mardi 14 février 2017

Gatsby le Magnifique, de F. S. Fitzgerald,

Nous sommes au lendemain de la Grande Guerre. Le mal du siècle envahit les âmes. C’est l’époque de la Prohibition et des fortunes rapides. En 1922, Jay Gatz, devenu Gatsby, se retrouve fabuleusement riche. Personnage mystérieux, installé à Long Island dans une somptueuse propriété il est l’objet de mille légendes. A-t-il été étudiant à Oxford ? Est-ce un mafieux ? Elles n’empêchent pas les gens chics et moins chics, de venir en troupe boire ses cocktails et danser sur ses pelouses.
Gatsby cherche à séduire Daisy, la fiancée de Tom Buchanan, un millionnaire qui, contrairement à lui, a hérité sa fortune. Il cherche à l’éblouir, fait des dépenses folles. Mais c’est argent contre argent, vieille fortune contre parvenu. L’ouvrage, publié aux Etats-Unis en 1925, est précédé d’une préface de Fitzgerald à une réédition de 1934, et suivi des trois préfaces mythiques à l’édition Grasset de 1962, par Antoine Blondin, Bernard Frank et Jean François Revel. Cette nouvelle traduction de Jacques Tournier a été établie à partir des manuscrits, des corrections d’épreuves et des dernières révisions de Scott Fitzgerald.
Quatrième de couverture par Grasset (Les Cahiers Rouges).
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    « Gatsby lui désigna une créature magnifique, véritable orchidée humaine, qui trônait avec majesté sous les branches d’un prunier blanc. »
P. 132

Gatsby le Magnifique est LE livre de la littérature américaine, c’est même celui qui est le plus étudié dans les universités des États-Unis. Peut-être que l’étudier m’aurait permis de mieux le comprendre et de ne pas passer à côté, car je n’ai pas du tout accroché à ce roman : prêt à séduire les rêveurs qui imaginent des fêtes mondaines durant l’ère d’Hollywood où tout brille et tout est cher (on voit d’ici la lunette des toilettes en or), Gatsby le Magnifique promet un florilège de luxe qui sert de vernis à un monde malheureux où on tente même d’acheter l’amour, mais je n’ai pourtant pas été transportée…

Le style de Fitzgerald est très beau, ce point est indéniable. Les métaphores sont sublimes, à côté par contre, je sentais une certaine lourdeur à cause de l’histoire qui traînait en longueur, en plus de passages brouillons.
De plus, si la plume a du charme, ce n’est pas vraiment le cas de personnages : même si Gatsby le Magnifique aborde le sujet de la passion, de l’amour, du luxe, j’ai trouvé les personnages plutôt insipides.

Enfin bon. Si j’avais étudié ce roman dans une université américaine avec un bon prof, certainement que Gatsby le Magnifique aurait été une meilleure surprise. Tandis que là, je l’ai trouvé ennuyeux et je manquais de notions concernant la culture et l’histoire américaines, me faisant passer à côté de ce classique.
Tant pis !


Si ma chronique vous a refroidi, si vous avez la flemme de le lire, il y a un résumé chouette (attention aux spoils, ne cliquez pas si vous voulez lire Gatsby le Magnifique !) :
(quoiqu’on comprend mieux après lecture)

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Selon le biographe de F. S. Fitzgerald, Matthew J. Bruccoli, le personnage de Gatsby serait inspiré par le général de la Première Guerre mondiale Max Gerlach.

dimanche 12 février 2017

La Conspiration des Fantômes, de James Herbert,

Rien ne semblait pouvoir troubler la tranquillité de Sleath, un petit village paisible au cœur de la campagne anglaise… jusqu’à ce que les fantômes apparaissent.
David Ash, enquêteur spécialisé dans les phénomènes paranormaux, tourmenté par les démons de son passé, vient pour tenter d’élucider le mystère. Mais cette fois les secrets qu’il s’apprête à découvrir risquent de l’amener au bord de la folie. Car si les morts sont revenus pour anéantir les habitants de Sleath, ce n’est pas par hasard…
Quatrième de couverture par Milady.
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« Elle aurait voulu le tuer, mais il était déjà mort. »
P. 390

