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jeudi 31 mars 2016

Les Fiancés de l’Hiver, de Christelle Dabos,

Sous son écharpe élimée et ses lunettes de myope, Ophélie cache des dons singuliers : elle peut lire le passé des objets et traverser les miroirs. Elle vit paisiblement sur l’Arche d'Anima quand on la fiance à Thorn, du puissant clan des Dragons. La jeune fille doit quitter sa famille et le suivre à la Citacielle, capitale flottante du Pôle. À quelle fin a-t-elle été choisie ? Pourquoi doit-elle dissimuler sa véritable identité ? Sans le savoir, Ophélie devient le jouet d’un complot mortel.
Quatrième de couverture par Gallimard.
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« Clouée sur place, Ophélie était incapable de bouger. Il était là. L’homme qui était sur le point de déstructurer sa vie était là. Elle ne voulait ni le voir ni lui parler.
[…] Enivrée de bruits et de pluie, à demi consciente, Ophélie passa de visage en visage jusqu’à tomber sur le poitrail d’un ours polaire. Hébétée, elle ne réagit pas quand l’ours marmonna un « bonsoir » glacé, tout là-haut, loin au-dessus de sa tête.
— Les présentations sont faites ! s’époumona sa mère au milieu des applaudissements polis. À vos fiacres ! Il ne s’agit pas non plus d’attraper la mort. »
P. 61

Dur de sauter de blog littéraire en blog littéraire comme Ophélie de miroir en miroir sans apercevoir la couverture bleu givré du premier tome de La Passe-Miroir. Et bah paf : désormais, quand vous passerez dans mon domaine, vous verrez aussi ce château ambulant monochrome enroulé dans sa banderole avec le titre et le nom de l’auteur qui m’a emportée dans son monde.
Ce n’est pas que je veux participer au harcèlement, mais je tiens à apporter ma pierre à l’édifice qui encense Christelle Dabos car effectivement, Les Fiancés de l’Hiver est un très, très bon livre.

Après une ou deux mauvaises surprises concernant ma lecture (il s’agissait d’un emprunt à la bibliothèque, je sais maintenant que je vais aller carrément les acheter), j’ai réussi à plonger dans l’histoire. Première mise en garde : je m’imaginais du Fantasy avec des princesses et des dragons, toutefois La Passe-Miroir verse plutôt dans le steampunk féerique : moins de vapeur, plus de magie, mais les corsets et le tea time sont au rendez-vous. Seconde mise en garde : je ne classe pas trop vite le livre en jeunesse car il s’approche plus du Young Adult, du Young Adult mature même. Les détails ne sont pas brutaux et le contexte reste relativement doux, toutefois, les aventures d’Ophélie embarquée par Thorn s’adressent à un public plus âgé que celui de Darkwind par exemple.
Là, j’ai pu plonger pleinement dans le monde de Dabos et j’ai été totalement conquise.

La première preuve est qu’il y a longtemps que je ne me suis pas montrée aussi curieuse concernant la relation ambiguë entre deux protagonistes : ce qui lie Ophélie et Thorn fait penser à Catherine et Heathcliff ou Jane Eyre et Rochester. Je ne suis pas fan des relations construites sur la méfiance, le conflit, la haine même, mais quand la recette marche, il n’y a rien à redire et je surveille attentivement chaque signe entre les deux frigides de La Passe-Miroir comme je surveillais chaque sous-entendu de Rochester adressé à Jane ou chaque sourire que Yennefer peut accorder à Geralt.
Les autres personnages semblent posséder aussi beaucoup de charisme, malheureusement, étant cantonnée au premier tome et les secrets étant encore bien ficelés, l’honnêteté n’est pas au rendez-vous et je ne peux pas encore me prononcer sur la galerie autour… Sauf concernant la grand-mère de Thorn qui réserve des surprises. De bonnes surprises.

Des portraits que l’on peut trouver sur le site officiel.
C’est là le second point qui a réussi à me convaincre : l’intrigue est admirablement bien menée. Les mensonges sont partout et chacun poursuit des objectifs personnels, des buts privés. Difficile de percer à travers ces masques et les lecteurs devront se montrer patients, d’autant plus que des réponses ne seront pas apportées dans ce premier tome.
Les retournements de situation sont efficaces, la trame suit un rythme agréable et le monde, original, dresse un cadre unique.

