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mardi 13 février 2018

Une bonne âme, d'Audrey Perri,

Londres, 1899.
Florence Jones, jeune mère célibataire, décide de faire adopter sa fille Sélina, faute de pouvoir la garder auprès d'elle. Elle se tourne alors vers Mrs Hewetson, l'une de ces fermières de bébés qui pullulent dans la capitale et qui affirme pouvoir s'occuper de son enfant. Mais Florence ignore encore que cette femme, loin d'être la bonne âme qu'elle prétend être, est déjà impliquée dans la disparition de nombreux enfants...
Quatrième de couverture par Librinova.
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« Je t’ai pris du thé noir, je ne sais pas si tu aimes ? », « j’ai réservé nos vacances, on part à la montagne, j’espère que ça te fait plaisir ? », « je suis passé à la boulangerie, je ne savais plus si tu préférais l’oranais ou le croissant aux amandes, alors je t’ai pris les deux »… Y a ce genre de phrases où on ne peut que me faire plaisir, me décevoir tient vraiment de l’impossible.
Alors quand Librinova m’a envoyé le mail de confirmation pour mon achat d’Une Bonne Âme, j’ai lu « recevez cette histoire dans le Londres victorien inspiré d’un authentique fait-divers et avec des thèmes encore très actuels, on espère que vous passerez une bonne lecture », quand les ingrédients sont réunis, la recette ne peut que fonctionner.
Et Une Bonne Âme n’est même pas retombé comme un soufflet !

Certains se plaindront de la brièveté du roman et ce serait mentir que de dire qu’une trentaine de pages aurait été de trop, mais cette longueur s’accorde au sujet : l’histoire est courte et percutante, sans avoir besoin d’imiter un journaliste, Audrey Perri fait honneur au genre du fait divers en transmettant de vives émotions tout en se débarrassant des notions de bien et de mal.

Belle of the Village (1883) par Alice Mary Havers
« Elle se surprit à penser à sa fille et réalisa qu’elle aurait aimé profiter de cette si belle matinée pour se rendre sur sa tombe. Elle y aurait réchauffé son cœur, aurait déposé son bouquet sur la dalle grise, se serait recueillie sous un soleil clément, lui aurait promis un amour éternel puis se serait glissée sans regrets dans ce qu’elle considérait comme sa dernière chance d’être heureuse. Mais aucun au revoir n’était possible car Adella avait rejoint l’une de ces tombes anonymes auxquelles seuls les plus pauvres doivent se résigner. »
P. 90

La couverture signée
par Elaine Thiebaut
Pas de manichéisme ici : Une Bonne Âme réunit deux femmes, même trois je dirais, des mères confrontées à une société qui ne voit que le rôle sacré sans les difficultés. Ada Williams, Florence Jones et Lizzie Scott sont toutes les trois très différentes, mais toutes m’ont émue : parfaitement inscrites dans l’année 1899, s’accordant aux quartiers pauvres et désemparés, ces trois personnages sont particulièrement marquants. Et cela, grâce à une jolie plume et surtout, humaine : Une Bonne Âme est une réécriture intelligente qui explore tous les esprits, se penche sur tous les passés et toutes les destinées…
J’ai même aimé l’histoire d’amour, c’est dire : elle est pudique, discrète et apporte une touche de douceur dans cette histoire amère.
Un roman très réussi qui tient la moindre de ses promesses : l’histoire touche tout en entraînant son lecteur à la fin du XIXème siècle, abordant pourtant des thèmes actuels et qui parleront à des lecteurs du XXIème.


             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Ada Williams et Florence Jones sont deux femmes qui ont réellement existé, mais je vous invite à mener vos recherches qu’une fois le roman terminé.
• Je ne l’ai pas mentionné dans la critique car ce détail est secondaire dans Une Bonne Âme, mais Audrey Perri est la bloggeuse Cellardoor.

Envie de l’acheter ?

ou sur Librinova

jeudi 18 janvier 2018

Le Portrait du mal, de Graham Masterton,

Ils étaient prêts aux pires atrocités pour conserver l’éternelle jeunesse. Un portrait de douze personnages au visage en décomposition... La toile est l’œuvre d’un certain Waldegrave, ami d’Oscar Wilde et passionné d’occultisme, mais elle est sans valeur et plutôt médiocre. Alors pourquoi la mystérieuse Cordelia Gray veut-elle à tout prix s’en emparer ? Quel est le secret du portrait ? Qui sont ces douze personnages ? Vincent Pearson, l’actuel propriétaire du tableau, découvre un lien entre cette œuvre démoniaque et une série de meurtres particulièrement abominables qui secouent la Nouvelle-Angleterre depuis quelques mois.
Quatrième de couverture par Milady.
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« — Mon grand-père a dit que si nous [gardions ce tableau] en notre possession, il protégerait notre famille. Et si c’est ce que mon grand-père pensait, cela me va parfaitement.
— Mais vous n’y croyez pas vraiment, allons !
— Cessez de me psychanalyser. Vous voulez une prime pour Noël, oui ou non ? »
P. 47

Séduite par Walhalla cet été, j’étais prête à remettre le couvert avec Graham Masterton qui s’affirme comme un des maîtres de l’horreur. Moins convaincue par l’histoire du portrait maudit que par celle de la demeure hantée, j’ai quand même apprécié Le Portrait du mal.

