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mardi 16 février 2016

Le Comte de Monte-Cristo, d'Alexandre Dumas,

1815. Louis XVIII rétabli sur le trône se heurte à une opposition dont l’Empereur, relégué à l’île d’Elbe, songe déjà à profiter. Dans Marseille livrée à la discorde civile, le moment est propice aux règlements de comptes. C’est ainsi que le marin Edmond Dantès, à la veille de son mariage, se retrouve, sans savoir pourquoi, arrêté et conduit au château d’If…
Paru en 1844-1846, Le Comte de Monte-Cristo est une des œuvres les plus populaires de la littérature mondiale. L’abbé Faria, l’évasion inouïe, le trésor grâce auquel les bons seront récompensés et les traîtres punis : le destin d’Edmond Dantès possède la simplicité et la force des grands mythes.
Conteur éblouissant, Dumas nous entraîne du cabinet du roi à la Méditerranée des contrebandiers, des îles toscanes aux catacombes de Rome, puis dans les salons parisiens où le mystérieux comte de Monte-Cristo se dispose à accomplir sa vengeance…
Quatrième de couverture par Le Livre de Poche.
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« — Aussi, dit un troisième, dans votre dernière affaire vous avez été superbe, mon cher Villefort. Vous savez, cet homme qui a assassiné son père ; et bien, littéralement, vous l’aviez tué avant que le bourreau y touchât. »
P. 96

Presque deux siècles plus tard, le Comte de Monte-Cristo fait encore parler de lui et de son effroyable vengeance. Moins connu que Les Trois Mousquetaires, la popularité du Comte est pourtant tout aussi grande à voir comment elle a traversé les âges et le monde grâce à son histoire en crescendo : un naïf romantique se fait arracher son destin brillant par quelques individus jaloux ou cachottiers. Oublié à la longue, son existence pourrit dans un donjon en même temps que sa personnalité. Puis, quatorze ans lui permettent d’acquérir richesse, intelligence et charisme pour mieux se venger des responsables.
Il s’agit de mon premier Dumas et je n’ai pas été surprise par tout le faste et le grandiose dont fait part l’auteur. J’ai presque envie de dire que c’est typiquement français ! Surprenant mais pas violent, Le Comte de Monte-Cristo est un roman sur l’ascension d’une victime avec une soif de vengeance qui va faire plus souvent appel à la providence qu’à la lame d’un poignard pour mener son projet à bien. La chute sociale plutôt que la mort.
Si j’ai beaucoup aimé, j’avoue que j’ai préféré dans le même genre Sans Nom de Wilkie Collins, l’histoire de cette femme à la même époque qui se retrouve dépossédée de tout, jusqu’à son nom et qui est animée d’une fièvre vengeresse presque terrifiante : un roman plus sombre, plus poisseux où la mort est moins belle que dans Le Comte de Monte-Cristo.

Le Comte de Monte-Cristo, une illustration signée par Mike Mahle.
Cela dit, si j’ai aimé, c’est que j’ai un faible pour les héros désillusionnés : Edmond Dantès (dantesque ?) suit un schéma qui me rend sensible car tout d’abord naïf, bienheureux, confiant avant de basculer dans une figure plus méfiante, réservée, désabusée, voire vampirique. Son parcours est même intense et bien que le lecteur en est proche au début du roman, il s’en écarte au fil du récit : le lecteur connaît Edmond Dantès mais il ne connaît pas le Comte de Monte-Cristo. Son apprentissage est caché au lecteur d’ailleurs, ce qui le rend irréel... C’est compréhensible et pourtant à la fois dommage : j’avais la sensation d’une petite facilité à garder aussi secret son évolution, comme si Dumas trichait et accordait d’office le titre de survivant fortuné à son héros. Et en contrepartie, tant de réserve fait du Comte de Monte-Cristo un personnage fantastique, semblable aux fées des légendes arthuriennes et tout aussi insaisissable.
Bref, je suis mitigée concernant ce point, moi qui suis attachée aux explications, bien que je le reconnaisse moi-même : un tour de magie expliqué semble moins surprenant… Mais ce mystère est juste très maladroitement entretenu.

