Affichage des articles dont le libellé est Littérature Irlandaise. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Littérature Irlandaise. Afficher tous les articles

mercredi 26 avril 2017

Dracula, de Bram Stoker,

Jonathan Harker, jeune notaire, est envoyé en Transylvanie pour rencontrer un client, le comte Dracula, nouveau propriétaire d’un domaine à Londres. À son arrivée, il découvre un pays mystérieux et menaçant, dont les habitants se signent au nom de Dracula.
Malgré la bienveillance de son hôte, le jeune clerc ne peut qu’éprouver une angoisse grandissante.
Très vite, il se rend à la terrifiante évidence : il est prisonnier d’un homme qui n’est pas un homme. Et qui partira bientôt hanter les nuits de Londres…
Grand classique de la littérature de vampires, best-seller de tous les temps après la Bible, Dracula est une source d’inspiration inépuisable.
Quatrième de couverture par Le Livre de Poche.
---

La bannière de Google pour les 165 ans de Bram Stoker.

Il y a pile 119 ans et 11 mois, la maison d’édition Archibald Constable and Company publiait à Westminster le roman phare et intemporel de Bram Stoker : Dracula. Avec un tel surnom, je ne pouvais pas passer à côté du roman vampirique le plus connu à travers le monde.
Et bien ça y est : le vampire aigri a lu Dracula ! Un de mes deux objectifs de cette année, le second étant de lire du H. P. Lovecraft.

Un premier mot concernant les déceptions que Dracula a causées : oui, il s’agit d’un roman épistolaire où le lecteur ne lit que des lettres ou des extraits de journaux intimes. Si certains curieux ont des difficultés avec ce genre littéraire, il vaut mieux connaître ce détail avant de se lancer dans cette lecture.
Pour ma part, je n’ai pas trop saisi l’intérêt car Bram Stoker n’exploite pas pleinement ce style : les écritures ne ressemblent toutes, ne se démarquent pas et les extraits desservent même quelques événements de la lecture. Même si quelques détails ressortent bien, Dracula n’est pas le meilleur représentant du genre, à côté des Liaisons Dangereuses par exemple.

Ce que le genre épistolaire dessert vraiment ici, c’est la noirceur du roman. J’ai été très surprise de voir toute l’audace de ce roman qui a pourtant été publié en 1897 : sanglant, érotique, malsain… La lutte manichéenne par la suite atténue la dimension cruelle mais enfin, Bram Stoker n’a rien à envier à Pierre Lemaître avec des nourrissons dévorés par des vampires, des séductions osées avec des descriptions très charnelles et des événements surprenants à faire froid dans le dos.
Je pense ceci dit qu’une narration directe aurait permis de mieux rentrer dans l’atmosphère. Mais peut-être que cette barrière était nécessaire au risque de passer par la trappe de la censure ?


Les hommes sont assez insipides dans Dracula, mais la force vient des femmes (même si Mina se fait jeter à la trappe pour sa propre sécurité à un moment : Bram Stoker vivait au XIXème et pas au XXIème, ça se sent, autrement, il se serait attiré les foudres des féministes, l’idée m’a faite rire !). Mina et Lucy sont deux personnages que j’ai trouvés très intéressants : victimes toutes désignées d’un vampire, les étreintes monstrueuses attendent le lecteur à certains chapitres, faisant rêver et cauchemarder à la fois.
L’une contrebalance avec ces démons suceurs de sang, étant un exemple de pureté, l’autre est une innocente qui est noyée dedans : les scènes où Lucy est convalescente sont très longues, trop même, et auraient pu être abrégées pour amener plus vite vers les moments forts de ce personnage, des moments où j’ai été vraiment émue.

La fin abrupte me pose problème même si la tension est au rendez-vous. Cette lutte manichéenne est typique de l’époque et c’est aujourd’hui un peu facile à lire. Ceci dit, ça n’empêche pas l’auteur de faire du comte Dracula un personnage très charismatique : j’ai adoré cet homme, ce méchant, cette ombre. Il apparaît assez peu finalement mais il est là quand même, il est présent et il échappe même aux lecteurs. Et ce jeu est très impressionnant.

« On ne pouvait distinguer personne d’autre sur le pont. Une terreur incroyable s’empara de tous les témoins quand ils comprirent que c’était par suite d’un véritable miracle que le navire avait trouvé le port, sans que nul le conduisît, hormis la main d’un cadavre ! »
P. 124

Ce que j’ai retenu finalement de Dracula, c’est que le vampire a des paumes poilues. Erk. Et que ce roman peut sans peine s’inscrire dans les classiques à lire.

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Le comte Dracula aurait été inspiré par Henry Irving (1838 – 1905) qui n’est pas moins que le premier acteur à recevoir en récompense le titre de chevalier en 1895. Les deux hommes étaient proches et se connaissaient, Bram Stoker, un an après la mort d’Henry Irving a publié une biographie de son ami en deux volumes intitulé Personal Reminiscences of Henry Irving. (Entre nous, Henry Irving est certainement un ancêtre de Benedict Cumberbatch)
• L’édition du Livre de Poche propose un extrait de Dracula l’Immortel qui a été écrit par Dacre Stoker (le neveu lointain de Bram Stoker) et Ian Holt, d’après les notes de Stoker : l’auteur avait fait une liste de personnages qui n’apparaissent pas tous, notamment l’inspecteur Cotford et qui a sa place dans Dracula l’Immortel.