Malgré une couverture macabre et un genre qui séduit les amoureux d’épouvante, Le Portrait du mal est un roman assez soft qui se place entre l’horreur et l’enquête surnaturelle. La part policière est assez importante et contrebalance, ne faisant pas de ce livre une plongée en enfer : l’ambiance glaciale, loin du Noël magique, et les décors luxueux, couverts de peintures victoriennes, n’inspirent pas distinction et classe mais vieilleries d’un autre temps qui aurait dû s’effacer.
Masterton reprend des éléments classiques pour donner tout à fait autre chose. C’est dommage que ces efforts au niveau du cadre effacent l’essentiel : le thème du roman. Dans la même veine que Le Portrait de Dorian Gray, l’auteur joue avec l’opposition entre un portrait qui résistera aux assauts du temps et des excès et le modèle de chair et de sang qui subira le poids des années. La quête de la jeunesse et de la beauté parfaite n’est pas loin, promettant un récit fascinant mais… Le Portait du mal se révèle un peu fade, à côté, par exemple, de Coldheart Canyon de Clive Barker qui traitait du même sujet, Graham Masterton explore moins la dimension humaine, ce qui est dommage.

En plus de cette timidité concernant le thème, le roman finit par devenir brouillon à partir de la moitié : des longueurs cassent le rythme et les points forts sont au contraire trop faibles pour marquer l’esprit. C’est dommage et même si le surnaturel ne demande pas forcément d’explications afin de conserver le mystère et la peur, Masterton est bien trop vague, laissant le lecteur sur sa faim.


Les personnages par contre sont surprenants et intéressants
: un policier qui doit changer ses convictions, une famille qui tente de survivre comme des tigres, un collectionneur tiraillé entre les souhaits de ses ancêtres et l’avenir de sa famille… J’ai beaucoup aimé Cordelia Gray et ses surprenants petits… cadeaux, laissés à ses victimes.
Si vous avez peur des insectes, Le Portrait du mal vous donnera des frissons.

Sans oublier la conclusion qui laisse un agréable goût amer : je me doutais de cette fin et ce n’est donc pas la surprise qui marque, mais l’horreur qui hante jusqu’aux dernières pages, jusqu’aux derniers mots, laissant songeur une fois le livre refermé (ou la liseuse éteinte, dans mon cas).

Un bon roman d’horreur donc, mais pas le meilleur de Masterton et pas le meilleur sur le thème. Le Portrait du mal reste un honneur sympathique à Oscar Wilde mais j’aurais aimé un récit plus développé.

« Vincent ne fut pas certain d’avoir vraiment entendu le cri. Il semblait lui avoir été transmis par les os de son visage. C’était un hurlement hideux, horrifiant, un hurlement de terreur, de souffrance et de désespoir absolu. C’était le hurlement d’un homme broyé par sa propre épouvante. »
P. 242 – 243


             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Si les peintures et les peintres mentionnés existent bel et bien, il va de soit que le portrait peint par Waldegrave et ce peintre-lui-même soient fictifs… quoique…


Envie de l’acheter ? (format numérique)

jeudi 2 mars 2017

Le Mystère de la Chambre Jaune, de Gatson Leroux,

« Eh bien, mon cher Sainclair… vous avez lu ?...
— Le crime du Glandier ?
— Oui ; la « Chambre Jaune » ! Qu’est-ce que vous en pensez ?
— Dame, je pense que c’est le « diable » ou la « Bête du Bon Dieu » qui a commis le crime. » 
Malgré l’ironie, Sainclair n’est pas loin d’exprimer l’opinion générale ! Mlle Stangerson vient d’échapper à la mort, mais son assassin court toujours. Comment s’enfuit-on de la Chambre Jaune ? Par la porte ? fermée à clé ! La fenêtre ? elle est grillagée ! Ni cheminée, ni autre issue… Aussi close qu’un coffre-fort. Un vrai mystère…
Le génial Rouletabille est déterminé à résoudre ce casse-tête. Comment ? Mais par « le bon bout de la raison », pardi ! 
Rondement mené, Le Mystère de la Chambre Jaune est devenu un classique du genre policier.
Quatrième de couverture par J’ai Lu.
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Après Sherlock Holmes, le chevalier Charles Auguste Dupin, Hercule Poirot… je passe maintenant à l’icône Joseph Rouletabille ! Un registre bien différent du Fantôme de l’Opéra, Gaston Leroux présente ici une enquête plus classique, digne des prédécesseurs qui l’ont inspiré.

