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mercredi 13 décembre 2017

Fils de Sam, de Michaël Mention,

Été 1977. L’Amérique croit avoir tout subi : assassinat de JFK, émeutes, fiasco au Vietnam, crise économique. Meurtri dans sa chair et saigné dans ses ambitions, le pays est à genoux. New York aussi, soumise à une canicule sans précédent, au blackout et à son bourreau.
Un tueur mystérieux qui rôde la nuit et décime la jeunesse avec son revolver. Un prédateur unique dans la sphère des tueurs en série, défiant les autorités, les médias et le pays tout entier. Cette affaire criminelle a fait l’objet d’un film, Summer of Sam, réalisé par Spike Lee avec Adrien Brody, mais tout n’a pas été exploré...
Pour la première fois en France, un auteur retrace cette stupéfiante enquête, méconnue en Europe, à travers de nouveaux axes d’investigations. Entre document et thriller, Fils de Sam vous fait revivre la croisade du « Tueur au calibre .44 » à la faveur de nombreux documents et photos qui en font bien plus qu’un livre : un ouvrage qui se lit comme un film, en immersion dans la tête de l’un des tueurs les plus complexes. Une plongée au cœur des États-Unis du rock au disco, du L.S.D. à la C.I.A., d’Hollywood au satanisme… portrait d’une nation à travers l’un de ses exclus, devenu icône des serial killers.
Quatrième de couverture par Ring.
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« Yonkers, la ville où les morts pensent encore être vivants. »
P. 20

Si vous osez sortir le dicton "Les chiens sont les meilleurs amis de l’homme", il est probable que David Berkowitz éclate de rire ou vous plante une balle entre les deux yeux, au choix. Surnommé par les médias américains Son of Sam (Fils de Sam), ce tueur avait un mode opératoire curieux : sortir au hasard et tirer sur des jeunes femmes (de préférence) avant de s’enfuir des lieux du crime. Mais ses motivations sont encore plus curieuses : le chien de son voisin lui a ordonné ces meurtres.
Et le tueur au calibre 44 a des choses à raconter.

Plus qu’un roman sur David Berkowitz écrit par Michaël Mention, Fils de Sam est également une autobiographie morcelée, entrecoupée par des explications historiques, sociologiques et criminologiques de Michaël Mention : une nécessité pour améliorer l’immersion dans le New-York des années 70.
Si Michaël Mention est un auteur doué, il a de la concurrence avec David Berkowitz ! (quoique, s’il s’est chargé de la traduction, le duel est faussé)
Le début peut sembler long toutefois : le cadre a besoin d’être dressé (on se demande le rapport avec l’apparition des sectes aux États-Unis et les crimes de Son of Sam) et ressemble aux recherches d’une enquête. Mais une fois qu’on rentre dans le vif du sujet, les auteurs nous entraînent dans un tourbillon de folie et de lucidité.
Un paradoxe que je peux expliquer avec une des nombreuses citations qui m’ont marquée :
« Une employée apparaît, chétive. Enfoncé dans le siège, je la regarde passer entre les rangs avec un balai et un sac poubelle. Il est déjà plein ; elle a fait d’autres salles avant. Les gens sont crades. Sous prétexte qu’ils ont payé, ils se croient tout permis. Je me demande depuis quand c’est comme ça. À partir de quel moment l’humanité a préféré la dégénérescence au progrès. Ce jour précis, où la société a choisi de devenir une usine de croutons grossiers et assistés.
Je ne juge pas, je constate. Je serais mal placé pour juger, car je sais ce que j’ai fait. J’ai tué. »
P. 166

C’est assez perturbant de constater qu’on a déjà eu ce genre de pensées, que l’on partage donc avec un tueur en série. Mais en lisant le récit de Berkowitz, on se souvient d’une chose : les meurtriers, même les plus cruels et les plus sanguinaires, sont également des êtres humains. Ils ne sortent ni de l’Enfer, ni de mondes inconnus : ils sont faits de chair et de sang, de pensées et d’une psychologie.
Mais attention : David Berkowitz ne se cherche pas d’excuse, pas plus que Michaël Mention ne pousse son lecteur à pardonner. Il s’agit de faits rapportés et d’explications proposées : un témoignage du criminel qui change des témoignages des victimes.