dimanche 5 octobre 2014

La Servante Insoumise, de Jane Harris,

Fuyant un passé sordide, Bessy, 15 ans, est engagée comme servante dans un manoir isolé d’Écosse. Sa maîtresse, l’excentrique Lady Arabella, se pique d’étudier les mœurs des domestiques ; à cet effet, la jeune femme est tenue de consigner ses gestes et pensées. Fine mouche, Bessy se prend au jeu : avec gouaille et drôlerie, et sans aucune pudeur, elle relate sa vie au service d’une "grande"...
Quatrième de couverture par Points.
---
« En m’approchant j’ai été surprise et pas mal troublée de voir que le crocus laissé par maîtresse au pied de la tombe paraissait avoir été renversé d’un geste brutal. Le pot était brisé et la terre (qui avait à mes yeux la couleur du sang séché) s’était répandue sur le sol. Le bulbe et les pétales avaient été piétinés. Pas moyen de savoir comment s’était arrivé. »
P. 361

J’ai mis du temps à sortir ce livre de ma PAL, je l’avais même cité dans le rendez-vous Dans ma PAL il y a un an, mais ce n’est que grâce au challenge littérature écossaise que j’ai lu le roman de Jane Harris. Et je ne regrette pas du tout cette lecture !

 Bon. Y a pas à tortiller : la couverture du milieu fait vraiment pâle figure...

Derrière ce titre aux tendances pornos et cette couverture bourrée d’anachronismes (si vous regardez bien, on aperçoit un poteau téléphonique...) se cache une histoire sordide et originale qui se déroule dans les années 1860. Originale, c’est le mot : vous ne trouverez pas un roman dont la narration est similaire à celle de La Servante Insoumise. Quand on ouvre un livre qui se déroule à l’époque victorienne, on s’attend à un vocabulaire chaste et guindé. Mais Bessy n’a pas sa langue dans sa poche, Bessy connaît la vie, mais Bessy n’est pas tout à fait comme Jane Eyre, car contrairement à la célèbre héroïne de Charlotte Brontë, Bessy est vulgaire, raconte comme une vraie Irlandaise des rues, fait des blagues un peu vaches... Bessy n’est pas un modèle comme la tendre Jane, Bessy, c’est la bonne copine d’il y a 150 ans.
Car en 545 pages, malgré mes premiers ressentis un peu mitigés, je me suis attachée à ce bout de demoiselle, peut-être aussi parce que l’histoire qu’elle narre prête souvent à rire ou à trembler.

L’histoire est d’ailleurs quelque chose qui m’a beaucoup perturbé : certains résumés ne se ressemblent pas, Points range le livre de Jane Harris dans aucune catégorie et il est dur de lui coller une étiquette sur la tranche. Là est le soucis ! Où nous entraîne Jane Harris ? Si vous me posiez la question, je dirai que c’est une histoire écossaise.
Tous les ingrédients made in Scotland se dissimulent entre ces pages, que ce soit la fascination pour les histoires de fantôme, les décors froids et brumeux, les oppositions farouches entre anglais et écossais, les rancœurs entre écossais et irlandais, les villages désolées et pauvres et le langage libéré de la demoiselle d’Irlande. Sans oublier une grosse dose de psychologie, tant sur la relation mère-de-substitution entre Madame Reid et Bessy et de traumatismes venant d’une sordide affaire policière. La Servante Insoumise n’est donc pas un thriller qui tourne autour d’un corps couvert de sang encore chaud mais d’une tombe glacée par l’hiver.

J’en garderai donc un très bon souvenir avec cette histoire sympathique, des personnages intéressants (petite mention à James Reid que j’ai mis du temps à apprécier et même si il se révèle étrange jusqu’au bout, j’ai été attendrie par cet homme décalé) et une ambiance typiquement écossaise qui vient envelopper le lecteur.

Je rejoins cette chronique au Challenge Écosse (car même si il est moins historique que L’Hermine, on ne peut pas se tromper sur le décor) et à l’idée n° 125 du Challenge des 170 Idées (mais Dieu sait que je déteste cette couverture et cette ridicule robe sans manche...) :

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• On peut dire que Jane Harris maîtrise bien son sujet Irlande-Écosse puisqu’elle est elle-même une Irlandaise qui a été élevée en terre écossaise.
• Il s’agit du premier roman de Jane Harris et il a été accueilli avec de très bonnes critiques. Même de la part des anglais, c’est pour dire !

dimanche 31 août 2014

Albert Nobbs, de George Moore,

Quel singulier destin que celui d’Albert Nobbs ! Majordome à l'hôtel Morrison, il y est apprécié pour sa discrétion et son efficacité. Mais, pour pouvoir travailler, Albert doit dissimuler un singulier secret. Sous ses vêtements masculins se cache depuis trente ans une femme travestie en homme. Alors qu’un ouvrier découvre l’imposture, Albert choisit pour la première fois de sa vie de réaliser un de ses rêves...
Confusion des sentiments et questionnement sur l’identité, l’histoire d’Albert Nobbs dans le Dublin de la fin du XIXème siècle se révèle d’une étonnante modernité.
Quatrième de couverture par Pocket.
---

L’auteur d’après Manet.

Il m’est toujours difficile de parler des livres que je lis en une après-midi. Quand je dévore un livre pendant plusieurs jours, dévorant les pages qui nourrissent mes pensées, je prends suffisamment le temps de le ressasser même lorsqu’il ne se trouve pas entre mes mains. Je le lis même quand il est dans mon sac ou sur ma table de nuit.
Albert Nobbs se range malheureusement sur l’étagère des livres que j’ai ouvert et refermé une fois la dernière page lue, lu d’une traite. Je ne pense pas avoir un souvenir impérissable de cette nouvelle. Toutefois ! Cela ne veut pas dire que ce n’était pas bien, au contraire, c’était un petit récit très plaisant.