Après Stephen King et Clive Barker, il était temps que je lise d’autres grands noms de la littérature horreur : noms réunis par bonheur par Milady où on peut (re)découvrir les livres de Graham Masterton, Robert McCammon, Richard Laymon et James Herbert.
Déjà, grosse mise en garde : ma lecture avait très bien commencé, j’étais motivée… Jusqu’au moment où je me rends compte que La Conspiration des Fantômes est le second tome de la trilogie qui concerne David Ash, le premier étant Hanté. Mais au lieu de mentionner la précédente aventure, la fin est carrément révélée, spoilant donc les nouveaux lecteurs.
J’ai hésité à lâcher le livre pour me mettre à Hanté, mais je ne l’avais pas sous la main et comme j’étais bien rentrée dans l’histoire… Mais cette révélation a gâché mon impression et la suite de la lecture en a pâti.

Pour en revenir au roman lui-même, en faisant abstraction de mon plaisir gâché pour Hanté (que je comptais lire), La Conspiration des Fantômes est un chouette roman qui s’inscrit parfaitement dans le splatter-punk. Des fantômes glauques sont au rendez-vous, mais plus que ça : j’adore ce genre horrifique qui invite des créatures du surnaturel et des monstres à visage humain, mêlant deux peurs, l’une imaginaire, l’autre réaliste. Et Herbert puise dans ces deux sources : en plus de formes fantomatiques, le lecteur explorera les vices humains, ceux qui entraînent vers le viol, la pédophilie, le fanatisme et les superstitions…
Mais le sujet peut bien être crade, quand l’écriture est soignée, ça passe ! Et James Herbert possède un style fluide, agréable, doué pour instaurer des ambiances.

De plus, il y a une foule de personnages dans La Conspiration des Fantômes (de la même façon qu’avec Bazaar, on s’intéresse à une ville entière) et je les ai trouvés tous très intéressants, possédant des secrets, une histoire. J’ai eu beaucoup de tendresse pour le petit couple de vieillards : le garde-chasse et sa femme. Mais je me suis aussi beaucoup attachée à David Ash et je suis contente de savoir qu’il apparaît dans d’autres aventures, bien que la dernière ne soit pas (encore ?) traduite.


Je reprocherais juste un manque d’originalité concernant l’histoire et ses retournements : La Conspiration des Fantômes fonctionne avec une recette plutôt classique, rien de très innovant pour des mordus d’épouvante, mais enfin, quand le résultat est bon, que demander de plus ? On peut faire des pâtes à la bolognaise, tout ce qu’il y a de plus simple, et qu’elles soient quand même délicieuses. C’est un peu que ce que James Herbert a fait avec ce roman.

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Je le répète : mais La Conspiration des Fantômes est la suite de Hanté ! Il révèle en plus la fin de l’intrigue de ce précédent tome : commencez par Hanté et ne vous spoilez pas comme je l’ai malheureusement fait par ignorance…

mardi 31 janvier 2017

Layers of Fear,

Layers of Fear est un jeu d’horreur psychédélique à la première personne qui se concentre surtout sur l’histoire et l’exploration. Le joueur y incarne un peintre qui tente à tout prix de finir son Magnum Opus. Pour y parvenir, le joueur devra traverser à la fois une demeure victorienne instable et les visions fantomatiques qui torturent la psychologie fragile du peintre.
Résumé par Steam, traduit par le Vampire aigri.
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J’attendais ce jeu comme si je savais qu’il s’agirait d’une œuvre d’art confirmée, tout en me préservant des screens, des bandes annonces, des tests… Finalement, si la Bloober Team n’a pas atteint son Magnum Opus, elle le frôle de peu !