Bon. Si j’adore Sherlock Holmes, si j’adore Hercule Poirot, Joseph Rouletabille n’a pas (encore) réussi à me séduire. Mais on ne désespère pas : le reporter apparaît dans d’autres enquêtes, je tenterai de lire la suite pour voir si je peux trouver le personnage plus attachant.
Ce n’est pas tant la faute du personnage, dans le fond : Le Mystère de la Chambre Jaune est un roman trop long pour l’enquête proposée. Des pages auraient pu disparaître (contrairement au Fantôme de l’Opéra où il n’y a que peu de longueurs), certains passages auraient pu être raccourcis… Même si les énigmes sont nombreuses, l’enquête est finalement rapide à expliquer, et bien qu’intéressante, c’est une enquête qui aurait pu être racontée plus brièvement.
Ces moments où ça piétine (enfin, ou plutôt le narrateur Sainclair piétine, car Rouletabille a les idées claires) ont ralenti ma lecture.

Pour continuer sur un autre point négatif, c’est qu’il y a vraiment un système de "phrase à trous" : on a quelques mots, quelques passages, faut combler le reste. Beaucoup d’enquêtes fonctionnent de cette façon, mais je trouve que Gaston Leroux amène mal ses indices et les réflexions ne sont pas toujours limpides. Dans Le Mystère de la Chambre Jaune, on peut réfléchir à des hypothèses, mais concrètement, c’est de se laisser porter dans le mystère et laisser Rouletabille gérer.

Après, le roman est bon : on sent que la trame est réfléchie et l’enquête est intéressante, digne du Double Meurtres dans la Rue Morgue de Poe (son personnage Dupin est régulièrement pris en référence dans le roman de Leroux) et il y a une ambiance tout aussi claustrophobe. Sans spoiler, il y a une grande part émouvante derrière ce mystère et si je n’ai pas trouvé Rouletabille très attachant, les victimes emportées dans cette énigme le sont.
De plus, le rythme est maintenu : les derniers chapitres filent à toute allure et complètent totalement l’énigme. Car j’aime les policiers qui parlent du procès, puisque cette conclusion fait partie du dénouement. Anne Perry devrait en prendre de la graine pour ses romans qui se terminent sur le nom du tueur (sans exagéré, ses romans se terminent de cette façon).

En somme, une enquête intelligente avec quelques acteurs touchants mais Le Mystère de la Chambre Jaune est un roman que je juge un peu bancal : on sent que le genre policier est encore en train d’émerger. Mais le défi est relevé et la prouesse reste admirable !


             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Il y a de nombreuses références à Edgar Poe et sa célèbre nouvelle Double assassinat dans la rue Morgue. Et Arthur Conan Doyle n’est pas oublié puisque Sherlock Holmes est également cité.
• Lui-même reporter, Gaston Leroux s’est intéressé à des affaires judiciaires. Loin d’être le petit scribouillard neutre, il a même lutté contre la peine de mort.


jeudi 15 décembre 2016

Sherlock Holmes contre Frankenstein, de David Whitehead,

Sherlock Holmes s’apprête à affronter son adversaire le plus terrifiant dans Sherlock Holmes contre Frankenstein. Ecrit par David Whitehead (17 fois numéro 1 des ventes Kindle Amazon) d’après le scénario de Gautier Cazenave.
Seule la plus ténébreuse des affaires pouvait tirer Sherlock Holmes du confort de Baker Street en cet hiver de 1898 : elle se présenta sous la forme du meurtre d’un fossoyeur, dans d’étranges circonstances. Il n’en fallait pas moins pour que Holmes et Watson se rendent dans le village allemand de Darmstadt, où les attendaient un tueur géant, un savant aux motivations mystérieuses... et la silhouette du château Frankenstein...
Quatrième de couverture par Amazon.
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« — L’argile ! poursuivit Holmes avec toutes les apparences d’un homme qui pense à voix haute.
— Ce n’est pas le moment de parler par énigmes ! s’emporta Watson. »

Bon bah oui, là, comme ça, il ne paye pas de mine, cet ebook vendu sur Amazon. Il coûte autant qu’un café, il n’existe pas en livre papier et en plus, la couverture est kitsch à souhait.
Et bah j’ai aimé ! Même la couverture possède son charme des histoires d’horreur des années 80 (1980, pas 1880 pour le coup).

J’avoue que j’ai commencé ce livre sans aucune attente : je ne connais aucun avis, je ne me suis pas intéressée aux notes, c’était en totale découverte. David Whitehead et Gautier Cazenave (scénariste de base) ne sont pas allés chercher très loin : le titre annonce tout, il s’agit d’un pastiche holmésien qui confronte le célèbre détective au monde du scientifique Victor Frankenstein (la créature n’a jamais porté le nom de son créateur puisqu’elle est née sous X).
Tout d’abord, j’ai cru que le roman de Shelley n’existait pas dans ce lore : il s’avère que si, mais si l’œuvre de Doyle est respectée, les auteurs prennent des libertés concernant Frankenstein.
Mais cela ne retire rien à la qualité.

