mercredi 28 septembre 2016

Le Donjon du Bourreau, de Paul Doherty,

En décembre 1377, alors que la Tamise est complètement gelée, le gouverneur de la Tour de Londres, Sir Ralph Whitton, est retrouvé assassiné. La porte de la pièce étant toujours fermée de l’intérieur et gardée par des hommes de confiance, comment les assassins ont-ils pu traverser les douves et escalader le mur à pic de la forteresse pour venir commettre leur crime ? Et pourquoi Sir Ralph était-il aussi effrayé par le message qu’il avait reçu quelques jours plus tôt ?
Frère Athelstan et Sir John Cranston, le coroner de Londres, sont de retour pour enquêter au cœur du plus célèbre donjon de la Couronne.
Quatrième de couverture par 10|18, Grands détectives.
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Après la déception de La Galerie du Rossignol, je n’aurais jamais cru que le second tome des enquêtes de frère Athelstan et Sir Cranston puisse finalement me motiver à persévérer ! Ici, contrairement à la première enquête, le contexte historique est pleinement exploité et plonge le lecteur dans un hiver glacé de 1377.


Si je lis un roman historique dans la collection Grands Détectives de 10|18, c’est qu’habituellement, je veux une petite enquête ficelée avec les liens de l’époque abordée par l’auteur : pas de techniques scientifiques à la pointe, pas d’anachronismes trop immondes, pas de mentalité trop moderne. Par contre, des conflits pendant la Guerre des Deux Roses, des prises de conscience sous le XIVème ou le XIXème siècle et des ordres de chevaliers avides de vengeance après un génocide, c’est tout ce que je demande !

Peter Doherty prend donc véritablement appui sur l’époque riche du XIVème siècle en Angleterre : le royaume vient de passer aux mains de Richard II qui n’est alors âgé que de 10 ans. Pas besoin d’avoir fait Histoire de l’Angleterre à la fac du coin pour savoir que ces successions sous La Guerre des Deux Roses se sont déroulées pendant une période particulièrement difficile pour nos voisins british. Et pas la peine d’être allé à la fac pour savoir que les rois mineurs avaient toujours des débuts de règne assez houleux.
Un contexte histoire qui permet une ambiance marquée par l’insécurité, les rébellions et des anarchistes jamais contents. Un bain historique comme on en redemande.

Mieux que ça : Doherty concocte une vraie enquête qui n’aurait pas pu se dérouler une autre année ou dans un autre pays. L’auteur puise pleinement dans son sujet et des thèmes religieux d’époque servent pour l’énigme à démêler.
Écrire une enquête à une époque passée, c’est bien, mais accorder l’enquête et pousser l’historique jusqu’à ce degré, c’est cent fois mieux et j’ai été conquise surtout par ce point !
La conclusion est satisfaisante, les étapes sont logiques et le lecteur peut réfléchir au côté des deux enquêteurs piégés dans ce whodunit au pied de la Tour de Londres.
[ci-contre : voir les anecdotes à la fin de la chronique.]
Mais au-delà de ça, si la trame historique est respectée, elle a surtout un aspect presque graphique : les décors d’un Londres tout en pierres noires et gelées par la neige, l’approche de Noël qui ne ravive pourtant aucun cœur tant la saison est rude et les nuits glaciales où victimes et meurtriers se rencontrent sans témoins seront le lot du lecteur qui en frémira presque avec les personnages.
Une peinture qui peut sembler un peu kitsch au premier abord mais qui est réussi.

J’avoue que je ne me suis pas du tout intéressée aux deux personnages principaux : si Athelstan est sympathique, je n’ai pas eu de coup de cœur, et quant à Sir John Cranston, j’ai tout juste de l’affection et ses histoires privées concernant son ménage n’éveillaient aucune curiosité en moi.
Peut-être aussi parce que j’avais vu la révélation arriver gros comme une maison.
J’attends de voir si je m’attacherai à eux pour les prochains tomes, mais c’est vrai qu’ils n’auront pas le même succès que certains duos de détectives…

Un très, très bon tome donc qui donne un nouveau départ avec cette série d’enquêtes. J’attends que les éditions 10|18 mettent à jour toutes les couvertures (si c’est prévu…) et je me lance dans la suite avec plaisir.