Lorsque l’on visite un musée, on a parfois la réaction bête mais justifiée de s’exclamer « c’est beau ! » devant chaque tableau ou sculpture, voire pour la pièce-même. C’est un peu ce qui se passait pour Layers of Fear et moi : certes j’avais des assiettes qui volaient dans tous les sens et des tableaux qui se mettaient à brûler, mais ça ne m’empêchait pas de dire « qu’est-ce que ce jeu est beau ! » : ce jeu est vraiment beau pour les gens sensibles aux demeures victoriennes, à la peinture du XIXème, aux nuits d’orage et aux morceaux composés sur un piano.
D’autant plus surprenant qu’il s’agit d’un jeu indépendant et que son graphisme se veut réaliste : aucun visage n’est clairement perçu (à part sur les tableaux) et on passe son temps à traverser des pièces, mais le jeu de lumière, de couleurs et l’atmosphère n’a pas besoin de plus pour convaincre.


Le gameplay un peu limité empêche de voir plus : avancer et ouvrir des portes ou activer des objets sont les seules actions disponibles. Aucun combat, aucune énigme digne de ce nom, vous explorez comme un Indiana Jones niveau 1 : le jeu surveille nos actions pour concocter la conclusion de notre gameplay, mais les actions ressortent si peu que, pour ma part, je n’étais pas sûre si une action était bien une action et j’ai été voir sur internet à la fin.
(finalement, j’ai eu une fin satisfaisante alors que je n’étais pas sûre du tout de ce que j’allais avoir !)
La conclusion manque de clarifications et il faudra comprendre par soi-même de quoi il en retourne, mais si vous vous souvenez du Portrait de Dorian Gray, de certaines histoires sur la folie et de fantômes, vous pourrez faire votre propre hypothèse.
Davantage d’indices et d’actions moins neutres auraient amélioré l’expérience.


Ceci dit, ce peu ne m’a pas empêché de m’impliquer dans le jeu et l’émotion était au rendez-vous, avec une petite dose de frayeur bien sûr ! Ceci dit, je m’attendais à pire, mais si vous êtes sensible aux poupées de porcelaine flippantes, vous aurez nettement plus peur que moi (malheureusement, je ne suis pas pédiophobe). J’étais quand même surprise par quelques jump scare et l’ambiance.
De plus, il y a des scènes auxquelles je ne m’attendais pas, avec d’autres trop évidentes : au bout de trente minutes de jeu, on commence à surveiller tous les tableaux.

Malgré un gameplay franchement limité, Layers of Fear reste quand même un très bon jeu : une histoire émouvante à découvrir, une musique efficace bien que discrète qui complète un graphisme très soigné… Il ne m’empêchait pas de dormir et j’y rejouerai certainement car j’ai validé une fin sur trois en plus d’avoir oublié des documents.
Un jeu que je conseille aux amateurs d’art (il n’y a aucune référence claire mais la multitude de tableaux plaira) et aux amoureux de fantômes et manoirs hantés.

[l’image au centre : un problème qui me connaît...]

             Quelques anecdotes sur ce jeu,
• Le jeu a parodié certains célèbres tableaux. J’ai pour ma part débloqué sur mon compte Steam le détournement du portrait de La Dame à l’hermine de de Vinci :

jeudi 26 janvier 2017

Le Retour du Roi, de J. R. R. Tolkien,

Tandis que le continent se couvre de ténèbres, annonçant pour le peuple des Hobbits l’aube d'une nouvelle ère, Frodon poursuit son entreprise : il lui faut à tout prix atteindre le Mont du Destin.
Mais le Seigneur des Ténèbres mobilise ses troupes. L’ennemi est partout et Frodon doit s’engager dans un dangereux périple à travers le Pays Noir...
Les derniers combats de la guerre de l’Anneau s’achèvent dans un fracas d’apocalypse.
Quatrième de couverture par Pocket.
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« – […] Mithrandir ! cria Ingold. Mais vous arrivez avec des nouvelles de malheur et de danger, selon votre coutume, et à ce que l’on dit.
– Parce que je ne viens guère que lorsque mon aide est nécessaire, répondit Gandalf. »
P. 21

