jeudi 16 février 2017

Merlin, de Robert de Boron,

Né d’une femme abusée par le diable, Merlin est aussi fou que sage. Ayant le privilège de connaître le passé et l’avenir, l’auguste prophète du Graal et de la grandeur arthurienne conseille et protège les rois qu’il a pris sous sa protection. Mais sa nature sauvage le pousse parfois à fuir la société des hommes pour gagner les solitudes forestières du Northumberland, ses talents de sorcier lui permettent de prévoir et de parer tous les mauvais coups et il sait à l’occasion se montrer facétieux, sournois et vaniteux.
Saint et démon tour à tour, l’enchanteur est au cœur de ce roman du XIIIème siècle qui raconte l’histoire fantastique du royaume de Logres depuis la naissance du prophète jusqu’à l’avènement d’Arthur.
Quatrième de couverture par GF Flammarion.
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« Tandis qu’elle se lamentait disant, en s’adressant à son fils, que Dieu avait toléré cette désastreuse naissance, créant en ses entrailles un être qui l’amenait au supplice et à la mort, […]. »
P. 41

Je connaissais les grandes lignes de l’histoire de Merlin grâce à l’ouvrage Arthur, Lancelot, le Graal : Le Grand Roman de Christine Ferlampin-Acher et Denis Hüe, mais je n’avais pas lu le récit de Robert de Boron. Ceci dit, connaître l’histoire avec la prose moderne, c’est bien sympathique, mais découvrir le récit de Merlin avec le charme de la narration médiévale, c’est mieux !

Merlin est un long récit qui ferait pâlir les plus belles légendes des autres terroirs : le décor s’agrémente de hauts châteaux, de cours vertueuses, de forêts vierges… Tous les ingrédients sont réunis pour un univers celtique.
[ci-contre, Viviane et Merlin, une photo de Julia Margaret Cameron.]
Quoique, celtique rime avec païen : pas une seule fois Merlin est vu comme un druide dans la version de Boron, qui est l’auteur qui a christianisé les mythes arthuriens (fun fact : le Graal n’était pas le Saint Graal chez Chrétien de Troyes, c’est Boron qui en fait le Saint Graal). Il y a donc un contexte purement religieux, propre aux récits du Moyen-âge occidental, des histoires du XIIIème siècle, ce qui n’est pas désagréable quand on connaît ce détail.
C’est comme se plaindre des morales présentes dans les romans du XIXème : Jane Eyre sera plus à lire sa Bible qu’à vous donner envie de déchirer votre corset et de défaire votre coiffure. Sauf quand Mr Rochester est dans les parages.

Forcément, si j’aime l’ambiance des légendes, il y a toujours cette ambiance assez ridicule qui va très vite : les gens qui s’évanouissent sans arrêt, les morts subites qu’on pleure pendant cinq minutes ou pendant trois siècles, les chevaliers surhumains, Superman et Batman de l’époque, qui peuvent se battre pendant une semaine sans s’arrêter… Et encore, curieusement, Robert de Boron n’est pas dans l’excès et je n’ai pas souvent éclaté de rire comme pendant ma lecture du Chevalier au Lion ou Histoires de Fantômes irlandais. De plus, même si on reconnaît le style clairement médiéval, Merlin est un récit original : un cambion qui suscite autant de respect, ce n’est pas l’idée qu’on se fait d’un héros du XIIIème.

Merlin dictant pour père Blaise.

Un livre donc assez sérieux, bien rythmé bien que finalement, plein de mystères, Merlin n’occupe pas toute la scène et disparaît à de nombreuses reprises. Je suis ravie d’avoir lu ce livre, me faisant poursuivre mes lectures arthuriennes qui ne me lassent toujours pas. Alors forcément, je rajoute Merlin dans mes participations au challenge des légendes arthuriennes !


             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Les éditions GF Flammarion proposent souvent des éditions bilingues ancien français-français moderne, mais à savoir que pour Merlin, il n’y a que le français moderne !... Avec une traduction qui commence à vieillir. Ça coupe la poire en deux !

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