La tour de Londres vue depuis de l’autre côté de la Tamise.

Grâce à la couverture, je peux rattacher cette chronique à l’idée n°37 du Challenge des 170 Idées :

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Les enquêtes de frère Athelstan ont été récemment rééditées toujours chez l’éditeur 10|18, par contre, dans l’ancienne édition, l’auteur utilisait le pseudo Paul Harding. Désormais, il utilise son vrai nom Paul Doherty. Donc si vous voyez deux noms d’auteurs différents, c’est normal, ça reste la même histoire.
• Une rumeur circule en Angleterre comme quoi un ours polaire avait été offert à Henry III par le roi de Norvège Haakon en 1252. L’animal aurait été installé à la Tour de Londres et aurait eu la liberté de se baigner dans la Tamise pour chasser les poissons qu’il voulait. Certains disent clairement que c’est une rumeur qui tient de la légende, d’autres affirment que l’histoire est vraie.
• Un personnage très connu est cité dans Le Donjon du Bourreau : il s’agit de Saint Julien l’Hospitalier, un saint tellement auréolé de légendes qu’on sépare difficilement le vrai du faux dans son hagiographie. Sa popularité date du Moyen-âge où Jacques de Voragine, un chroniqueur italien, comptait sa légende avec La Légende Dorée. Mais plus tard aussi, Saint Julien l’Hospitalier trouve sa place dans la littérature et Flaubert lui consacre une nouvelle dans le recueil Trois Contes, visiblement inspiré par le vitrail du héros dans la cathédrale de Rouen, ville natale de l’auteur.
Saint Julien l’Hospitalier est le patron des charpentiers, des hôteliers et des passeurs. Il a pour attributs le faucon et l’épée.

mercredi 21 septembre 2016

Héros ou Couple inoubliables [13],

              

Organisé par Cassie56, le rendez-vous hebdomadaire Héros ou Couple Inoubliables permet de laisser une trace, un article à propos d’un personnage héroïque ou d’une romance qui vous a marqué, ému ou ravi en répondant à trois questions.
Aucun jour n’est fixé, mais j’ai opté les mercredis pour mon blog.





    → Pourquoi ce personnage ?
Dans la Fantasy, je suis une grande fan des Nains tandis que je m’intéresse beaucoup moins aux elfes. Chez Tolkien, si toutes les races classiques sont présentes, ce sont bien les Hobbits qui ont ma préférence : petite, je n’ai jamais réussi à voir le premier Seigneur des Anneaux de Jackson en entier, par contre, j’étais émerveillée devant les passages qui se déroulaient dans La Comté.
Pour les néophytes, les Hobbits sont bien décrits par Tolkien lorsqu’il se compare à eux :
« En fait je suis un Hobbit, en tout sauf en taille. J’aime les jardins, les arbres, les cultures non mécanisées ; je fume la pipe, j’aime la bonne nourriture simple (pas congelée) et je déteste la cuisine française ; j’aime les gilets brodés, et j’ose même en porter en ces temps de grisaille. J’adore les champignons (pris dans les champs) ; j’ai un sens de l'humour très simple (qui lasse mes critiques les mieux disposés) ; je me couche tard et me lève tard (quand je peux). Je ne voyage guère. »
Les Hobbits sont ironiquement les plus humains de la saga de Tolkien : loin de l’épique, tout dans la simplicité, sympathiques ou au contraire mesquins entre eux… Si j’étais un personnage du Seigneur des Anneaux, je serais sûrement un Hobbit aussi.
Et parmi tous ces Hobbits, Sam est certainement mon préféré.
    → Est-ce le personnage principal ?
Frodon est vu comme le personnage principal de la trilogie du Seigneur des Anneaux, mais selon Tolkien lui-même, le vrai héros de cette aventure est Sam.
    → Quel aspect particulier du personnage vous a tant plu ?
Sam est typiquement un héros : sa présence n’était pas franchement prévue, mais s’il n’avait pas été là, la Quête de l’Anneau aurait connu une toute autre fin avec cette pleurnicheuse de Frodon seul.
Sam est un Hobbit au grand cœur et digne héritier de Bilbo, même plus : si Frodon ne possède pas la même volonté que ses deux homologues, Sam dépasse le vieux Bilbo en résistant à l’Anneau. Sur ce point, il dépasse même Galadriel et une importante majorité des habitants de la Terre du Milieu.
De plus, j’ai été très touchée par son retour solitaire dans le dernier chapitre du Retour du Roi : j’ai eu le cœur très lourd avec lui et je trouvais ça presque injuste d’être récompensé de la sorte.


