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lundi 26 mars 2018

Laëtitia, d'Ivan Jablonka,

Laëtitia Perrais avait 18 ans et la vie devant elle. Dans la nuit du 18 au 19 janvier 2011, elle a été enlevée. Puis tuée. Par la vague d’émotion sans précédent qu’il a soulevée, ce fait divers est devenu une affaire d’État. À travers cette enquête de vie, Ivan Jablonka rend Laëtitia à elle-même. À sa liberté et à sa dignité.
Quatrième de couverture par Points.
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Tout le monde a entendu parler de Laëtitia Perrais et de Tony Meilhon. Tout le monde a entendu parler de la grève des magistrats, leur colère provoquée par les mesures que l’ancien président Nicolas Sarkozy voulait appliquer. Et tout le monde a entendu parler du livre de Jablonka, Laëtitia ou la fin des hommes, prix Médicis.
Je ne suis pas influencée par les prix reçus et donc je n’attendais pas forcément un chef d’œuvre, me méfiant même des critiques qui encensent trop. Mais ce livre m’a franchement mise mal à l’aise. Non pas avec son sujet, j’ai lu La Mésange et l’Ogresse, La femme qui donnait à manger aux chiens, Fils de Sam, L’AdversaireCe qui me gêne terriblement, c’est la démarche de l’auteur que j’ai trouvé suspecte, presque malhonnête.

Dans l’écriture surtout : Jablonka manque beaucoup de pudeur dans son ouvrage, détaillant sans que ce soit nécessaire. L’horreur a-t-elle besoin d’être décrite quand elle a déjà été étalée sur tous les journaux et écrans télévisés ? Les calvaires ont-ils besoin d’être répétés ? Peut-on rendre dignité et humanité à Laëtitia Perrais en en faisant une martyre avec ses détails ? Je ne pense pas.
L’ennui, c’est que l’écriture est saturée d’effets de sensation, aussi bien sur le plan de l’horreur que du plan sentimental. Ces effets pourraient marcher s’ils n’étaient pas aussi nombreux et hors de propos pour un tel sujet. Rendre hommage en produisant un livre à sensation ? Pareil, je ne partage pas la démarche.
De même : le drame que Laëtitia a vécu parle de lui-même, une personne qui reste de marbre est une personne avec de graves problèmes d’empathie. Jablonka n’a pas besoin de nous rappeler qu’elle a vécu l’horreur avec de nombreuses métaphores et répétitions, de nous rappeler qu’il faut pleurer pour elle. À titre d’exemple, j’ai admiré la pudeur d’Harold Cobert dans La Mésange et l’Ogresse : les scènes de « chasse » de Michel Fourtniret s’arrêtent au moment où la victime entre dans son véhicule. Décrire plus loin est superflu et l’imagination seule entraîne la frayeur.

Après, si on oublie qu’il s’agit d’un fait divers authentique et récent, la lecture est plutôt plaisante, rythmée. Il y a une réflexion très intéressante sur la création d’un fait divers, comment les gens s’arrachent une histoire sordide, l’utilisent à leurs fins. Mais peut-on oublier qu’une jeune femme a perdu la vie dans cette affaire ? D’autant que Laëtitia et sa sœur Jessica sont nées la même année que moi, et je ne peux m’empêcher de penser que sans cette journée "merdique" du 18 janvier 2011, Laëtitia aurait fêté également son quart de siècle l’an dernier.

« Un fait divers suppose un coupable. Un fait divers horrible exige un monstre. »
P. 142

J’ai donc eu beaucoup de mal avec ce livre, ne comprenant pas l’intention exacte d’Ivan Jablonka et j’ai préféré la pudeur et la simplicité qu’utilisent d’autres auteurs pour ce genre d’ouvrage. Leur neutralité également car certaines réflexions de Jablonka sont réductrices et à prendre avec nuances, leur place n’était donc peut-être pas dans un récit pour Laëtitia.
Et là, Laëtitia aurait retrouvé son humanité à mes yeux, mais ce roman a produit l’effet inverse..