D’autres personnages sont bien sûr essentiels et partagent la scène avec le Comte, prêts à éblouir le lecteur. J’ai aimé la mascarade entretenue par Bertuccio et Cavalcanti, qui est d’ailleurs grandiose dans son genre.
Par contre, écartez Valentine et Maximilien Morrel de moi : je les ai trouvés insupportables à cause de leur amour mièvre et sanglotant alors que d’autres couples m’attiraient bien davantage.
Les relations amoureuses ne sont pas les seules à être mises en valeur par bonheur : les tendres conflits entre père et fils sont même plus présents et j’ai aimé chaque lien, peut-être parce que j’ai adoré Noirtier de Villefort plus que tout... D’autant plus que l’intrigue qui se trame chez les Villefort a été passionnante.

Si Le Comte de Monte-Cristo est si long, c’est que la vengeance d’Edmond Dantès est un fil conducteur mais ne représente pas l’unique thème du roman : une foule de personnages sont là pour apporter leur propre histoire, leurs propres motivations et chacun connaît sa conclusion, dans la joie ou le malheur.

Alexandre Dumas a plus de talent de conteur d’aventures que de poète : la plume n’est pas frappante de beauté mais le rythme est bien entretenu malgré la lourdeur matérielle du livre (1705 pages quand même) et j’étais plus fascinée par les retournements de situation que par des tournures de phrase.

Un très bon classique que je suis heureuse de connaître enfin mais que je ne conseille pas à tout le monde : il faut aimer cette littérature et moi-même, sans le soutien de Cocotte et Serge Dewulf sur Littérature Audio, je l’aurais fait traîner plus longtemps.
Sur ce, sur les conseils de Calimera, je m’en vais voir l’adaptation japonaise en anime, Gankutsuou, en me déconnectant le cerveau.

« Ma vengeance  est perdue s’il ignore en mourant que c’est moi qui le tue. »
[Jean Racine]

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Le Comte de Monte-Cristo serait un roman en réalité co-écrit entre Alexandre Dumas et Auguste Maquet.
• Le Comte de Monte-Cristo est très librement inspiré de la vie de Pierre Picaud.
• En tant que roman feuilleton, avant d’être publié en librairie, le Comte de Monte-Cristo est apparu en trois parties dans Le Journal des Débats : la première partie du 28 Août 1844 au 19 Octobre 1844, la seconde partie du 31 Octobre 1844 au 26 Novembre 1844 et la troisième partie du 20 Juin 1845 au 15 Janvier 1846.

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Attention, les liens ne proposent que le premier tome.

lundi 30 novembre 2015

Casse-Noisette, d'E. T. A. Hoffmann,

Le soir de Noël, Marie s’endort, entourée de ses cadeaux. Elle a couché Casse-Noisette, le pantin de bois, dans un lit de poupée. Mais lorsque sonne le douzième coup de minuit, les jouets s’animent ! Casse-Noisette se prépare à affronter le terrible Roi des Rats pour sauver une princesse victime d’une affreuse malédiction. Marie, qui assiste au combat, se retrouve entraînée dans une aventure fantastique et périlleuse...
Un grand classique du conte fantastique qui séduit depuis des générations les lecteurs de tous âges. Un texte féerique et poétique qui a inspiré de nombreux artistes.
Quatrième de couverture par Gallimard.
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« — Hiii… hiii… hisss…, couinait le roi des rats, donne-moi tes pois en sucre, donne-moi ton massepain, ou je croquerai ton Casse-Noisette.
Puis grinçant affreusement des dents, il disparut dans un trou du mur. »
P. 63

