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jeudi 25 janvier 2018

Un cadavre dans la bibliothèque, d'Agatha Christie,

Le colonel Bentry est contrarié : on l’a tiré de son sommeil pour lui faire constater un fait particulièrement vexant : une femme, une inconnue, a été trouvée étranglée dans sa bibliothèque. Heureusement que la demeure des Bentry est voisine de St. Mary Mead, où réside Miss Marple…
Quatrième de couverture par Le Livre de Poche.
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J’ai délaissé un peu Hercule Poirot pour aller à la rencontre de miss Marple… sans être charmée plus que ça. Si je retrouve l’humour de la Reine du Crime, visiblement infatigable et c’est tant mieux, le personnage de la vieille fille enquêtrice manque de saveur dans ce policier au rythme boiteux.

Ce n’est pas la première fois que je remarque ce défaut chez Agatha Christie : la brièveté de ses romans permet une lecture rapide mais elle n’est clairement pas accordée au nombre de personnages présents.  Et c’est dommage car les interactions sont toutes hautes en couleurs : miss Marple avec son amie Mrs Bentry qui est aussi suffoquée qu’excitée d’avoir la scène de crime dans sa bibliothèque, le prétentieux Basil Blake qui représente le jeune dévergondé et n’a pas peur des "poulets"... Mais les acteurs de cette enquête sont bien trop nombreux et le lecteur peut se perdre assez facilement. Et à force de brouiller les pistes, c’est le fil de la lecture qui est embrouillé.
D’autant plus que les clichés les empêchant de se démarquer.
[ci-contre : illustration signée Corona]
Ce qui se démarque par contre, c’est la modernité du récit ! Beaucoup moins guindée qu’une enquête à la Hercule Poirot, venez rencontrer la jeune société anglaise débauchée vue par Agatha Christie et miss Marple ! Soirées bien arrosées, jeunes femmes sexy... J’ai adoré voir une femme "comme il faut" comme miss Marple dans cet univers très spécial, même si j’aurais aimé la voir plus souvent : miss Marple reste très discrète même si cet effacement est logique si on pense qu’une adorable retraitée ne peut bien évidemment pas mener une enquête.
Mais enfin, un contexte qui sort de l’ordinaire. Le tout avec beaucoup d’humour et de légèreté bien sûr, malgré le contexte.

Agatha Christie tape un petit peu plus fort qu’avec Poirot niveau enquête : le côté sensation est bien présent, digne d’un fait divers accrocheur. Seul le motif s’inscrit dans le très classique, faisant perdre du souffle à l’énigme, mais les rebondissements sont présents.

Malheureusement, si j’ai pour objectif de lire tous les Hercule Poirot (même les pastiches récents), il n’en sera pas de même avec les histoires de miss Marple : le personnage est très sympathique mais n’a pas le même cachet que le policier retraité belge, retirant un peu de saveur aux romans. Par chance, la plume vive de la Reine du Crime frappe encore et toujours !

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Ce livre a été lu à l’occasion d’une lecture commune, vous trouverez d’autres critiques ici : l’avis de Grizelda,


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lundi 27 novembre 2017

Le Crime de l'Orient-Express, d'Agatha Christie,

Par le plus grand des hasards, Hercule Poirot se trouve dans la voiture de l’Orient-Express – ce train de luxe qui traverse l’Europe – où un crime féroce a été commis.
Une des plus difficiles et des plus délicates enquêtes commence pour le fameux détective belge. Autour de ce cadavre, trop de suspects, trop d’alibis.
Quatrième de couverture par Le Livre de Poche.
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Cela faisait un moment que j’avais Le Crime de l’Orient-Express dans ma bibliothèque et je préférais lire quelques enquêtes avant d’attaquer la plus célèbre énigme que rencontre Hercule Poirot. Mais avec la prochaine adaptation qui est attendue pour le 13 décembre, j’avais peur d’être spoilée et je l’ai sorti de ma pile à lire pour devancer les révélations du net !
C’est vraiment sans regret car Le Crime de l’Orient-Express m’a réconciliée avec Agatha Christie, car mes dernières lectures de la reine du crime n’avaient pas été vraiment marquantes… Maintenant, je suis motivée à attaquer de plus belle la série d’Hercule Poirot.

