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dimanche 10 septembre 2017

Passion et Repentir, de W. Wilkie Collins,

Sur le front franco-allemand, pendant la guerre de 1870, le hasard réunit deux jeunes Anglaises. Lorsqu’un obus frappe l’une d’elles, l’autre décide aussitôt d’usurper son identité pour rompre avec un passé infamant et vivre enfin une vie meilleure. Mais, très vite, les événements vont prendre un tour inattendu…
On peut faire confiance au génial Collins, rival et ami de Dickens, pour nous concocter une nouvelle fois un suspense diabolique et mettre à vif les nerfs de ses lecteurs. Ce féministe convaincu nous donne ici un de ses plus beaux portraits de femmes : celui de Mercy, pécheresse repentie et amoureuse, confrontée à toutes les bassesses et hypocrisies de la bonne société victorienne, mais qui finit néanmoins par accepter les plus durs sacrifices pour faire triompher le bon droit et la vérité.
Quatrième de couverture par Libretto.
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Avec ce titre digne d’un classique de la collection Harlequin, dur de croire que Passion et Repentir a été écrit par le pionnier du thriller Wilkie Collins, d’autant plus qu’il n’a rien à voir avec le titre en version originale. Mais le choix du traducteur n’est pas totalement injustifié : si Passion et Repentir n’est pas une romance qui pourrait se glisser dans la bibliographie de Nora Roberts, c’est vrai que la douceur et la brièveté de cette histoire surprennent quand on connaît quelques œuvres du juriste Collins.

Effectivement, avec ses études de droit, on sent que Collins ressort quelques cours et notions dans ses romans comme dans Sans Nom. Ici, les lois sont moins décortiquées et c’est la morale qui est mise en avant : Mercy Merrick est une femme noble dans l’âme mais pas dans la condition, son passé souillé (il en fallait peu à l’époque, ceci dit, pour être souillée… Genre, vivre dans un orphelinat ou un foyer) lui rend la vie dure et la jeune femme profite d’un coup du sort pour se hisser dans la société. Est-elle vraiment bien intentionnée ou est-ce seulement par égoïsme que Mercy Merrick prend le nom de Grace Roseberry ?
L’auteur fait surtout de Passion et Repentir un roman socialiste et révèle le caractère des personnes en ignorant leur rang social : les plus démunis, les pauvres des plus basses extractions peuvent briller par leur bonté, leur fierté tandis que les plus riches peuvent être mesquins, vulgaires… Mais si je comprends l’intention de Wilkie Collins en prenant en compte l’époque où ce message pouvait plus chambouler qu’aujourd’hui, l’auteur tombe malheureusement dans un piège que je ne pardonne pas : le manichéisme. Tout est soit tout noir, soit tout blanc au fur et à mesure que la lecture avance et le message perd en valeurs.

Par chance, les personnages sont plutôt agréables, avec une grande préférence pour Lady Janet qui ne manque décidément pas de piquant et ce dès le début :
« – Ma table n’est pas celle du club, fit-elle observer. Redressez la tête. Cessez de contempler votre fourchette – regardez-moi. Je ne permets à personne d’être démoralisé dans ma demeure. Je considère que c’est désobligeant pour moi. Si la vie paisible que nous menons ici ne vous convient pas, dites-le franchement et trouvez-vous autre chose à faire. Je suppose que ce ne sont pas les emplois qui manquent, pour peu que vous y postuliez ? Inutile de sourire. Je ne veux pas voir vos dents, je veux une réponse. »
P. 68

Mais c’est la seule qui possède vraiment un relief psychologique, quant au reste, il faudra surtout se concentrer sur les relations et les rebondissements. C’est ce qui fait la force du roman d’ailleurs : les rebondissements et le suspense. Wilkie Collins joue avec les nerfs de ses lecteurs et on a hâte de voir comment cette histoire va se conclure.

Pressés par l’intensité, les lecteurs risquent de tourner les pages à toute allure malgré quelques moments de mou où on en peut plus. Bien que ce soit un roman du XIXème, il est très facile à lire, Passion et Repentir pourrait même être une pièce de théâtre.


Pas mon Wilkie Collins préféré, loin de là, mais un roman agréable et qui se lit rapidement. Au moins, Passion et Repentir défendait les petites gens à une époque où une condition éclipsait les qualités d’une personne, bien plus qu’aujourd’hui.

Grâce à la couverture, je peux valider l’idée 18 du Challenge des 170 Idées :

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• C’est toutefois dommage que le titre Passion et Repentir ne fasse pas honneur au titre original The New Magdalen, car Magdalen est la version anglicisée de Madeleine, faisant référence à Marie Madeleine qui est évoquée à plusieurs moments. Le titre original renforce l’intention de l’auteur quand le titre français appuie le côté sentimental et la morale.


jeudi 16 mars 2017

Anna Karénine, de Léon Tolstoï,

En gare de Moscou, deux jeunes gens s’aiment au premier regard. Femme d’un haut fonctionnaire, ornement de la société tsariste de son de son temps, Anna Karénine éblouit le frivole comte Wronsky, par sa grâce, son élégance et sa gaieté. À ce bonheur, à cette passion réciproque porteuse de scandale et de destruction, ils ne résistent pas longtemps.
En écho à cette tragédie programmée, on entend toute l’âme d’un peuple et les premiers craquements de l’Empire russe en train de se lézarder. L’inoubliable Anna Karénine, c’est l’apogée du génie littéraire de l’auteur de Guerre et Paix.
Quatrième de couverture par Pocket.
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« Elle venait d’entendre des mots que redoutait sa raison, mais que souhaitait son cœur. »
P. 157

Après Crime et Châtiment de Dostoïevski, il fallait bien que je parte à la rencontre de Tolstoï et son roman adapté un bon nombre de fois : Anna Karénine.
Même si c’est un des romans les plus connus de la littérature russe, je me suis toujours efforcée de ne jamais m’intéresser à l’histoire pour découvrir totalement le récit : je connaissais juste l’essentiel, c’est à propos d’une femme infidèle.

Tout d’abord, j’ai trouvé le genre de Tolstoï bien plus accessible que celui de Dostoïevski ! Moins torturé, moins monologué, Tolstoï enchaîne plus facilement les événements. J’ai trouvé toutefois qu’il manquait un peu de poésie, mais la faute en revient peut-être à la traduction assez simple (les annotations sont rares, tandis que dans Crime et Châtiment, toutes les onomastiques et jeux de mots étaient expliqués).
Cela ne retire rien à l’intérêt du récit toutefois : on suit deux histoires, deux romances, celle qui unit Anna et Alexis Wronsky et celle qui unit Lévine et Kitty.
(Oui, certaines éditions écrivent Vronski, dans la mienne, c’est Wronsky)
Alors certes, la plume de Tolstoï ne se concentre pas sur les décors russes et les jolies métaphores mais il arrive tout de même à instaurer une ambiance et préfère laisser de la place pour l’essentiel : les relations. C’est le ciment de ce roman.


