joueur ignore tout du personnage qu’il incarne. Pourquoi est-il en prison ? Pourquoi poignarde-t-il un codétenu ? Est-ce un agresseur en série, un salopard ou une victime insoupçonnée ?
Les réponses, comme à chaque fois, viennent au fur et à mesure du jeu, même si on peut démêler le nœud bien avant la conclusion. Ce n’est pas tant la chasse aux indices qui motive mais les thématiques qui touchent Murphy et qui n’avaient jamais été abordées par les autres Silent Hill : la vengeance, la colère et, au risque de spoiler un peu, la pédophilie.
Ce n’est donc pas tant Murphy en lui-même qui m’a fascinée mais son histoire absolument inédite et avec un thème d’actualité, qui revient sans cesse. [spoiler sur son histoire] Murphy était le père d’un enfant d’une dizaine années, un petit garçon qui a été violé par un voisin puis ligoté dans un sac et jeté dans une rivière pour mourir noyé. Le pédophile est arrêté et condamné mais cela ne suffit pas : Murphy fait tout pour être dans la prison et tue son ancien voisin, désirant venger la mort du petit Charlie. Un fait-divers qui rappelle bien sûr le petit Gregory ou encore, plus récent, le policier qui a récemment tué la nourrice qui avait maltraité le bébé dont elle avait la garde… [/fin du spoiler sur son histoire]
Sans oublier les personnages secondaires, riches et qui auront des interactions intéressantes. Malheureusement, il faut aussi chercher sur internet pour comprendre l’étendue de leur étrangeté. Pour vous épargnez un Google it : le facteur que Murphy rencontre porterait la tenue des facteurs américains dans les années 1890, mais l’histoire de Murphy se déroule dans les années 2010 (!). Les joueurs les plus anciens savent que la ville de Silent Hill, si elle est insatisfaite, piège ses visiteurs éternellement...
Tout ceci explique aussi la nouvelle ambiance du jeu : pourquoi l’eau, qui tombe en trombes ou se déchaîne comme un torrent, remplace le feu omniprésent ou la brume aveuglante dans cet opus ? Pourquoi la prison moderne et physique avant la prison psychologique ? Les monstres ont-ils une nouvelle signification ?

Quelques gifs pour illustrer le côté délirant (et efficace) des mondes alternatifs.

         → « Il n’y a même pas d’infirmière sexy dans cet opus »,
Non, effectivement, mais les joueurs les plus avertis le savent : les monstres de Silent Hill portent tous une signification en rapport direct avec le protagoniste qui les rencontre.
(le fait que Pyramid Head apparaissent dans les deux films Silent Hill et Silent Hill 2 était donc totalement illogique, mais enfin)
S’il n’y a pas d’infirmières sexy, c’est tout simplement parce que la sexualité de Murphy n’a aucun rapport avec l’hôpital (contrairement à James, mais cela tient du spoil de révéler le pourquoi du comment). Par contre, des femmes qui hurlent, meurtries, des prisonniers avec un visage de clown, aux mouvements simiesques, sans oublier l’impressionnant Boogey Man ont tous leur importance et leur symbolique.

De plus, insérer des infirmières aurait été parfaitement décalé sachant qu’on n’explore pas le fameux hôpital Alchemilla dans Downpour, ni l’iconique école Midwich [spoiler] malgré le thème de l’enfant, Charlie n’ayant jamais été scolarisé à Silent Hill, le rapport n’était pas obligatoire [/fin du spoiler]. Vatra Games offre autre chose par contre : la possibilité d’explorer une nouvelle partie de Silent Hill. Comme la station de radio, le parc Logan, le Devil’s Pit (avec un passage dans les mines…) et surtout, surtout, la bibliothèque municipale. Une putain de bibliothèque immense.
Vous l’avez compris : en tant que lectrice passionnée, j’étais aux anges !


Tout ça pour dire que Silent Hill : Downpour est le huitième opus d’une saga qui a bientôt vingt ans et qu’il apporte du nouveau tout en respectant les codes de la série. Et selon moi, la mission est remplie avec succès malgré des bugs minimes et un graphisme un peu bateau : bravo à Vatra Games ! J’ai fini ce jeu trois fois et toujours avec le même plaisir grâce aux quêtes secondaires et aux différents scénarios à essayer.
J’aurais aimé poster cette chronique en automne, lors d’un jour d’averses, mais enfin, c’est un peu la sécheresse en ce moment dans la région... Dommage, sachant que je ne regarde plus la pluie comme avant !