Le style est très agréable, bien que si je devais reprocher une chose, ce serait au niveau des répétitions (j’ai surtout été marquée par les nombreux « grignotements des gants d’Ophélie », je ne sais pas pourquoi, cette phrase m’a marquée)  mais c’est peut-être vraiment le seul point que j’ai relevé sans être gênée : l’avancement est fluide, clair et conviendra aussi bien aux jeunes lecteurs qu’aux bons rats de bibliothèque mordus de Balzac.

Et enfin, certainement mon portrait préféré d'Ophélie signé Kiramizuno.

Ce premier tome de La Passe-Miroir, lu dans le cadre du Baby Challenge Fantasy et que j’ai repoussé longtemps, est donc une réussite totale auprès de moi : les personnages captent l’attention, leurs mystères attirent et le monde est assez intriguant pour que le lecteur veuille gratter tout le vernis qui recouvre cette féerie.
Ma seule question est maintenant de savoir où Christine Dabos va entraîner ses lecteurs. Une seule chose est certaine : j’ai hâte de savoir ce que les autres tomes réserveront.

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• L’histoire de la publication des Fiancés de l’Hiver est suffisamment intéressante pour être mentionnée, mais au lieu d’un discours, je vous transmets ce qu’on trouve à la première page :
« Au printemps 2012, Gallimars Jeunesse, RTL et Télérame ont lancé un grand concours ouvert à tous ceux qui rêvent d’écrire pour la jeunesse. Parmi les 1 362 textes reçus, un jury composé d’éditeurs, d’auteurs, de journalistes, de libraires et du public a désigné le gagnant en Juin 2013. C’est ce livre que vous avez aujourd’hui entre les mains. »
(ou pas si vous ne le possédez pas, mwah)
• Bien que l’histoire ne se passe pas dans notre monde, j’ai raccroché l’étiquette Historique : Belle Époque selon les dires de Christelle Dabos : « La Passe-miroir est une série littéraire qui mélange Fantasy et Belle Époque. » (depuis le site officiel). Évidemment, ne vous attendez pas à croiser Georges Méliès, mais ça donne une idée du contexte qui n’est pas médiéval mais plutôt Belle Époque.

lundi 15 février 2016

L'Élixir d'Oubli, de Pierre Pevel,

Dans un Paris de la Belle Époque où se côtoient gnomes, dryades, chats-ailés et arbre enchantés, Louis Denizart Hippolyte Griffont, membre reconnu d’un club de gentlemen magiciens, est sur une nouvelle affaire de meurtre. La victime est un antiquaire apparemment sans histoires, mais l’enquête du mage le conduit à un nom que beaucoup redoutent : Giacomo Nero. Cet ambitieux mage noir pourrait bien être mêlé à une intrigue trouvant ses origines à l’époque de la Régence.
En ce temps-là, Griffont était le chevalier de Castelgriffe. Érudit désinvolte et mage libertin, il s’apprêtait à affronter une société secrète et, ce faisant, collaborait pour la première fois avec une certaine baronne de Saint-Gil.
Cependant, révéler aujourd’hui les secrets du siècle passé pourrait bien éveiller un conflit s’étendant jusqu’à l’OutreMonde…
Quatrième de couverture par Bragelonne.
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« [Isabel de Saint-Gil] était une fée et jouissait à ce titre d’une élégance innée, d’une beauté rare et d’une assurance sans faille. Les lecteurs qui la connaissent déjà savent qu’elle ajoutait à ces qualités un caractère de cochon. »
P. 119

Je poursuis la découverte du Paris des Merveilles où la capitale est habillée des plus beaux artifices. Je n’ai pas choisi cette lecture au mois de Novembre pour rien : j’avais besoin de baume au cœur, j’avais besoin de revoir un Paris où le plaisir et l’élégance s’invitent dans le quotidien de ses citoyens et je me suis désespérément accrochée à cette beauté que partage Pevel, à la fois féerique et réelle.
Encore une fois,
Collette cartonne !
La fameuse question que soulève un seconde tome est "est-ce mieux ? Est-ce moins réussi ?", pour moi, L’Élixir d’Oubli est en parfaite continuité avec Les Enchantements d’Ambremer, mais ce serait mentir que de dire que les deux lectures sont similaires : quelques surprises viennent s’ajouter. Je ne vous les révélerai pas toutes, mais au moins une : les changements d’époque. J’avoue que j’ai eu peur pendant quelques secondes en commençant ma lecture : pourquoi quitte-t-on la Belle époque ?! En fin de compte, on voyage en traversant les siècles et on creuse le décor et les vies comme des archéologues pour se familiariser avec l’histoire entière d’Isabelle et de Griffont.
Donc ne soyez pas perdu comme je l’avais été dès la première page.