Le cadre déjà est plein de charme. Et je n’ai pas peur d’utiliser cet adjectif pour un huis-clos qui se déroule dans un train bloqué par des masses de neige. Certes, Agatha Christie aurait pu se montrer moins avare en descriptions, mais l’ambiance est pourtant bien présente, portée notamment par une galerie de personnages très intéressants.
Un motif qui hante
Le lecteur, également coincé dans ce train, finit par s’approcher davantage des autres passagers, comme lorsque l’on est vraiment piégé dans un train à l’arrêt et que l’on commence à plaisanter entre voyageurs… sauf qu’ici, un meurtre a été commis durant la nuit.
J’adore Hercule Poirot, j’adore son comportement de chat vaniteux, paisible, maniaque mais doux : véritable source de réconfort pour les victimes, ennemi insoupçonné des criminels, c’est un détective qui pimente les enquêtes. De façon surprenante, je l’ai trouvé assez mordant durant cette aventure et peu enclin à prêter son épaule. Plus effacé également, mais pour mieux briller lors de la conclusion.

Je peux me vanter d’ailleurs d’avoir démêlé en partie le mystère du crime de l’Orient-Express ! [spoiler sur la résolution du crime] Comme il s’agit d’une vengeance pour le meurtre d’un bébé issu d’une importante famille, j’ai vite imaginé que le wagon complet était coupable du meurtre de Ratchett, une vengeance collective était une idée qui me tenait à cœur et j’étais ravie que cette situation soit la bonne [/fin du spoiler sur la résolution du crime] : c’est ce qui rend ce mystère si original et qui donne matière à réfléchir.
Alors oui, j’adore Hercule Poirot comme j’adore Sherlock Holmes, mais j’aime surtout quand des enquêtes viennent fracasser les convictions de ces détectives chez qui la logique passe avant les sentiments.


Le Crime de l’Orient-Express est donc une excellente découverte : je suis entièrement conquise et, même si je doute que mon prochain Agatha Christie soit aussi efficace, je suis motivée à piocher à nouveau dans ma bibliothèque et passer de nouveau du temps avec le détective belge. Ceci dit, je conseille aux curieux de lire quelques nouvelles de Poirot avant d’attaquer Le Crime de l’Orient-Express, l’émotion n’en sera que plus vive.
Maintenant, vivement le 13 décembre !


             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Le succès du Crime de l’Orient-Express vient surtout de l’affaire qui a inspiré Agatha Christie : l’affaire du bébé Lindbergh aux États-Unis en 1932, soit deux ans avant la publication du roman de l’Orient-Express, qui a fait le tour du monde et a marqué les esprits. Agatha Christie n’est pas la seule à avoir écrit sa version très librement inspirée de ce drame, et Le Crime de l’Orient-Express s’inscrit dans cette "tendance".

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dimanche 10 septembre 2017

Passion et Repentir, de W. Wilkie Collins,

Sur le front franco-allemand, pendant la guerre de 1870, le hasard réunit deux jeunes Anglaises. Lorsqu’un obus frappe l’une d’elles, l’autre décide aussitôt d’usurper son identité pour rompre avec un passé infamant et vivre enfin une vie meilleure. Mais, très vite, les événements vont prendre un tour inattendu…
On peut faire confiance au génial Collins, rival et ami de Dickens, pour nous concocter une nouvelle fois un suspense diabolique et mettre à vif les nerfs de ses lecteurs. Ce féministe convaincu nous donne ici un de ses plus beaux portraits de femmes : celui de Mercy, pécheresse repentie et amoureuse, confrontée à toutes les bassesses et hypocrisies de la bonne société victorienne, mais qui finit néanmoins par accepter les plus durs sacrifices pour faire triompher le bon droit et la vérité.
Quatrième de couverture par Libretto.
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Avec ce titre digne d’un classique de la collection Harlequin, dur de croire que Passion et Repentir a été écrit par le pionnier du thriller Wilkie Collins, d’autant plus qu’il n’a rien à voir avec le titre en version originale. Mais le choix du traducteur n’est pas totalement injustifié : si Passion et Repentir n’est pas une romance qui pourrait se glisser dans la bibliographie de Nora Roberts, c’est vrai que la douceur et la brièveté de cette histoire surprennent quand on connaît quelques œuvres du juriste Collins.