À l’occasion du BookClub sur LivrAddict du 16 Décembre prochain ayant pour thème l’Hiver, j’ai décidé de m’inscrire car le livre à l’honneur était Casse-Noisette de l’auteur E. T. A. Hoffmann. J’ai reçu il y a quelques semaines Les Élixirs du Diable que je rêve de lire depuis mon coup de cœur pour Le Moine de Matthew G. Lewis. Certes, entre ces deux histoires, on passe du jour à la nuit, mais étant une figure emblématique de la littérature allemande, j’étais intéressée par ce doux conte de Noël pour découvrir l’auteur autrement.
J’ai donc emprunté la très belle édition Gallimard Jeunesse illustrée par Maurice Sendak que je devrais rendre malheureusement à la bibliothèque…

C’est donc sur les OST des films Harry Potter, un soir, alitée au lit après une extraction de dents de sagesse (cocasse au vu de ma lecture, hein ?) que j’ai commencé Casse-Noisette, un très joli conte que j’aurais aimé lire à haute voix comme si j’avais un enfant à côté de moi comme auditeur.
Le style est loin d’être simple : on reconnaît l’époque et l’édition de Gallimard apporte une traduction très fidèle qui rappellera aux grands enfants les romans de la Comtesse de Ségur. C’est donc avec une écriture très riche et descriptive qu’Hoffmann nous entraîne dans les périples de Marie Stahlbaum aux côtés de Casse-Noisette. Des périples empreints d’une grande féerie où la poussière des vieux contes vient emplir le nez du lecteur : un vilain roi des rats à sept têtes, un preux "chevalier" laid mais plein de courage et de charme, des comptines qui ensorcellent l’atmosphère…
On explore différents mondes très opulents où le manque n’existe visiblement pas, et même, les couleurs et les goûts de Noël y sont bien présents : l’or et l’argent se côtoient, les friandises et les sucreries sont en abondance, les nombreuses lumières ne laissent aucune salle sombre et angoissant… Un vrai conte de saison à lire au chaud !
Quant à la fin… Eh bien, c’est toujours triste de finir un conte magique, mais la conclusion positive laisse planer quelques petits doutes et laisse une douce impression.

J’ai beaucoup aimé ces personnages, ils sont très typiques, certes, mais sont nécessaires à un conte du XIXème : une jeune fille plus noble qu’une princesse, un affreux au grand cœur, un bonhomme excentrique qui détient toutes les clés des secrets… Une galerie qui s’accorde aux livres de nos enfances.
J’ai trouvé très original qu’Hoffmann utilise une figure de rat, laissant l’éternel loup à la trappe (wolves need love too, nan mais), le rongeur est ici le tourmenteur : il gratte, il manifeste sa présence sans qu’on puisse le voir, il s’infiltre jusqu’au lit de la pauvre Marie et a des dents capables de tout ronger. Un ennemi particulièrement efficace donc et les illustrations de Maurice Sendak font honneur à cet antagoniste moustachu.


Si j’avais la plupart du temps d’autres images en tête que les illustrations de Maurice Sendak, c’est une édition très réussie et qui arrive à se démarquer de l’histoire d’Hoffmann : les pinceaux de Sendak interprètent, donnent de nouvelles visions et ne se contentent pas de suivre à la lettre les descriptions du conte. Bien qu’un peu discrètes, les couleurs sont nombreuses, douces et font de l’album un livre qui font écho aux vieux ouvrages grâce à son traditionalisme travaillée.

Un très joli conte assez inconnu dans nos contrés mais qui aura trouvé sa place dans la partie de mon cœur qui est restée enfant. La traduction est très correcte, respectant l’esprit de base et les illustrations de Maurice Sendak valent nettement le coup d’œil !
Sur ce, je m’en vais voir le ballet de Tchaïkovski.


Vu le thème et la couverture, je peux sans aucun doute relier Casse-Noisette à l’idée n°47 du Challenge des 170 Idées, Noël étant un jour férié.