Pourtant, malgré moi, j’avoue que j’ai été touchée par le récit de Berkowitz : sa façon de penser, sa vision du monde, ses complexes… Après, de tous les tueurs en série de la seconde moitié du XXème des États-Unis, David Berkowitz fait nounours à côté de Ted Bundy ou Jeffrey Dahmer : être sensible à son histoire n’est pas très difficile finalement.
Beaucoup de tueurs, Ted Bundy inclus, se sont repentis (ou ont fait mine de le faire) de leurs crimes, implorant pardon et pitié. David Berkowitz tient un discours similaire durant l’épilogue, mais plutôt que de réclamer pardon à ses lecteurs, il se réclame son propre pardon et semble souffrir de son passé. Et quelque part, j’espère que c’est un repentis sincère, je veux le croire.

Fils de Sam est un mixte entre monologue intérieur et documentaire efficace : une véritable approche dans la tête d’un tueur en série, une plongée dans des années difficiles, déprimantes qui ont marqué New-York. Un livre qui complète parfaitement des lectures criminologiques et une curiosité non pas malsaine mais parfaitement humaine.
Une lecture vraiment passionnante que j’ai déjà conseillé à beaucoup de gens et je relirais très souvent des citations qui m’ont frappée.
« D’ordinaire, un gars comme moi n’aurait pas fait dix pas sans se faire agresser. Là, les gens étaient trop occupés à piller les vitrines. Téléviseurs, meubles, machines à laver… j’ai vu ce que certains appellent la « société de consommation », je l’ai vue se disputer un manteau et se battre à mort pour un fauteuil. La misère rend con. J’avais beau le savoir, ça m’a surpris. »
P. 264

Grâce au taxi sur la couverture, je peux valider l’idée 61 du Challenge des 170 idées !

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• J’ai rigolé avec plaisir à la page 383 quand Berkowitz écrit : « J’ai été examiné par des centaines de psys, interviewé par autant de flics et de spécialistes. Il y a une trentaine d’années, j’ai même reçu la visite d’un Français. Un mec sympa avec des lunettes, comme leur nouveau président d’ailleurs. À croire que les Français sont tous binoclards. » J’espère que vous avez deviné de qui David Berkowtiz parle ! Non ? Réponse à 1000€ : Stéphane Bourgoin, enfin !
• Elliott Smith avait composé un morceau intitulé Son of Sam : quelque chose de doux mais de perturbant également, j’ai envie de vous faire découvrir le morceau ici.
• Hé, psst, Michaël Mention, je suis toujours sérieuse depuis ma critique de La Voix Secrète : une suite avec les mêmes enquêteurs et j’épouse le livre.

Envie de l’acheter ?

vendredi 31 mars 2017

La Mouche, suivi de Temps Mort, de George Langelaan,

« À la mémoire des futures victimes de la relativité. » Pour le lecteur du recueil, la dédicace de « Temps mort » résonne comme une menace et les mésaventures d’Yvon Darnier comme un avertissement. Victime d’une expérience scientifique mal maîtrisée, ce dernier est projeté dans un monde où le temps paraît suspendu et la vie arrêtée. Le sort de Robert Browning dans « La Mouche » n’est pas moins tragique quand, à l’issue de sa tentative de téléportation ratée, il découvre avec effroi qu’il n’a plus tout à fait apparence humaine.
Voici deux histoires terrifiantes, deux chefs-d’œuvre du genre dans lesquels la science nous ouvre les portes d’une réalité étrange et saisissante.
Quatrième de couverture par GF Flammarion.
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Peu de gens connaissent George Langelaan, pourtant, il est l’auteur d’une nouvelle qui a donné le chef d’œuvre de David Cronenberg La Mouche (pitié, connaissez au moins cette perle du cinéma d’horreur-science-fiction, c’est un de mes films favoris).
J’adore la littérature horrifique, dans le fantastique, la peur cohabite avec la fascination pour ce qui est surnaturel et ces créatures qui déguisent beaucoup de peurs humaines et bien réelles finalement. La science-fiction (ou de son nom savant et contradictoire : le réalisme fantastique), rien n’est déguisé en revanche : c’est cash, même. La peur est plus percutante et il y a toujours cette supposition derrière "avec la science qui avance aujourd’hui, ça pourrait presque arriver". Et justement, ces deux nouvelles sont des cris contre les mauvais usages de la science. 
Et elles font mouche (admirez mon humour, allez, elle est gratuite).
D’ailleurs, George Langelaan dédie la premier nouvelle, La Mouche, à Jean Rostand : GF Flammarion laisse une note complète : « [Jean Rostand] fut un fervent défenseur de la vulgarisation scientifique et mit en garde ses contemporains contre les possibles dangers de la science laissée aux mains d’apprentis sorciers. » P. 33
La couleur est annoncée.