Je vous quitte sur cette bonne parole.

lundi 19 septembre 2016

Marques-Pages [04] : Les créations d'Aww Books,


Ma dernière découverte d’accessoires pour livres est un petit coup de cœur : les marques-pages d’Aww Books.

Depuis quelques années, le marque-page a évolué, partant de bande de papier plus ou moins jolie à différentes formes : tiges métalliques avec bijoux, marques-pages aimantés, ceux qui se placent au coin des pages…
Si les aimantés sont très sympathiques, il m’a fallu un petit temps pour les adopter et il m’arrive de m’en lasser assez vite : certains ont une pliure trop épaisse et abiment les pages.
Mais récemment, je suis tombée sur les portraits d’auteurs d’Aww Books et j’ai totalement craqué…

Découverts sur Etsy, les marques-pages d’Aww Books représentent J. K. Rowling, Neil Gaiman, Anne Rice, mais aussi des auteurs classiques comme Edgar Poe, Oscar Wilde ou encore Charles Dickens. J’ai donc passé une commande pour trois marques-pages : Agatha Christie, Edgar Poe et Oscar Wilde. Et je suis ravie !



Je les ai trouvés tout petits au début et j’étais un peu surprise par la taille, mais 5 centimètres, c’est passe-partout et vous pouvez donc les utiliser pour tous les ouvrages. Les aimants sont fins et la pliure aussi, ce qui change des autres qu’on peut trouver en magasin avec des pliures d’un millimètre…
De plus, imprimés sur du papier photo, les marques-pages semblent résistants et sont très souples, loin du cartonné rigide. Et puis les aimants ne laissent pas de traces noires (un marque-page acheté en magasin m’avait fait ce coup...)

Envoyés depuis la Pologne, je les ai reçus une semaine après ma commande, de plus, la créatrice est très gentille et accepte les commandes (qui demandent un petit plus : les artistes aussi ont besoin de manger aussi)., donc si votre auteur figuré n’y figure pas, vous pouvez le demander ! Pour un prix tout à fait raisonnable (2€ et des poussières), vous pouvez vous faire plaisir aussi en suivant un de ces liens :

Etsy – Facebook – Tumblr


Je n’accorde pas toujours les marques-pages : Edgar Poe me sert actuellement pour Frankenstein.

dimanche 18 septembre 2016

Avec tes Yeux, de Sire Cédric,

Thomas ne croit que ce qu’il voit, mais personne ne le croit.
Depuis quelque temps. Thomas fait des rêves atroces. D’épouvantables rêves qui le réveillent en sursaut et morcellent son sommeil qu’il a déjà fragile. Si ce n’était que ça ! Après une séance d’hypnose destinée à régler ses problèmes d’insomnie, il est en proie à des visions. Il se voit, à travers les yeux d’un autre, torturant une jeune femme… Persuadé qu’un meurtre est effectivement en train de se produire, il part à la recherche de la victime.
Le cauchemar de Thomas ne fait que commencer.
Quatrième de couverture par Presses de la Cité (Sang d’Encre).
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Qu’est-ce que vous regardez chez quelqu’un en premier ? Les réponses les plus classiques sont les mains, le sourire ou les yeux. Il y a une grosse majorité pour les yeux. Si c’est votre réponse, alors vous partagez certainement un point commun avec le tueur d’Avec tes Yeux, un tueur adepte d’énucléation.
Et ce mot-là, avouez que vous ne l’avez pas vu venir.
Sans jeu de mots.