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Maurice Sendak n’est peut-être pas un nom qui vous parle, mais son succès Max et les Maximonstres sera sûrement plus familier ! À la page 82, on aperçoit dans le paysage un des Maximonstres 
• Le pseudo complet de l’auteur est Ernst Theodor Amadeus Hoffmann, Amadeus faisant référence à son admiration pour Mozart, autrement, son vrai nom est Ernst Theodor Wilhem Hoffmann.
• À la page 33, Casse-noisette s’exclame « Un cheval ! Un cheval ! Mon royaume pour un cheval ! » durant une bataille où la défaite arrive à grands pas, une réplique de Richard III de William Shakespeare, un antihéros aussi difforme de Casse-Noisette qui demande la même chose lors d’une bataille perdue. Un parallèle comique.



samedi 12 mai 2012

Orgueil et Préjugés et Zombies, de Jane Austen et Seth Grahame-Smith,

Pour la famille Bennet, qui compte cinq filles à marier, l’arrivée de deux jeunes et riches célibataires dans le voisinage est une aubaine : enfin, des cœurs à prendre, et des bras supplémentaires pour repousser les zombies qui prolifèrent dans la région ! Mais le sombre Mr Darcy saura-t-il vaincre le mépris d’Elizabeth, et son ardeur au combat ? Les innommables auront-ils raison de l’entraînement des demoiselles Bennet ? Les sœurs de Mr Bringley parviendront-elles à le dissuader de déclarer ses sentiments à Jane ? Surtout, le chef-d’œuvre de Jane Austen peut-être survire à une attaque de morts-vivants ?
Quatrième de couverture par Flammarion.
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Je sais que certains vont hurler pour avoir attribuer un 5/5 à Orgueil et Préjugés et Zombies, mais c’est que vous n’avez vraiment pas d’humour alors. Pour apprécier ce roman pleinement, il faut le prendre tel qu’il est : une parodie qui n’est pas mal intentionnée de l’œuvre de Jane Austen et pleine d’humour.

Pour être honnête, j’ai essayé de lire Orgueil et Préjugés avant celui-ci et j’ai totalement décroché, m’ennuyant au possible… Là, Seth Grahame-Smith nous offre une version nouvelle, à la fois hilarante et terrifiante, qui a des faux-airs de Kill Bill. Je pense que les fans de Tarantino trouveront leur bonheur car on retrouve les mêmes ingrédients : des nanas débrouillardes qui en imposent avec leurs techniques d’arts martiaux, des humains à la limite d’être des fontaines à sang, un gore un peu burlesque mais réussi… Bref, étant une grande fan de Tarantino et adorant les films de zombies, j’ai vraiment trouvé mon bonheur dans cette réécriture de Orgueil et Préjugés.

Pour le style, Seth Grahame-Smith a conservé un style qui colle à l’époque, tout en restant fidèle à l’ambiance. Et, même si je n’ai lu que la première moitié de Orgueil et Préjugés, les relations, les caractères et les grandes lignes sont reprises avec respect.


Alors certes, ceux qui veulent retrouver le pur roman de Jane Austen… Il vaut mieux carrément rouvrir le bouquin et ne pas chercher du côté de Orgueil et Préjugés et Zombies. Pour ceux qui veulent un peu de romance entre les zombies, du combat pour impressionner et décrocher les cœurs masculins, je pense que vous pouvez vous lancer, vous adorerez. Même moi qui ne suis pas très romance, j’ai couiné en voyant la magnifique demande en mariage. De l’épique. Du haut niveau.

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Seth Grahame-Smith est également un scénariste de films, c’est d’ailleurs lui qui a écrit le scénario du film Dark Shadows de Tim Burton.
• Seth Grahame-Smith est également l’auteur d’un autre roman du même style que Orgueil et Préjugés et Zombies : Abraham Lincoln: Chasseur de Vampires. Il est le scénariste de l’adaptation qui sortira.