D’autant plus que j’ai aimé retrouver ces personnages et mieux encore : connaître davantage ces acteurs hauts en couleurs les ont rendu plus touchants. Mon seul regret concerne la reine Méliane : ne vous laissez pas influencer par la couverture, aussi belle soit-elle, car elle n’apparaît pas vraiment plus qu’au tome précédent.
J’espère que Pierre Pevel autorisera ses lecteurs à approcher cette reine. Mais après tout, c’est respecter la nature-même de la fée des légendes arthuriennes : ne jamais répondre à la curiosité des hommes et être une figure que l’on peut uniquement admirer de loin, qui s’échappe dès qu'on s’approche de trop près.
Dur de faire l’impasse sur Mucha.
Pour rester sur les légendes arthuriennes, mes semblables passionnés se régaleront des quelques références qui s’immiscent dans ce second tome.

La féerie trouve donc bien sa place bien qu’on ne découvre plus tout un inventaire d’objets enchantés comme dans Les Enchantements d’Ambremer. Les tendances de steampunk qui ne marche pas à la vapeur mais à la magie est moins ressentie mais puisqu’il s’agit d’une seconde lecture, on imagine sans mal cette ambiance magicpunk (?).
On imagine sans mal non plus que malgré le merveilleux, Paris est le théâtre d’un complot qui peut devenir rapidement sanglant et plutôt que des séries d’explications sur des accessoires de magiciens, Pevel nous sert des rebondissements ponctués d'action : L’Élixir d’Oubli n’est clairement pas un tome lent où le lecteur prendra son mal en patience.

Ceux qui ont aimé Les Enchantements d’Ambremer et qui veulent retrouver Griffont, Isabelle et (surtout) Azincourt peuvent se lancer sans regret dans ce second tome : L’Élixir d’Oubli propose un nouveau mystère à éclaircir avec des personnages qui sont encore recouverts d’un voile qui ne demande qu’à être levé.

Cette chronique peut rejoindre deux challenges : celui des Légendes Arthuriennes et l’idée 77 du Challenge des 170 Idées :

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Chronique du premier tome, Les Enchantements d’Ambremer.

mercredi 24 juin 2015

Les Enchantements d'Ambremer, de Pierre Pevel,

Les messieurs ont des fières moustaches, des chapeaux melons ; les dames portent des corsets, des jupons, des bottines à boutons. Déjà, de rutilants tacots pétaradent parmi les fiacres le long des Grands Boulevards aux immeubles haussmanniens. Mais ce n’est pas le Paris de la Belle Époque tel que nous l’entendons : la tour Eiffel est en bois blanc, les sirènes ont investi la Seine, les farfadets, le bois de Vincennes, des chats-ailés discutent philosophie et une ligne de métro permet de rejoindre le pays des fées.
Occupé à enquêter sur un trafic d’objets enchantés, Louis Denizart Hippolyte Griffont, mage du Cercle Cyan, se retrouve mêlé à une série de meurtres. Confronté à des gargouilles immortelles et à un puissant sorcier, Griffont n’a d’autre choix que de s’associer à Isabel de Saint-Gil, une fée renégate que le mage ne connaît que trop bien…
Quatrième de couverture par Bragelonne.
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« Que se serait-il passé si l’OutreMonde [le monde des fées], à la faveur d’une conjonction astrale propice, ou d’un caprice du destin, avait librement étendu son influence sur Terre pour l’imprégner de merveilles que le temps écoulé nous aurait bientôt rendues familières ? Avec votre permission, admettons qu’il en fût ainsi et transportons-nous au début du XXème siècle, en France. » 
P. 6