             Quelques anecdotes sur ce jeu,
• Les développeurs de Silent Hill sont-ils des lecteurs passionnés ? Sûrement, pour avoir renommé la plupart des rues avec des célèbres auteurs de l’horreur : on a droit à King Street, Brite Street… et s’il n’existe pas de Poe Avenue, la quête La Main du Mort a un trophée qui se nomme Le Cœur Révélateur !
• Toutes les images (gifs inclus) viennent du site Silent Hill Wikia.

Envie de l’acheter ?

mardi 16 mai 2017

La Femme qui donnait à manger aux chiens, de Kristien Hemmerechts,

« À l’été 2012, de vieilles blessures ont été rouvertes en Belgique quand on a su que Michelle Martin, l’ex-femme et complice de Marc Dutroux, serait libérée sur parole. J’essayais de savoir ce qui pouvait se passer dans sa tête. »
Kristien Hemmerechts

La Femme qui donnait à manger aux chiens est le roman de cette histoire terrible.
Elle est la femme la plus haïe de Belgique. Elle passe ses journées en prison, après avoir été la complice de terribles crimes sexuels commis par M, son époux et le père de ses trois enfants. Elle n’a jamais cherché à l’arrêter. Elle a fait tout ce qu’il lui demandait. Presque tout. Elle sera bientôt libérée sur parole, et transférée vers un couvent. Pour travailler. Et lorsqu’elle ne travaillera pas, elle priera. Qui est cette femme ? N'est-elle qu’un monstre sans scrupule ?
Quatrième de couverture par Galaade.
---
« Il y a des fruits qui pourrissent sans jamais avoir mûri.
J’étais un de ces fruits. »
P. 243

Lecture particulière que La Femme qui donnait à manger aux chiens.
Cette femme nourrissait les chiens, mais n’a pas nourri les deux petites filles kidnappées par son mari et qui sont mortes de faim, alors que Marc Dutroux était en prison et que plus rien ne retenait Michelle Dutroux de libérer les deux petites.
Si la folie de Marc Dutroux a été confirmée depuis le début, celle de Michelle Dutroux, désormais Michelle Martin qui a retrouvé son nom de jeune fille, a toujours provoqué de vifs débats. Était-elle aussi perverse que son époux ? Ou était-elle aussi victime que les enfants ?

« Tu crois que c’est pour mon plaisir que je viole des femmes ? se plaignait-il. Tu ne comprends pas que je préférerais m’asseoir tranquillement chez moi devant la télé ? Ai-je demandé à avoir un pénis ?
— Non, chéri. »
P. 165

L’affaire Dutroux résonne encore 20 ans plus tard : Michelle Martin est libérée pour être emmenée dans un couvent, loin du monde. Pour la Belgique, peu importe qu’elle soit dans un couvent ou une maison : elle n’est plus en prison et c’est une honte, une insulte aux victimes et à leur famille. Au milieu, Kristien Hemmerechts ose écrire un roman qui tente de comprendre qui est cette femme la plus haïe de Belgique.

En 2012, quand la Justice a déclaré que Michelle Martin serait en liberté conditionnelle, 
les caricaturistes ont exprimé leur colère et leur désarroi.

Écrit à la première personne, le roman se présente comme un témoignage de la vie qu’a menée Michelle Martin, devenue Odette dans le livre. Son mari est devenu tout simplement M, qui peut vouloir dire Marc, Marc Dutroux, Monstre… Mais on ne peut se tromper sur les identités où les détails sont précis (l’amour pour le patinage artistique, le métier d’électricien, le côté possessif de la mère d’Odette, etc).

Ce monologue est un témoignage de la vie, avant et après les crimes, mais pas pendant : l’affaire Dutroux n’est pas perçue par Michelle pardon, Odette. En fait, elle n’est qu’abordée par bribes. Pourquoi cette femme n’a pas signalé à la police la présence des deux petites filles condamnées à mourir de faim ? Pourquoi les a-t-elle laissées mourir de faim ? Kristien Hemmerechts ne s’aventure pas sur ce plan juridique.
C’est même le seul défaut que je reproche à La Femme qui donnait à manger aux chiens (le livre, hein, pas la femme elle-même) : il est impossible de savoir le vrai du faux, l’affirmé du supposé, les faits du fictif. Il est facile de trouver des résumés de l’affaire Dutroux, le monstre qu’il était et l’ambiguïté de sa femme, si elle était cruelle ou manipulée, mais des documentaires qui s’intéressent à leur vie, la source de ces drames, le pourquoi du comment sont inexistants. Même plus, j’aurais aimé savoir si Kristien Hemmerechts avait contacté Michelle Martin pour discuter avec elle.