David Whitehead se montre fidèle à Arthur Conan Doyle sur plusieurs points : ses personnages sont crédibles, on reconnaît Sherlock Holmes et le docteur Watson même dans ce contexte qui tend plutôt vers Shelley et le surnaturel, ce qui n’est pas un petit exercice. Ensuite, au niveau de l’écriture : c’est simple, fluide, on tourne les pages à un rythme régulier comme lors d’une nouvelle du canon.
À un point près : le docteur Watson a un caractère plus trempé et n’étant plus le narrateur, son personnage est davantage représenté. Whitehead délaisse Holmes qui a été suffisamment "humanisé" dans d’autres pastiches et met Watson sur le devant de la scène : sa philosophie, ses deuils (il a perdu deux épouses, quand même), ses charmes… Bref, on a toujours eu envie d’être ami avec Holmes, mais ici, on veut également l’être avec Watson. Un excellent point qui change un peu des pastiches plus classiques et qui a la même initiative que dans Un Certain Dr. Watson.
L’enquête est construite de façon intelligente : des indices sont aisés à comprendre mais des zones sombres sont maintenues jusqu’au bout. Certains éléments étaient découverts mais j’ai eu quelques surprises tout de même. Et puis, l’intérêt de ce livre ne réside pas uniquement dans l’enquête mais l’ambiance : on délaisse les montagnes suisses du roman de Shelley pour se perdre à Darmstadt. Au programme : forêts allemandes, village pittoresque, château lugubre… Un décor qui rappelle celui du Chien des Baskerville et qui met à l’épreuve le côté cartésien de Sherlock Holmes et de Watson.

Le côté "gothique" se poursuit au-delà du cadre et colore les événements : apparitions, affaires sordides, folie scientifique, tragédies… Certains verront un côté grand guignol mais j’ai aimé cette atmosphère qui rappelle légèrement les vieux films d’horreur en noir et blanc ou encore les slashers des années 80. Et les auteurs ne tombent pas dans la facilité pour autant : tout reste logique. (sauf à la fin où un petit détail m’a paru incongru mais enfin, fallait bien un peu d’action)

Un très chouette roman qui a le potentiel de plaire aux fans de Holmes, moins peut-être les fans de Shelley mais les fans de films d’horreur seront sûrement sensibles à ce pastiche.
Si vous avez une liseuse et que vous n’aimez pas le café, sautez sur l’occasion !
             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Ce livre est dédié à Peter Cushing qui a endossé le rôle de Sherlock Holmes dans l’adaptation Le Chien des Baskerville en 1959 et dans une série de 1968 mais également le rôle du Baron Victor Frankenstein dans une série de films de 1957 à 1974, le premier étant Frankenstein s'est échappé. Véritable icône de pop culture et de l’univers horrifique, Peter Cushing a aussi été le docteur Van Helsing dans Les Maîtresses de Dracula de 1960.
• Sherlock Holmes contre Frankenstein est actuellement en cours de réalisation et nous retrouverons dans ce film John Lebar. Si le nom ne vous parle pas, vous l’avez pourtant vu si vous avez regardé la première saison de Sherlock : c’est celui qui joue le Golem !


mardi 6 décembre 2016

L'Étrange cas de Juliette M., de Megan Shepherd,

Juliette est la fille d’un célèbre physicien décédé qui a scandalisé la communauté scientifique avec ses expériences. Elle vit depuis comme domestique à l’université et tente de survivre dans l’atmosphère sombre et dangereuse de la ville. Elle tombe par hasard sur son ami d’enfance, Montgomery, qui lui révèle une nouvelle bouleversante… son père ne serait peut-être pas mort ?!
Quatrième de couverture par Milan, Macadam.
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Une auteure disait que la section livre pour enfants regorgeait de merveilles tandis que pour les YA (young adult, pour les non-intimes), il faut parfois creuser pour tomber sur des perles…
J’avoue être plutôt d’accord bien que ce soit une affaire de goûts, mais je m’intéresse peu à la littérature YA qui possède des caractéristiques qui ne me parlent pas : les archétypes entre l’héroïne badass-badass ("je me bats comme un guerrier mais j’ai le physique d’une princesse Disney, faut pas déconner") et le prétendant so-d4rk ("je suis brun, je suis très pâle, je me moque de toi sans arrêt pour mieux attirer ton attention parce que genre ça marche vraiment comme ça"), les quêtes et les sujets très personnels qui pourraient être intéressants mais se résument à peu de choses et se concluent facilement ("tu es l’éluuu ! Tu as juste à croire en tes amis et ça marchera, frère."), des plumes bien souvent plus axées dans les dialogues/pensées que les alentours (en même temps, les livres jeunesse feraient tous 800 pages au lieu de 300 après…), un contexte historique installé mais en même temps bourré d’anachronismes qui facilitent souvent la trame et passent inaperçus quand on veut bien fermer les yeux dessus…
Bref, pas du tout le genre d’ingrédient qui me met en appétit. J’en achète donc très rarement et si un titre me plaît, je regarde d’abord s’il se trouve en bibliothèque (et si je suis conquise comme pour La Passe-Miroir, qui est une perle, je le rachète avec amour, et sa suite dans la foulée).