Je pense qu’avant l’adaptation au cinéma avec l’impressionnante Glenn Close, peu de gens avaient entendu parler d’Albert Nobbs, ce majordome qui porte un veston plutôt qu’un corset. Je fais partie de cette catégorie chez qui le nom de George Moore n’était qu’une composition de deux noms communs. Mais grâce au travail de Glenn Close, j’ai découvert l’histoire tragique de cette femme qui porte des vêtements masculins. Mais contrairement à George Sand, Albert Nobbs occupe une identité d’homme, fait un travail d’homme et vit comme un homme depuis tant d’années, excluant ainsi toute fréquentation, qu’elle soit masculine ou féminine.
Dur de faire des personnages riches en psychologie dans une nouvelle (ce n’est d’ailleurs pas tellement le but d’une nouvelle) : Helen est la jeune romantique capricieuse, Joe Mackins la petite-frappe qui accumule les p’tits jobs, Albert Nobbs le peut-être qui se découvre des buts, des objectifs et enfin, le curieux Hubert. La richesse vient de la complexité de la situation, ce chamboulement de sentiments, d’identité et de futur. Dans cette triste posture, je ne pouvais m’empêcher de plaindre Albert Nobbs.

Si le livre ne vous tente pas, tentez au moins le film pour voir une Glenn Close convaincante !

Il s’agit d’une sympathique excursion dans le Dublin des années 1860 qui soulève un problème qui, à mon avis, était plus commun qu’on ne le pense. Cela dit, heureusement que j’ai vu le film, sans quoi, j’aurais oublié Albert Nobbs d’ici quelques années.

Je rattache cette chronique au Challenge d’Irlande et à l’idée 59 du Challenge des 170 Idées :
 http://lectures-de-vampire-aigri.blogspot.fr/2014/06/challenge-07-challenge-litterature.html

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Le thème audacieux est un peu la marque de fabrique de George Moore : ses premiers romans ont été difficilement acceptés à cause des sujets abordés jugés comme immoraux. Cela dit, il se montre raisonnable dans Albert Nobbs !
• Pour rester dans l’idée du film, Glenn Close a déjà été sur les planches de théâtre lors d’une adaptation d’Albert Nobbs où elle incarnait le même rôle : un personnage fictif qui semble lui tenir à cœur~

lundi 25 mars 2013

Contes Fantastiques des Pays Celtes, de Gérard Lomenec’h,

Tous les représentants du monde fantastique ont rendez-vous avec les rêveurs de chimères celtiques: géants d’Irlande, elfes danseurs, banshees, mais encore les cluricaunes faux-monnayeurs, follets d’Écosse et autres femmes cygnes. Aussi ne s’étonne-t-on pas que Shakespeare ait puisé à ces sources, et que Walter Scott emprunte aux traditions des Highlanders ses récits les plus dramatiques. L’amour du surnaturel était très vif chez les Gaëls et les Bretons. La mythologie celtique est riche en divinités des eaux, mermaids, merrows et autres kelpies. Comme au temps des Thuatha De Danann, géants, sorcières, animaux monstrueux et prodiges de toutes sortes hantent la nuit les routes, les carrefours et les lacs. Irlandais et Gallois se figent à l’évocation des duitahans, personnages décapités qui viennent de l’Autre Monde. De toute façon, on évitera d’errer dans la campagne la veille du 1er mai au risque de se voir enlever par les Fairies. Pour s’en rendre invisible, il faut être assez favorisé du hasard et posséder un trèfle à quatre feuilles…

Rassemblés et présentés par Gérard Lomenec’h, ce recueil propose plus de soixante-dix contes issus de la tradition des sept pays celtiques où se mêlent l’étrange, l’effroi et le mystère…
Quatrième de couverture par Terre de Brume.
---
Kelpie sous sa forme féminine, par Herbert James Draper (1913)
« - […] vous ne seriez pas Jack Myers, qui s’est noyé il y a sept ans au gué d’Ah-na-Fourish ?
- Supposez que je le sois, répliqua-t-il ; un homme n’a-t-il pas le droit de se noyer en face de sa maison le jour qu’il lui plaît, depuis le dimanche matin jusqu’au samedi soir ? »
P. 218

Je pense que je ne me lasserai jamais des mythes et des légendes celtes, bien qu’il serait plus agréable de les entendre dans un pub ou au coin d’un feu au lieu de les lire en solitaire. Malgré cela, j’ai passé un très bon moment en compagnie de Gérard Lomenec’h avec les récits fantastiques qu’il nous sert dans Contes Fantastiques des Pays Celtes.

Déjà, j’ai beaucoup aimé la présentation du livre : divisé en cinq chapitres, Contes Fantastiques des Pays Celtes propose des nouvelles réunies par thème avec en introduction un petit aperçu de ce qui suivra. En bonus, complément de vocabulaire, explications de certaines croyances, précisions sur les nouvelles… C’est pourquoi je divise cette chronique en cinq parties aussi et je réserverai une sixième partie pour la conclusion pour une impression globale du recueil :

Midsummer Eve, par Edward Robert Hughes (1908)

Le Chapitre I est consacré aux êtres les plus populaires : les Fairies ou les elfes espiègles avant que Tolkien ne les transforme en êtres divinement beaux et gracieux. Cela dit, malgré la popularité d’Arwen, Galadriel ou Elrond, la plupart des curieux savent que les elfes étaient également des lutins farceurs, des fées minuscules, etc. Forcément, je n’ai pas eu beaucoup de surprise au cours de la lecture de ce premier chapitre et je l’ai même trouvé assez monotone. En revanche, j’ai eu un énorme coup de cœur pour la légende de Thomas Le Rimeur, nommée Thomas le Rimeur et la Reine des Elfes (Irlande)* dans Contes Fantastiques des Pays Celtes. J’ai découvert ce mythe l’an dernier en tombant sur une musique composée par Cécile Corbel qui se nomme The King of the Fairies. J’avoue que je préfère cette version lyrique, plus poignante et plus conservatrice (dans l’ouvrage Contes Fantastiques des Pays Celtes, je trouve que le nom de Reine des Elfes porte à confusion à cause de l’image qu’on a désormais des elfes depuis les ouvrages de Tolkien, Fairies est selon moi un thème plus fidèle). Attention cependant à ne pas confondre la mésaventure de Thomas le Rimeur avec celle du chevalier dans La Belle Dame sans Merci : les deux légendes se ressemblent beaucoup mais chacune à sa magie propre.