Si vous ignorez qui est Sire Cédric, le glorieux surnom de "Stephen King français" vous parlera alors peut-être ? Si par principe je n’aime pas comparer les auteurs, Sire Cédric possède effectivement des qualités qu’on retrouve chez Stephen King : je pense surtout à la touchante simplicité des personnages, leur modernité. À titre d’exemple sans trop de spoil, la première victime qu’on aperçoit est une jeune femme tout ce qu’il y a de plus banal, qui a hâte de rentrer chez elle pour commencer une nouvelle série prête à être diffusée à la télé. Un petit plaisir simple qu’on connaît tous qui est interrompu par son assassinat : la similarité créée est alors effrayante car nous connaissons tous ces petites habitudes quotidiennes, cette banalité finalement précieuse.
Mais ironiquement, je me suis davantage attachée à la victime mentionnée qu’aux personnages principaux... Nathalie reste la plus sympathique, mais sans plus pour le coup.
Quoiqu’il en soit, ces détails de rien, je les rencontre avec plaisir chez Sire Cédric et Stephen King, tandis que trop peu d’auteurs en usent malheureusement.

Je parle de réalisme et pourtant, Avec tes yeux, on est plutôt face à du surnaturel : moins irréel que L’Enfant des Cimetières ou Le Premier Sang, Avec tes Yeux séduira les amateurs du paranormal, les faits divers qui impliquent des pouvoirs psychiques et des capacités hors-du-commun. Cet aspect apporte une part de frayeur née de l’incompréhension, de l’inexpliqué : la base de la peur, en somme.
Mais pas seulement : la brutalité des meurtres, la perversion du tueur, les tentions qu’apporte ce jeu du chat et de la souris contribuent au côté terrifiant de ce thriller.

L’enquête occupe une grande partie du roman et j’avoue que Sire Cédric m’a fait peur à un moment, [spoil sur un indice] je parle du moment où Nathalie Barjac se lance sur la piste du déménageur M. Chasseur, cette poursuite étant basée en grande partie sur de l’instinct [/fin du spoil sur un indice], j’aurais trouvé le coup un peu gros, par chance, le reste se déroule de façon plus logique.
Mais la rapidité de l’enquête fait que j’ai moins aimé Avec tes Yeux que L’Enfant des Cimetières qui, malgré une trame surnaturelle, respectait une évolution plus soutenue, mettant le lecteur à l’agonie dans l’attente.

Avec tes Yeux est assez bref à mon goût, ce qui est très dommage, quelques pages de plus pour maintenir la tension m’auraient insupportée avec plaisir ! L’histoire vaut tout de même quelques frissons mais s’il s’agit de votre premier Sire Cédric, ne vous arrêtez pas là même si vous partagez mon avis mitigé : préserverez et vous aurez certainement de bonnes surprises... Et bien plus sanglantes et angoissantes si vous vous aventurez dans les premiers ouvrages.

En tout cas, à l’avenir, quand on vous demandera ce qui vous plaît tant chez untel ou unetelle, dîtes les fesses. Déjà parce que c’est toujours bien un beau boule, et ensuite parce que vous éviterez de penser à Avec tes Yeux et de vous couvrir de sueurs froides.

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Je me pose sérieusement la question si Sire Cédric n’a pas choisi ce titre exprès pour créer ce genre de situation : « Tu lis quoi en ce moment ? », « Je commence Avec tes yeux », « Pardon ? », expérience vécue (un peu comme « tu lis quoi en ce moment ? », « Ça. », « Ça quoi ? », « Ça de Stephen King. »).

mercredi 14 septembre 2016

Héros ou Couple inoubliables [12],

              

Organisé par Cassie56, le rendez-vous hebdomadaire Héros ou Couple Inoubliables permet de laisser une trace, un article à propos d’un personnage héroïque ou d’une romance qui vous a marqué, ému ou ravi en répondant à trois questions.
Aucun jour n’est fixé, mais j’ai opté les mercredis pour mon blog.