Par contre, j’ai beaucoup aimé ces réflexions travaillées, peu importe qu’elles soient recueillies auprès de Michelle Martin ou tout simplement imaginées : comment est le monde après vingt ans de prison ? Comment gérer les médias avec sa famille ? Pourquoi cette affaire continue de remuer la Belgique trente ans après alors qu’il y a eu d’autres drames ? Notamment le crime commis par Geneviève Lhermitte qui a tué ses cinq enfants.
Mais là encore, ça soulève un nouveau point et pour revenir au point précédent : la comparaison entre Michelle Martin et Geneviève Lhermitte vient-elle de l’auteure ou était-ce réellement une réflexion de l’ex-femme de Dutroux ?
[à gauche, Geneviève Lhermitte, celle qui a tué ses propres enfants, à droite, Michelle Martin, celle qui a tué indirectement les enfants d’autres parents.]

Même si je reste sur ma faim (sans jeu de mots horrible) concernant ce livre pour le manque de renseignements pour le lecteur, La Femme qui donnait à manger aux chiens est un livre très intéressant : il ne glace pas d’effroi comme la couverture le laisserait supposer, il provoque plutôt un certain dégoût en imaginant comment Marc Dutroux a pu traiter sa femme (ou les femmes en général), comment lui-même a pu être traité gamin… Mais pas de détails sordides.
Des suppositions suggéraient que si les Dutroux s’étaient montrés aussi monstrueux avec leurs victimes, c’est qu’eux-mêmes avaient été autrefois des victimes : une théorie soutenue par le roman, sans trop aller vers l’excès.
Une lecture particulière, très délicate mais intéressante, il vaut mieux connaître un peu l’affaire Dutroux avant de se lancer dans ce roman par contre. (vous trouverez de quoi regarder sur internet)

« Moi aussi, j’étais désolée.
Ça s’appelle un père, pensai-je avec sarcasme. Comment le même mot pouvait-il servir pour [le père de M] et pour [le mien] ? »
P. 140

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• La première édition de demi-grand-format de Galaade porte le titre de La Femme qui donnait à manger aux chiens, la version poche (du Livre de Poche) s’intitule en revanche Celle qui donnait à manger aux chiens.
• Publié la même année de la libération de Michelle Martin qui est partie vivre dans un couvent, le livre de Kristien Hemmerechts a été très, très mal accueilli en Belgique : pour beaucoup, l’auteure excuse le comportement de la femme la plus détestée de Belgique, elle trouve des explications autres que "cette femme est un monstre". Malgré les vingt ans écoulés, le cas de Michelle Martin met encore en colère la population belge.
• Le cas de Geneviève Lhermitte a choqué la Belgique mais ne s’est pas autant imprimé dans les mémoires que celui de Michelle Martin. Ceci dit, n’hésitez pas à chercher des documentaires, le cas est intéressant également. Et accordez une pensée à Bouchaib Moqadem, le père des cinq enfants tués.

samedi 13 mai 2017

Les Bonnes, de Jean Genet,

Madame est bonne. Madame est riche. Madame est belle. Madame est généreuse.
Serait-ce pour ces raisons que Solange et Claire, ses deux bonnes, décident de la tuer ? La tragédie, le drame et la comédie se nouent autour de ces trois personnages à la recherche de leur identité.
Créées en 1947, Les Bonnes sont aujourd’hui la pièce de Genet la plus représentée dans le monde.
Quatrième de couverture par Belin Gallimard, ClassicoLycée.
---

Si j’ai lu la pièce de Jean Genet, ce n’est pas parce que je l’avais au programme au lycée, ce n’est pas parce que je suis une fan de théâtre mais parce que je m’intéresse vivement aux représentations des faits-divers dans la littérature, et le titre des Bonnes est indissociable à l’affaire des sœurs Papin de 1933. J’ai lu la pièce de Jean Genet pour ça.
Ce qui explique ma déception, car le rapport entre l’affaire et la pièce est vraiment forcé. Les grandes lignes sont conservées : deux sœurs perturbées projettent d’assassiner leur patronne. Leur relation est ambiguë et ils ont des attitudes complexes.
Mais ça s’arrête là.