Les personnages et leurs liens sont parfaitement mis en forme, le tout est réaliste dans cette culture russe : car certes, le décor n’est pas mis en avant, mais Tolstoï pose les questions qui tourmentent son époque (cette éternelle rivalité entre l’Europe et la Russie, jugée vieillie, le dur passage vers la modernité, les nouvelles visions religieuses…), faisant d’Anna Karénine un roman bien russe.
Mais ce sont surtout les personnages qui vont trancher pour l’avis final : si ni les Karénine, ni Lévine, ni Kitty ne fascinent, si leur histoire ne captive pas, Anna Karénine sera un long ennui de 980 pages. Pour ma part, je n’ai pas été très transportée par la romance qui lie Anna Karénine et Wronsky, car j’ai nettement préféré celle de Lévine et Kitty (couple avec une différence d’âge, alors forcément, je craque) : cette seconde romance est criante de réalisme, elle n’est pas toute rose mais il y a beaucoup de notes d’espoir. Typiquement ce que j’aime.
Pour en revenir à la première, j’ai été surprise de voir que l’infidélité arrive si vite (on est loin de Madame Bovary où Emma passe par les phases d’hésitation et de flirt). Tolstoï ne s’attarde pas sur les parades amoureuses : Anna tombe vite dans les bras de Wronsky et les doutes viendront plus tard, s’amplifiant. C’est ce point qui a été dérangeant : je sais qu’Anna est un personnage audacieux pour l’époque, moderne, mais sur la fin, elle est tout aussi hystérique qu’Emma Bovary et perd de son charme. D’autant plus que j’étais plus attendrie par le pauvre Alexis Karénine, malgré les défauts avancés, j’ai eu de la peine pour cet homme.

Au final, c’est un très bon roman, plus facile à lire que ce que j’avais cru (des lectures de début de semestre ont ralenti mon rythme, autrement, je l’aurai fini il y a un bon moment), totalement accessible pour les lecteurs d’aujourd’hui. Finalement, ce n’est pas le genre qui posera problème, il faudra s’intéresser aux personnages pour que ce grand classique soit un succès.
Quoiqu’il en soit, ça me met en confiante pour Guerre et Paix !... Mais je le lirai dans un bon moment.


             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Léon Tolstoï a été inspiré par l’histoire de la maîtresse de son voisin. Mais vous raconter le fait-divers serait spoiler le roman complet.

mercredi 20 juillet 2016

Histoire d'une Parisienne, d'Octave Feuillet,

C’est l’histoire d’un "ange", bien élevé par sa mère mais mal marié par sa mère.
Cette histoire commence et se termine ainsi :
« Il serait excessif de prétendre que toutes les jeunes filles à marier sont des anges ; mais il y a des anges parmi les jeunes filles à marier. [...] La conclusion de cette histoire trop véritable est que, dans l’ordre moral, il ne naît point de monstres : Dieu n’en fait pas ; – mais les hommes en font beaucoup. – C’est ce que les mères ne doivent pas oublier. »
Quatrième de couverture par Pomme de Littérature Audio.
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« Mais [Monsieur de Maurescamp] oubliait trop qu’une jeune Parisienne polie par la civilisation et affinée par la plus délicate éducation ne cesse pas assurément d’être une femme, mais qu’elle cesse absolument d’être un animal. Si elle retourne à l’état sauvage, ce qui n’est pas sans exemple, c’est son mari qui l’y ramène. »
Ce qui est beau avec Littérature Audio, c’est qu’on peut tomber sur des nouvelles appartenant désormais au domaine public et qui sont assez méconnues car peu publiées.
C’est donc grâce à la contribution de la lectrice Pomme que j’ai découvert l’une de celles d’Octave Feuillet (que j’ai tout d’abord confondu avec son contemporain Octave Mirbeau, assez connu aujourd’hui avec Journal d’une femme de chambre… Octave que j’ai parfois envie d’appeler Octave Mouret avant de me souvenir que ce dernier est fictif), une nouvelle agréable qui mérite ces quelques heures d’attention.

Si je ne juge pas cette nouvelle inoubliable, elle reste toutefois sympathique : une sorte de conte avec morale, une histoire d’une modernité assez surprenante qui propose une vision très différente de la femme au XIXème siècle, tranchant avec les autres figures bien connues.
Moins connue que Nana ou Emma Bovary, Jeanne Bérengère de Latour-Mesnil, qui devient madame de Maurescamp, mérite bien sa place chez les femmes avec un fort caractère. D’autant plus que je n’attendais pas à une telle tournure dans son évolution travaillée…

L’auteur en personne.

Quand j’ai commencé à écouter Histoire d’une Parisienne, je ne connaissais ni le résumé, ni l’auteur, et puisque que l’histoire était courte, je me disais que ça irait très bien pendant que je faisais la vaisselle : le début laisse imaginer une petite histoire pudique et dramatique, le genre qui fait plaisir de temps en temps.
Cela dit, l’abus d’histoires d’amour niaises peut être dangereux pour la santé.
Et bien finalement, Octave Feuillet vient vite piquer l’attention du lecteur avec du cynisme et un humour décalé. L’histoire ne fera pas rire de joie mais arrachera certainement quelques ricanements de surprise. L’histoire n’est pas spécialement originale mais elle reste agréable et surprend : ce n’est pas de la romance toute en rose, c’est quelque chose d’un peu plus sombre qui plaira aux désabusés.

Je parle d’humour, mais je dois reconnaître la première qu’Histoire d’une Parisienne a été émouvant à plusieurs reprises : deux passages notamment et qui met en avant le personnage de Jeanne de Maurescamp, une femme qu’on pourrait presque plaindre et admirer.

Histoire d’une Parisienne fera plaisir à ceux qui cherchent des fortes têtes du XIXème siècle et la très bonne lecture de Pomme fait vivre ce récit piquant, cynique. Une sorte de conte moderne qui fera sourire malgré le fond assez triste avec son personnage central.