Cette première nouvelle, toutefois, est plus émouvante que réellement effrayante : le fait de connaître l’histoire dans ses grandes lignes a supplanté les effets de surprise… Mais tout de même ! La version de Cronenberg est très différente de cette de George Langelaan et connaître le film n’empêche pas la lecture. Beaucoup d’éléments changent et certains rebondissements viennent frapper.
George Langelaan s’essaie à l’enquête policière de plus, bien que forcément, avec un sujet de science-fiction, la résolution de l’énigme ne sera pas évidente, même si des doutes persistent. Maintenant, est-ce que ce mystère est terrifiant ? Est-ce que la réponse s’avère plus terrifiante encore ? Pas vraiment : j’ai surtout été émue par l’histoire de Robert Browning et de sa femme (qui est bien brave, au passage). C’est même dommage que La Mouche ne soit qu’une nouvelle : il y a une vraie matière à étendre en roman en jouant sur les relations (le narrateur est le frère de Robert Browning et tout porte à croire au début que sa belle-sœur a tué son frère).
Un très bon récit, mais qu’il faut compléter avec La Mouche de Cronenberg : bien plus effroyable et glauque, la dimension "corps malade en évolution" est mis plus en avant (et est plus intéressant).
Je ferme toujours les yeux quand Brundle-Mouche se nourrit, surtout avec cette méthode de consommation.

L’évolution de Brundle, très différente de celle de Robert Browning.
Je préfère Brundle ceci dit, le côté "scientifique timide" est l’origine du geek 
et Jeff Goldblum possède un certain charme.

Pour être honnête, j’ai préféré en fait Temps Mort, la seconde nouvelle : plus longue, elle joue vraiment avec les nerfs du lecteur et George Langelaan nous laisse dans un mystère total, au même titre que son protagoniste Yvon Darnier.
Suite à une expérience du docteur Pierre Martinaud, le militaire Yvon Darnier se réveille dans le laboratoire. Tout semble normal mais les personnes autour sont figées : les corps sont chauds mais aucune respiration, aucun battement de cœur, aucun mouvement… Et ce n’est pas seulement dans le laboratoire, même dans Paris : les horloges sont stoppées, les animaux sont immobiles également, jusqu’au soleil qui a arrêté sa course. Yvon Darnier est seul et il doit comprendre ce qu’il se passe.

« […], tel un nouveau Robinson Crusoé égaré dans le cœur de Paris, capable de voir et de toucher des millions de gens et pourtant complètement seul au monde, sans même un perroquet ou une chèvre, peut-être même sans un seul microbe pour m’aider à tomber malade et à mourir. »
P. 105

Le lecteur nage en plein brouillard et même s’il suit le protagoniste, le sentiment de solitude est contagieux.
J’avoue, cette nouvelle est glaçante et j’étais assez scotchée : tant à cause de l’ambiance que de la conclusion. Ce qui ne retire rien à l’émotion que j’ai ressenti à la fin de ma lecture. En plus, le mystère est maintenu jusqu’au bout et c’est d’autant plus savoureux car il est très ingénieux. 
Une excellente histoire.

C’est même dommage que les autres œuvres de George Langelaan soient si difficiles à trouver car ce recueil presque un coup de cœur et je serais ravie de relire sa plume.
J’ai eu du mal à dormir après tant le malaise était fort durant la lecture, mais pari réussi : j’ai lu de la science-fiction. De la science-fiction terrifiante.
Et par chance, depuis, j’ai dormi.