Oubliez ces deux sœurs durant votre lecture, vous ne les retrouverez pas.

Je tente de me débarrasser de la déception que j’ai ressentie durant ma lecture, car je m’attendais tout à fait à autre chose. Mais finalement, Les Bonnes me permet de confirmer que le théâtre absurde, ce n’est pas pour moi. L’idée derrière cette pièce est intéressante et des procédés sont ingénieux, ce serait de mauvaise foi que de le nier, mais Les Bonnes doivent être étudiées pour être appréciées.
Y assister simplement, le lire simplement ne peut pas aboutir à un petit plaisir lecture de théâtre.

Vous êtes prévenus : cette pièce ne tente pas d’expliquer la folie des sœurs Papin, elle ne tente pas retranscrire l’affaire sordide, c’est une pièce qui joue sur l’identité, le désir et la folie dans un genre absurde.
La pièce en soi est sympathique, si vous êtes prévenus des intentions de Jean Genet, vous serez peut-être moins sur votre faim que moi.

Grâce aux actrices Odile Grosset Grane et Lisa Pajon, je peux valider l’idée n°54 du Challenge des 170 Idées :

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Jean Genet a nié s’être inspiré de l’affaire des sœurs Papin, mais l’association s’est faite d’elle-même : jouée la première fois le 19 avril 1947, l’affaire Papin a tout juste quatorze ans et les deux sœurs étranges sur scène faisaient écho à Christine et Léa Papin.
• Il va de soi que l’association, bien que démentie par l’auteur, fait que Les Bonnes se sont attirées les foudres de la critique et du public : la pièce aborde le malsain mais aussi l’homosexualité entre femmes, un thème pas facile à manipuler face à tous dans les années 1940.
• L’édition de Belin Gallimard présente un dossier très complet qui sera utile à tout collégien, lycéen ou étudiant en littérature ! Des définitions, des dates clés, des explications... Bref, de quoi comprendre la pièce sans passer forcément par un cours.



samedi 21 janvier 2017

Correspondances de Stefan Zweig,

« Avez-vous encore le temps, l’envie de lire des lettres ?
J’espère que oui ! Avec les lettres, c'est un peu comme une courbe dans la vie, d’abord on les aime, on les oublie, et on les perd à cause de la plus grande force du mot imprimé, mais je crois qu’on y retourne toujours. »
Stefan Zweig        
Ce livre réunit la correspondance partagée avec les deux auteurs Arthur Schnitzler et Stefan Zweig, de 1907 à 1931.
Quatrième de couverture par Rivages.
---

Je m’intéresse rarement aux correspondances et aux journaux intimes. Non par flemme mais parce qu’il s’agit de documents intimes que l’on doit lire avec soin et je me sens toujours un peu intruse dans ce genre de lecture. Ma motivation à lire cette Correspondance entre les deux auteurs autrichiens Stefan Zweig et Arthur Schnitzler vient du fait que le premier m’émeut par sa vie, et le second m’avait totalement conquise avec Mademoiselle Else et sa vie n’est pas plus enviable.
Que peuvent se dire deux hommes de talent et qui ont eu des parcours difficiles ? L’aîné, Schnitzler, a été accusé d’avoir provoqué le suicide de sa fille en écrivant Mademoiselle Else et meurt peu de temps après en 1931, tandis que Zweig, plus jeune, s’exile de l’Allemagne nazie et se suicide en 1942 avec sa seconde femme, expliquant "qu’il ne veut plus vivre dans ce monde qu’il ne reconnaît plus".

Grosso modo, les lettres se ressemblent et suivent un schéma assez comique d’un point de vue extérieur : Zweig en mode gros fanboy du travail de Schnitzler et Arthur à faire son timide avec des lettres très polies et soutenues.
Sur les dernières, par contre, les hommes laissent un peu le côté littéraire et parlent des années douloureuses en tant que germaniques : la montée du nazisme, la haine dirigée vers les juifs, les poussant à s’exiler (ce que fera Zweig), la guerre pressentie…
C’est dommage que le livre se contente de peu et représente plus une base à approfondir qu’un recueil d’informations. Il vaut mieux lire un peu leur biographie avant de s’intéresser à leurs échanges.