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Membre de l’Académie Française et occupant la place 13 (place actuelle de Simone Veil ♥) entre 1862 et 1890, Octave Feuillet a sa propre page sur le site de l’Académie Française.

jeudi 13 août 2015

Sans Forme, de Gail Carriger,

Un jour qu’elle se réveille de sa sieste, s’attendant à trouver son époux gentiment endormi à ses côtés comme tout loup-garou qui se respecte, elle le découvre hurlant à s’en faire exploser les poumons. Puis il disparaît sans explication... laissant Alexia seule aux prises avec un régiment de soldats non humains, une pléthore de fantômes exorcisés, et une reine Victoria qui n’est point amusée du tout.
Mais Alexia est toujours armée de sa fidèle ombrelle et des dernières tendances de la mode, sans oublier un arsenal de civilités cinglantes. Et même quand ses investigations pour retrouver son incontrôlable mari la conduisent en Écosse, le repère des gilets les plus laids du monde, elle est prête !
Quatrième de couverture par Orbit.
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«  « — Oh, lady Maccon, je suis follement amoureux d’elle. Ces cheveux noirs, ce naturel si doux, ces extraordinaires chapeaux. »
Bon Dieu, se dit Alexia, il doit être réellement amoureux s’il aime les chapeaux. »
P. 160

Autant j’avais adoré le premier tome malgré quelques petits défauts pardonnés, autant cette suite me laisse vraiment sur mon faux-cul ! J’avais traîné à acheter les tomes deux et trois en restant fidèle aux éditions Orbit mais finalement, je pouvais encore laisser couler car Sans Forme est une grosse déception.

Déjà, il y a un gros défaut de rythme au début du tome : l’histoire a du mal à décoller et j’ai trouvé ces cent premières pages assez indigestes tant je m’ennuyais, trouvant qu’ il avait trop de blabla pour peu d’informations au final… Là où j’ai commencé à accrocher c’est à partir du quatrième chapitre, et même mieux, quand Alexia Tarabotti, devenue Lady Alexia Woosley, décolle en dirigeable (sans mauvais jeu de mots). Je sentais que ça commençait à venir et toute cette partie dans les airs était très sympa, très steampunk.
Mais enfin, Gail Carriger n’a pas su maintenir les mystères de ce tome-ci : alors qu’elle réserve toutes les révélations pour la fin pour faire perdurer les questions, je les avais toutes devinées à partir de ce passage en dirigeable… Forcément, s’enfiler les 200 pages suivantes pour n’avoir aucune surprise au bout, l’ennui était à son comble.
D’ailleurs, concernant la fin, j’en avais entendu beaucoup bien mais elle n’a pas été efficace sur moi. [spoiler] J’ai l’impression de trouver les solutions avant de les lire d’ailleurs mais le fait qu’Alexia soit enceinte ne m’a pas choquée : puisque Lord Maccon était humain pendant presque tout le livre (et qu’il devient même humain dès que sa femme le touche), n’est-ce pas logique qu’à force de galipettes passionnées sa femme tombe enceinte ?… Enfin, pour moi, ça me semble logique. [/spoiler] Je verrai bien la réponse dans Sans Honte mais je ne comprenais pas tout ce remue-ménage chez des personnages pourtant doués de logique et je trouvais même cette scène horripilante car exagérée.
Vivement qu’Alexia retrouve son sang-froid et ses facultés mentales, parce que là...


Concernant l’exagération, j’avais déjà reproché un peu au style de Carriger d’être assez pesant car la parodie du style guindé victorien est poussé à son paroxysme : je le prends à l’humour la plupart du temps mais il faut reconnaître qu’à certains coins de pages, je me suis demandée si ce n’était pas un peu lourd…
Surtout que cette exagération humoristique ne touche pas que la plume mais aussi les personnages. Entre Ivy Hisselpenny et son comportement de petite fille, Félicité Loontwill et son rôle de prédatrice célibataire et autres clichés de la société du XIXème siècle, j’avoue que j’ai eu du mal à m’attacher aux personnages. Par chance, Lord Akeldama, que j’adore, est au mieux de sa forme et (lui au moins) arrive à me faire rire, sans oublier Geneviève Lefoux a été suffisamment intéressante pour me captiver un minimum [spoiler] c’est le couple qu’elle formait avec Angélique (ouais nan, ça, je l’avais deviné aussi depuis le dirigeable) qui m’intriguait mais au lieu de ça, il fallait se coltiner le triangle amoureux de Ivy, Félicité et Tunstell... Pffff… [/spoiler]
En parlant de couple, celui d’Alexia et de son loup-garou n’arrive toujours pas à me convaincre (surtout avec cette fin, tss, tss). Comme pour le premier tome, les passages émouvants sont inexistants entre eux, remplacés par des piques sur un ton de « je t’aime, moi non plus » et des étreintes très charnelles. Mais enfin, en espérant que la conclusion du second tome permette des passages plus sensibles pour le troisième tome…
Je ne demande pas de la mièvrerie, mais enfin, un peu d’effet mignon ne fait pas de mal non plus.

En fait, ce que je retiens de ce tome, ce sont les bonnes idées concernant l’univers qu’installe Gail Carriger, cette originalité de l’existence des sans âmes et l’individu coupable dans ce tome que j’ai trouvé touchant et avec une bonne fin (mieux que celle d’Alexia en tout cas…).
Je vérifierai mes soupçons dans Sans Honte (car je pense sincèrement avoir deviné la raison de ce coup de théâtre final) et je terminerai à lire cette saga puisqu’elle n’est qu’en cinq tomes, mais j’ai peur que cela devienne laborieux…

Grâce à la couverture, je valide avec cette chronique l’idée 110 du Challenge des 170 Idées, je suis d’ailleurs ravie de raccrocher cette idée au Big Ben qu’on aperçoit. Sacrée horloge !

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Un terme est utilisé un peu à tort et à travers dans Sans Forme : "une femme bas-bleu", une étiquette qui colle à Alexia tout le long du récit. En réalité, cette expression était surtout réservée aux femmes de lettres : celles qui organisaient ou participaient à des salons littéraires, qui écrivaient sous un pseudonyme masculin par exemple. George Sand est un bas-bleu, Emily Brontë is a blue stocking. Plus tard, le terme s’est élargi et touchait les femmes qui s’intéressaient aux branches scientifiques, ce qui correspond plus à Alexia mais le terme reste particulièrement péjoratif. C’est comme quand un geek vous appelle noob : il faut très, très mal le prendre. Et quand Lord Maccon l’appelle comme ça à la page 173, on voit tout l’amour qui les unit !
• Apparaissant dès le XVe siècle, le terme laird (page 181) est un titre réservé aux individus qui héritent de possessions terriennes en Écosse. On suppose que les racines étymologiques sont les même que pour le titre de Lord mais sans être aussi prestigieux.
• Ci-contre, Alexia Tarabotti, de Karen Besant.