Grâce à la couverture, je peux valider l’idée n°132 du Challenge des 170 Idées (si, si, regardez bien : la bouteille de spray est à droite) :

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Espion anglais (bien que né en France) mais également journaliste et bien sûr auteur, George Langelaan était bilingue et a écrit la majorité de sa bibliographie en français. La Mouche avait été écrit en français mais aussi en anglais et a été publié la première fois dans la revue Playboy en 1957 sous le titre de The Fly.

jeudi 18 février 2016

Bioshock,

Bioshock sur PC est un jeu de tir à la première personne qui vous entraîne dans les profondeurs de l’océan atlantique pour explorer les ruines d’une gigantesque cité sous-marine ravagée par la folie de ses créateurs. Perdu au cœur de cette utopie transformée en abomination scientifique, il vous faudra lutter à l’aide de plasmides (sortes de modules qui modifient l’ADN pour acquérir de puissants pouvoirs) contre des habitants qui ont depuis longtemps renié leur humanité.
Résumé de JeuxVideo.com.
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« Mon nom est Andrew Ryan. Permettez-moi de vous poser une simple question : ce qu’un homme obtient par le travail à la sueur de son front, cela ne lui revient-il pas de droit ?
"Non" répond l’homme de Washington, "cela appartient aux pauvres. "
"Non" répond l’homme du Vatican, "cela appartient à Dieu."
"Non" dit à son tour l’homme de Moscou, "cela appartient au peuple."
Pour ma part, j’ai choisi d’ignorer ces réponses. J’ai choisi une voie différente. J’ai choisi l'impossible. J’ai choisi... Rapture.
Une cité où les artistes ne craindraient pas les foudres des censeurs. Où les scientifiques ne seraient pas inhibés par une éthique aussi artificielle que vaine. Où les Grands ne seraient plus humiliés par les Petits. Et, à la sueur de votre front, cette cité peut aussi devenir la vôtre. »

J’ai souvent rêvé d’un RPG dans un thème steampunk, d’une aventure en crinoline et corset, de quêtes à travers des rues envahies par la révolution industrielle… En fait, le summum serait une espèce d’Elder Scrolls dans un XIXème siècle tout en cuivre.
Mais plutôt que le steampunk, j’ai finalement réalisé mon souhait avec son cousin : le dieselpunk.
J’avais déjà entendu parler de BioShock mais sans m’y intéresser plus que ça, notamment parce qu’il ne s’agit pas d’un RPG open-world mais d’un shoot ‘em all, genre que j’affectionne beaucoup moins. Et puis finalement, Bioshock Infinite a fait énormément de bruits et j’étais tellement intriguée par les Big Daddy qu’il était temps que je sache si ils étaient gentils ou méchants.

Un exemple de Big Daddy avec une Petite Sœur... sur un joli wallpaper rien que pour vos yeux !
Bah belle connerie de ma part que ce retard, car ce premier opus me laisse une excellente impression et je suis enchantée d’avoir cédé aux soldes de Steam : je me sens faible à chaque fois mais quand ce sont des découvertes pareilles, on ne se sent pas honteux très longtemps.


Je dois avouer toutefois que j’ai eu très peur en commençant ce jeu. Pas peur d’être déçue, pas peur de perdre mon temps : ce jeu me faisait tout simplement peur. Certains copains se sont moqués de moi, alors qu’en fait, je me suis vite aperçu que je n’étais pas la seule à avoir eu ce sentiment au début.
Sans vouloir me défendre, le cadre n’est pas là pour vous relaxer, bien au contraire : une ville nommée Rapture a été construite sous l’océan où les artistes et singuliers de la société sont accueillis pour échapper au communisme, à la société de consommation, etc. Malheureusement, dans ce milieu claustrophobe, l’utopie a vite été détruite par la folie humaine et un parasite qui a tenté d’être domestiqué… Et maintenant, je n’en dis pas plus pour vous laisser le plaisir de la découverte tout de même.
Le joueur est donc coincé à plusieurs kilomètres sous l’eau, obligé de survivre à des attaques de fou furieux armés ou doués de pouvoirs.
Bien que ce soit un shoot ‘em all, Bioshock propose des moments de surprises bien réalisées : des ombres immenses apparaissent, des lamentations de chrosômes qui résonnent et des scènes de tuerie qui sont laissées en plan, scènes d’apocalypse soudaine. Il faudra du temps avant que le joueur reprenne confiance en lui.