L’Étrange cas de Juliette M. m’avait fait de l’œil mais sans plus : la couverture est très sympathique (ah, un ingrédient YA qui me plaît !), le résumé accroche, mais le fait que le roman se déroule dans les années 1890 me refroidissait : en effet, on a beau être à Londres en 1890 et même si Juliette Moreau est déchue de son rang social, elle tutoie comme la première des tavernières. À l’instar de beaucoup de livres jeunesses historiques, l’époque n’est pas franchement bien retranscrite, mais bon. Je m’y attendais, donc pas de grosse déception à ce niveau.
Par contre, je m’attendais à de l’horreur et l’horreur était au rendez-vous. Assez timidiement, mais c’est que L’Étrange cas de Juliette M. possède une ambiance réellement glauque. On cause vivisection, folie héréditaire, expériences peu orthodoxes… Megan Shepherd mérite son petit warning pour son livre qui n’est pas à mettre entre toutes les mains.
(Autant je ne comprends pas le "interdit aux moins de 13 ans" des tomes de l’Épouvanteur, autant L’Étrange cas de Juliette M. peut porter cet avertissement)
Et que serait une ambiance bien construite sans une jolie plume ? Les métaphores sont bien choisies et la narration est fluide, ça aide pour installer le lecteur dans une jungle hostile et aux environs douteux.

Enfin, si la narration est fluide, il y a beaucoup de moments où le lecteur se heurte à des révélations avortées, de fausses tentatives et c’est très frustrant. J’étais presque tentée de lire la fin du livre pour avoir quelques clés tant on patauge bien trop longtemps...
Enfin, pour avoir une clé en particulier : l’issue de ce triangle amoureux dont on se serait bien passés.
J’ai horreur des triangles amoureux : il y a une chance sur deux pour s’attacher au mauvais gars, déjà, et celui de L’Étrange cas de Juliette M. est d’un cliché assommant. Sur la gauche, on a Montgomery, le serviteur et homme à tout-faire, blond, doux et tendre et sur la droite, Edward, noble rebelle, brun ténébreux et mystérieux, un peu rustre. Bon, la seule pointe d’originalité, c’est que Montgomery est plus à l’aise dans un salon de thé et Edward, dans une jungle.
Mais enfin…
J’avais cherché la réponse sur des chroniques sans trouver, donc pour vous, futur/e lecteur/trice, l’amour de la vie de Juliette Moreau se révèle être [spoiler] Montgomery, donc ne vous attachez pas à l’autre, ce n’est pas la peine [/fin du spoiler].


Un autre détail me dérangeait pour cette romance et pourra déranger d’autres : Juliette est incapable de choisir. Mais au lieu de se contenter de faire le point sur elle-même, elle draguouille les deux, embrasse l’un et a honte quand l’autre surprend son geste. Ma fille, tu sais comment j’appelle ces nanas ? Des salôôôôôôôôpes Des allumeuses. Donc au lieu de donner de faux espoirs, pose ton postérieur sur une chaise et songe que les hommes sont des êtres doués de sentiments et qu’on ne les goûte pas comme on le ferait avec deux gâteaux.
C’était ma minute leçon amoureuse, mais j’avais besoin de râler contre ça. J’ai une allergie concernant les gens indécis surtout en matière de sentiments et qui agissent de façon irréfléchie.
Hormis ce gros défaut, le personnage de Juliette est dans l’ensemble agréable : forte mais avec un fond torturé, intelligente mais gauche socialement. Elle n’est pas adorable, mais elle est sympathique !

Grosso modo, L’Étrange cas de Juliette M. est un bon p’tit bouquin. Enfin, le mérite ne semble pas tout à fait mérité puisque paraît-il que c’est presque un copier/coller de L’Île du Docteur Moreau de H. G. Wells. N’ayant pas lu ce roman, je ne peux pas dire à quel point Megan Shepherd a copié ou s’est inspirée de la base, ce que je sais, c’est qu’elle ne cache pas sa source d’inspiration.
Mais je pense affirmer qu’au moins, H. G. Wells n’est pas venu casser les bonbons de ses lecteurs avec un triangle amoureux sans charme.

Par contre, dernier petit détail : beaucoup de lecteurs se sont plaints que L’Étrange Cas de Juliette M. soit en fait une trilogie, considérant qu’un seul tome suffisait et que ce premier n’avait pas besoin de suite.
Sauf que le un me fait clairement l’impression d’un cliffhanger… Heureusement, la suite m’attend à la bibliothèque, car malgré les fausses notes repérées, je lirai la suite de cette saga.

Grâce à la couverture, je peux valider l’idée 84 du Challenge des 170 Idées :

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Megan Shepherd ne cache pas s’être largement inspirée du roman L’Île du docteur Moreau de H. G. Wells publié en 1896.

jeudi 21 mai 2015

Alter Ego,

Alter Ego sur PC est un jeu d’aventure horrifique qui prend place dans l’Angleterre du XIXème siècle, dans la ville de Plymouth. Le joueur y contrôle alternativement un voleur et un homme de loi, tous deux lancés sur les traces sanglantes d’un personnage de la haute société.
Résumé par JeuxVideo.Com.
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Je...
Ugh.
Non.
Future Games, non. Je sais que j’ai tendance à être facilement fascinée par les enquêtes sanguinaires sur un fond de Londres victorien, mais enfin, il ne faut pas abuser non plus : un tel décor mérite une histoire travaillée et une immersion efficace. Mais au lieu du tableau, je n’ai que le cadre, que voulez-vous que je fasse de ça ?!