mardi 28 juillet 2015

Les Soirées de Médan, de Collectif,

C’est en 1880 que Zola et cinq de ses jeunes amis, Guy de Maupassant, Paul Alexis, Henry Céard, Léon Hennique et J.-K. Huysmans, décidèrent d'écrire chacun une nouvelle et de les publier en un volume sous le titre Les Soirées de Médan.
Le propos de ces textes était certes de faire une œuvre qui soit exemplaire du naturalisme. Et pourtant, de Boule de Suif de Maupassant à l’Attaque du Moulin de Zola, en passant par Sac au Dos de Huysmans, ce livre demeure un joyau de la littérature, de cette littérature du XIXème siècle à laquelle le roman français doit tant.
Quatrième de couverture par Les Cahiers Rouges, Grasset.
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Si j’ai dévoré des classiques anglais, américains et même russes, j’avoue que ma culture des classiques français est un peu (beaucoup) légère à côté. Certes, Zola ne m’était pas inconnu et je connaissais des anecdotes dramatiques de la vie mouvementée de Victor Hugo, mais jamais encore je n’ai lu ces classiques français que les professeurs louent tant et si bien.
Je me suis donc approchée à petits pas furtifs des Soirées de Médan qui réunit cinq nouvelles de cinq auteurs liés par l’amour de la langue française, traitant tous cependant du même sujet : la guerre Francoprusienne de 1870. Si les œuvres ne m’ont pas toutes convaincue, j’ai été très séduite par cette image un peu bohème avec ces cinq artistes réunis dans un vieux salon, discutant, partageant et travaillant tout en s’amusant.
Mais les comptes-rendus suivent dans ma chronique, gardez juste à l’esprit que la note finale n’est pas une moyenne de celles qui suivent mais jauge une impression générale :

Emile Zola et sa famille.

« [...] Et là, heureux de nous de nous trouver d’accord, pauvres d’argent, riches d’enthousiasmes, nous bavardions littérature, [...]. »
P. 10

      L’Attaque du Moulin, d’Emile Zola, 5/5
Pour un premier Emile Zola, j’avoue que le bonhomme a su y faire : une histoire adaptée au format nouvelle, la rendant ni trop longue, ni trop courte. Les descriptions sont imagées, agréables et originales, rien de lourd en somme, sûrement grâce au format.
Mais ce n’est pas juste une jolie petite nouvelle, le thème installe une campagne tranquille menacée par la guerre, l’ambiance retrace donc bien cette opposition et l’histoire se solde même d’une conclusion piquée d’une ironie qui me plaît énormément !
Une excellente rencontre, donc.

      Boule de Suif, de Guy de Maupassant, 5/5
Lui aussi, Guy de Maupassant a laissé une très bonne impression à la néophyte que je suis. Comme chez Zola, on ne s’intéresse pas aux soldats mêmes mais aux citoyens, victimes en fuite, affamés et angoissés.
Plus glauque en ambiance que L’Attaque du Moulin, on traîne dans le froid et la solitude avec des personnages détestables. Tout le côté négatif de la nature humaine finira par ressortir durant la nouvelle.
Une aventure détestable mais que j’aie beaucoup aimé. Après tout, hé, c’est la guerre.

      Sac au Dos, de J.-K. Huysmans, 2/5
Là, j’ai clairement eu un coup de mou.
Le lecteur bascule du côté des soldats, plus précisément du côté du sang-neuf, de jeunes français qui ignorent ce qui les attend.
Si le style n’est pas désagréable, j’avoue que j’ai eue du mal à y voir un intérêt quelconque : le sujet est bien trop vague pour le format de nouvelle et il n’y a pas vraiment d’histoire, juste un semblant de témoignage d’une cinquantaine de pages. Pour être franche, j’avais même l’impression que le récit tournait en rond…
Après, les deux premières nouvelles étaient vraiment excellentes, la déception de Sac au Dos est causée peut-être par un peu de comparaison…

La maison à Médan achetée par Emile Zola et où les cinq auteurs se réunissaient.

      La Saignée, de Henry Céard, 3/5
Là, ça remonte un peu : Céard relance un peu mon intérêt mais pas tant que ça non plus.
Étrange histoire d’amour et de séduction avec un personnage pimpant : Huberte de Pahauën, cette grande femme fausse rousse qui m’a pas mal amusée et ajoute un vrai tourbillon, tantôt comique, tantôt dramatique, ce qui apporte une autre ambiance par rapport aux autres nouvelles mais garde le thème d’une vraie déchéance.
J’ai aimé cette complexité mais j’avoue que j’aie eu un peu de mal avec le style et la fin perdait un peu de son souffle. 
Donc une bonne nouvelle mais sans plus…

      L’Affaire du Grand 7, de Léon Hennique, 2/5
Seconde grosse déception, j’avoue que je perdais le fil durant cette nouvelle, n’arrivant pas à accrocher à l’intrigue ou au style.
Très franchouillard et manquant d’originalité, je n’ai pas été bien emballée…

      Après la Bataille, de Paul Alexis, 4/5
Finalement, la dernière nouvelle a rattrapé un peu les trois précédentes : assez émouvant et reposant, après un recueil de guerre, Après la Bataille est la nouvelle parfaite pour clore ce livre. 
La rencontre de ces deux étrangers, un soldat du nom de Gabriel Marty et une femme en fuite appelée madame de Plémoran, est pleine d’attrait et de surprises. 
J’ai beaucoup aimé et la conclusion complète le charme.

Les portraits des six auteurs.

Bon, c’est un plus pour la culture générale, c’est sûr, mais je ne retiendrai que deux ou trois nouvelles de ce recueil, les autres ne suivant clairement pas…
Au moins, ça me motive pour lire les auteurs qui m’ont marquée.

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Le titre du recueil, Les Soirées de Médan, fait écho à la maison achetée par Zola à Médan, près de Poissy, en 1878.
• Plus tard, plus tard... Quand l’alcool sera retombé et que je serai moins fatiguée, je rajouterai des trucs à dire.

jeudi 6 décembre 2012

Les Aventures de Sherlock Holmes [Tome 1], d'Arthur Conan Doyle,

Il vit à Londres, au 221B Baker Street, à la fin du dix-neuvième siècle. Il a des idées un peu bizarres… Il se passionne pour certaines branches de la science. Il est assez calé en anatomie, est un chimiste de premier ordre qui, malgré des études très décousues et excentriques, a amassé un tas de connaissances peu ordinaires. Il n’est pas aisé de le faire parler, bien qu’il puisse être assez expansif quand l’envie lui en prend. Il joue du violon.
Il a un métier : dénouer des énigmes étranges auxquelles il est le seul à pouvoir apporter une solution.
Il a un défaut : il affectionne les drogues.
Il a un ami : le docteur Watson, témoin et narrateur de ses aventures.
Son créateur, Arthur Conan Doyle, a inventé le récit policier moderne.
Il s’appelle Sherlock Holmes.
Quatrième de couverture par Omnibus.
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J’ai abordé de nombreuses fois Sherlock Holmes sur mon blog (à travers des pastiches notamment), mais il était temps que j’attaque ma chronique sur le Canon, le seul et unique Sherlock Holmes, le premier modèle qui a inspiré et inspire encore écrivains, scénaristes, comédiens… Enfin, en voyant la taille de la chronique, je pense que vous comprendrez pourquoi je repoussais toujours la rédaction de cet article, malgré ma passion pour le détective.