Effectivement, avec ses études de droit, on sent que Collins ressort quelques cours et notions dans ses romans comme dans Sans Nom. Ici, les lois sont moins décortiquées et c’est la morale qui est mise en avant : Mercy Merrick est une femme noble dans l’âme mais pas dans la condition, son passé souillé (il en fallait peu à l’époque, ceci dit, pour être souillée… Genre, vivre dans un orphelinat ou un foyer) lui rend la vie dure et la jeune femme profite d’un coup du sort pour se hisser dans la société. Est-elle vraiment bien intentionnée ou est-ce seulement par égoïsme que Mercy Merrick prend le nom de Grace Roseberry ?
L’auteur fait surtout de Passion et Repentir un roman socialiste et révèle le caractère des personnes en ignorant leur rang social : les plus démunis, les pauvres des plus basses extractions peuvent briller par leur bonté, leur fierté tandis que les plus riches peuvent être mesquins, vulgaires… Mais si je comprends l’intention de Wilkie Collins en prenant en compte l’époque où ce message pouvait plus chambouler qu’aujourd’hui, l’auteur tombe malheureusement dans un piège que je ne pardonne pas : le manichéisme. Tout est soit tout noir, soit tout blanc au fur et à mesure que la lecture avance et le message perd en valeurs.

Par chance, les personnages sont plutôt agréables, avec une grande préférence pour Lady Janet qui ne manque décidément pas de piquant et ce dès le début :
« – Ma table n’est pas celle du club, fit-elle observer. Redressez la tête. Cessez de contempler votre fourchette – regardez-moi. Je ne permets à personne d’être démoralisé dans ma demeure. Je considère que c’est désobligeant pour moi. Si la vie paisible que nous menons ici ne vous convient pas, dites-le franchement et trouvez-vous autre chose à faire. Je suppose que ce ne sont pas les emplois qui manquent, pour peu que vous y postuliez ? Inutile de sourire. Je ne veux pas voir vos dents, je veux une réponse. »
P. 68

Mais c’est la seule qui possède vraiment un relief psychologique, quant au reste, il faudra surtout se concentrer sur les relations et les rebondissements. C’est ce qui fait la force du roman d’ailleurs : les rebondissements et le suspense. Wilkie Collins joue avec les nerfs de ses lecteurs et on a hâte de voir comment cette histoire va se conclure.

Pressés par l’intensité, les lecteurs risquent de tourner les pages à toute allure malgré quelques moments de mou où on en peut plus. Bien que ce soit un roman du XIXème, il est très facile à lire, Passion et Repentir pourrait même être une pièce de théâtre.


Pas mon Wilkie Collins préféré, loin de là, mais un roman agréable et qui se lit rapidement. Au moins, Passion et Repentir défendait les petites gens à une époque où une condition éclipsait les qualités d’une personne, bien plus qu’aujourd’hui.

Grâce à la couverture, je peux valider l’idée 18 du Challenge des 170 Idées :

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• C’est toutefois dommage que le titre Passion et Repentir ne fasse pas honneur au titre original The New Magdalen, car Magdalen est la version anglicisée de Madeleine, faisant référence à Marie Madeleine qui est évoquée à plusieurs moments. Le titre original renforce l’intention de l’auteur quand le titre français appuie le côté sentimental et la morale.


mercredi 23 août 2017

Coldheart Canyon, de Clive Barker,

Star de cinéma sur le déclin, Todd Pickett décide, afin de s’acheter quelques mois supplémentaires au sommet du box-office, de recourir discrètement à la chirurgie. Le résultat, catastrophique, l’oblige à trouver en urgence une demeure à l’écart du feu des projecteurs. Ce sera Coldheart Canion, l’ancienne résidence de Katya Lupi, gloire de l’âge d’or hollywoodien dont on disait qu’elle y donnait autrefois des soirées de débauche très prisées par le gotha mondain. De découvertes étranges en surprises macabres, Todd s’apercevra – à des dépens – que les rumeurs étaient bien en deçà de la réalité.
Quatrième de couverture par J’ai Lu, Fantastique.
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« « Tu n’as qu’à mettre fin à tes jours », me répondit-il. À l’entendre, c’était si simple. « Tranche-toi la gorge. Dieu comprend.
— Il comprend ?
— Bien sûr. Ce monde, c’est l’Enfer Regarde autour de toi. Que vois-tu ? »
Je lui dis ce que je voyais. Le feu, la fumée, la terre noircie.
« Qu’est-ce que je te disais ? répondit-il. C’est l’Enfer. » »
P. 66

Si j’ai commencé à découvrir Clive Barker avec son roman le plus connu, Hellraiser, il ne s’agit pas du plus populaire. Curieusement, j’avais Coldheart Canyon depuis plus longtemps dans ma PAL mais j’avais repoussé la lecture sur plusieurs années... J’ai finalement dévoré cette petite merveille et si Hellraiser n’était pas assez abouti à mon goût, cette seconde lecture vient renforcer mon idée que Clive Barker est un auteur talentueux.