J’ai aperçu Alter Ego quand… je ne sais plus comment, en fait : je faisais mon marché sur les sites de jeux-vidéo dans la catégorie aventure et point’n’click et après avoir lu le résumé et zieuté les screens, je n’ai pas résisté.
Très motivée, j’avais déjà dans la tête de faire une nuit blanche dessus et découvrir, dopée au thé et aux Granola, les clés de l’énigme. Finalement, je n’ai pas tenu une heure et j’ai mené l’enquête de façon morcelée, incapable de m’intéresser à l’histoire ou même de m’attacher aux personnages…

L’aventure Alter Ego a très mal commencé en fait : le voleur, Timothy Moore, est le premier protagoniste à entrer en scène. À cause d’un affreux doublage où le cœur n’y était clairement pas et des répliques blasées, j’ai de suite su que je n’aurai aucun plaisir à enquêter du côté de ce personnage. J’ai préféré le second protagoniste, l’inspecteur Briscol, avec ses défauts ancrés (un narcissisme bien ressenti), mais il y avait une telle exagération dans la voix pour imiter le gentleman anglais que ce n’était plus drôle au bout d’un moment…
Les personnages secondaires pouvaient en promettre plus mais ils sont si effacés qu’ils ne relèvent pas le niveau.


Plusieurs fois j’ai reconnu dans le décor des éléments qu’on peut rencontrer dans la trilogie de Black Mirror, dont le premier opus était un véritable coup de cœur. Mais si certains plans sont similaires, Alter Ego est bien inférieur à Black Mirror en terme de qualité d’ambiance : les musiques sont très discrètes, les effets sont pauvres et l’ensemble n’a pas du tout réussi à me convaincre…
Nan, j’ai sérieusement été déçue par l’aspect esthétique et l’absence de charme.

Quant à l’histoire, elle est très avortée. L’enquête reste sympathique à mener car les possibilités et les pistes sont nombreuses mais encore une fois, l’immersion n’est pas totale. Déjà à cause d’un énorme défaut : le joueur est écarté des énigmes. Il n’y a pas ou très peu de puzzles, pas d’articles de journaux à décortiquer ou d’objets à examiner à la loupe… Et pourtant, les occasions ne manquaient pas, mais non : les personnages mènent toute cette partie de façon autonome, privant le joueur de ces petites énigmes qui rythment les point’n’click.
En toute franchise, je ne retiendrai que la conclusion qui réunit les meilleurs effets de surprise d’Alter Ego, mais ce n’était pas assez pour remonter mon avis général du jeu.


Si j’avais adoré Black Mirror qui est sorti sept ans auparavant, Alter Ego est une grosse, grosse déception de la part de l’équipe de Future Games.
Hors de ma vue, fils indigne.
Hors.
De.
Ma.
Vue.


             Quelques anecdotes sur ce jeu,
• Le jeu n’est jamais sorti en France et n’est donc disponible qu’en anglais. C’est pourquoi je ne vous redirige que vers un lien Steam et vous met en garde : aucun patch francisant n’existe, il faudra parler la langue de Shakespeare.
• Les screens viennent tous de ma partie.

dimanche 30 novembre 2014

Mademoiselle Else, d'Arthur Schnitzler

Mademoiselle Else ou le soliloque tragique d’une femme piégée par les oscillations de l’âme. A travers les mots et les errances désespérées de son personnage, Schnitzler brosse le tableau exemplaire des fascinants déchirements de la morale viennoise au tournant de la modernité, valse – hésitation entre désir et devoir, entre fantasmes de prostitution et rêves de continence. 
Quatrième de couverture par Le Livre de Poche.
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Après Madame Bovary, je vous présente une autre bonne surprise dans une version plus jeune avec Mademoiselle Else, une Bovary à l’autrichienne. Plus court et dans un format bien différent, je me sentais obligée de sélectionner les résumés car certains en dévoilent beaucoup trop.

Déjà, la nouvelle aborde un format nouveau à cette époque et assez étrange qui ne plaît pas à tous les publics : le monologue intérieur. Les dialogues ne sont entendus que d’un seul point de vue, les événements sont aperçus à travers les yeux de cette demoiselle qui nous partage, sans le savoir, ses pensées les plus enfouies. Journal intime oral, confessions du moment, le lecteur est emporté sur ses divagations de jeune femme perdue comme un canoë l’est par des torrents troubles. Le rythme est quelques fois répétitifs mais il est rapide, cinglant et cette nouvelle cache en fait un véritable tourbillon !
Délirante, décalée, drôle malgré elle et tragique, je me suis attachée à cette petite demoiselle Else, figure féminine un peu hystérique et prétentieuse mais attachante, les lectrices se reconnaîtront certainement dans quelques parcelles de cette autrichienne qui croque la vie et fonctionne en accéléré.
Amusant et pourtant profondément tragique, Else préfère rire que pleurer, elle préfère se battre plutôt que de s’enterrer, oser plutôt que se cacher. Mais qui n’a pas rêvé faire des miracles ? Qui ne se construit pas les scénarios les plus délirants sans parvenir à les accomplir ? Else est profondément humaine et est exposée avec ses défauts que l’on partage tous sans se l’avouer.
Les personnages secondaires ne sont malheureusement pas creusés, j’aurais volontiers lu d’autres monologues pensés par Fred, Paul mais surtout le vieux von Dorsday qui démontre autant de défauts humains mais réalistes que la jeune Else. [spoiler concernant la fin] La fin est donc assez frustrante puisque jamais on apprendra la réaction de l’entourage d’Else, ce que penseront ses parents,von Dorsday... Mais après tout, morte, Else non plus ne saura jamais comment se déroulera son enterrement et nous emporte dans son sort malheureux. [/spoiler concernant la fin]