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Ivan Jablonka a obtenu le prix Médicis en 2016 avec Laëtitia. L’édition Points, assez vendeur, propose des citations de critiques et celle de Grazia mettra de nouveau l’accent sur mon scepticisme : « Un thriller à couper le souffle ». Thriller… On a l’impression de parler du dernier Sire Cédric ou Jo Nesbø.


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vendredi 9 février 2018

L'ours est un écrivain comme les autres, de William Kotzwinkle,

Il était une fois un ours qui voulait devenir un homme… et qui devint un écrivain.
Ayant découvert un manuscrit caché sous un arbre au fin fond de la forêt du Maine, un plantigrade comprend qu’il a sous la patte le sésame susceptible de lui ouvrir les portes du monde humain – et de ses supermarchés débordants de sucreries… Le livre sous le bras, il s’en va à New-York, où les éditeurs vont se battre pour publier l’œuvre de cet écrivain si singulier – certes bourru et imprévisible, mais tellement charismatique ! Devenu la coqueluche du monde des Lettres sous le nom de Dan Flakes, l’ours caracole bientôt en tête de liste des meilleures ventes…
Quatrième de couverture par 10|18.
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Comment dire ? C’était… bizarre. Absurde.
Comme un Picasso, L’ours est un écrivain comme les autres a de bonnes intentions et des idées riches pour un résultat pas très joli. Voire qui tombe un peu à côté dans le cas du roman de William Kotzwinkle.

Que je vous explique le but de cette trame : en présentant un ours dont personne ne soupçonne la véritable identité, en mettant l’accent sur le pouvoir de l’argent et du sexe et en plaçant des dégénérés qui ne lisent jamais sur les trônes du monde littéraire, l’auteur écrit une vive critique de la société littéraire moderne.
Le personnage central est un ours qui est pris pour l’héritier littéraire d’Hemingway : ses crises de joie le poussent à se rouler par terre et à se frotter le dos, ce qui sont interprétées comme des crises d’épilepsie (et un auteur handicapé par un souci de santé, ça émeut), ses réponses grommelées et qui regroupent le peu de vocabulaire qu’un ours peut articuler sont prises pour des éclairs de génie, des réparties hautement philosophiques.
Bref, c’est absurde mais ça fait sourire !

« Elliot sait que je ne l’appelle que lorsque j’ai quelque chose de spécial. Vous voulez un café ?
— Sucre, grogna l’ours, prononçant avec soin le mot le plus important de son maigre vocabulaire.
— Margaret, apportez-nous un café, voulez-vous, avec beaucoup de sucre. Merci. » Boykins sourit à l’ours. « Personne ne vous a jamais dit à quel point vous ressemblez à Hemingway ?
— Qui ?
— Qui, en effet ! Il se peut fort bien que vous soyez celui qui va le reléguer dans l’oubli. »
P. 27

Sauf que les blagues les plus courtes sont les meilleures : quand elles s’étendent sur presque 300 pages et s’amplifient, la plaisanterie perd de sa saveur. Au programme : zoophilie (deux fois), une métamorphose sortie un peu de nulle part et des dialogues absurdes. Tout ça pour ralentir le rythme de lecture avec d’autres scénarios amorcés… et avortés ! Bref, on aurait pu se passer de pas mal de scènes linéaires avant une conclusion qui vient relever un peu le tout.

Alors oui, il y a de l’idée et le livre a eu son petit succès mais franchement, le traitement n’est pas assez abouti. La plume réussit cependant à instaurer une ambiance typiquement bûcheron nord-américain qui donne envie de voir les vastes forêts du Maine, mais ça, c’est parce que ces passages parlent à l’ourse en moi.
Autrement, je suis restée sur ma faim à cause d’un ennui qui est apparu pour la seconde moitié. 

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Récent en France, L’ours est un écrivain comme les autres, The Bear Went Over the Mountain pour le titre original, est en réalité un livre publié depuis vingt ans, en 1996 ! Comme quoi, le sujet est encore actuel et ne change pas.