Je ne suis pas une grande fan des shoot ‘em all et pourtant, si le gameplay de Bioshock peut lasser, on sent une évolution : bien sûr des armes de plus en plus efficaces, une santé de plus en plus résistante mais aussi un système de gestion intelligent où le joueur doit choisir dans quels points forts il veut investir et quel matériel doit être amélioré en priorité.
Attention tout de même car les ennemis évoluent en même temps que le joueur : Bioshock est donc un jeu avec un avancement fluide et très bien géré. Vous n’aurez pas d’ennemis trop durs au début, ni de menu fretin pour la fin.

Mais ce qui m’a plu malgré un gameplay auquel je ne suis pas habituée, c’est bien sûr l’histoire : on nage en pleine utopie détruite, une guerre froide sous la mer en petit comité loin de la civilisation. Les mystères sont présents et le joueur devra démêler le vrai du faux avant de tomber sur des petits plot-twist très réussis, [spoiler concernant un des méchants] même si j’avais compris qu’Atlas était Fontaine, j’ai reconnu les mêmes voix et soit c’était le même... [/fin du spoiler concernant un des méchants] soit il y avait un problème de budget mais le défaut aurait fait aussi tache qu’un grain de beauté velu sur une peau d’albâtre.
Une once d’enquête s’ajoute : non, Bioshock n’est pas juste un "taper pour gagner".


D’ailleurs, même si les personnages sont vus de loin pour la plupart (ce qui fait qu’on ne peut que rarement vérifier la qualité graphique concernant les visages quand ceux-ci ne hurlent pas ou ne sont pas éclatés en miettes…), on note un certain charisme chez chacun et je n’oublierai pas la docteur Brigid Tenenbaum de sitôt (peut-être à cause de sa doubleuse française, Déborah Perret, que j’adore). Et bien évidemment, ces fameuses Petites Sœurs avec leurs monstrueux Big Daddy, dont le charme a envahi internet, augmentant leur popularité, difficile de résister au charme de ce duo, contre-exemple par excellence pour renverser la philosophie du manichéisme.

D’une difficulté très correcte et avec une longueur de vie respectable, BioShock est surtout marquant pour son histoire très abouti : la désillusion à la fin des années 40 avec pourtant une soif de liberté enragée, une uchronie pleinement exploitée jusqu’à la bande-son efficace et des graphismes artistiques avec une palette de couleurs accrocheuses… Tout pour faire un titre où le joueur peut se jeter sans regret, et au crawl, s’il vous plaît.


            Quelques anecdotes sur ce jeu,
• L’OST musicale, si on écarte les compositions instrumentales, est un assortiment de musiques vintage comme Bei Mir Bist Du Schön, (How Much Is) That Doggie in the Window? et même La Mer à écouter inlassablement !
• Pas de grand rapport avec le jeu, mais le 17 de ce mois (hier, donc), Bragelonne a publié Bioshock : Rapture signé par John Shirley. J’ignore s’il est nécessaire d’avoir joué au premier jeu, mais je vais vérifier ça bientôt car malgré ses 28€, je ne vais pas lui résister longtemps.
• Les screens viennent de ma partie, vous excuserez le changement de format, je ne sais même plus pourquoi j’avais changé la résolution...

mercredi 9 mai 2012

L'Appel du Mort, de John Le Carré,



Face à face après tant d’années, mais chacun dans le camp opposé. Tuer ou se laisser tuer… Dans le monde impitoyable des services secrets, peut-on se souvenir d’une amitié ancienne ?
Quatrième de couverture par Folio.
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Folio, je vous aime beaucoup, vos bouquins sentent bon… Mais vos résumés laissent franchement à désirer parfois, au point que l’on pourrait me demander : mais pourquoi avoir acheter ce livre ? Certains auront un peu de jugeote et de mémoire ("Ah oui, c’est vrai que le Vampire aime bien John Le Carré") mais non, ce n’est pas cette réponse-là la plus juste.
La vraie réponse c’est : "Ah oui, c’est vrai que le Vampire est en admiration totale devant George Smiley". Vous voyez que c’était pas très difficile ?