Thomas The Rhymer, par Thomas Canty

J’ai beaucoup aimé Les Elfes Danseurs de Cae-Caled (Pays de Galles) aussi, pour son côté légèrement terrifiant, tendant vers les frayeurs d’enfant.
* Contes Fantastiques des Pays Celtes désigne Thomas le Rimeur et la Reine des Elfes comme étant un conte irlandais, or j’en doute puisque Thomas le Rimeur était un poète écossais et que la plupart des sources désignent ce conte comme étant d’Écosse à la base.
Le Chapitre II aborde des créatures moins connues du folklore celte : les êtres de l’eau. Il y a bien sûr les sirènes (ou pour respecter les origines irlandaises et écossaises : les merrows), à la différence que ce peuple marin possède des chapeaux rouges qu’un mortel peut dérober pour visiter leurs villes sous la mer sans risque la noyade. Mais il y a aussi les redoutables kelpie, les nuckelavee et les îles qui disparaissent et réapparaissent à différentes époques. Forcément, ce chapitre était plus agréable car avec plus de découvertes, plus de diversité. On passe de légendes touchantes sur des métamorphoses, comme La Truite Blanche (Irlande) à des contes mythologiques comme La Légende de Tamara (Cornouailles) qui racontent les origines fantastiques des rivières Tamar, Tavy et Tawr près de Plymouth.

La rivière Tamar serait à l’origine une nymphe du nom de Tamara qui avait pour amants deux frères géants Tavy et Tawrage.

D’autres légendes touchent à un aspect géographique comme La Ville Engloutie (Gallice) et Le Château Suspendu dans les Airs (Bretagne)… Quoique pour ce dernier, bien que très sympathique et digne à être raconté, je n’ai pas trop compris pourquoi il était placé dans le chapitre concernant Les Créatures de la Mer puisqu’il y a très, très peu de rapports ?
Sans oublier les nouvelles plus brèves mais toujours très agréables comme Le Vieillard de Corentin (Cornouailles) et La Mermaid (Îles Shetlands) qui est mémorable grâce à la réplique finale de la mermaid de cette courte nouvelle.

Un Kelpie dans sa forme réelle, par Tygwa sur DeviantArt
Le Chapitre III, Des Temps Aventureux est digne des légendes grecques de l’Antiquité : ce genre d’histoires avec des retournements de situation complètement incongrus et qui semblent pourtant bien normal pour le narrateur et ses personnages. Mais malgré quelques situations un peu tirés par les cheveux (où le narrateur vous prend aussi franchement pour un con), deux nouvelles m’ont énormément plu : celle des Douze Oies Blanches (Irlande) et La Demoiselle-Biche (Gallice). La dernière se finit en fait très mal et ça fait plaisir (excusez le terme) car la plupart des contes connaissent des happy ending : sauf que les fins tristes, quand c’est bien mené comme dans La Demoiselle-Biche, ça se refuse pas.

Le Chapitre IV est, sans surprise, un de mes préférés puisqu’il s’intitule Cohortes de la Nuit. Ou plus franchement : légendes à raconter durant un soir d’Halloween. Évidemment, les Banshee sont ici abordées, mais pas que ! Les démons sont aussi invités, les fantômes et le très populaire Cavalier sans tête fait même une apparition. J’ai beaucoup aimé Le Maître et son Élève (Irlande) qui est assez hilarante (Béelzébuth qui fait rire, c’est assez extraordinaire). D’autres font quant à elles un peu plus flipper, comme Le Fantôme de Gloddaeth (Pays de Galles), lu à minuit, c’est sacrément efficace ! La Légende de la Banshee (Irlande) aussi m’a plu, bien que classique et enfin, Le Doreur et le Diable (Bretagne) dont la fin était très bien trouvée.

Halloween, artiste inconnu

Et enfin, le Chapitre V qui se nomme l’Or du Temps qui a un thème moins évident que les autres mais qui regroupe des légendes plaisantes. Le Puits aux Têtes d’Or (Écosse) est celle que j’ai préféré car j’ai l’impression qu’elle divulgue discrètement une petite morale de fin où les notions de bien et de mal, gentil et méchant sont très relatives au bout du compte.

En somme, Contes Fantastiques des Pays Celtes est un recueil qui souffre d’une certaine monotonie mais il y a quelques perles que je retiens encore. Il permet de découvrir des mythes et des créatures symboliques oubliés et le lecteur étranger peut donc se familiariser avec les légendes des contrées celtiques.