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lundi 5 février 2018

La Mésange et l'Ogresse, de Harold Cobert,

22 juin 2004. Après un an d’interrogatoires, Monique Fourniret révèle une partie du parcours criminel de son mari, « l’Ogre des Ardennes ». Il sera condamné à perpétuité. Celle que Michel Fourniret surnomme sa Mésange reste un mystère : victime ou complice ? Instrument ou inspiratrice ? Mésange ou ogresse ? En faisant résonner la voix de Monique Fourniret jusqu’aux tréfonds de la folie, la traque de ces deux monstres révèle un diabolique face-à-face avec les enquêteurs.
Quatrième de couverture par Points.
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« Elle parle sans cesse de son émotivité sans pour autant montrer la moindre émotion. Un an que je l’interroge plus d’une fois par semaine des heures durant, comme son mari, et je suis incapable de la saisir ou de dire qui elle est. Elle m’échappe, elle me glisse des mains comme un savon flasque et humide. »
P. 398

Il est difficile de parler d’un livre où le plaisir de divertissement est absent mais l’idée convaincante : on ne pioche pas La Mésange et l’Ogresse dans sa PAL en se disant « tient, j’ai bien envie de me faire plaisir et de lire ça », on le pioche pour comprendre, on le pioche pour affronter l’horreur et réfléchir sur cette affaire.
Je ne peux pas dire que j’ai aimé ce roman comme j’ai aimé Jane Eyre ou Harry Potter, mais j’ai aimé le travail de l’auteur et la lumière qu’il apporte sur cette affaire.

Michel Fourniret, ou Marc Dutroux² dans l’esprit des journalistes, était aussi épaulé par une complice avec une bague au doigt : Monique Fourniret. Une femme insipide, morne voire idiote : tel est son portrait dans La Mésange et l’Ogresse. À l’instar de Michelle Dutroux dans La femme qui donnait à manger aux chiens, le lecteur entend les monologues de l’épouse d’un prédateur sexuel, mais dans le roman de Cobert, les pensées de madame Fourniret sont entrecoupées par des procès-verbaux et les réflexions du policier Jacques Debiesme qui tente d’équilibrer vie privée et vie professionnelle, sans oublier les passages narratifs qui montrent Michel Fourniret en chasse, prédateur frustré mais futé. De façon surprenante, ces moments sont pudiques et ne noient pas le lecteur de détails : mais le peu suffit pour se sentir mal.
Ces différents formats forment alors des mini-chapitres qui défilent très vite, ou qui défileraient très vite si la lecture était facile : la plume est fluide, le sujet est éprouvant. Ce qui est particulièrement éprouvant, ce sont les passages où Monique Fourniret est interrogée : si Jacques Debiesme doit encore prouver son innocence ou sa culpabilité, le lecteur sait que madame Fourniret se rapproche plus de l’ogresse que de la mésange et tous ses interminables « euh… je ne sais plus… », « je ne sais pas, euh… je n’ai pas très bonne mémoire… », « j’ai oublié, euh… ça remonte à si loin… » agacent. Le lecteur n’est pas écarté même si les « je » excluent toute identification, car il est dans la position de Jacques Debiesme : fatigué et énervé par les bredouillements de Monique Fourniret qui n’est pas innocente mais tente de jouer la carte de l’ignorante. Et croyez-moi, des réponses mesurées par de nombreux « euh », il y en a à la pelle !
Cette mise en abîme est donc très efficace et j’applaudis l’auteur pour avoir irrité mes nerfs comme ça ! Je ne sais pas si j’aurais été aussi efficace que les policiers du roman durant les interrogatoires, j’aurais certainement perdu mon sang-froid.


Malheureusement, un autre détail qui m’a irritée et qui n’était peut-être pas dans l’intention de l’auteur : Chris, l’unique policière de l’équipe. Un peu comme Rachel dans Simetierre qui refuse qu’on parle de la mort car elle n’est pas naturelle, Chris refuse jusqu’au bout l’hypothèse que Monique Fourniret ait pris part aux méfaits de son époux sous prétexte qu’elle est une femme et mère de surcroît. Qu’une policière ignore des faits divers comme les « fameux bébés congelés » m’énervait : cette naïveté qui s’accorde mal avec le statut du personnage me fatiguait.
Forcément, j’ai soutenu Ben tout le long du roman.