Alors on s’égare à chaque fois qu’on parle de ce petit bonhomme bedonnant et aux lunettes énormes avec un cerveau en or et vous vous attendez à ce que je parle du livre en lui-même… Sauf que si j’ai acheté ce livre, c’est surtout parce que le premier chapitre s’intitule « Courte Biographie de George Smiley ». Et là vous avez pleinement saisi pourquoi j’ai acheté ce bouquin !

J’aime bien sûr John Le Carré et ce livre nous fait comprendre que même les plus grands ont eu des débuts bien médiocres. Alors certes, j’ai noté ce premier roman de John Le Carré assez sévèrement, surtout s’il s’agissait d’un début mais c’est uniquement pour bien marquer que, à côté de ce qu’il nous a offert dernièrement, L’Appel du Mort n’est que pour les masochistes amoureux comme moi. Car si l’intrigue est intéressante, les indices et les explications sont très maladroites. Au point de perdre le lecteur et de le lasser avec ces mystères trop secrets. John Le Carré avait déjà cette sale habitude de nous lancer des mots de son milieu des Services Secrets en oubliant de nous donner plus de détail pour comprendre le tout.
Pour vous résumer le roman plus proprement que Folio : George Smiley reçoit un appel du Cirque qui l’accuse d’avoir poussé un collègue à se suicider. Beaucoup de détails dans le rapport ne collent pas du tout à ce que Smiley a constaté avec le défunt espion et décide d’éclaircir toute l’affaire avant que tout s’écroule sur lui. Au fur et à mesure, il retrouve d’anciennes connaissances qui ont des rôles douteux dans cette affaire.

On ne retiendra de ce roman que la profondeur des personnages… Ou plutôt des esquisses car ce n’est que dans les romans suivants qu’on aura droit à une psychologie magnifique et travaillée des personnages dignes de Le Carré.

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• La Courte Biographie de George Smiley est intéressante pour ceux qui adorent le personnage. Cependant, John Le Carré a modifié des détails depuis ce premier jet et c’est pour ça que L’Appel du Mort est un peu en décalé par rapport à La trilogie de Karla.

dimanche 22 avril 2012

La Taupe, de John Le Carré,



À Londres, en pleine Guerre Froide, les services de renseignements britanniques craignent d’avoir été infiltrés par un agent double au service des Soviétiques. George Smiley, un agent secret aux sens aiguisés, est chargé de suivre la trace de la taupe et de la débusquer.
Dans les obscurs labyrinthes du monde de l’espionnage international, la tâche s’avère périlleuse.
Quatrième de couverture par Points.

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Je suppose que lorsque l’on vous dit espionnage, vous pensez de suite à James Bond ? Oui ? Bah c’est pour ça que lorsque l’on me parle d’espionnage, je grince un peu des dents. Je n’ai jamais été une grande fan de James Bond et je n’ai jamais compris le succès du personnage. Un peu trop extrême pour moi je suppose. D’un autre côté, même si le nom de John Le Carré me disait quelque chose, je n’avais jamais ouvert un de ses livres…

Alors je vais en faire hurler certains mais oui : j’ai vu le film avant d’avoir lu le livre ! Étant une esclave de Gary Oldman, Colin Firth, Benedict Cumberbatch, Mark Strong et autres acteurs anglais au point d’aller voir n’importe quel film, tant qu’ils sont là (bon, cela dit, j’ai toujours pas pardonné Gary Oldman d’avoir joué dans Le Chaperon Rouge… Il paye aussi des factures mais il me fera pas croire qu’il était fauché à ce point). Et là, quel coup de cœur mes amis, car quel chef d’œuvre ! De la tristesse, de la solitude, du béton armé qui vous écrase le cœur, et le pire, c’est que vous en redemandez. Au final, j’étais intriguée par le bouquin et les interviews que j’ai vu de John Le Carré m’ont fait aimé l’homme en lui-même, franc et sympathique.
Bref, j’achète le roman. Pas avec la belle couverture qu’on voit au début de l’article, celle avec la couverture du film. Ouais, ça serait pas un film que j’aime autant, j’aurai rouspété, mais fermer le livre et tomber nez à nez avec Oldman dans son costume, c’est plaisant en fait.