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Gérard Lomenec’h est avant tout musicien et musicologue.
• Fnac nous ment en affirmant que les tirages sont épuisés, par chance, l'ouvrage est toujours disponible sur le site des éditions Terre de Brume.
• En bonus, King of the Fairies par Cécile Corbel → ♫
À savoir cependant qu'il existe beaucoup de morceaux celtiques nommés King of the Fairies

dimanche 27 janvier 2013

Le Crime de Lord Arthur Savile, d'Oscar Wilde,

Une fois dans sa chambre, il se jeta sur un canapé et ses yeux s’emplirent de larmes. Il avait fait de son mieux pour commettre le meurtre, mais il avait échoué à deux reprises sans que ce fût sa faute. Il avait essayé de faire son devoir, mais le Destin lui-même semblait s’acharner à le trahir.
Quatrième de couverture par Folio
---

À écouter certains avis, j’ai l’impression qu’une petite majorité s’accorde à dire qu’il ne faut pas lire des nouvelles si l’on voulait découvrir un auteur, que bien souvent, ces petites histoires torchées donnent un mauvais aperçu, un mauvais avant-goût et ne reflètent en rien la plume de l’écrivain.
Personnellement, je n’ai jamais été d’accord avec cette idée et quand bien même elle serait vraie, Le Crime de Lord Arthur Savile est l’exception à la règle !

J’ai découvert Oscar Wilde à travers des articles, des films, même des musiques (cela dit, je n'ai jamais trop compris le rapport entre les paroles d'Oscar Wilde de Company of Thieves et l'auteur en lui-même), mais la lecture, je dois le reconnaître, n’est arrivée que plus tard.
Certains se sont jetés sur son unique roman, Le Portrait de Dorian Gray, mais personnellement, je voulais avoir un aperçu avec ses pièces de théâtre et ses nouvelles. Le Crime de Lord Arthur Savile a été mon premier choix et, première entrée dans l’univers Wildien que je ne veux déjà plus en sortir.
Raffiné, burlesque mais surtout satirique, Oscar Wilde reste peut-être délicat, on saisit tout de même son idée de dépeindre la naïveté de certains et l’hypocrisie d’autres dans ses récits, exposant sa société aux rires des lecteurs.
On pourrait prendre en pitié le jeune innocent qu’est Arthur Savile mais lui aussi s’empêtre dans le ridicule avec ses idées typiques de la société d’époque, tout comme ses compères d’ailleurs…

Vous pensez sûrement que je râlerai sur la taille de la nouvelle, qui reste brève et rapide. Et pourtant non ! On comprend que rajouter des pages serait superflu : 70 pages sont largement suffisantes pour apprécier le récit et se plonger dans cette « aventure ». De plus, pourquoi se plaindre alors que l’édition nous réserve trois autres nouvelles tout aussi fantastiques ?

Louis Pascal, par Toulouse-Lautrec (1891), avec un autre angle de vue.
(dat ass quoi...)

Le Fantôme de Canterville est définitivement la plus amusante des trois, notamment grâce à son ambiance que je suspecte être à l’origine de celle des films Beetlejuice ou Dark Shadows (alors Tim Burton, fan d’Oscar Wilde ?).
« Je leur avais dit que t'étais trop conne pour avoir peur » dixit la charmante Lydia Deetz, citation mémorable du film Bettlejuice qui pourrait être valable aussi pour Le Fantôme de Canterville. Ici, Oscar Wilde fait une gentille critique de la mentalité américaine, les décrivant comme des personnages qui jugent les anglais trop superstitieux et traitent tout par l’argent. Même avec le paranormal.

Concernant Le Sphinx sans Secrets et Le Millionnaire Modèle, j’avoue que ma préférence va au Sphinx sans Secrets. Loin d’être drôle, la fin laisse même un petit silence songeur : j’ai aimé cette ironie, cette jalousie sans but de la part de Lord Murchison et la fatalité où ça le mène. Dans le même ton grinçant, Le Sphinx sans Secrets reste tout de même plus doux mais sa conclusion est bien plus frappante que les autres.

Tout ça pour dire que, non, découvrir Oscar Wilde à travers Le Fantôme de Canterville ou du Crime de Lord Arthur Savile et repousser Le Portrait de Dorian Gray n’est pas une mauvaise idée. Je dirai même que, même si n’êtes pas très sensible aux classiques et que Le Portrait de Dorian Gray est un morceau trop gros que vous n’arrivez pas à entamer, les nouvelles d’Oscar Wilde seront certainement à votre portée et il serait dommage de passer à côté d’un tel auteur !

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Bien que le clin d’œil ne soit pas très détaillé, on croise dans les pages Lady Windemere. Est-ce la même innocente jeune femme ? Il n’y a ni éventail, ni intrigue, juste le nom commun, mais je suis certaine qu’Oscar Wilde a placé ce nom volontairement.
• Il possible de lire les œuvres d’Oscar Wilde gratuitement sur le net maintenant, Le Crime de Lord Savile est disponible ici-même. Les autres ne sont certainement pas difficiles à trouver.





Grâce à ce bijou de la littérature irlandaise, j'en suis à ma quinzième contribution pour le challenge Victorien (dans la catégorie Charles Dickens)
organisé par Arieste (mille mercis à elle d'ailleurs). Si vous voulez nous rejoindre, tout est expliqué sur cet article !






dimanche 21 octobre 2012

The Picture of Dorian Gray, d'Oscar Wilde,

Enthralled by his own exquisite portrait, Dorian Gray exchanges his soul for eternal youth and beauty. Influenced by his friend Lord Henry Wotton, he is drawn into a corrupt double life, indulging his desires in secret while remaining a gentleman inthe eyes of polite society. Only his portrait bears the traces of his decadence. The Picture of Dorian Gray was a succès de scandale. Early readers were shocked by its hints at unspeakable sins, and the book was later used as evidence against Wilde at this trial at the Old Bailey in 1895.
Quatrième de couverture par Penguin Classics
---

Contrairement à beaucoup de lecteurs, je pense, je n’ai pas découvert Oscar Wilde par son œuvre majeure qu’est The Picture of Dorian Gray. J’avais lu quelques poèmes, quelques pièces de théâtre où j’ai eu un avant-goût de son style raffiné et à la philosophie décalée. Ce qui m’a prise tant de temps pour me décider à le lire enfin, c’est que je savais qu’après l’aventure sordide de Dorian Gray, il ne me resterait plus grand-chose à lire de ce fameux auteur que j’admire tant, pour son talent, pour sa vie. Oscar Wilde peut se contenter de quelques pages pour soulever énormément de conclusions (Je me souviens de la nouvelle Le Sphinx Sans Secret que j’avais énormément aimé, très court mais suffisant pour qu’on comprenne tout le sens de ses idées) et c’est une capacité appréciable chez lui.