À lire la correspondance que les deux hommes échangèrent pendant plus de trente ans, on se dit que Zweig est vraiment le fils que Freud aurait aimé avoir : il apprécie en lui sa "modestie intérieure", tout en étant séduit par l’écrivain, si proche à bien des égards d’Arthur Schnitzler qu’il considérait comme son "frère jumeau".
À Zweig, Freud confie ce brevet de ressemblance : "Votre type est celui de l’observateur, de celui qui écoute et lutte de manière bienveillante et avec tendresse, afin d’avancer dans la compréhension de l’inquiétante immensité". De son côté, Zweig sera l’un des rares écrivains viennois, le seul peut-être à discerner d’emblée le génie de Freud, à le proclamer et à le situer dans la lignée de Proust , Joyce et Lawrence. "J’appartiens, lui écrit-il, à cette génération d’esprits qui n’est redevable presque à personne autant qu’à vous en matière de connaissance."
Quatrième de couverture par Rivages.
---

Bien que j’adore Schnitzler, c’est cette correspondance entre le psychanalyste et l’auteur dit fin-psychologue que j’ai préférée : Freud s’épanche un peu plus et les analyses se complètent. Chez Freud, on sent un intérêt pour la littérature, le docteur était en vérité un lecteur invétéré et a toujours accordé beaucoup d’importance au travail des écrivains. Du côté de Zweig, on comprend aussi un vif intérêt pour cette science naissante qu’est la psychanalyse et demande conseil au Papa de la psychologie.

Les lettres sont plus intimes : Freud, souvent critiqué, parfois même insulté, comptait autant d’ennemis que d’amis et s’épanche beaucoup plus dans son style, un échange non pas seulement entre deux admirateurs réciproques mais aussi entre deux amis. On apprend quelques anecdotes, entre autres que Freud avait pensé que Zweig avait participé aux campagnes contre sa psychologie ou que Zweig s’était lié d’amitié avec la fille de Freud, Anna Freud, qui est une des premières pédopsychiatres.

Une lecture plus sympathique entre deux personnalités marquantes.

             Quelques anecdotes sur ces bouquins,
• Empruntés tous les deux à la bibliothèque, la correspondance échangée entre Zweig et Schnitzler est introuvable contrairement à celle entre Freud et Zweig. Les liens ci-dessous ne proposent que des redirections vers ce second livre.

jeudi 7 juillet 2016

Comme ton Ombre, d'Elizabeth Haynes,

2003. Cathy, jeune femme extravertie, ne pense qu’à sortir et collectionner les amants. Lorsqu’elle rencontre le séduisant Lee, elle est convaincue d’avoir trouvé l’homme parfait. Il est beau, intelligent, attentionné… Pourtant, Cathy ne parvient pas à être parfaitement sereine avec lui. Et lorsqu’elle parle de ses doutes à ses amies, toutes sous le charme, elle ne trouve aucun réconfort.
2007. Cathy a 28 ans mais en paraît 40. Paranoïaque, elle souffre de troubles obsessionnels compulsifs et refuse toute relation sociale, ne sortant plus que pour travailler. Toutefois, l’arrivée d’un nouveau voisin, avec qui elle lie connaissance, va l’amener à affronter ses angoisses. C’est alors que l’ombre de Lee réapparaît dans sa vie…
Quatrième de couverture par Le Livre de Poche.
---


Selon les statistiques, les violences conjugales tuent une femme tous les trois jours et un homme tous les quatorze jours. Pour ceux qui ne connaissent pas (ou ignorent qu’ils comptent dans leur entourage) une victime de ces violences, certaines histoires semblent absurdes, surréalistes, voire idiotes avec une réaction assez commune qu’on retrouve dans Comme ton Ombre d’Elizabeth Haynes :
« Jusqu’à récemment, je trouvais que les femmes qui se laissaient maltraiter étaient des imbéciles. Après tout, il devait y avoir un moment où on se rendait compte que ça dérapait et où on se mettait à avoir peur de son partenaire. Et là, il fallait rompre, se tailler. Pourquoi rester ? Les femmes que j’avais vues à la télé et ou dont j’avais lu les interviews dans des magazines expliquaient que « ce n’était pas aussi simple », et moi je me disais que oui, ça l’était.
À présent je les comprenais »

Les romans sur les violences conjugales peuvent facilement secouer les nerfs des lecteurs, le sujet est aussi sensible que les récits d’Auschwitz : sauf qu’ici, Elizabeth Haynes ne cherche pas franchement à émouvoir et met plutôt en avant l’horreur des situations, faisant de Comme ton Ombre un thriller psychologique angoissant.
Le roman est vraiment d’un réalisme effrayant : j’ai remarqué quelques défauts scénaristiques mais vraiment après ma lecture tant j’ai été prise dans le récit.