Mais je m’égare et on va croire que j’ai mis 4/5 juste pour la couverture (non, la couverture n’a remporté qu’un seul point en plus, c’est faux !). James Bond m’a donné vraiment de mauvais aprioris sur le monde de l’espionnage, George Smiley, en revanche, m’a permis de sympathiser avec cet univers. Et ce, pour plusieurs raisons. Déjà, l’ambiance de la Guerre Froide, voir ces soldats de l’ombre se battre pour éviter l’Armageddon nucléaire, c’est poignant. C’est plus réaliste qu’un docteur russe un peu fou et mordu de pouvoir et de chaos, alors forcément, vous ressentez la mêmes craintes que les personnes qui ont vécu ces cauchemars continuels. Et quand on constate leur solitude, c’est pire. Car effectivement : qui dit espion dit détachement de tout, la solitude la plus totale, la vie sociale réduit à néant et une paranoïa accrocheuse. Il y a des passages sur les pensées de Smiley qui m’ont fait particulièrement mal, qui vous donnent envie de tous les enlacer un par un et de leur dire que vous savez tout le boulot extraordinaire qu’ils font pour leur patrie. 
Et je m’emballe encore ! Mais pour revenir plus sérieusement à cette galerie de personnes, la solitude qui leur pèsent, leur intelligence aiguisée et en même temps, leur banalité, leur condition humaine… John Le Carré a un talent indéniable pour créer des personnages magnifiques et incroyablement touchants. Je crois que c’est le point le plus important du roman pour moi : la qualité des personnages.

John Le Carré a également un style très agréable. De là à dire que ça casse des briques, peut-être pas, mais les tournures de phrases sont intelligentes, fluides. Juste, Mr Le Carré oublie que nous n’avons pas tous été espions et il utilise un bon nombre d’expressions qui m’ont laissé comme une illettrée dans un nouveau job. Même si il affirme que les expressions sont pour la plupart inventées (et que les vraies du MI6 sont gardées secrets), ça perturbe toujours un peu.
Forcément, ça contribue à la principale difficulté du roman : comprendre entièrement le scénario. Que ce soit pour le roman ou le film, il faudra certainement tout revoir, depuis le début, notes sous le coude. Donc bref, c’est mon conseil, mettez des marques-pages, notez les noms des personnages, vous en aurez peut-être besoin. C’est de l’intellectuel et un sacré scénario, du puzzle de haut niveau.

En clair, je considère ce premier volume (oui, parce que même Smiley a encore du chemin à faire même à la fin de La Taupe et ce n’est que le début d’une trilogie) comme un fabuleux départ et j’ai hâte de retrouver la plupart des personnages dans le second volet.

Vous voyez de quoi je parle ?

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• John Le Carré, l’auteur, traite d’un sujet qu’il connaît plutôt bien puisque lui-même travaillait au MI6. Bien sûr, vous vous en doutez, un espion qui vend tous les secrets du métier dans des romans, ça passerait mal. Ses œuvres restent de la fiction, mais on voit que le thème est maitrisé.
• Comme dit plus tôt, un film par Tomas Alfredson est sorti en Février sur nos écrans français. Un vrai petit bijou du cinéma si vous voulez mon avis. Mais il y a également une série signée par la BBC avec Alec Guinness en George Smiley. Plus difficile à trouver et qui feront surtout le bonheur des bilingues anglais. Mais qui est tout aussi bien et « plus proche » que le film d’Alfredson. À savoir que l’adaptation d’Alfredson était volontairement écarté et que, comme dit plus haut, il aide à comprendre le roman.
• La trilogie complète s’intitule la Trilogie de Karla, personnage phare de la série. La Taupe est suivie de Comme un Collégien et s’achève sur les Gens de Smiley. Mais à ma connaissance, seul le second tome n’a pas eu droit à son adaptation. C’est d’ailleurs dommage…