Quand nous lisons du Clive Barker, quand nous lisons du splatter-punk, c’est que nous sommes à la recherche de frissons, d’horreur qui dépasse l’entendement avec en même temps des thèmes très humains. Et l’auteur parvient à nous entraîner dans un monde totalement inconnu où les délires se multiplient à travers les rêves, les visions et les fantasmes. Quelques points de repère sont toutefois nécessaires et le lecteur suit un fil conducteur qui s’affiche d’emblée : la quête de la plastique parfaite, celle que possèdent les grandes stars hollywoodiennes, celle qui, une fois sur pellicule, est à l’abri du temps et ne peut pas être altérée.
Le sujet de l’âge d’or hollywoodien est omniprésent et ce, jusqu’au style littéraire : métaphores et comparaisons tournent autour de cet univers audiovisuel. L’histoire se déroule sur les pages avec autant de fluidité qu’un film se déroule sur une pellicule.

Les étudiants et passionnés de cinéma se régaleront de reconnaître certains visages…
Les lecteurs croiseront Clara Bow, Rudolph Valentino, Mary Pickford ou encore Douglas Fairbanks, 
mais sous quelle forme ?


Avec un thème aussi intéressant, j’ai vite été emportée. Ce thème très humain se mêle au fur et à mesure à un monde occulte et leur association est d’un charme troublant. Il va falloir, comme quand vous êtes face au surnaturel, accepter ce qui échappe à la logique, ce qui surprend et renverse les lois de la nature. Si vous laissez Clive Barker vous prendre par la main, il y a de grandes chances que vous soyez enchanté !
Des moments ont été particulièrement marquants et sont en même temps chargés de poésie quand ils sont beaux ou au contraire, horribles quand la peur et la violence s’en mêlent ! Je pense à une certaine fuite dans l’océan, la mort très fleurie (littéralement) de quelqu’un… Vous découvrirez de beaux passages écrits avec soin.

Une merveilleuse découverte qui marie très bien l’horreur, l’art, les forces démoniaques et la nature humaine. Autant dire que le résultat est curieux mais efficace ! Si tous les éléments vous séduisent, lisez cette perle !

Grâce à la couverture, je peux valider l’idée numéro 30 du Challenge des 170 Idées (c’est une bien belle chaise d’ailleurs) :

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Clive Barker a perdu son père alors qu’il commençait à écrire Coldheart Canyon : ce roman était au départ plus bref, finalement, après son deuil, l’auteur a repris le projet et s’est rendu compte que cette histoire s’est amplifiée pour devenir un beau pavé bébé.


mardi 15 août 2017

Macbeth, de William Shakespeare,

Le général écossais Macbeth revient du combat où il a vaillamment défendu son seigneur Duncan quand, en pleine lande, trois sorcières apparaissent et lui annoncent qu'il deviendra roi. Lorsque Duncan lui rend visite pour le récompenser de sa bravoure, Macbeth, hanté par la prédiction des sorcières et poussé par sa femme, tue son hôte et s'empare du pouvoir. En proie au remords, le couple sombre peu à peu dans la folie...
Quatrième de couverture par LivrAddict.
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Aux côtés d’Hamlet, Le Songe d’une nuit d’été et Roméo et Juliette, Macbeth est une des pièces les plus connues de William Shakespeare. Malheureusement, elle ne fera pas partie de mes préférées…

Influencée par les représentations modernes et populaires, je me faisais une toute autre idée de Macbeth : quelque chose de plus sanglant, de plus violent, de plus perfide. Mais malgré la présence des trois sorcières et de l’intrigue où tout n’est que tromperie pour dévier vers le meurtre, Macbeth est surtout une pièce où la politique occupe une grande place. Hors, la politique n’est jamais aussi mal expliquée que dans une pièce de théâtre où il faut connaître suffisamment le contexte pour pouvoir se passer d’annotation. Et c’est sans compter le côté "propagande" de la pièce, similaire aux autres œuvres de Shakespeare et qui échappe quelque peu aux lecteurs du XXIème siècle.

The Three Witches from Macbeth (1775), par Daniel Gardner et ses modèles : 
Elizabeth Lamb, vicomtesse de Melbourne, Georgiana, la duchesse du Devonshire et Anne Seymour Damer.