Ces histoires des policiers à côté composent la partie fictive de La Mésange et l’Ogresse : il y a quelques longueurs et quelques répétitions mais elles permettent une immersion totale dans ce face-à-face qui dure plus d’un an. Un face-à-face qui apporte beaucoup de réponses et avec une fin qui glace, une fin qui tranche le titre : mésange ou ogresse ?


Un roman vraiment efficace : le lecteur ne peut que varier entre colère et chagrin, éprouvé par cette lecture pas facile et qui ne peut pas se dévorer comme un polar où on a hâte de découvrir l’identité du tueur car, dans La Mésange et l’Ogresse, le lecteur n’a pas hâte de découvrir la réponse.
Je ne peux pas dire que j’ai aimé ce livre mais j’admire le talent d’Harold Cobert car l’exercice n’a pas dû être facile et le résultat est présent : si vous êtes prêt aussi à plonger dans une des affaires les plus sordides de notre temps, lisez La Mésange et l’Ogresse.
Et si vous le lisez, je vous souhaite beaucoup de courage.

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Harold Cobert précise bien au début de son roman que les paroles des Fourniret sont purement fictives, à part quelques termes comme MSP (qui veut dire membrane sur pattes) et quelques surnoms. Les lettres, dialogues, etc, sont donc des inventions littéraires.


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mercredi 27 décembre 2017

Fangirl, de Rainbow Rowell,

Cath est fan de Simon Snow.
Okay, le monde entier est fan de Simon Snow...
Mais pour Cath, être une fan résume sa vie – et elle est plutôt douée pour ça. Wren, sa sœur jumelle, et elle se complaisaient dans la découverte de la saga Simon Snow quand elles étaient jeunes. Quelque part, c’est ce qui les a aidé à surmonter la fuite de leur mère.
Lire. Relire. Traîner sur les forums sur Simon Snow, écrire des fanfictions dans l'univers de Simon Snow, se déguiser en personnages pour les avant-premières de films.
La sœur de Cath s’est peu à peu éloignée du fandom, mais Cath ne peut pas s'en passer. Elle n'en éprouve pas l'envie.
Maintenant qu'elles sont à l'université, Wren a annoncé à Cath qu'elle ne voulait pas qu'elles partagent une chambre. Cath est seule, complètement en dehors de sa bulle de confort. Elle partage son quotidien entre une colocataire hargneuse qui sort malgré tout avec un mec charmant et toujours collé à ses bottes, son professeur d'écriture inventée qui pense que les fanfictions annoncent la fin du monde civilisé, et un camarade de classe au physique alléchant qui a la passion des mots...
Mais elle ne peut s'empêcher de s'inquiéter à propos de son père, aimant et fragile, qui n'a jamais vraiment été seul.
Pour Cath, la question est : va-t-elle réussir à s’habituer à cette nouvelle vie ?
Peut-elle le faire sans que Wren lui tienne la main ? Est-elle prête à vivre sa propre vie ? Écrire ses propres histoires ?
Et veut-elle vraiment grandir si c’est synonyme d’abandonner Simon Snow ?
Quatrième de couverture par Castelmore.
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J’ai entendu beaucoup de bien de ce livre, vraiment. Et j’étais très heureuse de le commencer. Mais après une cinquantaine de pages, la magie ne prenait toujours pas et elle n’a jamais pris.
Fangirl me fait penser à une sorte de sitcom basique qui présente un condensé de clichés, une série feel good pour donner le sourire (même si j’ai, de mon côté, multiplié les soupirs agacés). Et je reproche énormément de points à ce roman que je voulais pourtant apprécier…

Cath déjà. Cath est une jeune étudiante quand elle a le comportement d’une collégienne et, si elle doit représenter les communautés d’internet et les geeks, je trouve cette égérie très réductrice. On ignore si elle souffre vraiment de phobie sociale tant le trouble est mal représenté dans Fangirl : l’auteure la dote tantôt d’une timidité maladive, tantôt d’un handicap réel.
Ce trouble pauvrement amené (et qui sert surtout les retournements de situation prévus par l’auteure) l’amène presque à devenir une Mary-Sue (le terme apparaît dans Fangirl, je me permets de le reprendre) : Cath est l’auteure de fanfics de Simon Snow la plus populaire d’internet, elle est canon (puisque sa sœur jumelle l’est), elle se fait remarquer par une enseignante, auteure publiée, à cause d’un talent littéraire qui ne demande qu’à apparaître, elle a des problèmes de santé mentale (paraît-il) mais s’en sort quand Dieu le veut… Même la fin de Fangirl va dans ce sens en occultant beaucoup de parties qui méritaient d’être exploitées et en faisant de ce personnage un modèle.