Aujourd’hui, un couple possible dans le jeu Life is Strange. Possible... Mais enfin, que j’ai formé sans hésiter :

    → Pourquoi ce couple ?
Ce sont mes p’tits poulaings, voilà pourquoi.
Et parce que c’est typiquement le genre de couple adorable.
    → Est-ce le couple principal ?
Max est le personnage principal de Life is Strange et a deux trames de romance possibles, bien qu’elle puisse finir "célibataire" : soit son amitié avec sa copine d’enfance Chloe devient une romance, soit elle trouve son homologue geek en Warren et les deux marginaux forment un couple.
    → Quel aspect particulier de la relation vous a tant plu ?
Si Chloe ne m’avait pas autant agacée durant ma partie, peut-être que j’aurais trouvé sa romance avec Max touchante, mais j’ai refusé de finir avec elle pour briser un cliché : les filles ont tendance à être très proches avec leur BFF, cela ne veut pas pour autant dire qu’elles terminent toutes lesbiennes. (moi-même au collège, je me souviens que des rumeurs avaient couru comme quoi j’étais en couple avec une grande amie… ça nous avait fait rire mais on était très sceptiques, en se demandant ce qu’on avait fait pour que de telles idées naissent) Pardon de briser des fantasmes mais… Non. C’est le même principe qu’une bromance.
Warren, en revanche, craque totalement pour Max : ça crève les yeux, sauf ceux de son amie bien sûr… Maladroit et timide, les premiers chapitres présentent un béguin à sens unique. Mais au fur et à mesure, le joueur peut faire répondre Max et ça donne des trucs pour lesquels je couine de tendresse :
Un vrai couple de geeks. Une romance de nerds. Exactement ce que j’aime.

J’ai toujours regretté qu’on puisse parler du pouvoir de remonter le temps à Chloe mais que l’occasion d’en parler à Warren ne se présente pas : à la toute fin, il la croit sans poser de question et fan de science-fiction, il aurait proposé des solutions.
En plus, Warren est un Whovian, c’est un très bon point pour lui.

samedi 10 septembre 2016

La Fortune des Rougon, d'Émile Zola,

Dans la petite ville provençale de Plassans, au lendemain du coup d’État d’où va naître le Second Empire, deux adolescents, Miette et Silvère, se mêlent aux insurgés. Leur histoire d’amour comme le soulèvement des républicains traversent le roman, mais, au-delà d’eux, c’est aussi la naissance d’une famille qui se trouve évoquée : les Rougon en même temps que les Macquart dont la double lignée, légitime et bâtarde, descend de la grand-mère de Silvère, Tante Dide. Et entre Pierre Rougon et son demi-frère Antoine Macquart, la lutte rapidement va s’ouvrir.
Quatrième de couverture par Le Livre de Poche (Classiques).
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Les éditions Folio utilisent le tableau Réunion de Famille de Frédéric Bazille 
pour illustrer la couverture de La Fortune des Rougon.
Un tableau bien choisi.

Quand vous voulez découvrir un auteur, classique ou contemporain, vous avez l’embarras du choix : débuts, anthologies, succès… Et principalement, vous vous dirigerez vers ses succès ou alors ses œuvres les plus détestées. Shining pour Stephen King, Le Trône de Fer pour George R. R. Martin, Notre-Dame-de-Paris ou Les Misérables pour Victor Hugo ou encore Les Trois Mousquetaires pour Alexandre Dumas.
Déjà assez casse-couilles en son temps et ne faisant rien comme les autres (Artips vous apprendra comment il a défendu Edouard Manet pour son Olympia de 1863 contre tous, et qu’il a comparé la Vénus de Cabanel, la même année, à une « sorte de pâte d’amande rose et blanche »), Émile Zola a été immortalisé par Germinal, Nana, Au Bonheur des Dames ou encore L’Assommoir : sauf que ces romans font partis d’une saga familiale qui comprend vingt tomes.
Cette saga narre les vies des membres de la famille Rougon-Macquart, les premiers venant d’un mariage légitime entre Adélaïde et son premier époux Rougon, les seconds descendant d’une liaison entre la veuve Rougon et un certain Macquart, faisant des enfants des bâtards.
Et les coups bas dans cette fratrie peuvent aller loin