Certains points sont réellement captivants : la présence d’une prophétie, la loyauté des hommes à l’épreuve… Mais une telle histoire prendrait de meilleures ampleurs sous la forme d’un roman. Et je donnerais cher pour une réécriture ! Enfin, on ne touche pas au Grand Shakespeare et ce vœu ne risque pas d’être réalisé, mais je peux toujours me raccrocher aux adaptations car le récit est intéressant. C’est juste navrant que le format théâtre ne lui rende pas hommage. J’étais bien plus captivée par Richard III par exemple, que je conseille.

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Macbeth est la tragédie la plus courte écrite par Shakespeare. Et ça se sent, quelque part !
• Pour sa pièce, Shakespeare s’est appuyé sur les Chroniques de Raphael Holinshed qui retracent l’histoire des Îles Britanniques. Mais le dramaturge en modifie certains aspects, par pression ou par choix, par exemple : Banquo, innocent injustement assassiné, est un ancêtre de la maison Stuart, une maison à laquelle appartient Jacques Stuart, dit aussi Jacques VI roi des Écossais à partir de 1567 ou encore Jacques Ier roi d’Angleterre et d’Irlande à partir de 1603. Renvoyer une mauvaise image de la maison Stuart aurait raccourci Shakespeare d’une bonne tête...


lundi 3 juillet 2017

Le Combat de l'Épouvanteur, de Joseph Delaney,

« Le district de Pendle est infesté de sorcières, me dit l’Épouvanteur. La plupart du temps, elles se chamaillent et se tirent dans les pattes. Mais si elles s’entendent autour d’un projet commun, leur pouvoir en est grandement renforcé. Oui, voilà le pire qui puisse arriver : que les clans ennemis s’unissent. »
Les sorcières de Pendle deviennent de plus en plus malfaisantes. Le plus inquiétant, c’est que les trois clans – les Deane, les Malkin et les Mouldheel – préparent une alliance. Ensemble, ils seraient capables d’invoquer le Diable en personne ! Tom et son maître vont se rendre là-bas pour éviter le pire. Mais, avant, Tom Ward doit passer chez lui pour récupérer les malles que sa mère lui a laissées en héritage. Or, une fois sur place, il découvre que la ferme a été ravagée, la grange brûlée…
Quatrième de couverture par Bayard, Jeunesse.
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Même si les couvertures sont toutes très belles, l’édition française a ce côté "grimoire" auquel je ne résiste pas.

Jusqu’à maintenant, la saga de L’Épouvanteur me laissait soit des impressions très positives, soit des impressions très négatives : Le Combat de l’Épouvanteur arrive finalement à se placer entre ces deux sentiments, faisant une lecture presque mitigée bien qu’il me laisse encore de bons souvenirs !

Je préfère commencer par le premier point négatif bien qu’il y ait un léger risque de spoil : Le Combat de l’Épouvanteur est un tome transitoire, le quatrième volet qui lance vraiment une longue aventure. Beaucoup d’événements étaient devinés et n’ont pas réussi à me surprendre et je me doutais bien de ce qui se passerait à la fin du tome. Joseph Delaney était particulièrement original jusqu’ici, mais cette nouvelle trame ne peut pas se vanter de la même qualité. Ceci dit, si le point de départ reste commun, il peut évoluer en quelque chose de vraiment génial, j’ai bon espoir que cela arrive d’ailleurs, car Le Combat de l’Épouvanteur est quand même un bon tome.

Si j’ai commencé à lire cette saga, c’est pour l’importante place qu’occupe la sorcellerie et à l’instar du premier roman, on nage en pleine magie noire. Les sorcières sont aussi nombreuses qu’à un Sabbat, déchaînées comme lors d’une nouvelle lune et aussi malsaines que des démons. Je les ai toutes adorées. Avec toujours un gros coup de cœur pour Alice qui confirme son importance.
Ce sont surtout les personnages féminins qui me fascinent dans cette saga : malgré les événements précédents des tomes antérieurs, la présence de la mère de Tom est toujours quelque part et dévoile quelques secrets. Pour être franche : la découverte de ce qui se trouve dans les malles a été vraiment un moment fort, et tout ce suspens vaut clairement le détour.
Sans oublier, bien sûr, des moments qui glacent d’effroi grâce à des créatures dignes des légendes les plus sombres...

Donc oui, je trouve que Le Combat de l’Épouvanteur est coincé dans un entre-deux : il conserve cette ambiance typique des autres tomes de la saga, conserve ce charme qui rend hommage à Halloween, mais il traîne car prépare des événements qui se dérouleront pendant plusieurs tomes. Ce tome quatre se fait un peu oublier pour vite passer à la suite et rentrer dans le vif du sujet !