vendredi 20 avril 2012

Un Homme au Singulier, de Christopher Isherwood,


Dans ce roman brillant, pénétrant, à la fois drôle et douloureux, Isherwood explore le sujet qui lui tient le plus à cœur. Son personnage principal est un Anglais vieillissant qui vit en Californie, un professeur que séparent de ses élèves l'âge et la nationalité, et du reste de la société son homosexualité assumée, lucide. Cet autoportrait légèrement transposé, sarcastique et amer, peinture sans fard de la condition d'un homosexuel individualiste dans un monde conformiste et grégaire, est aussi une âpre méditation sur la solitude humaine. On retrouve dans ce livre la vivacité, l'humour, mais aussi le goût des ambiguïtés sexuelles et des personnages marginaux propres à l'œuvre d'Isherwood.
Quatrième de Couverture par Fayard
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J'avoue que Christopher Isherwood est un auteur dont je n'avais jamais entendu parler auparavant et que les méditations d'un homme sophistiqué mais dépressif ne sont pas le genre de roman que j'ai l'habitude de lire.
Alors comment je suis tombée dessus ? Parce que j'ai été absolument charmée par le téléfilm Christopher and His Kind qui retrace un événement de la vie de l'auteur (incarné par Matt Smith, d'où mon intérêt pour le film). En flirtant un peu avec la liste de ses œuvres, Un Homme au Singulier fut mon premier choix, car le moins difficile à se procurer. Et à partir de là, je m'installe entre les wagons dans mon train, pour 4 heures de trajet. Je savais où le train m'amènait, mais ce livre que je tenais dans les mains, j'en avais pas la moindre idée.

Bien que j'ai eu un début un peu difficile avec le style de Christopher Isherwood, j'ai réussi à m'y habituer durant ma lecture sans trop de problèmes. 
Il y a parfois des petits détails dans un livre qui nous emballent immédiatement, et dans Un Homme au Singulier, c'est le réalisme qui tout de suite m'a charmé. Cet homme du nom de George, dont nous explorons les pensées les plus intimes, n'a rien d'exceptionnel, il mène une existence dont la banalité est frappante et la vie ne lui fait aucun cadeau. Pourtant, George est cultivé, il est d'une intelligence remarquable et les pensées, qu'il partage sans le savoir, nous fascinent, nous intéressent, car elles nous concernent également. 
Loin d'être moraliste ou imposant, ce roman nous offre plus l'initiative de réfléchir comme George le fait durant le roman. Isherwood ne nous oblige pas d'être d'accord avec son personnage, il nous raconte une histoire qui semble simple aux premières approches mais qui éveille des questions quotidiennes et importantes. J'ai été très émue personnellement en constatant toute la solitude de George et de me sentir en même temps très proche de lui. Le bouquin fait l'effet d'écouter un ami de longue date dont on ignorait tout et qu'à la fin, on se découvre une multitude de points communs, à notre grande surprise. Je ne pense pas être la seule à avoir eu cette impression durant ma lecture. Je n'espère pas tout du moins, ou les précédents lecteurs sont passés à côté de beaucoup de choses fantastiques.
Vous avez sûrement entendu la citation "finir un livre, c'est un peu perdre un ami". Un Homme au Singulier est, pour moi, le roman définitivement raccroché à cette phrase tellement vraie. 

En gros, le roman résume toutes les pensées durant une seule et même journée d'un homme sensible qui voit la beauté dans un monde désolé qui redoute la Troisième Guerre Mondiale. Un homme qui est vu comme un "monstre" dans ces rudes années à cause de son homosexualité affirmée alors que les familles respectables autour ne sont pas plus heureuses ou épanouies. Un professeur terriblement intelligent mais incapable d'offrir toutes ses précieuses connaissances à ses élèves ignorants. Bref, un roman d'une grande tristesse mais subtil et instructif.

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Une excellente adaptation est sortie dans les cinémas français en Février 2010, signée par Tom Ford et mettant en scène l'impressionnant Colin Firth et la talentueuse Julianne Moore. J'ai vu le film après avoir lu le roman et de mon point de vue, Tom Ford a réussi à conserver tout le charme que Christopher Isherwood a placé dans son œuvre. Je dirai même que le film complète le roman : les deux œuvres ne font qu'une, selon moi.