Car le plus gros souci de Fangirl est là : des thèmes très intéressants, un traitement quasi-inexistant. Déjà l’alcoolisme chez les jeunes, qui est assez vite écarté finalement, sans connaître de conclusion. Les fanfics peuvent-elles être une branche littéraire ? J’avoue que j’ai lu peu de fanfics mais j’en ai écrit une flopée et j’ai toujours vu cet exercice comme étant enrichissant quand il est bien mené. Sauf que Rainbow Rowell adopte un silence agaçant pour cette question : elle ne défend pas les fanfics, n’explique pas la richesse de ces histoires, ne développe pas clairement ce que les fanfics ont apporté à son héroïne.
Et puis sérieusement : Magicath, nom de plume de Cath, est méga populaire mais ne s’implique pas plus dans le monde virtuel ? Je ne me souviens pas qu’internet était si pauvre… Elle rencontre bien une fan à un moment mais aucune suite ne sera donnée…
Et surtout, le thème qui m’a fait grimacer : le départ d’un parent, le sentiment d’abandon. C’est certainement le plus gros échec de ce roman. Cath a un comportement immature qui gomme toute l’émotion que cette trame pourrait susciter, [spoiler et moment coup de gueule] je sais ce que c’est d’être abandonnée par un parent lors d’un événement marquant, pendant l’adolescence, j’ai eu une période de rébellion, mais depuis que je suis rentrée à la fac, j’ai repris contact afin de discuter d’adulte à adulte. Je ne dis pas que mon comportement est exemplaire ou quoi, chacun gère ses problèmes à sa façon, mais j’estime qu’après un certain âge, si on peut demander à nos parents de se mettre à notre place, en tant que jeune adulte, on peut se mettre à leur place également. C’est juste une logique d’échange afin de comprendre l’un et l’autre. Le fait que Cath repousse sa mère comme une gamine qui se ferme comme une huître était agaçant, mais au-delà de ça, elle refuse même d’en parler avec sa sœur jumelle et son père. Qu’elle refuse de parler à sa mère, bon, mais le reste de sa famille ? C’était nécessaire ? [/fin du spoiler et du moment coup de gueule]
Un sujet sensible pour moi et j’ai trouvé que Rainbow Rowell ne faisait pas honneur à un problème aussi riche, notamment à cause d’un personnage casse-couilles au possible.

(j’ai même préféré Reagan malgré son attitude bizarre et ses absences qui arrangent)

Le seul détail qui sauve ce roman, c’est la romance : elle est plus complexe qu’il n’y paraît, elle est tout en pudeur et faite de découvertes… en fait, c’est bien le seul fil peaufiné de Fangirl. Même si, encore une fois, c’est un peu léger.
Levi est, bien sûr, adorable et c’est certainement le personnage le plus sympathique, même si j’ai tiqué à sa réflexion contre un autre gars qui lui sort, grosso modo, que c’est honteux de se branler devant YouPorn. Alors oui, le gars en question est un pervers, mais on est en 2017 et la masturbation est encore un sujet de moquerie ? Levi n’avait pas autre chose en réserve ?

Bref, si certains moments me motivaient à poursuivre ma lecture, j’ai sauté beaucoup de passages (notamment les fanfics quand je me rendais compte qu’elles n’apportaient rien et que, exclus du monde de Simon Snow, on a du mal à saisir toutes les subtilités). Les thèmes sont pourtant parlants, c’est bien pour ça que j’ai commencé Fangirl, mais l’auteure ne propose pas quelque chose de concret et Fangirl est, pour moi, une coquille vide…
Ceci dit, Eleanor & Park m’intéresse énormément et malgré cette déception, je lirai cette histoire.

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Pour les fans, Rainbow Rowell a bel et bien écrit Carry On, afin de plonger dans la romance qui lie Simon et Baz. Les lecteurs de Fangirl n’auront pas l’impression de redondance ceci dit car la trame change et c’est une histoire totalement à part.