Ce roman d’Elizabeth Haynes est indéniablement dur : on y croise le harcèlement, l’humiliation, les menaces, les violences physiques et mentales… Mais rien de surréaliste ou de trop poussé : les détails sont crus, la plume ne s’encombre pas de censure. Ceci dit, il n’y a jamais d’exagération, ce n’est pas surjoué pour vous faire vomir tripes et boyaux.
M’enfin, ce n’est tous les romans qui arrivent à me rendre nauséeuse, Comme ton Ombre a réussi ce fait.

Les publicités contre les violences conjugales sont déjà percutantes : Comme ton Ombre a cet esprit aussi.

Je n’ai rien à redire concernant les personnages tous très intéressants : Cathy, un peu pétasse au début, n’est pas le genre de nana qu’on pourrait apprécier, mais c’est son évolution qui importe surtout, les changements que sa relation avec Lee va causer et comment cet homme va distordre les autres relations qu’elle pouvait entretenir. Quant à Lee, le bonhomme est tout en complexité et pourtant, c’est l’élément source avec une psychologie véridique.
Je dois reconnaître que j’ai beaucoup aimé Stuart, malgré quelques petits soucis [spoiler] en terme de scénario, que Stuart apparaisse à tous les coins de rue qu’emprunte Cathy : j’ai bien cru qu’elle était tombée sur un autre obsessionnel stalker, mais visiblement, non. [/fin du spoiler]

« J’étais allée me changer dans ma chambre ; en redescendant, je m’étais retrouvée face à la porte de la cuisine fermée. Lee avait décrété que nous ouvririons nos cadeaux après le repas, pas avant. Je n’avais qu’à prendre mon mal en patience sur le canapé avec ma coupe de champagne. On aurait dit que c’était moi l’invitée. »
P. 161

L’histoire captive, l’évolution est travaillée, chouchoutée par une auteure attentive, tellement attentive qu’elle offre une double narration bien gérée : tout le long du roman, le lecteur bascule entre un événement de 2003 et un de 2007. Si l’avancement respecte l’ordre chronologique, le début est assez laborieux et je n’ai pas jugé ce changement régulier toujours pertinent. Par contre, ce n’est pas un exercice facile et je dois reconnaître qu’Elizabeth Haynes a conservé l’effet avec brio jusqu’au bout.
Et la plume, un détail que je tiens à mentionner, est très agréable. Je ne suis pourtant pas une grande adepte de la narration à la première personne car peu d’auteurs arrivent à donner de la vie au personnage qui raconte : ici, la personnalité est bien représentée, le choix des mots est soigné et le rendu est très convaincant !


Un thriller efficace avec un rythme soutenu, je n’ai trouvé des défauts qu’une fois le roman fermé tant j’avais l’attention concentrée sur l’enchaînement et rien d’autre. Des personnages marquants, de la psychologie respectée… Un roman que je conseille donc aux amateurs (ou nouveaux) du genre et surtout, aux étudiants en psychologie.
C’est même dommage que le second roman d’Elizabeth Haynes ait reçu tant de critiques négatives, je vais le lire d’ici quelques années pour que mon enthousiasme ne me pousse pas vers une déception.

« Sitôt la porte franchie, le miroir m’a renvoyé mon reflet. Le visage ruisselant – les larmes avaient coulé sans que je m’en rende compte –, les joues en feu, je n’avais pas l’air d’avoir été embrassée, j’avais l’air d’avoir été larguée. »
P. 156

Avec la couverture, cette chronique valide l’idée 56 du Challenge des 170 Idées : la poignée est un peu spéciale... mais ça reste une poignée. (l’espèce de boîte noire hein, pas les verrous autour)

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Il s’agit du premier roman d’une analyste criminel et on sent qu’Elizabeth Haynes a mis de son métier dans son roman.
• L’échelle  d’obsession-compulsion établie par Yale Brown (mentionnée à la page 301) en 1989 existe réellement et ce petit document vous donnera des informations complémentaires.