Arthur Conan Doyle, père spirituel de Sherlock Holmes
C’est une chose déjà à savoir : tout dans cet article sera purement subjectif, car je nourris une admiration incessante pour Sherlock Holmes depuis près de cinq, voire six ans. Et ce n’est toujours pas retombé. Comment cela pourrait-il s’atténuer alors que Sherlock Holmes, né sur papier en 1887, ne cesse d’être d’actualité à travers des romans pastiches, des jeux, des séries, des films, des bandes-dessinées, etc. ? Je fais parti de ces drôles de personnes qu’on appelle des Holmésiens : je me pavane dans une robe de chambre à carreaux, en citant les remarques les plus populaires de Sherlock Holmes et en regardant/lisant tout ce qui porte le nom de Sherlock Holmes et… je n’ai aucune honte. Non, mesdames et messieurs, absolument aucune honte.

J’arrête de vous faire patienter, mais avant, un petit mot final sur l’édition Omnibus, parce qu’elle reçoit pas mal de mauvaises critiques. Personnellement, la traduction ne m’a pas dérangé plus que ça, pour moi, il y a la version originale, la version française et les dessins d’époque de Sidney Paget : que demander de plus ?

Ensuite, mes premières impressions… Je suis une férue du roman policier : bien avant de m’intéresser à Sherlock Holmes, j’aimais déjà les thriller, enquêtes et mystères. Et niveau casse-tête, les Aventures de Sherlock Holmes tapent dans le haut niveau (même si Watson tait beaucoup d’indices dans son récit, ce qui entrave à notre réflexion par moments. Holmes le lui reproche souvent d’ailleurs) : intrigues diverses qui ne se porte pas seulement sur le meurtre, mais aussi le vol, les disparitions, les affaires politiques, intrigues amoureuses… Les Aventures de Sherlock Holmes offrent un large choix d’enquêtes et sur les cinquante-six nouvelles, si certaines ont des points communs, vous ne risquez pas beaucoup de les confondre. Sir Arthur Conan Doyle ne recycle pas et rend donc ses récits variés.
Pas de monotonie donc, un excellent point.
En revanche, ce que je reprocherai au père spirituel de Sherlock Holmes, c’est sa plume. Homme avant tout médecin, Sir Arthur Conan Doyle a un style très chirurgical je dois dire. De plus, la plupart (pas toutes, à quelques exceptions près) des nouvelles sont narrées par John Watson, qui, fourbe comme il est, dissimule souvent des détails et ne se concentre que sur les enquêtes. J’ai regretté qu’il n’y ait pas plus d’événements de la vie quotidienne des deux locataires du 221B Baker Street (même si maintenant que j’y pense, Sherlock Holmes lui en aurait voulu d’en trop dévoiler). Peut-être parce que j’ai énormément regardé l’ancienne série de Granada avec le talentueux Jeremy Brett et les inoubliables David Burke et Edward Hardwicke ?

Une édition anglaise que je ne possède pas
malheureusement...

Concernant les autres personnages. Je ne préfère même pas parler de Sherlock Holmes, je pense que vous avez compris que je pourrais écrire des thèses entières sur ce personnage. Mais que j’aborde un peu le sujet qui concerne Watson : narrateur, on sait finalement peu de choses sur lui et sa psychologie, hormis l’effet qu’il produit sur Sherlock Holmes et inversement. J’assimile toujours Sir Doyle à ce personnage : médecins, impliqués dans des affaires judiciaires, sérieux… Watson laisse plus l’imagination le travailler (et si seulement Sir Doyle s’était décidé si Watson était blessé à l’épaule ou à la jambe !). À propos des autres personnages, je donnerai de vraies impressions à chaque nouvelle où ils apparaissent, mais globalement, je n’en ai détesté aucun (j’ai bien dit, globalement). Malgré l’époque, aucun ne tombe dans le cliché le plus absolu : la femme de bonne famille n’est pas forcément peste ou idiote. L’homme de la rue n’est pas forcément violent ou abruti. Le criminel n’est pas forcément psychopathe ou illettré… Bref, on imagine très bien les personnages comme de réelles personnes, ce qui rend le tout particulièrement intéressant.





Impressions détaillées :
[Je note les romans et aventures une par une avec mes impressions, à savoir que la note finale n’est pas une moyenne de toutes les notes ci-dessous, c’est une impression générale !]

             • Une Étude en Rouge (titre original, A Study in Scarlet, publié en Novembre 1887) 5/5
Le célèbre duo par Sidney Paget
Premier roman, le plus inoubliable puisqu’il s’agit de la première rencontre entre Watson et Holmes (et donc, notre première rencontre avec eux). On aperçoit les premiers aspects des personnages, la surface de leur personnalité, mais aussi deux personnages qui accompagneront certaines enquêtes futures : les inspecteurs Lestrade et Gregson. Que j’aime assez personnellement : ils ont certes leur côté méprisant qui font ressortir cet aspect de génie incompris de Holmes, mais dans d’autres nouvelles (en particulier Lestrade), ils savent se montrer particulièrement touchants et efficaces.
Quant à l’enquête, j’ai été captivée par le déroulement et le dénouement : retournements de situations, tactiques, révélations… Tout a su me convaincre et aucun élément ne m’a lassé (sauf peut-être le long flash-back où j’avoue que je me sentais un peu perdue au début, mais au final, c’était un moment que j’ai aussi apprécié).

             Quelques anecdotes sur ce roman,
• Une Étude en Rouge est l’un des romans qui n’est que rarement adapté à l’écran. Ni la série Granada, ni les films de Guy Ritchie, ni les films amateurs n’ont abordé cette nouvelle pourtant importante. Seule la série Sherlock de Moffat et Gatiss s’en inspire, mais pour des raisons scénaristiques et historiques, le roman n’est pas repris à la lettre et rend plutôt un digne hommage au roman.
• À l’origine, Sir Arthur Conan Doyle n’avait jamais prévu de faire une si longue série de romans et de nouvelle sur ces deux personnages. En première partie parce que, contrairement à ce que l’on croit, Une Étude en Rouge a mis près d’un an à trouver une éditeur favorable. Et même à la publication, le succès en Angleterre était assez mitigé.