Envie de l’acheter ? (format numérique)

mercredi 23 août 2017

Coldheart Canyon, de Clive Barker,

Star de cinéma sur le déclin, Todd Pickett décide, afin de s’acheter quelques mois supplémentaires au sommet du box-office, de recourir discrètement à la chirurgie. Le résultat, catastrophique, l’oblige à trouver en urgence une demeure à l’écart du feu des projecteurs. Ce sera Coldheart Canion, l’ancienne résidence de Katya Lupi, gloire de l’âge d’or hollywoodien dont on disait qu’elle y donnait autrefois des soirées de débauche très prisées par le gotha mondain. De découvertes étranges en surprises macabres, Todd s’apercevra – à des dépens – que les rumeurs étaient bien en deçà de la réalité.
Quatrième de couverture par J’ai Lu, Fantastique.
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« « Tu n’as qu’à mettre fin à tes jours », me répondit-il. À l’entendre, c’était si simple. « Tranche-toi la gorge. Dieu comprend.
— Il comprend ?
— Bien sûr. Ce monde, c’est l’Enfer Regarde autour de toi. Que vois-tu ? »
Je lui dis ce que je voyais. Le feu, la fumée, la terre noircie.
« Qu’est-ce que je te disais ? répondit-il. C’est l’Enfer. » »
P. 66

Si j’ai commencé à découvrir Clive Barker avec son roman le plus connu, Hellraiser, il ne s’agit pas du plus populaire. Curieusement, j’avais Coldheart Canyon depuis plus longtemps dans ma PAL mais j’avais repoussé la lecture sur plusieurs années... J’ai finalement dévoré cette petite merveille et si Hellraiser n’était pas assez abouti à mon goût, cette seconde lecture vient renforcer mon idée que Clive Barker est un auteur talentueux.

Quand nous lisons du Clive Barker, quand nous lisons du splatter-punk, c’est que nous sommes à la recherche de frissons, d’horreur qui dépasse l’entendement avec en même temps des thèmes très humains. Et l’auteur parvient à nous entraîner dans un monde totalement inconnu où les délires se multiplient à travers les rêves, les visions et les fantasmes. Quelques points de repère sont toutefois nécessaires et le lecteur suit un fil conducteur qui s’affiche d’emblée : la quête de la plastique parfaite, celle que possèdent les grandes stars hollywoodiennes, celle qui, une fois sur pellicule, est à l’abri du temps et ne peut pas être altérée.
Le sujet de l’âge d’or hollywoodien est omniprésent et ce, jusqu’au style littéraire : métaphores et comparaisons tournent autour de cet univers audiovisuel. L’histoire se déroule sur les pages avec autant de fluidité qu’un film se déroule sur une pellicule.

Les étudiants et passionnés de cinéma se régaleront de reconnaître certains visages…
Les lecteurs croiseront Clara Bow, Rudolph Valentino, Mary Pickford ou encore Douglas Fairbanks, 
mais sous quelle forme ?


Avec un thème aussi intéressant, j’ai vite été emportée. Ce thème très humain se mêle au fur et à mesure à un monde occulte et leur association est d’un charme troublant. Il va falloir, comme quand vous êtes face au surnaturel, accepter ce qui échappe à la logique, ce qui surprend et renverse les lois de la nature. Si vous laissez Clive Barker vous prendre par la main, il y a de grandes chances que vous soyez enchanté !
Des moments ont été particulièrement marquants et sont en même temps chargés de poésie quand ils sont beaux ou au contraire, horribles quand la peur et la violence s’en mêlent ! Je pense à une certaine fuite dans l’océan, la mort très fleurie (littéralement) de quelqu’un… Vous découvrirez de beaux passages écrits avec soin.

Une merveilleuse découverte qui marie très bien l’horreur, l’art, les forces démoniaques et la nature humaine. Autant dire que le résultat est curieux mais efficace ! Si tous les éléments vous séduisent, lisez cette perle !