Avec ce troisième tome (que je considère comme étant le quatrième, en fait), j’achève la lecture de cette importante saga de Fantasy. Et même si je n’ai pas été transportée comme je l’avais voulu, je dois avouer que je clos cette aventure avec un petit pincement au cœur.
On retrouve donc la compagnie de l’anneau dispersée, divisée et occupée à mener à bien les projets. Si certains lecteurs se plaignaient du côté champêtre du premier tome, ce tome-là exaucera leur vœu : l’action est bien présente et les batailles s’enchaînent, les armées défilent et, bien entendu, des têtes tombent dans les camps.
Pas le temps de niaiser ici et les pages n’ont jamais tourné aussi vite : aucune trame souffre d’un temps mort et une fois attachée aux personnages (je voue désormais un culte à Eowyn), cette dernière partie de cette épopée est entraînante.

Si La Communauté de l’Anneau adoptait un ton similaire aux légendes celtes plutôt « douces », ici, on sent clairement l’inspiration des sagas nordiques : Le Retour du Roi verse dans un registre plus épique et promet une conclusion scintillante, portée par une plume toujours aussi agréable, bien qu’un peu vieillie.
Mais ce qui me marque le plus dans ce roman finalement, ce n’est pas ces batailles et ces héros de guerre : c’est la seconde conclusion qui est vraiment poignante. Il est toujours difficile de fermer un livre, même quand ce n’est pas un coup de cœur, mais Le Retour du Roi est certainement un des plus durs à reposer : le ton final est mélancolique et Sam, certainement mon préféré de tous, est dans une situation bien triste…
J. R. R. Tolkien sait dire au revoir, c’est indéniable, et même si je n’ai pas été tout à fait conquise par son univers aperçu à travers la communauté de l’anneau, je lirai les ouvrages complémentaires.

            Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Je ne comptais pas en faire mention dans ma chronique, mais vu la popularité de la saga, une petite mise-en-garde s’impose : il y a pas mal de fautes de frappe et de syntaxe dans l’édition Pocket, donc ceux qui veulent absolument une belle édition digne de leur amour pour Tolkien, celle-ci est à éviter...
• J’ai voulu faire comme pour la chronique du second tome et partager les musiques composées par Tolkien Ensemble, un groupe danois qui a donné l’air à tous les vers de Tolkien, mais puisqu’ils n’ont pas de chaîne officielle sur Youtube, la plupart des musiques sont supprimées en raison de droits d’auteurs…

mercredi 25 janvier 2017

Casanova et la femme sans visage, d'Olivier Barde-Cabuçon,

Après avoir sauvé Louis XV de la mort lors de l’attentat de Damiens, et malgré son peu de goût pour la monarchie, le jeune Volnay obtient du roi la charge de « commissaire aux morts étranges » dans la police parisienne. Aidé d’un moine aussi savant qu’hérétique et d’une pie qui parle, Volnay apparaît comme le précurseur de la police scientifique, appelé à élucider les meurtres les plus horribles ou les plus inexpliqués de son époque. Épris de justice, c’est aussi un homme au passé chargé de mystère, en révolte contre la société et son monarque qu’il hait profondément.
Lorsque, en 1759, le cadavre d’une femme sans visage est retrouvé dans Paris, Volnay doit conduire une enquête sur le fil du rasoir avant que le meurtrier ne frappe de nouveau. Mais entre des alliés aussi incertains que le libertin Casanova et des adversaires redoutables, à qui le commissaire aux morts étranges peut-il se fier ?
Quatrième de couverture par Babel, Babel Noir.
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« – Et à qui accordez-vous donc votre confiance ? s’amusa-t-elle à lui demander.
– À personne, madame, en dehors de mon collaborateur et de ma pie. C’est un bel oiseau et qui sait parler en français comme en latin. Il vous ravirait.
Elle le considéra avec surprise puis haussa négligemment les épaules.
Les livres, un oiseau savant, un moine hérétique qu’on a failli brûler et des cadavres. Voilà donc tout son monde ? »
P. 225

Les couvertures de Babel possèdent toujours un charme auquel je suis sensible, de plus, j’ai aperçu cette série sur Cellardoor. J’avais besoin d’une critique positive d’un blog que je suis, car belles couvertures ne riment pas toujours avec perle littéraire (Le Diable danse à Bleeding Heart Square reste un de mes exemples personnels) et je me suis donc lancée dans la première aventure de ce Commissaire aux Morts Étranges !