The Picture of Dorian Gray n’échappe donc pas à la règle et se plie au style presque spirituel de l’auteur dandy. Déjà, qu’on se le dise : il n’y a rien de choquant dans The Picture of Dorian Gray, pas pour les dépravés du XXIème siècle en tout cas. Tout est dissimulé, suggéré et si les citoyens victoriens ont une imagination qui part très vite, ils n’ont qu’à s’en prendre qu’à eux-mêmes !
Plus sérieusement : le lecteur doit garder en tête que ce livre a été écrit  et qu’à cette époque, on faisait un scandale pour un peu tout et rien. Que le lecteur de 2012 ne s’attende pas à voir Dorian Gray dans des orgies sanguinaires et des rituels sataniques, ça ne se passe que dans le (très mauvais) film de 2009. De plus, si toutes les éditions mettent bien l’accent sur le côté horreur, il faut garder en tête que, malgré de très bons rebondissements, The Picture of Dorian Gray est surtout un livre axé sur la question la psychologie de la vieillesse. Comment les gens vivent les années qui passent, comment supportent-ils l’idée que leur visage se fripera, assailli par les rides… Jusqu’au jour où, un magnifique jeune homme se retrouve libéré de ce poids.
Maintenant, est-ce une bonne chose ? Le livre vous le dira, même si vous vous doutez déjà de la réponse.

Je pense que j'aurai acheté cette édition si elle était sortie plus tôt, je la trouve superbe.

Ce qui fait la base du livre est également ce triangle que forment les personnages principaux : Lord Henry Wotton, le raffiné cynique, le peintre Basil, l’artiste sensible et entre les deux, Dorian Gray, insouciant et capricieux. En somme, trois personnalités totalement opposés à la psychologie travaillée mais dont les interactions sont intéressantes. J’ai eu un gros coup de cœur pour Basil, personnellement, qui m’a ému plusieurs fois durant ma lecture.

Malheureusement, comme tout bon roman victorien, The Picture of Dorian Gray souffre de certaines longueurs : je me souviens avoir sauté pas mal de paragraphes du chapitre 10 qui concerne surtout des descriptions historiques qui font rêver Dorian Gray et qui explique en résumé dissimulé les 18 ans de débauche qu’il vient de passer. Pas de détails très palpitants donc sur le coup, mais on pardonne Wilde puisque dans la version initiale du livre, ce chapitre n’existait pas.
Par contre, il y a des chapitres tellement prenants qu’on pardonne ce petit défaut sans mal. Je pense notamment au chapitre 7 qui est une pure merveille. Les premiers chapitres aussi, la façon dont Lord Wotton décrit comment la jeunesse et la beauté fanent : il y a une vraie poésie dans les descriptions que j’ai eu du mal à rester insensible.

J’ai beaucoup apprécié cette lecture dans l’édition Penguin Classics : il y a un vrai travail de recherche sur l’œuvre. Que ce soit des notations renvoyant à d’autres œuvres (la référence à la Lady of Shalott quand Sybil dit « I have grown sick of shadows » par exemple, personnellement, j’adore ce poème mais tout le monde ne le connaît pas forcément et n’aperçoit donc pas le clin d’œil) ou encore aux événements historiques. Grâce à ces notes, j’ai constaté le nombre de fois que The Picture of Dorian Gray a été remanié, que ce soit par Oscar Wilde lui-même ou son éditeur !
En deux mots, si vous vous sentez capable de lire The Picture of Dorian Gray en anglais (un anglais très accessible malgré l’époque à laquelle il a été écrit), je vous conseille vivement l’édition Penguin Classics avec tous les renseignements.

J’ai donc passé un très bon moment de lecture en compagnie de Dorian Gray, me laissant avec un sentiment de satisfaction et de nombreuses questions à propos de l’art, de la beauté et de la (stupide) jeunesse.

En bonus, j’aimerai juste pousser un petit coup de gueule contre ce film de 2009 (vous remarquerez que les critiques positives sur ce livre sont principalement écrites par des gens qui reconnaissent ne pas avoir lu l’œuvre alors que d’un autre côté, les critiques négatives viennent surtout de personnes qui ont lu le livre). À part deux acteurs que j’aime énormément (Colin Firth et Rebecca Hall même si son rôle sert un peu à rien), j’ai trouvé le reste raté. Certes, l’ambiance est pas mal. Après, peut-être aussi parce que je n’ai pas du tout aimé Ben Barnes (il a l’air d’être un brave gars, hein, mais pas à l’écran, pas dans ce rôle). Voir Dorian Gray en brun, déjà, c’est mal passé pour une raison qui m’est chère : j’imagine toujours Dorian Gray avec les traits de Lord Alfred Douglas, dit Bosie (voir photo ci-contre). Blond, aux airs angéliques, innocents, insouciant… Ben Barnes, on voit d’office qu’il va s’agir du jeune homme prétentieux et démoniaque. J’ai d’ailleurs longtemps cru que le personnage de Dorian Gray avait été inspiré par cet amant d’Oscar Wilde. Et j’avais du mal à ne pas assimiler Oscar Wilde à Lord Wotton et Basil : Lord Wotton pour le côté dandy, philosophe, Basil pour le côté amoureux, sensible et artiste. J’ai eu une sacrée surprise en voyant qu’Oscar Wilde n’avait rencontré Alfred Douglas qu’en 1891, soit un an après la publication du livre (prenez en compte que la rédaction a pris à peu près un an). 
J’ai toujours trouvé ce détail particulièrement perturbant d’ailleurs : le hasard faisait-il un peu trop bien les choses dans la vie de l’écrivain ?