Grâce à la couverture, je peux valider l’idée numéro 30 du Challenge des 170 Idées (c’est une bien belle chaise d’ailleurs) :

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Clive Barker a perdu son père alors qu’il commençait à écrire Coldheart Canyon : ce roman était au départ plus bref, finalement, après son deuil, l’auteur a repris le projet et s’est rendu compte que cette histoire s’est amplifiée pour devenir un beau pavé bébé.


lundi 21 août 2017

Journal intime d'un vampire en pyjama, de Mathias Malzieu,

Journal intime tenu durant l'année où M. Malzieu a lutté contre la maladie du sang qui a altéré sa moelle osseuse et la mort personnifiée, Dame Oclès.
Résumé de Babelio.
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Cela fait plus d’un an que j’ai lu ce livre, plus exactement, je l’ai acheté et lu immédiatement sur le chemin du retour en Avril 2016. Sauf que nous sommes en Août 2017 et je n’avais toujours pas écrit de critique pour Journal d’un vampire en pyjama et ce, pour deux raisons : déjà, ce n’est pas un livre classique que l’on peut commenter comme n’importe quelle fiction, ensuite, j’ai un avis mitigé.

Si j’ai aimé la plume de Mathias Malzieu (comme toujours !), admirant les jeux de mots, les métaphores et la poésie des mots choisis, j’ai, ironiquement, pris trop cette histoire à cœur pour vouloir me faire emporter. Bien sûr que l’auteur a besoin de prendre du recul en fuyant une réalité terrifiante avec une imagination d’enfant (comme dans Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi), de mon côté, en tant que lectrice, ce besoin de créer un nouveau monde littéraire alors qu’une maladie menaçait la vie de Mathias Malzieu m’inquiétait : tout le long de ma lecture, je me demandais si l’auteur avait conscience du danger ?
On pourrait partir dans des discussions hautement philosophiques : bien sûr qu’un patient a besoin de fuir la réalité, la technique de l’autruche est courante, un recul avec une pointe artistique n’empêche pas la prise de conscience… Mais c’est malheureusement l’impression que j’ai eu pendant ma lecture, n’arrivant pas à oublier la gravité et ne voulant pas plonger, pour une fois, dans l’imagination de l’auteur.

Forcément, je me doutais que le roman se terminerait bien : Mathias Malzieu est toujours vivant, son besoin de composer ne risquait pas d’être fatal et je me raccrochais à ce point pour me dire que le côté lyrique du roman était finalement nécessaire.
Autre chose sera nécessaire avant de lire Journal d’un vampire en pyjama : lire les autres œuvres de Malzieu, surtout les romans phares comme La Mécanique du Cœur ou Métamorphose en bord de ciel, car certaines références vous échapperont si vous vous lancez dans cette aventure avant les autres.


Enfin bon, je râle, je fais la mère poule ou la fangirl au choix (enfin ça peut être n’importe qui : un proche ou un ami, je l’aurais ligoté pour l’empêcher de travailler) mais j’ai quand même apprécié ma lecture : Mathias Malzieu partage quelques éléments de sa vie et certains moments m’ont émue (la rupture avec Olivia Ruiz, par exemple). Cette autobiographie est très originale, partageant aussi bien un peu de vie privée que d’esprit artistique : le mélange est efficace et charmera les lecteurs.

Un livre donc difficile à commenter car si Mathias Malzieu ne faisait pas la part entre l’homme et l’artiste (mais le devait-il ? Pas forcément), j’ai eu du mal à réconcilier la lectrice qui aime les mots et celle qui se préoccupe de la santé d’un autre. Si je m’en tiens à un commentaire purement littéraire, je peux dire tout de même que la maladie n’a pas réussi à ôter le talent de conteur que possède Mathias Malzieu.
Une belle lecture que les fans du chanteur de Dionysos doivent lire.