Déjà, si je suis une mordue du XIXème siècle et du Moyen-âge, je suis bien moins à l’aise avec le XVIIème et XVIIIème siècle (en plus d’avoir une petite appréhension pour les Lumières depuis le collège mais que je soigne avec du recul). Ces deux siècles fortement connectés dont on retient les capes, les épées et les perruques poudrées ont bien plus à offrir que des mouches aux coins des lèvres et des français qui empestent le parfum (cliché étranger oblige). Et j’ai été ravie de voir qu’Olivier Barde-Cabuçon dresse ce décor très riche autour de son enquête macabre, car si Versailles brillait même après la mort de Louis XIV, les malheurs étaient aussi nombreux que les mystères et l’histoire de la criminologie compte des affaires sordides à cette époque.


J’avais évité de lire des critiques trop en détails pour garder le plus de mystères, mais ironiquement, je m’étais construit une autre image de ce qu’est cette série du Commissaire aux Morts Étranges : j’imaginais plus un thriller, j’imaginais plus de surnaturel, j’imaginais plus de gore. Finalement, cette première enquête reste assez rationnelle et fréquente les cercles de l’alchimie, mais elle est bien plus terre-à-terre que les romans de Sire Cédric, par exemple. Une fausse idée ancrée qui a provoqué des attentes déçues, je saurai pour mes prochaines lectures puisque j’ai la suite en poche. (dans les deux sens, jeu de mots, hin hin)
Quant aux côtés gore, malgré le titre, Casanova et la Femme sans Visage devrait être à la portée de tout le monde à moins de posséder vraiment une âme sensible : Barde-Cabuçon n’en fait pas trop et évite de s’adonner dans le violent le plus vulgaire.
Le livre n’empêche pas de dormir : on s’intéresse bien aux crimes et non pas au sang que les victimes laissent.

Casanova et la Femme sans Visage est sans conteste un roman policier donc, et un bon : l’enquête piétine pour avancer avec tous ses nœuds d’énigmes tant elle est fournie. Plus que des meurtres, il y a des complots, des espions, des secrets à dévoiler, des suspects… On fait marcher nos méninges aux côtés de Volnay. Et bien sûr, tous ces ingrédients sont accordés au contexte historique : l’auteur extrait tout le potentiel de 1759 et offre une enquête délicieuse sur un plateau style Louis XV.

Quant au style de la plume, Barde-Cabuçon n’en est pas à son premier roman mais j’ai noté quelques lourdeurs. Pas tant au niveau de la narration, mais il y a de nombreux chapitres et ils sont ouverts par une citation, citation qui est insérée dans le chapitre concerné : qu’elle soit greffée comme ça aux dialogues (surtout que la plupart sont dites par le vrai Casanova et donc transposées chez le Casanova fictif), il y avait une impression forcée et certaines répliques n’étaient pas nécessaires, créant une lourdeur alors que les mentionner au début du chapitre aurait suffi.
Après, n’étant pas fan des hommes à femmes, Casanova ne m’a pas charmée plus que ça, lui préférant cent fois le Commissaire Volnay : à la fois jeune et vieux dans son tempérament calme mais rongé par des sentiments purement humains dont il ne sait que faire, le commissaire est quelqu’un de très intéressant et on découvre son histoire au fur et à mesure.
Ceci dit, la palme d’or du personnage préféré est définitivement décernée au moine hérétique. Et Dieu sait que j’ai un faible pour les membres du clergé hérétiques.