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Les chroniques des tomes précédents :

jeudi 22 juin 2017

L'Homme Invisible, d'H. G. Wells,

C’est un drôle de client qui s’est installé à l’auberge de Mme Hall ! Vêtu d’un grand chapeau, de lunettes noires et recouvert de bandages tout autour de la tête, l’inconnu s’est enfermé dans sa chambre avec des dizaines de petites bouteilles remplies de poudre et de liquides divers.
Que prépare-t-il ? Une chose est sûre, les villageois sont loin d’être rassurés !
Quatrième de couverture repris sur LivrAddict.
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Petite, j’étais fascinée par le vieux film de L’Homme Invisible datant de 1933 : cet homme recouvert de bandages, habillé de son propre mystère intrigue. Il attire alors que son caractère abject repousse. Je me souvenais de cette impression, mais seulement vaguement. Et comme le film a totalement déserté ma mémoire, j’en ai donc profité pour redécouvrir cette histoire avec la plume du créateur, celle d’H. G. Wells.

Malheureusement, la première chose que je déplore est justement cette plume : je ne sais pas si elle vient de la traduction (qui n’est pas toujours fameuse dans les œuvres libres de droits que l’on peut trouver gratuitement sur le net), mais j’ai trouvé certains passages brouillons, d’autant plus que les scènes de lutte sont nombreuses, ce qui n’aide pas, et une absence totale de charme… Pas de descriptions d’environs, pas d’atmosphère, pas d’efforts littéraires notables. Des articles de journaux sont écrits avec plus de cœur…

Par contre, L’Homme Invisible s’inscrit parfaitement dans les prémices de la science-fiction. Et puis, quitte à avoir une écriture chirurgicale, autant aller dans le détail qui frôle la science. Je ne m’attendais donc pas à avoir une explication sur le comment devenir invisible, et pourtant, Wells s’y risque, rappelant les découvertes atomiques qui ont marqué son siècle ! Un bel effort d’imagination et, comme le veut le genre, on en vient à se demander durant la lecture si ce phénomène ne serait pas effectivement possible ?


Le film a fait de ce scientifique une des icônes « monstrueuses » d’Hollywood au début du XXème siècle, mais L’Homme Invisible n’est pas un roman effrayant, j’en attendais malheureusement trop sur sa capacité à faire frissonner. Cette nouvelle a plutôt tendance à heurter, non à faire frémir : le scientifique agace et offense, mais il aurait pu être encore plus terrifiant (être attaqué par une chose invisible, voilà de quoi perturber).

C’est tout de même une lecture que je tenais à faire avant de revoir le film de 1933 et je ne la regrette pas malgré tout.

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Aujourd’hui, c’est surtout le film de 1933 qui est connu, à l’instar du Dracula de 1931 avec Bela Lugosi ou le Frankenstein de la même année avec Boris Karloff : Griffin rejoint donc les fameux Universal Monsters. Et entre nous, je le trouve bien plus charismatique dans cette adaptation que dans la nouvelle d’origine.









dimanche 21 mai 2017

Funérailles Célestes, de Xinran,

Funérailles célestes est une histoire d’amour et de perte, de loyauté et de fidélité au-delà de la mort. Xinran dresse le portrait exceptionnel d’une femme et d’une terre, le Tibet, toutes les deux à la merci du destin et de la politique.
En 1956, Wen et Kejun sont de jeunes étudiants en médecine, remplis de l’espoir des premières années du communisme en Chine. Par idéal, Kejun s’enrôle dans l’armée comme médecin. Peu après, Wen apprend la mort de son mari au combat sur les plateaux tibétains. Refusant de croire à cette nouvelle, elle part à sa recherche et découvre un paysage auquel rien ne l’a préparée – le silence, l’altitude, le vide sont terrifiants. Perdue dans les montagnes du nord, recueillie par une famille tibétaine, elle apprend à respecter leurs coutumes et leur culture. Après trente années d’errance, son opiniâtreté lui permet de découvrir ce qui est arrivé à son mari... Quand Wen retourne finalement en Chine, elle retrouve un pays profondément changé par la Révolution culturelle et Deng Xiaoping. Mais elle aussi a changé : en Chine, elle avait toujours été poussée par le matérialisme ; au Tibet, elle a découvert la spiritualité.
Quatrième de couverture par les Éditions Philippe Picquier.
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Aperçu sur le blog d’Encres et Calames, Sia a partagé une chronique tellement enthousiaste que j’avais noté ce titre. À la base, bien qu’intéressée par l’Asie et son histoire, je n’aurais pourtant jamais remarqué ce roman, donc merci à Sia car je serais passée à côté d’un bien beau récit.