             • Le Signe des Quatre (titre original, The Sign of Four, publié en Février 1890) 3/5
Le signe des Quatre a cet avantage par rapport aux autres récits : il nous en dévoile plus sur le Dr. Watson et nous relate plus de faits du quotidien de nos héros. J’ai trouvé malheureusement qu’il manquait un petit quelque chose. Comme s’il s’agissait là d’un chaînon pour relier deux importantes nouvelles. Peut-être est-ce à cause du fait que Conan Doyle se lassait déjà de ses personnages et qu’il s’était embrouillé dans son récit ?
Pas celui que je relirai, mais sympathique quand même.
             Quelques anecdotes sur ce roman,
• Dans l'esprit de Arthur Conan Doyle, le docteur Watson et Sherlock Holmes étaient trop différents pour être amis et Une Étude en Rouge était l'unique aventure qu'ils pouvaient partager. Ce qui a permis la rédaction du roman Le Signe des Quatre, c'est le dîner organisé par le manager Joseph M. Stoddart le 30 Août 1889, qui travaillait pour le magazine américain Lippincott's Monthly Magazine (apparu en 1868 et disparu depuis 1916). Ce jour-là, il a fait part de son désir de faire un thème exclusivement sur la littérature anglaise, invitant donc Arthur Conan Doyle à participer. D'autres figures de la littérature ont également pris part au projet, comme Oscar Wilde qui a écrit Le Portrait de Dorian Gray pour le Lippincott's Monthly Magazine.
Alors ? Merci qui ?
• On peut noter la première incohérence : dans Une Étude en Rouge, Watson explique que sa blessure de guerre se trouve au niveau de l’épaule, tandis que dans Le Signe des Quatre, c’est à la jambe qu’il souffre. Il s’agit là d’une erreur d’attention de la part d’Arthur Conan Doyle qui recyclait ses personnages pour l’occasion.

Les Aventures de Sherlock Holmes,
             • Un Scandale en Bohême (titre original, A Scandal in Bohemia, publié en Juillet 1891) 5/5
Inoubliable et certainement une de mes nouvelles préférées, Un Scandale en Bohême est la nouvelle que tous les curieux holmésiens doivent lire : une intrigue intelligente avec un aspect touchant, je n’ai pas résisté non plus au personnage d’Irene Adler (que j’assimile à la Gibson Girl maintenant). Représentée comme une femme fatale et aguicheuse dans des adaptations contemporaines, j’avoue que j’ai été plus sensible à la version canonique : cette femme forte, intelligente mais également sensible… LA femme par excellence donc.
Un Scandale en Bohême réunit donc tout ce que j’attends d’une aventure de Sherlock Holmes : des énigmes, des tours de passe-passe, une ambiance très victorienne et… Des relations humaines, réelles.
             Quelques anecdotes sur cette nouvelle,
• Dans sa liste des 12 meilleures nouvelles de Sherlock Holmes, Sir Arthur Conan Doyle place Un Scandale en Bohême en cinquième place.
Irene Adler telle que je l'imagine.

             • La Ligue des Rouquins (titre original, The Red-Headed League, publié en Août 1891) 5/5
Énorme coup de cœur pour celui-ci, avec son côté un peu burlesque, enjoué. On aborde l’escroquerie donc techniques astucieuses et malice doivent être au rendez-vous. La Ligue des rouquins fait partie des nouvelles où Sherlock Holmes arrive vraiment à nous surprendre. [spoiler]Je parle bien sûr du coup avec la canne.[/spoiler]
Une réussite donc.
             Quelques anecdotes sur cette nouvelle,
• Dans la série Granada avec Jeremy Brett et David Burke, l’épisode qui reprend l’aventure de La Ligue des Rouquins cite déjà le Professeur Moriarty.
• Dans sa liste des 12 meilleures nouvelles de Sherlock Holmes, Sir Arthur Conan Doyle place La Ligue des Rouquins en seconde place.

             • Une Affaire d’Identité (titre original, A Case of Identity, publié en Septembre 1891) 4/5
Une enquête assez simple lorsqu’on découvre la solution, Une Affaire d’Identité offre un aspect presque sentimental des personnages. Entre les mystères, les énigmes, c’est appréciable d’avoir une enquête un peu « légère » qui permet d’explorer les facettes de Sherlock Holmes, mais également de Watson.
Une Affaire d’Identité est une nouvelle que j’aime citer en tout cas à chaque fois que quelqu’un me dit que Holmes n’était qu’un misogyne prétentieux… Prétentieux, d’accord, misogyne, pas vraiment.

             • Le Mystère de la Vallée de Boscombe (titre original, The Boscombe Valley Mystery, publié en Octobre 1891) 4/5
Loin d’être une énigme qui m’a véritablement marquée, Le Mystère de la Vallée de Boscombe reste tout de même une des nouvelles les plus classiques où on retrouve tous les éléments propres à une aventure holmésienne. Rien que le fait que Sherlock Holmes soit le ventre à plat dans l’herbe à analyser des indices à nos yeux invisibles…
Enfin, une bonne enquête à lire.

             • Les Cinq Pépins d’Orange (titre original, The Five Orange Pips, publié en Novembre 1891) 5/5
Une des enquêtes les plus terrifiantes et les plus touchantes, Les Cinq Pépins d’Orange est un véritable retournement de situation qui fait d’elle une nouvelle populaire.
             Quelques anecdotes sur cette nouvelle,
• Dans sa liste des 12 meilleures nouvelles de Sherlock Holmes, Sir Arthur Conan Doyle place Les Cinq Pépins d’Orange en septième place.
Ne jamais parler à Holmes durant une expérience. Jamais.
             • L’Homme à la Lèvre Tordue (titre original, The Man with the Twisted Lip, publié en Décembre 1891) 5/5
Encore une fois, un coup de cœur dans les Aventures de Sherlock Holmes avec cette enquête bien maîtrisée et réfléchie. Comme pour La Ligue des Rouquins, L’Homme à la Lèvre Tordue est une nouvelle qui m’a totalement surprise et qui a fait décrocher plus d’une mâchoire, j’en suis certaine.
Un classique là aussi que chaque curieux devrait lire.