Un bon policier qui s’installe parfaitement dans le contexte historique choisi et qui trempe dans les sciences occultes, faisant la part pour plaire aux lecteurs attirés par le rationnel ou le surnaturel. Je n’ai pas eu un coup de cœur marquant en raison d’un milieu un peu longuet (par contre, la fin a été lue presque d’une traite), mais je suis contente d’avoir la suite et je la lirai en sachant à quoi m’attendre désormais.

Avec la couverture et pour faire écho au titre, je valide l’idée 57 du Challenge des 170 Idées :

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• J’ai été déçue de ne voir aucune note en bas de page, mais l’attentat mentionné a bel et bien eu lieu : si je n’ai pas eu d’informations dans Casanova et la Femme sans visage, j’ai découvert cet événement (après ma lecture) en lisant une biographie de Voltaire et je partage l’anecdote car je ne pense pas que ce fait soit bien connu. Robert-François Damiens a projeté un attentat contre le roi Louis XV (déjà très impopulaire, le roman de Barde-Cabuçon le fait bien comprendre) le 5 janvier 1757 qui a échoué, bien que le roi fût blessé. Mais ce n’est pas tant l’attentat qui a choqué mais l’exécution de Damiens, car il a été le dernier condamné à mourir par l’écartèlement en France, supplice qui n’avait pas été appliqué depuis plusieurs années. Forcément, les gens ont montré leur désapprobation, notamment Voltaire et d’autres philosophes.
[ci-contre, son portrait lors de son jugement, il fallait lui donner un air très méchant visiblement...]



samedi 21 janvier 2017

Correspondances de Stefan Zweig,

« Avez-vous encore le temps, l’envie de lire des lettres ?
J’espère que oui ! Avec les lettres, c'est un peu comme une courbe dans la vie, d’abord on les aime, on les oublie, et on les perd à cause de la plus grande force du mot imprimé, mais je crois qu’on y retourne toujours. »
Stefan Zweig        
Ce livre réunit la correspondance partagée avec les deux auteurs Arthur Schnitzler et Stefan Zweig, de 1907 à 1931.
Quatrième de couverture par Rivages.
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Je m’intéresse rarement aux correspondances et aux journaux intimes. Non par flemme mais parce qu’il s’agit de documents intimes que l’on doit lire avec soin et je me sens toujours un peu intruse dans ce genre de lecture. Ma motivation à lire cette Correspondance entre les deux auteurs autrichiens Stefan Zweig et Arthur Schnitzler vient du fait que le premier m’émeut par sa vie, et le second m’avait totalement conquise avec Mademoiselle Else et sa vie n’est pas plus enviable.
Que peuvent se dire deux hommes de talent et qui ont eu des parcours difficiles ? L’aîné, Schnitzler, a été accusé d’avoir provoqué le suicide de sa fille en écrivant Mademoiselle Else et meurt peu de temps après en 1931, tandis que Zweig, plus jeune, s’exile de l’Allemagne nazie et se suicide en 1942 avec sa seconde femme, expliquant "qu’il ne veut plus vivre dans ce monde qu’il ne reconnaît plus".

Grosso modo, les lettres se ressemblent et suivent un schéma assez comique d’un point de vue extérieur : Zweig en mode gros fanboy du travail de Schnitzler et Arthur à faire son timide avec des lettres très polies et soutenues.
Sur les dernières, par contre, les hommes laissent un peu le côté littéraire et parlent des années douloureuses en tant que germaniques : la montée du nazisme, la haine dirigée vers les juifs, les poussant à s’exiler (ce que fera Zweig), la guerre pressentie…
C’est dommage que le livre se contente de peu et représente plus une base à approfondir qu’un recueil d’informations. Il vaut mieux lire un peu leur biographie avant de s’intéresser à leurs échanges.