Plus qu’une opposition entre le Tibet et la Chine, Funérailles Célestes est un voyage dans l’inconnu poussé par l’amour : Wen n’est pas émouvante en soi mais par sa vie où, quelques mois tout juste après son mariage, son mari Kejun est envoyé loin d’elle au Tibet. C’est son aventure qui touche le cœur, sa détermination et son courage. Et le roman suit un double chemin : l’histoire d’amour à laquelle Wen refuse de renoncer et la découverte d’une autre culture pourtant voisine. L’équilibre entre ces deux fils est maintenu tout le long du roman.

C’est un très bon récit pour découvrir le Tibet sans tomber dans le roman "carte postale" : les paysages sont décrits avec justesse, sans verser dans une poésie qui maquille la réalité, et surtout, la culture est mise en avant. On se retrouve entre les tibétains comme notre nez se retrouve entre les pages, humant l’air rare en oxygène. On imagine sans peine ces montagnes immenses qui agrandissent davantage le ciel et donnent le vertige, vertige décuplé par la quête de Wen qui n’aura de réponse qu’à la fin de Funérailles Célestes : retrouvera-t-elle son amour ?
Les personnages sont un peu transparents, comme floutés dans ce décor immense, perdus dans cette nature. Certains passages font brouillon : il ne s’agit pas d’une lecture précise, elle reflète au contraire la peinture asiatique avec des lignes qui laissent imaginer, des esquisses épurées. Un rendu curieux mais finalement très agréable.

Un roman fort qui transporte aussi bien géographiquement que spirituellement et où je ne peux en dire davantage : ce serait briser le charme du roman de Xinran. Mais si vous voulez être ému, accordez un peu de votre temps à ce livre de 200 pages à peine, il vaut le coup.


             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Le titre fait référence à une pratique funéraire qui existe au Tibet. Ce n’est pas un vrai spoil, mais la découverte est essentielle : je ne détaillerai donc pas ici, je vous redirige donc vers Wikipédia si vous êtes trop curieux. Attention, les images peuvent heurter.
• Le roman s’achève sur une anecdote curieuse : Funérailles Célestes serait le véritable témoignage d’une chinoise qui a longtemps vécu au Tibet et qui a confié son histoire à Xinran qui n’a plus eu de nouvelles depuis. Ce roman est une bouteille à la mer pour retrouver cette femme très curieuse.
• Xinran est le pseudonyme d’une femme de lettres chinoise mais qui écrit en anglais, possède la nationalité britannique et habite à Londres : d’où la double-nationalité de cette chronique.

vendredi 31 mars 2017

La Mouche, suivi de Temps Mort, de George Langelaan,

« À la mémoire des futures victimes de la relativité. » Pour le lecteur du recueil, la dédicace de « Temps mort » résonne comme une menace et les mésaventures d’Yvon Darnier comme un avertissement. Victime d’une expérience scientifique mal maîtrisée, ce dernier est projeté dans un monde où le temps paraît suspendu et la vie arrêtée. Le sort de Robert Browning dans « La Mouche » n’est pas moins tragique quand, à l’issue de sa tentative de téléportation ratée, il découvre avec effroi qu’il n’a plus tout à fait apparence humaine.
Voici deux histoires terrifiantes, deux chefs-d’œuvre du genre dans lesquels la science nous ouvre les portes d’une réalité étrange et saisissante.
Quatrième de couverture par GF Flammarion.
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Peu de gens connaissent George Langelaan, pourtant, il est l’auteur d’une nouvelle qui a donné le chef d’œuvre de David Cronenberg La Mouche (pitié, connaissez au moins cette perle du cinéma d’horreur-science-fiction, c’est un de mes films favoris).
J’adore la littérature horrifique, dans le fantastique, la peur cohabite avec la fascination pour ce qui est surnaturel et ces créatures qui déguisent beaucoup de peurs humaines et bien réelles finalement. La science-fiction (ou de son nom savant et contradictoire : le réalisme fantastique), rien n’est déguisé en revanche : c’est cash, même. La peur est plus percutante et il y a toujours cette supposition derrière "avec la science qui avance aujourd’hui, ça pourrait presque arriver". Et justement, ces deux nouvelles sont des cris contre les mauvais usages de la science. 
Et elles font mouche (admirez mon humour, allez, elle est gratuite).
D’ailleurs, George Langelaan dédie la premier nouvelle, La Mouche, à Jean Rostand : GF Flammarion laisse une note complète : « [Jean Rostand] fut un fervent défenseur de la vulgarisation scientifique et mit en garde ses contemporains contre les possibles dangers de la science laissée aux mains d’apprentis sorciers. » P. 33
La couleur est annoncée.