             • L’Escarboucle Bleue (titre original, The Adventure of the Blue Carbuncle, publié en Janvier 1892) 5/5
L’Escarboucle Bleue est une aventure que j’ai relue plusieurs fois (situation pourtant rare chez moi), j’ai revu plusieurs fois aussi l’épisode de la série Granada (fait moins rare par contre, ça m’arrive même souvent)… Pourquoi cet entrain ? Je crois que c’est en partie à cause de la situation incongrue sur laquelle s’ouvre l’enquête. Cette histoire d’oie, de trésor perdu… Plus que jamais on assiste à la passion du bizarre de nos deux célibataires préférés (plus trop célibataire le Watson à ce moment-là, mais peu importe) et le récit nous entraîne en une véritable enquête intelligente et franchement sympathique.
Une nouvelle que je conseille donc vivement pour ceux qui veulent découvrir Sherlock Holmes.

             • La Bande Tachetée (titre original, The Adventure of the Speckled Band, publié en Février 1892) 5/5
Comme pour L’Escarboucle Bleue, La Bande Tachetée fait partie des nouvelles que j’ai relu avec grand plaisir, car il s’agit là d’une enquête angoissante, intéressante et… Incroyablement surprenante lorsqu’on nous sert la conclusion. Arthur Conan Doyle nous réserve également une part de sensibilité : j’ai personnellement été très touchée par la cliente Helen Stoner.
Une des nouvelles les plus populaires qui mérite son succès.
             Quelques anecdotes sur cette nouvelle,
• Dans sa liste des 12 meilleures nouvelles de Sherlock Holmes, Sir Arthur Conan Doyle place La Bande Tachetée en première place.
• Yana Toboso, l’auteur du manga Black Bulter, réserve un arc entier de son manga (sur les tomes 9 et 10) pour l’œuvre de Sir Arthur Conan Doyle, allant jusqu’à mettre en place un sosie parfait de Sherlock Holmes. Malheureusement, Yana Toboso nous réserve la même conclusion à la fin de son arc que celle de la nouvelle La Bande Tachetée, donc aucune surprise.

      • Le Pouce de L’Ingénieur (titre original, The Adventure of the Engineer's Thumb, publié en Mars 1892) 4/5
Sûrement l’une des aventures les plus terrifiantes. Pas seulement avec son introduction un peu gore mais pour le personnage du colonel Lysander Stark [spoiler]et cette fameuse pièce qui rapetisse pour écraser les victimes entre deux murs[/spoiler]. La touche d’originalité de cette aventure, c’est que Holmes n’a pas l’occasion de montrer ses pouvoirs de déduction, uniquement pour conclure l’affaire (la fameuse discussion sur les directions à prendre à la fin m’avait bien plu !), malgré ça, l’intrigue reste particulièrement intéressante et explore un thème plus populaire à notre époque qu’à celle de Doyle : le côté vicieux des criminels. Je ne pouvais pas m’empêcher de comparer le colonel Stark au tueur en série H. H. Holmes d’ailleurs. Ce qui est plutôt ironique pour le nom.
Une nouvelle donc originale avec un côté flippant particulièrement efficace donc.

     • L’Aristocrate Célibataire (titre original, The Adventure of the Noble Bachelor, publié en Avril 1892) 3/5
Une nouvelle qui m’aura emballé moyennement pour son « mystère » un peu quelconque je trouve, un « Les Hommes Dansants » en moins palpitant pour tout dire. Ce qui sauve un peu je dirai, ce sont les personnages et les relations qu’ils ont avec Holmes et Watson : la conclusion m’avait fait pas mal de peine pour Lord Saint-Simon au point que, en refermant le livre, j’avais pardonné sa réaction bornée.
Une enquête sympathique mais pas la meilleure à mes yeux.

        • Le Diadème de Béryls (titre original, The Adventure of the Beryl Coronet, publié en Mai 1892) 4/5
Arthur Conan Doyle nous livre ici une enquête fascinante dans sa complexité avec tout ce qu’un fan peut attendre : déguisement, déduction, mystère, mensonge, conclusion renversante… Il ne s’agit peut-être pas de la plus mémorable des aventures de Sherlock Holmes, mais c’est un classique qui reste incontournable pour tout ce qu’on y trouve. En somme, une superbe nouvelle.

 Aujourd'hui encore, les aventures du détective inspirent beaucoup d'artistes

          • Les Hêtres-Dorés (titre original, The Adventure of the Copper Beeches, publié en Juin 1892) 5/5
Une autre de mes nouvelles préférées car, pour une quelconque raison, la cliente m’a beaucoup touché et en plus de son histoire inquiétante, terrifiante. Toute l’ambiance a pas mal joué dans Les Hêtres-Dorés et la conclusion met au grand jour une histoire réfléchie et intéressante. Je ne saurais donc expliquer ce coup de cœur autrement que grâce à l’ambiance et de la qualité du récit de l’adorable Violet Hunter.
             Quelques anecdotes sur cette nouvelle,
• Souvent traduit à la lettre, les français ne se sont pourtant toujours pas décider pour le titre de cette aventure en français qui est soit Les Hêtres-Dorés, soit les Hêtres Rouges, parfois même les Hêtres Pourpres.
• On ne le dira jamais assez, Arthur Conan Doyle n’avait jamais eu l’intention d’écrire autant avec Sherlock Holmes. Si il faut remercier Joseph M. Stoddart du magazine Lippincott's Monthly Magazine, il faut également remercier « la grand-mère de Holmes » : Mary Foley Doyle, la mère de Conan Doyle, qui proposa à son fils des idées d’enquêtes. Parmi celles-ci figure l’aventure des Hêtres-Dorés.

Les Mémoires de Sherlock Holmes [1],
             • Flamme d’Argent (titre original, Silver Blaze, publié en Décembre 1892) 2/5
Je n’ai pas cessé de recouvrir d’éloges les aventures de Sherlock Holmes et pourtant, Flamme d’Argent est bien celle où j’ai eu énormément de difficulté à lire. Je ne saurai dire pourquoi, mais elle m’avait terriblement lassé et j’étais même tenté de ne pas la finir. J’ai pris mon mal en patience et il m’a fallu tout de même une dizaine de jours pour finir cette nouvelle… Tragique, pas vrai ?
Maintenant, pourquoi tant de haine contre ce pauvre cheval disparu ? J’avoue que moi-même, je ne le sais pas. Je retenterai de la lire un de ces quatre, peut-être que mon avis changera.