À lire la correspondance que les deux hommes échangèrent pendant plus de trente ans, on se dit que Zweig est vraiment le fils que Freud aurait aimé avoir : il apprécie en lui sa "modestie intérieure", tout en étant séduit par l’écrivain, si proche à bien des égards d’Arthur Schnitzler qu’il considérait comme son "frère jumeau".
À Zweig, Freud confie ce brevet de ressemblance : "Votre type est celui de l’observateur, de celui qui écoute et lutte de manière bienveillante et avec tendresse, afin d’avancer dans la compréhension de l’inquiétante immensité". De son côté, Zweig sera l’un des rares écrivains viennois, le seul peut-être à discerner d’emblée le génie de Freud, à le proclamer et à le situer dans la lignée de Proust , Joyce et Lawrence. "J’appartiens, lui écrit-il, à cette génération d’esprits qui n’est redevable presque à personne autant qu’à vous en matière de connaissance."
Quatrième de couverture par Rivages.
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Bien que j’adore Schnitzler, c’est cette correspondance entre le psychanalyste et l’auteur dit fin-psychologue que j’ai préférée : Freud s’épanche un peu plus et les analyses se complètent. Chez Freud, on sent un intérêt pour la littérature, le docteur était en vérité un lecteur invétéré et a toujours accordé beaucoup d’importance au travail des écrivains. Du côté de Zweig, on comprend aussi un vif intérêt pour cette science naissante qu’est la psychanalyse et demande conseil au Papa de la psychologie.

Les lettres sont plus intimes : Freud, souvent critiqué, parfois même insulté, comptait autant d’ennemis que d’amis et s’épanche beaucoup plus dans son style, un échange non pas seulement entre deux admirateurs réciproques mais aussi entre deux amis. On apprend quelques anecdotes, entre autres que Freud avait pensé que Zweig avait participé aux campagnes contre sa psychologie ou que Zweig s’était lié d’amitié avec la fille de Freud, Anna Freud, qui est une des premières pédopsychiatres.

Une lecture plus sympathique entre deux personnalités marquantes.

             Quelques anecdotes sur ces bouquins,
• Empruntés tous les deux à la bibliothèque, la correspondance échangée entre Zweig et Schnitzler est introuvable contrairement à celle entre Freud et Zweig. Les liens ci-dessous ne proposent que des redirections vers ce second livre.

mardi 10 janvier 2017

Mortimer, de Terry Pratchett,

Mortimer court à travers champs, agitant les bras et criant comme une truie qu’on égorge Et non. Même les oiseaux n’y croient pas.
« Il a du cœur », fait son père adossé contre un muret.
« Dame, c’est le reste qui lui manque », répond l’oncle Hamesh.
Mais à la foire à l’embauche, la Mort le remarque et l’emporte sur son cheval Bigadin. Il faut la comprendre : elle  décidé de faire la vie ; avec un bon commis, elle pourrait partager le travail quotidien, ce qui lui laisserait des loisirs.
Un grand destin attend donc Mortimer. Mais… est-ce bien raisonnable ?
Quatrième de couverture par Pocket (Fantasy).
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« – Qu’est-ce qui lui est arrivé ? demanda l’apprenti.
– LUI SEUL LE SAIT, répondit la Mort. VIENS.
– Ma mémé dit que mourir, c’est comme s’endormir, ajouta le jeune homme, un soupçon d’espoir dans la voix.
– COMMENT VEUX-TU QUE JE SACHE ? JE NE CONNAIS NI L’UN NI L’AUTRE. »
P. 65


Certainement un des tomes les plus aimés de la saga des Annales du Disque-monde, Mortimer semble être un indétrônable classique du regretté Terry Pratchett. Ce n’est d’ailleurs pas anodin, ce tome est souvent jugé comme le meilleur car il y figure le personnage préféré d’une majorité de lecteurs : La Mort (en personne, rien que ça).
J’avoue qu’à la base, si je voulais les lire plus ou moins dans l’ordre, j’ai fait l’impasse sur le troisième tome, La Huitième Fille, pour me plonger dans ce succès de la Fantasy humoristique. Et comme beaucoup de congénères, j’en ressors totalement conquise !