Cette chronique est aussi ma onzième contribution dans le cadre du challenge Victorien (dans la catégorie Charles Dickes) organisé par Arieste (mille mercis à elle d'ailleurs). Si vous voulez nous rejoindre, tout est expliqué sur cet article !






             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Remanié à plusieurs reprises même après la mort d’Oscar Wilde, The Picture of Dorian Gray a servi de "preuve" lors de son procès (Oscar Wilde a été arrêté pour son homosexualité affichée et qu’une loi de 1885 interdisait fermement les rapports entre hommes).
• Bien que sa plume a donné naissance à beaucoup d’œuvres littéraires, The Picture of Dorian Gray est l’unique roman d’Oscar Wilde, le reste n’étant que des nouvelles, poèmes, pièces de théâtre et lettres.
• The Picture of Dorian Gray a également été écrit pour le magazine américain Lippincott's Monthly Magazine (apparu en 1868 et disparu depuis 1916). Le 30 Août 1889, lors d’un dîner réunissant des figures littéraires, le manager Joseph M. Stoddart fait part de son désir de faire un thème exclusivement sur la littérature anglaise : c’est ainsi qu’il demande à Oscar Wilde d’écrire un roman, qui sera The Picture of Dorian Gray, mais également Sir Arthur Conan Doyle, qui écrira pour le magazine Le Signe des Quatre (The Sign of Four).
• Dans cet ouvrage, Oscar Wilde fait énormément de références à ses travaux antérieurs, notamment L'éventail de Lady Windermere, Le Sphinx sans Secrets, etc.

vendredi 6 juillet 2012

Histoires de fantômes irlandais, de Jeremiah Curtin,


Collectés par Jeremiah Curtin dans l’Ouest de l’Irlande lors de l’un de ses nombreux voyages et restés jusqu’à ce jour inédits en France, ces contes reflètent l’état des croyances sur la mort et les revenants dans la population irlandaise de la fin du XIXème siècle.
Des fantômes facétieux et farceurs, à ceux qui détiennent un trésor et veulent, coûte que coûte, le conserver, en passant par les fantômes tueurs ou buveurs de sang ou même les vaches-esprits, Jeremiah Curtin a regroupé ici un fantastique tableau de tous ces fantômes, esprits et revenant qui peuplent la Terre d’Irlande…
Quatrième de couverture par Terre de Brume, collection Bibliothèque Celte.
---

Réunies en 2009, ces histoires rapportées par Jeremiah Curtin entre 1887 et 1893 de divers irlandais témoins de faits étranges ou d’anecdotes sympathiques.
Déjà, j’ai beaucoup aimé la présentation du début : le narrateur réunit une petite soirée avec de vieux habitants qui raconteront à tour de rôle leurs histoires personnelles ou entendues. Chaque nouvelles sont donc coupées comme des chapitres, interrompues par des petites discutions qui articulent chaque récit. Malheureusement, si cette tradition dure jusqu’à la moitié du livre, la suite (et ce, jusqu’à la fin) se contente d’un vulgaire alignement à la suite de plusieurs nouvelles. Sans plus.

Que nous réservent donc ces nouvelles alors ?
Je dirai que les surprises sont très inégales. Certaines sont dignes des prouesses médiévales et des légendes populaires, alors que d’autres sont d’une telle monotonie, d’une telle ressemblance qu’on finit même par les confondre. Après, j’ai eu bien évidemment des coups de cœur, pour la première par exemple : John Connors et les esprits. Ou encore Daniel Crowley et les revenants, La Fille et le Voleur (gros, gros coup de cœur pour celle-ci en fait), Maurice Griffin, Le Docteur esprit, Les Trois Sœurs mariées aux Trois Frères (même si elle ne concerne pas tellement de fantômes mais plus de ruse féminine) et quelques autres. 
Mais quant au reste, je dirais que les nouvelles sont gâchées par un sentiment d’inachèvement. Il y a souvent une impression de déjà-vu et certaines sont narrées d’une façon très torchée. Cela dit, ça m’a donné à certains moments de sacrées crises de rire. Je pense à un passage de la page 52 :

« Quand la femme revint, [son] enfant ne criait [plus].
- Qu’est-ce que vous avez fait pour le calmer, demanda-t-elle.
- Je n’ai fait que lui découvrir le visage et lui dire que je le tuerais s’il ne se tenait pas tranquille et je suppose que l’enfant est effrayé, comme je suis étranger.
- Vous pouvez rester passer la nuit avec nous, dit la femme. »

… Je veux dire… Y a-t-il plus creux comme réponse pour l’inconnu qui vient de menacer de mort votre fils ? Et pourquoi pas lui proposer un poulet une fois qu’il aura étranglé l’être dans le berceau ? (Bon, ok, ce qui se trouve dans le berceau n’est pas son fils. Mais cette pauvre femme l’ignore !)
Au final, le mieux à faire est de lire ces histoires et de les raconter à des amis friands de culture irlandaise et d’histoire de fantôme (c’est dans mes projets en tous cas), mais essayez d’être plus vif dans votre narration.