« Pour résumer mon œuvre en une phrase : je veux peindre, au début d’un siècle de liberté et de vérité, une famille qui s’élance vers les biens prochains, et qui roule détraquée par son élan lui-même, justement à cause des lueurs troubles du moment, des convulsions fatales de l’enfantement d’un monde »
Émile Zola

Zola a voulu, en écrivant cette saga, s’intéresser au phénomène d’héritage : d’un tronc formé par un couple, les branches, représentant les enfants, se multiplient tout autour et comment elles évoluent. Les caractères, les décisions qui engendreront tel ou tel destin, les maladies, les habitudes et tous ces petits détails sont-ils liés à nos ancêtres ? Sujet très intéressant et le regard d’un auteur de 1870 rend le thème plus captivant pour les lecteurs du XXIème siècle puisque les connaissances de l’hérédité ont bien évoluées depuis.
Je suis déjà un peu maniaque concernant l’avancement dans une saga : j’ai besoin de commencer par le premier tome (les sagas d’Agatha Christie sont les seules que je lis dans le désordre, mais je commence par le premier tome quand même) et de suivre le fil. Savoir que la saga de Zola concerne pas moins de quatre générations d’une même famille, j’étais obligée de commencer par La Fortune des Rougon.
J’ai d’ailleurs abandonné Au Bonheur des Dames qui est le onzième tome car trop gênée par le fait que je ne connaissais pas les personnages cités.

J’avoue que je me lançais en terres inconnues : si je connaissais la réputation "révolutionnaire" de Zola et sa façon de décrire les aspects les plus dérangeants de la vie hors des magnifiques salons parisiens, je ne savais pas du tout qui étaient en réalité ces fameux Rougon et Macquart.
Et bien j’ai appris à mes dépends combien ils étaient en majorité détestables ! Leur histoire est toutefois captivante pour ceux qui s’intéressent à ces années : lutte entre classes sociales, linge sale de famille recomposée, politique sanglante… Des événements historiques sur lesquels s’est appuyé Zola et qui ont certainement contribué à l’image du français révolutionnaire et prêt à faire couler le sang pour ses idées.

Des illustrations signées par l'illustrateur allemand Wilhelm M. Busch.

Mais pas seulement ! Zola n’était pas uniquement un apprenti sociologue de son temps mais aussi un auteur influencé par la période romantique : il nous sert alors une amourette d’enfants dans un décor de cimetière très réussie et je regrette même que le lien de Silvère et Miette ne soit pas davantage mis en valeurs, comme enseveli par les autres relations si animées et venimeuses.

Une bien jolie lecture avec toutefois quelques longueurs (surtout vers la dernière partie, la conclusion m’a tout de même émue, quant à la première moitié qui relate l’histoire de la famille, elle pourra sembler longue à beaucoup... Moi-même j’avais du mal au bout d’un moment car l’action n’est pas un registre que Zola maîtrise pour le coup), ce qui aidé par-dessus tout, c’est la très belle plume de Zola. Des descriptions nombreuses, des métaphores poétiques, des sentiments qui ressortent des phrases et des situation... Non, vraiment, je peux parfaitement comprendre le succès de Zola rien que pour la qualité de son style.
Ma note est provisoire car c’est une longue saga et je m’attends à tout autre chose avec des succès connus comme Nana ou Germinal. Je reviendrai dessus à l’avenir.
En tout cas, un très bon début aux côtés de Zola et je ne tarderai pas à entamer La Curée qui suit le parcours d’Aristide Rougon.

Enfin, après, si vous souffrez de la même manie que moi et que vous ne vous sentez pas de commencer la série des Rougon-Macquart, vous pouvez toujours vous tournez vers Thérèse Raquin, livre indépendant pour découvrir Zola.

Le Livre de Poche pioche quant à lui La Liberté guidant le peuple d’Eugène Delacroix pour sa couverture.