Beaucoup moins loufoque que les aventures de Rincevent et Deuxfleurs dans La Huitième Couleur et Le Huitième Sortilège, on ne peut pas dire que Mortimer est un roman sérieux sur la forme : la Mort souhaite prendre des vacances et engage quelqu’un pour la remplacer. La situation est incongrue et ressemble au début d’une bonne blague.
Ceci dit, pour ceux qui se prêtent au jeu et lisent entre les lignes, Mortimer ne ressemblera pas à un livre humoristique. Plein de philosophie et de réflexions, ce quatrième tome traite d’un sujet difficile tout en sachant rester léger, avec un défi relevé avec brio : rendre la Mort sympathique.

La Mort et la passion des chats.

Ce ne serait pas un roman de Fantasy digne de ce nom sans un peu d’action et de magie : Terry Pratchett ne sert pas uniquement un concentré de pensées sur la mort bien que certains passages poussent vers des divagations. On voyage dans ce Disque-Monde avec sa logique bien personnelle et aux côtés de l’apprenti Morty, on croise des rois, des princesses, des mages au talent douteux… sans oublier Bigadin, le fidèle destrier de la Faucheuse.
Le lecteur s’en doute : les mortels ne peuvent pas vraiment endosser la tunique mortuaire sans risques et une étrange expérience attend Morty avec des retournements de situation. Certains sont un peu faciles mais j’attendais quand même le dénouement avec impatience, curieuse de la connaître la conclusion.
Aucun secret pour mon investissement émotionnel : si je me suis intéressée à l’histoire, c’est bien parce que je me suis attachée aux personnages. Si je comprends le succès de la Mort, j’ai beaucoup aimé la tranquillité et le côté naïf de Morty, mais aussi des présences d’Ysabell, d’Albert et du curieux Coupefin. On recroise deux ou trois personnages des tomes précédents mais la nouveauté est bien au rendez-vous.

Après des erreurs à réparer et des périples, des sujets qui touchent au deuil, au temps et à la mort, le roman laisse curieusement un sentiment de bien-être : je suis vraiment sortie de cette lecture avec un grand sourire aux lèvres, relaxée et j’espère bien pouvoir recroiser Morty et sa compagnie dans les autres romans du Disque-Monde.
Une très belle lecture qui fait sourire, qui intéresse avec son aventure et rend la Mort incroyablement sympathique. Désormais, je comprends mieux pourquoi Terry Pratchett, concernant sa santé, disait qu’il n’était pas inquiet concernant sa fin et j’admire cet état d’esprit.

« La Mort eut un grand sourire. « J’APPLAUDIS À TES EFFORTS, dit-il, MAIS ÇA NE SERT À RIEN. ÉCARTE-TOI.
– Non.
– IL FAUT QUE TU COMPRENNES : MÊME L’AMOUR N’EST PAS UNE PROTECTION CONTRE MOI. » »
P. 310

Pour finir sur une note personnelle, j’ai perdu un membre de ma famille en septembre, quelqu’un que j’aimais énormément et Mortimer a ajouté du positif dans ce deuil, je pensais à elle durant ma lecture et j’espère que la Mort l’a accueillie dignement (autrement, avec son caractère, il se serait pris une gueulante sévère).

Et qu’il a accueilli comme il faut cet auteur également, bien sûr.

Avec la couverture, je peux rattacher cette chronique à l’idée 23 du Challenge des 170 Idées :

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Fun fact : j’étais persuadée que j’avais écrit cette chronique, en fait non. D’où le retard. (« fun » est à prendre avec des pincettes, si vous n’avez pas ri, tant pis pour vous, hein)
• Vrai fun fact : sur l’illustration de Simonetti, Ysabell est beaucoup moins ronde comme on peut le voir ci-contre (le personnage au centre, derrière Morty et ses chatons-fantômes dans la poche ♥).