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• J’étais surprise avec les dates : j’ai rencontré Mathias Malzieu en mai 2014 alors que l’auteur était encore en traitement. Comme quoi, on ne remarque pas toujours quand une personne est souffrante… même si j’avais vu le gel hydroalcoolique, mais comme j’en utilise souvent aussi, hein ! Un vampire maniaque qui en rencontre un autre, c’est comique.


vendredi 30 juin 2017

Autobiographie d'une Courgette, de Gilles Paris,

« Elle ressemble à une poupée de chiffon toute molle et ses yeux sont grands ouverts. Je pense aux films policiers où des tas de femmes se font tuer et après elles ressemblent à des tas de chiffons toutes molles et je me dis “c’est ça, j’ai tué maman.” »
Ainsi commence l’aventure d’Icare, alias Courgette, un petit garçon de neuf ans. Paradoxalement, la vie s’ouvre à lui après cette tragédie. Placé dans un foyer, il pose avec une naïveté touchante son regard d’enfant sur un monde qu’il découvre et qui ne l’effraie pas. De forts liens d’amitié se créent entre et ses camarades. Et puis, il tombe amoureux de Camille…
Quatrième de couverture par J’ai Lu.
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« On va s’asseoir dans l’herbe au bord de la rivière.
– T’as pas froid ? dit Raymond.
– Non.
Et il enlève son blouson et il m’enveloppe dedans. Des fois les grandes personnes, ça écoute que dalle. »
P. 54

J’ai toujours beaucoup admiré l’écriture de Mathias Malzieu : cette capacité à aborder des sujets adultes avec une plume enfantine fait que chaque histoire du chanteur de Dionysos est un plaisir à double intonation. Mais je me rends compte, après ma lecture d’Autobiographie d’une Courgette, que Gilles Paris possède également ce talent.
Autobiographie d’une Courgette est un de ces curieux mélanges : un sujet difficile avec une narration innocente. La naïveté ne cache pas la tristesse mais l’accompagne, elle lui donne une autre allure. Et finalement, Autobiographie d’une Courgette donne plus envie de sourire que de pleurer.

Ce roman aborde un thème qui me touche : les enfants en foyers. Ceux qui n’ont plus d’amour et sont trop vieux (à 9 ans !) pour être adoptés. J’ai été émue par chaque enfant, aussi bien Courgette, Simon, Béatrice, Alice, Ahmed (j’avoue, j’ai ri énormément à cause des pleurs récurrents du petit Ahmed qui ont un côté comique avec la narration de Courgette), les deux frères qui jouent au jeu du dictionnaire… Et bien sûr, Camille, mais ironiquement, c’est celle que j’ai le moins aimée.
Un sujet assez difficile mais loin de faire pleurer : ce roman est espiègle, donne le sourire, fait du bien. Comme le premier éclat de rire après une période particulièrement difficile. Il y a un humour agréable, bien que le ton « enfant » peut rebuter : il faut s’y habituer, mais une fois le ton adopté, on arrive à apprécier cette narration proche de celle d’un enfant de 9 ans et qui répète « et… et… et… et… et… ».

Il se finit toutefois de façon assez abrupte et je n’ai pas approuvé tous les choix scénaristiques… [spoiler] Que Raymond adopte Courgette et Camille, d’accord, mais en sachant que les deux sont amoureux… Ce n’est qu’une amourette si ça se trouve, mais j’ai trouvé un côté un peu malsain. Ensuite, la facilité avec laquelle le fils de Raymond accepte son nouveau frère et sa nouvelle sœur : certaines familles ont cette chance de pouvoir réunir les membres qui ne partagent pas toujours le même sang, mais d’expérience et celle des autres, c’est une aubaine rare. [/fin du spoiler]
Hormis ça, c’est une lecture très sympathique que je ne regrette pas et je garderai un bon souvenir du petit Icare, pardon ! Courgette et de ses copains qui vont me manquer…
« L’église, c’est la maison au bon Dieu qui y est jamais.
Ça m’étonne pas, vu qu’il fait toujours méga froid dans sa maison. Le bon Dieu, Il est pas idiot, Il est bien au chaud dans les nuages avec le soleil qui Le chauffe au-dessus et Il se protège des gens qui ont toujours un truc à Lui demander.
– Surtout de l’argent, dit Simon. »
P. 89

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• C’est auprès des Pressoirs du Roy, avec sa directrice Jacqueline Vialatte et l’équipe, que Gilles Paris a recueilli des conseils afin d’écrire Autobiographie d’une Courgette.
• Je conseille vivement le film qui adapte ce roman : c’est une petite perle d’animation qui ne dure qu’une heure mais qui fait rêver tout du long.