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Il s’agit du tout premier roman de la série en vingt tomes des Rougon-Macquart qu’Emile Zola a écrite de 1871 à 1893.
• Emile Zola s’est beaucoup appuyé sur les ouvrages historiques d’Eugène Ténot : il est cité à de nombreuses reprises et Zola reprend des événements cités par Ténot lors de la révolte des insurgés en Décembre 1851.
• Le Livre de Poche est une très bonne édition pour les Rougon-Macquart : les annotations sont nombreuses et expliquent bien… Parfois trop et spoilent les autres tomes. Je suis heureuse d’avoir oublié la plupart et que d’ici que je lise Le Docteur Pascal, le dernier tome, j’aurai quand même ma dose de surprise. Les documents, au passage, sont complets aussi ! Une bonne collection.

mercredi 7 septembre 2016

Le Train Bleu, d'Agatha Christie,

Dans ce train de luxe en partance pour la Côte d’Azur, à bord duquel se trouvent quelques privilégiés qui fuient les brumes de l’Angleterre, la fille d’un richissime homme d’affaires américain est assassinée.
Une enquête particulièrement difficile pour Hercule Poirot…
Quatrième de couverture par Le Livre de Poche.
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« Poirot acquiesça et répliqua, d’une voix calme et grave que Derek Kettering ne lui connaissait pas :
– Vous pardonnerez à un vieil homme, monsieur, s’il s’adresse à vous avec ce que vous pouvez considérer comme de l’impertinence, mais j’aimerais vous citer un de vos proverbes anglais : « La sagesse exige qu’on se débarrasse d’un amour avant de s’engager dans le suivant. » »
P. 144

Tome qui donne un avant-goût au Crime de l’Orient-Express et à La Mort dans les Nuages, Le Train Bleu est une enquête au cadre original et complexe : la scène du crime est dans un transport en commun, les passagers sont alors tous suspects et les indices peuvent vite disparaître. Les clés du mystère reposent alors dans les témoignages de spectateurs encombrés de bagages et de lourds secrets.


Si le cadre est vraiment original, l’enquête l’est nettement moins : Le Train Bleu, si on écarte le décor, partage beaucoup de similitudes avec d’autres enquêtes d’Agatha Christie et ne sera pas beaucoup renversant pour les habitués.
En revanche, pour les nouveaux lecteurs, ce roman peut être un très bon tome introducteur : on y retrouve les éléments si chers à la Reine du Crime, c’est-à-dire des romances troubles, des témoins peu coopérants, des mensonges qui se placent dans de tout petits détails et un Hercule Poirot aussi retors qu’un chat.

C’est peu de dire que le détective belge est au mieux de sa forme : doucereux ou véritablement compatissant, son parti n’est dévoilé qu’à la toute fin où sa gentillesse continuera de couver les innocents et son masque tombera pour le, la, voire peut-être les coupables.


La psychologie est une fois de plus bien mise en scène mais les schémas sont en fait classiques et le mélodrame prend finalement trop de place. J’ai aimé le personnage de Katherine Grey et sa sobriété qui est reposante dans cette galerie de prétentieux, sanguins et habitués au faste. Il y a peu de personnages touchants dans Le Train Bleu et j’aurais pu supporter ces acteurs si seulement Christie avait placé plus de touches d’humour que je lui reconnais souvent : malheureusement, j’ai trouvé ce tome bien moins rythmé et acerbe que les autres.

Une lecture sympa mais sans plus, un Poirot pas indispensable pour ceux qui veulent se contenter du meilleur mais une bonne entrée en matière pour les néophytes… en plus, vous garderez les vrais succès de la Reine du Crime pour la suite.

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Le Train Bleu existe réellement bien qu’il a, paraît-il, perdu beaucoup de sa splendeur. Ce n’est aujourd’hui qu’un train de nuit tout à fait banal. Tout le luxe qui le caractérisait autrefois est remémoré dans le restaurant Le Train Bleu à la Gare de Lyon de Paris : difficile de le rater, il est au sommet de deux escaliers et des néons signalent sa présence. L’intérieur est plus chic, ceci dit :