Alors, dans le fond, ce n’est pas ça qui m’a le plus frustrée dans ma lecture. À la rigueur, j’aurai accordé tout de même un 3. Alors pourquoi seulement un 2/5 ?
Jeremiah Curtin nous propose de bonnes histoires sur la Mort vue par les Irlandais, leurs Dieux, leurs croyances. Il nous propose même quelques mots de vocabulaire gaélique (Aghraghil signifie mon amour, mon chéri. Musha signifie en vérité, vraiment. Etc.). Et il va jusqu’à mentionner aussi l’ancienneté de cette culture (que moi-même j’admire) pointant du doigt qu’elle était antérieure à la religion catholique et qu’elle avait inspiré la plupart des croyances modernes. C’est une idée très intéressante qui m’aurait convaincu si Jeremiah Curtin ne s’était pas contenté d’un avis sans suite et sans preuve… À la place, il continue sur sa lancé d’anecdotes des alentours, comme si de rien n’était. À part cinq mots gaéliques, Jeremiah Curtin ne nous apprend quasiment rien sur les traditions irlandaises et les méthodes de l’époque (deux trois coutumes et ça s'arrête là). Autant dire que si cela se passait au Pays de Galles ou en Russie, nous n’aurions pas vu la différence vu le peu de détails offerts.
Ce qui a, forcément, contribué à ma frustration. 

En clair, je suis restée sur ma faim et bien que certaines histoires m’ont diverti et que j’en partagerai certaines à des soirées et dans des pub, je trouve Histoires de fantômes Irlandais très pauvre culturellement. Par exemple, les banshee, pourtant très connues du folklore irlandais, n’apparaissent qu’une fois et en une passage trop rapide, sans explication.

Ce livre peut donc convenir à ceux qui veulent juste avoir un avant-goût dans les histoires irlandaises (et non les mythes) mais pour les plus férus qui s’attendaient à une vraie mine de connaissance, je ne recommanderai pas cet ouvrage-ci.
Sauf si votre curiosité l’emporte. Après, je ne considérerai pas Histoires de fantômes Irlandais comme une perte de temps non plus. Juste : ne vous emballez pas trop vite.

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Sur la quatrième de couverture, la brève biographie de Jeremiah Curtin : « Né aux États-Unis en 1835 dans une famille d’origine irlandaise, Jeremiah Curtin étudie à Harvard dont il sort diplômé. Grâce à une particularité exceptionnelle (il parle 70 langues et dialectes), il voyage à travers le monde à la rencontre des peuples et des cultures qui le fascinent tant. C’est lors de ces trois voyages en Irlande qu’il réalisera cette collecte de contes. Il meurt en 1906 dans le Vermont. »

vendredi 20 avril 2012

Carmilla, de Sheridan Le Fanu,



Dans un château de la lointaine Styrie, au début du XIXème siècle, vit une jeune fille solitaire et maladive.
Lorsque surgit  d'un attelage accidenté près du vieux pont gothique la silhouette ravissante de Carmilla, une vie nouvelle commence pour l'héroïne. 
Une étrange maladie se répand dans la région, tandis qu'une inquiétante torpeur s'empare de celle qui bientôt ne peut plus résister à la séduction de Carmilla... Un amour ineffable grandit entre les deux créatures, la prédatrice et sa proie, associées à tout "par la plus bizarre maladie qui eût affligé un être humain".
Métaphore implacable de l'amour interdit, Carmilla envoûte jusqu'à la dernière ligne... jusqu'à la dernière goutte de sang !
 Quatrième de couverture par Le Livre de Poche 

---

Comme quoi, le succès de Twilight n'a pas que des mauvais côtés puisque les éditeurs en ont profité pour rééditer tous les livres possibles sur les vampires. Dracula a eu droit à des relifting étonnants à n'en plus finir et ses ancêtres étaient de nouveau sur le marché, dont la fameuse Carmilla, par Sheridan Le Fanu.

Que dire de ce livre à part que j'avais deux euros dans la poche et que je l'ai acheté durant une balade comme on peut acheter une glace en chemin. Un p'tit creux littéraire en somme. Et très vite englouti au final.
Le résumé de Livre de Poche résume toute la situation de départ et la suite du scénario est sans surprise. Il faut savoir que c'est un roman très classique, avec des personnages presque caricaturales. Je citerais Laura en exemple, l'héroïne, qui est la parfaite jeune fille d'une famille respectable du XIXe siècle. Pourtant, malgré cette galerie de personnages un peu fades, le charme est bien présent pour ceux qui acceptent de se prêter au jeu. Le plus remarquable, selon moi, c'est le décor : les descriptions ne saturent pas et pourtant, un peu d'imagination suffit pour voir les scènes vécues par cette malheureuse famille isolée dans le froid. Si le style de Le Fanu est parfois un peu brumeux, il reste tout de même accrocheur. On note aussi que le récit est à la première personne, la "marque" du roman gothique dans toute sa splendeur.

Au final, ce petit roman n'en fait pas des tonnes et nous administre une dose juste et efficace d'angoisse. Peut-être un peu trop faible puisqu'on oublie un peu vite ce récit qui fait à peine 115 pages. Mais personne ne pourra nier le fait que Carmilla est en réalité la source d'inspiration de bien des récits d'horreur que l'on connaît de nos jours et qu'il s'agit d'une œuvre qui mérite un peu d'attention. Et les amoureux des vampires passeront quand même un agréable moment.

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Contrairement à ce que l'on dit, Carmilla n'est pas le premier roman vampirique de l'histoire et a été précédé par Le Vampire écrit par Polidori en 1819. En revanche, il est l'un des romans à avoir inspiré Bram Stoker pour Dracula.
• L'épouse de Le Fanu, Susanna, meurt vers 1858 et l'écrivain en sera affecté jusqu'à sa propre mort. Certaines incohérences du roman Carmilla sont mises sur le compte de cette dépression encore tourmentée par des cauchemars et des hallucinations.