L'auteur qui risque de
rejoindre mes chouchous.
Très psychologique, Arthur Schnitzler a entretenu une longue correspondance avec le célèbre Sigmund Freud qui le voyait comme son doppelgänger (et effectivement, ils se ressemblent étrangement !) et Schnitzler fut même un des premiers lecteurs de L’Interprétation des Rêves. On reconnaît des concepts freudiens et surtout, la même audace que le psychanalyste pour aborder des notions sexuelles chez un esprit si jeune. Mais Schnitzler le fait sans perversité mais plutôt pour disséquer l’âme d’une jeune fille qui passe d’un stade prude à une sorte de liberté dissimulée sans connaître le vrai acte en lui-même, ne connaissant que les flirts innocents.

Si le style m’a quelque peu terrifié au début, j’avoue que je ressors conquise de Mademoiselle Else. Le cœur un peu serré pour cette demoiselle, pour le vieux bonhomme Dorsday et surtout, son auteur talentueux et perspicace mais pourtant durement critiqué à son époque.
Curieux, si vous avez une après-midi de libre, n’hésitez pas à faire connaissance avec Mademoiselle Else et de découvrir un des premiers monologues internes de la littérature autrichienne.

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Une anecdote assez tragique et perturbante sur la vie privée d’Arthur Schnitzler qui coïncide étrangement avec la fin de son roman : [spoiler sur le dénouement de Mademoiselle Else] sa fille, Lili, s’est suicidée en 1930, à 18 ans. Selon les témoignages du père lui-même, Lili avait laissé une note qui disait « qu’elle ne voulait pas mourir ». Une triste fin qui ressemble à celle d’Else écrit six ans auparavant. On s’en doute : l’auteur ne s’est jamais remis totalement de ce décès et aurait reçu par la suite des lettres l’accusant d’être responsable, qu’avec l’éduction donnée à Lili, elle finirait forcément comme ça. Arthur Schnitzler meurt finalement en 1931. [/spoiler sur le dénouement de Mademoiselle Else]
• Les thèmes abordés sont vus comme « assez tabous » (encore aujourd’hui, peu d’auteurs oseraient écrire sur la confrontation entre une jeune fille ignorante et un vieil homme qui fantasme sur elle) et beaucoup d’œuvres de Schnitzler ont été détruites par les nazis qui allaient jusqu’à interdire les représentations de ses pièces de théâtre.

mercredi 27 août 2014

Les Vacances de Sherlock Holmes, de Martine Ruzé-Moëns,

Le journal intime de Mathilde d'Alencourt, l’amie française de Madame Watson, renfermerait-il autant de mystères qu’en contient encore la vieille malle en fer de Sherlock Holmes ?
Mathilde y a noté ses secrets.
Elle rencontre le détective lors du mariage de John J. Watson, et l’accompagne ensuite quand il consent à prendre des vacances.
Mais, avec Holmes, il n’y a jamais de repos. Lors de ses villégiatures en France, en Norvège ou en Belgique, les énigmes se succèdent et les mystères s’éclaircissent, mais de nouvelles interrogations surgissent alors sur la vie privée du détective...
Et quand l’heure de la retraite a sonné, retiré dans sa ferme du Sussex, Sherlock Holmes résout une ultime affaire qui décidera de la fin de son existence...
Quatrième de couverture par Éditions Mycroft’s Brother.
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Intriguée par les ouvrages uniques qui sont proposés par les Éditions Mycroft’s Brother, j’ai acheté, sans trop savoir pourquoi, Les Vacances de Sherlock Holmes plutôt qu’un autre pastiche (La Sufragette Amoureuse me fait de l’œil aussi, cela dit). Tout d’abord perplexe par la dimension amoureuse qui lie Mathilde d’Alencourt au très populaire détective anglais, je me suis finalement armée de courage pour découvrir enfin ce pastiche audacieux et découvrir ce que Martine Ruzé-Moëns pouvait me raconter.
Mon verdict sera direct et je n’ai pas trente façons différentes pour vous le dire : je n’ai pas aimé. Je n’ai pas envie de cracher mon venin sur Les Vacances de Sherlock Holmes mais je vais quand même expliquer les raisons de ce ressenti très négatif.