Cette première nouvelle, toutefois, est plus émouvante que réellement effrayante : le fait de connaître l’histoire dans ses grandes lignes a supplanté les effets de surprise… Mais tout de même ! La version de Cronenberg est très différente de cette de George Langelaan et connaître le film n’empêche pas la lecture. Beaucoup d’éléments changent et certains rebondissements viennent frapper.
George Langelaan s’essaie à l’enquête policière de plus, bien que forcément, avec un sujet de science-fiction, la résolution de l’énigme ne sera pas évidente, même si des doutes persistent. Maintenant, est-ce que ce mystère est terrifiant ? Est-ce que la réponse s’avère plus terrifiante encore ? Pas vraiment : j’ai surtout été émue par l’histoire de Robert Browning et de sa femme (qui est bien brave, au passage). C’est même dommage que La Mouche ne soit qu’une nouvelle : il y a une vraie matière à étendre en roman en jouant sur les relations (le narrateur est le frère de Robert Browning et tout porte à croire au début que sa belle-sœur a tué son frère).
Un très bon récit, mais qu’il faut compléter avec La Mouche de Cronenberg : bien plus effroyable et glauque, la dimension "corps malade en évolution" est mis plus en avant (et est plus intéressant).
Je ferme toujours les yeux quand Brundle-Mouche se nourrit, surtout avec cette méthode de consommation.

L’évolution de Brundle, très différente de celle de Robert Browning.
Je préfère Brundle ceci dit, le côté "scientifique timide" est l’origine du geek 
et Jeff Goldblum possède un certain charme.

Pour être honnête, j’ai préféré en fait Temps Mort, la seconde nouvelle : plus longue, elle joue vraiment avec les nerfs du lecteur et George Langelaan nous laisse dans un mystère total, au même titre que son protagoniste Yvon Darnier.
Suite à une expérience du docteur Pierre Martinaud, le militaire Yvon Darnier se réveille dans le laboratoire. Tout semble normal mais les personnes autour sont figées : les corps sont chauds mais aucune respiration, aucun battement de cœur, aucun mouvement… Et ce n’est pas seulement dans le laboratoire, même dans Paris : les horloges sont stoppées, les animaux sont immobiles également, jusqu’au soleil qui a arrêté sa course. Yvon Darnier est seul et il doit comprendre ce qu’il se passe.

« […], tel un nouveau Robinson Crusoé égaré dans le cœur de Paris, capable de voir et de toucher des millions de gens et pourtant complètement seul au monde, sans même un perroquet ou une chèvre, peut-être même sans un seul microbe pour m’aider à tomber malade et à mourir. »
P. 105

Le lecteur nage en plein brouillard et même s’il suit le protagoniste, le sentiment de solitude est contagieux.
J’avoue, cette nouvelle est glaçante et j’étais assez scotchée : tant à cause de l’ambiance que de la conclusion. Ce qui ne retire rien à l’émotion que j’ai ressenti à la fin de ma lecture. En plus, le mystère est maintenu jusqu’au bout et c’est d’autant plus savoureux car il est très ingénieux. 
Une excellente histoire.

C’est même dommage que les autres œuvres de George Langelaan soient si difficiles à trouver car ce recueil presque un coup de cœur et je serais ravie de relire sa plume.
J’ai eu du mal à dormir après tant le malaise était fort durant la lecture, mais pari réussi : j’ai lu de la science-fiction. De la science-fiction terrifiante.
Et par chance, depuis, j’ai dormi.

Grâce à la couverture, je peux valider l’idée n°132 du Challenge des 170 Idées (si, si, regardez bien : la bouteille de spray est à droite) :

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Espion anglais (bien que né en France) mais également journaliste et bien sûr auteur, George Langelaan était bilingue et a écrit la majorité de sa bibliographie en français. La Mouche avait été écrit en français mais aussi en anglais et a été publié la première fois dans la revue Playboy en 1957 sous le titre de The Fly.