             • Le Visage Jaune (titre original, The Adventure of the Yellow Face, publié en Février 1893) 4/5
Un titre assez intriguant (pour l’image que je me faisais de ce visage jaune en tout cas avant de lire la nouvelle) pour une enquête complexe ([spoiler]tellement complexe qu’elle a pris Holmes de court d’ailleurs[/spoiler]) avec une conclusion particulièrement touchante. [spoiler]Plus de peur que de mal donc dans cette enquête, heureusement que « l’échec » de Holmes n’affecte pas la fin qui de la nouvelle qui se termine plutôt bien.[/spoiler].
Une enquête donc sympathique dont j’en garde un bon souvenir.

             • L’Employé de L’argent de Change (titre original, The Adventure of the Stockbroker's Clerk, publié en Mars 1893) 4/5
Encore une fois, j’étais absolument bluffée par l’énigme qu’a dressé Arthur Conan Doyle. J’ai peur de trop en dévoiler si je me lance dans certains détails, je me contenterai de dire que la qualité de l’enquête est digne de Doyle et que cette nouvelle se conclut d’une façon que j’ai aimé… Ceux qui l’ont lu doivent me prendre pour une sadique perverse désormais.
Quoiqu’il en soit, c’est une nouvelle conseillée à tous ceux qui veulent faire marcher leurs méninges.

             • Le « Gloria-Scott » (titre original, The Adventure of the Gloria Scott, publié en Avril 1893) 4/5
Je ne pense pas être la seule lectrice à avoir adoré la particularité de cette aventure : elle se déroule bien avant la rencontre du duo mythique, plus précisément, durant la jeunesse de Sherlock Holmes. Arthur Conan Doyle éparpille quelques informations concernant la vie du détective [spoiler]et surprise ! Watson n’est pas exactement son premier ami… Ou bonne connaissance, on va dire[/spoiler]. Quant à l’enquête, l’auteur nous surprend une fois de plus avec beaucoup de maîtrise et de tact, au point qu’en fermant le livre, on a déjà hâte d’attaquer le tome 2.

Différentes adaptations de l’œuvre d'Arthur Conan Doyle.

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Je voudrais juste repréciser que l’édition Omnibus est une version bilingue avec en plus les illustrations par Sidney Paget qui n’est autre que le premier à avoir immortaliser le visage de Sherlock Holmes sur papier. L’édition est complétée également par des repères biographiques à la fin, ce qui est toujours utile pour ceux qui font leurs premiers pas dans le monde holmésien.

Je tiens à remercier ceux qui ont eu le courage de lire entièrement cette chronique. Moi-même j’ai la flemme de relire tous ces petits comptes rendus et je vous invite à lire ceux qui vous intéressent surtout. La chronique du tome 2 arrivera… Quand j’aurai le courage de la rédiger. Comme dirait un fidèle compagnon : Pavé César.
Diantre, il s’agit définitivement de l'article le plus long du blog... Mais quand on aime, on ne compte pas.


Et ce n'est pas fini. Car cet article est une participation au challenge holmésien organisé par Filipa et, en mode je-n'ai-peur-de-rien, je me suis inscrite pour le niveau Sherlock Holmes (cool, j'en suis à un tiers de mon challenge en fait) mais également, le challenge victorien organisé par Arieste, où je suis inscrite au niveau Charles Dickens.





dimanche 13 mai 2012

Les Bienfaits de la Mort, de Lee Jackson,

Deux jeunes prostituées sont retrouvées sauvagement assassinées dans une maison close de Londres. Dans la main de l’une des victimes, un morceau de papier sur lequel est inscrite une énigmatique citation biblique. Quelques jours plus tard, un cadavre est volé dans un cimetière de la capitale. L’inspecteur Decimus Webb de Scotland Yard suspecte rapidement un lien entre ces deux macabres affaires. Si Webb connaît par cœur les dédales crasseux et les maisons cossus de la capitale britannique, il est aussi aguerri aux turpitudes de l’âme humaine. Ses investigations vont bientôt le mener jusqu’à un honorable homme d’affaires et bon père de famille, Jasper Woodrow. Au cœur des faux-semblants de la société victorienne, Webb devra user de sa légendaire perspicacité s’il veut empêcher un nouveau meurtre…
Quatrième de couverture par 10x18 (collection Grands Détectives).
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Premier livre de Lee Jackson que j’ai découvert en allant fureter dans les rayons 1800-1900 des librairies sur le net. Peu connu en France, il connaît pourtant un certain succès auprès de ceux qui veulent en savoir plus sur l’époque de Jack L’Éventreur et Oscar Wilde. Et pour cause : Lee Jackson peut se vanter me maîtriser son thème.

Donc, que dire de Les Bienfaits de la Mort ? Ce livre a deux piliers qui se divise entre le contexte historique et l’enquête malsaine ?

Je commence par son premier thème. La couverture n’est pas exceptionnelle… Elle est même plutôt monstrueuse en fait. Mais les couleurs annoncent bien l’ambiance : le vieux sépia et le brun qui bariolent les rues et inondent la Tamise, le rouge assez symbolique du crime, le jaune un peu fade, vieilli… Les caractères collent aussi à la période, tout comme la description des vêtements, des habitudes, etc. Lee Jackson fait un travail remarquable à ce niveau, rien à dire.

Mais quant à l’histoire, l’enquête, c’est tout autre chose. Déjà, l’originalité n’est pas au rendez-vous, des meurtres avec des citations bibliques, on en a vu des centaines et des centaines. Le dénouement n’est pas surprenant non plus (bon, j’ai trouvé le tueur dans le premier tiers, ça a donc gâché ma lecture, je le reconnais…) et le tout manque de rebondissements pertinents. Rien de nouveau à l’horizon et la conclusion du livre le confirme. Cela dit, la mise en scène est intéressante (on commence le livre à travers le tueur. C’est vu et revu aussi, mais Lee Jackson se débrouille bien pour cette fois).
Quand je parlais aussi des personnages… Le caractère correspond, certes, mais ils sont très plats, manquent de profondeur. Decimus Webb est bien l’un des détectives qui m’a le moins convaincu.

Alors, même si Lee Jackson offre dans Les Bienfaits de la Mort une foule d’informations sympas sur les années 1874 et c’est précisément pourquoi je me suis intéressée à l’auteur… Ça ne suffit malheureusement pas. L’enquête est trop classique pour nous faire tourner vraiment la tête et au final, le résultat ne reste jamais longtemps à l’esprit. Pour disparaître presque totalement.
C’est un bouquin sympa, facile à lire et qui ne nous fait rien perdre concrètement, pour qui s’intéresse au sujet. Mais voilà, c’est trop léger et on zappe le tout pour laisser place à des coups de cœur plus pertinents.

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Lee Jackson tient un site qui est une vraie mine d’or pour les informations victoriennes. Malheureusement, il est tenu en anglais et rebutera donc ceux qui ne sont pas un minimum bilingues.