Déjà, quand je me penche sur un pastiche holmésien, j’attends un peu d’originalité au niveau de la qualité de l’enquête, du mystère avec du panache, quelque chose qui titille la réflexion. Les Vacances de Sherlock Holmes est sûrement un des rares pastiches à se concentrer davantage sur la qualité de la romance plutôt que celle qui touche à la trame policière. Autant le dire, entre toutes ces nouvelles, Martine Ruzé-Moëns utilise un peu souvent le même schéma (des bruits suspects durant la nuit qui alarment Mathilde qui en fera part à Holmes qui lui-même enquêtera et apportera les réponses avant de mettre les pieds sous la table). Les enquêtes ne sont pas travaillées et sont même très vite expédiées...

Si la qualité policière laisse à désirer, je ne cache pas que la qualité romantique m’a laissé sur ma faim aussi : Les Vacances de Sherlock Holmes pourrait passer si c’étaient les vacances d’un autre détective, car pour ma part, je n’ai absolument pas reconnu Sherlock Holmes. Je partage sur ce point un avis tout à fait subjectif : 
Martine Ruzé-Moëns présente un Holmes romantique qui couvre sa Mathilde de surnoms, de bisous et de délicates intentions. Comportement que je n’ai pas supporté de la part du fameux cerveau qui refoule pourtant toute émotion et je m’explique : la série Granada, qui met en scène le talentueux Jeremy Brett, a adapté la nouvelle Charles Augustus Milverton en film intitulé Le Maître Chanteur d’Appledore et je me souviens d’un passage qu’ils avaient développé par rapport au récit de Doyle : les conséquences de la méthode peu honorable qu’utilise Holmes pour soutirer des informations sur son ennemi en séduisant une servante. Pour ceux qui n’ont pas vu le téléfilm, Holmes se fait passer pour un plombier et compte fleurette à cette servante pour connaître l’emploi du temps du dangereux maître-chanteur, le plan de sa demeure et ainsi de suite. Mais dans ce procédé, la femme imagine que le plombier, à force de passer du temps avec elle, la demandera bientôt en mariage. Durant le film, elle va jusqu’à se jeter à son cou et tente de l’embrasser, Holmes-Brett a alors ce brusque mouvement de recul bien qu’on ignore si cet éloignement est provoqué par du dégoût, de la peur, de la pudeur ou les trois à la fois.
Bien entendu, Holmes ne nourrit pas le moindre sentiment romantique pour elle et pourtant, il regrettera amèrement cette méthode, jusqu’à éprouver même de la honte et l’explique sans le moindre mot mais avec une vive émotion, une détresse sincère. Si cette femme ne s’était pas attirée le moindre sentiment amoureux, elle a fini en tout cas par recevoir sa compassion.
Watson est plutôt bien placé pour le savoir : Holmes n’est pas quelqu’un de facile à vivre, il n’est donc certainement pas quelqu’un de facile à aimer. C’est ainsi que je vois Holmes : distant, pudique, réservé et froid.
Bien sûr qu’un Holmes amoureux est possible, mais pour qu’il soit canoniquement plausible, il faut que ce soit d’une manière typiquement holmésienne ! D’où mon exaspération pour tous ces mots doux et niais échangés entre Mathilde et lui, toute cette facilité qui fait de leur romance quelque chose de trop évident (et vas-y que Mathilde l’appelle Sherlock et vice-versa dès les premières rencontres... Pas très fidèle aux mœurs victoriennes, tout ça...).

Bien sûr, il s’agit d’un avis purement subjectif et chaque lecteur jugera à sa manière, mais cette version romanesque n'est pas passée avec moi.
Après, peut-être parce que je n’ai pas réussi à m’attacher à Mathilde d’Alencourt : jalouse, impulsive bien que débrouillarde, elle n’a certainement pas le même charisme qu’Irene Adler ou Violet Hunter. Forcément, la dimension trop facile et évidente de sa relation avec les deux célibataires (plus trop célibataires) a altéré son image à mes yeux et je n’arrivais pas à lui trouver une étincelle qui colore les personnages féminins de Doyle (autres qu’Irene Adler et Violet Hunter j’entends).
[heureusement que je reste toujours aussi fan du coup de crayon de MisterKay avec cette représentation de Holmes]
Bref, je ne sais pas quoi dire de plus : je n’ai même pas trouvé ces nouvelles amusantes (malgré le cliché de la femme armée de la poêle en fonte), ni enrichissantes. Les illustrations sont sympathiques mais elles ont été sélectionnées par Thierry Saint-Joanis qui a permis aux Vacances de Sherlock Holmes de paraître aux éditions Mycroft's Brother, donc bon...

Vraiment, je ne vois rien de plus à ajouter si ce n’est que j’ai mal digéré ce pastiche et que je ne risque pas d’en parler, à l'avenir, avec beaucoup d’amour. Je me laisserai quand même tentée par La Suffragette Amoureuse qui a été écrit par un auteur différent, en croisant les doigts que je retrouve une ambiance plus proche de l’univers victorien et mystérieux de l’œuvre de Doyle.



             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Bien que réunis en 2005, certaines nouvelles, comme Mary, mon amie date de 1997.