Et j’ai accordé ma permission à Pierre Pevel sans le moindre regret.
Déjà, restons honnêtes : si je me suis jetée sur le Paris des Merveilles, c’est que j’ai eu un vrai coup de cœur pour le travail de Xavier Collette, l’auteur des nouvelles couvertures pour Bragelonne. D’ailleurs, je ricanais sous cape car, dans les transports en commun, plus d’une paire d’yeux s’est accrochée à la couverture des Enchantements d’Ambremer.
Bon, ensuite, parce qu’on ne juge pas un livre à sa couverture, j’ai cédé au profil de la baronne de Saint-Gil parce que je connaissais déjà l’auteur Pierre Pevel avec sa trilogie de Wielstadt et le thème de la Belle-Époque a achevé de m’attirer dans le filet. Un Paris de 1909 qui accueille les fées et autres merveilles, le sujet me tentait et ce premier tome est réellement une aventure qui enchante et fait rêver.
Déjà, comme pour la trilogie de Wielstadt, j’ai apprécié le fait que Pevel sorte des créatures plus discrètes dans la Fantasy : les fées sont à l’honneur mais également les dragons, les gnomes et d’autres surprises qu’on croise trop peu dans les autres œuvres du genre. Les surprises ne s’arrêtent pas là, car Paris est totalement réinventé et s’offre sous une toute nouvelle image avec des allures qui mêle le féerique et le steampunk. Et pourtant, on reconnaît bien la capitale française et j’avais envie de revenir me promener dans les quartiers cités !
On reconnaît également l’époque car Pevel sème de nombreux clins d’œil et le lecteur croise donc le cinéaste George Méliès, les techniques policière d’Alphonse Bertillon, les œuvres du regretté Jules Verne et d’autres encore. On baigne presque dans le roman historique !

Ce qui aide, dans cet habile mélange, c’est que le lecteur est moins perdu que lorsqu’il débarque en Terre du Milieu ou à Westeros : les informations guident pas à pas et on se familiarise très vite avec l’Histoire, les cercles des mages et les trois mondes croisés durant l’aventure en gardant un cadre pourtant familier.

« À l’époque déjà, les esprits sages niaient l’existence de l’OutreMonde et de ses prodiges. Et les mêmes, aujourd’hui, continuent doctement à vouloir peindre nos rêves en gris… »
P. 5

Je suis contente d’avoir retrouvé la plume de Pevel, inspiré et fluide, bien que j’ai eu quelques difficultés avec la narration : j’ai toujours eu du mal avec les styles où l’auteur a un contact direct avec le lecteur. Mais le fait d’avoir déjà lu Pevel fait que j’aie mieux digéré cette particularité, sans compter que le ton pourrait s’accorder avec celui d’un chat-ailé (oui, en imaginant que l’histoire est racontée par Azincourt, le chat-ailé de Griffont par exemple).
Je partage un extrait pour illustrer ce que je sous-entends et qui ne plaît pas forcément à tout le monde concernant la référence au Fantôme de l’Opéra de Gaston Leroux : « [La loge] que l’on ne réservait plus à personne depuis les événements dont Gaston Leroux fit le récit dans Le Fantôme de l’Opéra, génial roman que le lecteur est invité à découvrir, si nécessaire, dès qu’il aura achevé celui-ci. » P. 64, personnellement, ayant lu et adoré Le Fantôme de l’Opéra, la référence a étalé un gros sourire sur ma figure, mais chacun peut avoir sa réaction...
Ce ton ajoute donc un élément à la lecture et installe davantage le lecteur non pas dans un livre mais dans un salon parisien où on se tient correctement dans son fauteuil.
Il ajoute aussi une pointe d’originalité puisque ce roman n’est pas qu’une réécriture de Paris : une enquête occupe la majorité de la trame et entraînera son public dans des complots de la Haute, se mariant donc parfaitement à ce ton gentiment pédant et complice (donc je confirme : comme une anecdote partagée avec Azincourt, il ne reste qu’à imaginer l’accent anglais).

Finalement, j’ai quand même été captivée et j’ai dévoré cette énigme originale et logique (oui, car bon, c’est Fantasy mais l’auteur ne commet par l’affront de tricher). Certaines questions restent en suspens et me donnent envie de poursuivre avec L’Élixir d’Oubli, sans compter que je serai ravie de retrouver ces personnages qui ne manquent pas de charme et qui sont encore bien mystérieux.

Et pour finir, une illustration de Grégos, 
trois autres vous attendent à ce lien et qui vous rappelleront des moments de lecture.

Je peux raccrocher cette chronique à l’idée n°51 du Challenge des 170 Idées grâce à la couverture et au titre, car Paris est ma ville natale et quand je m’y rends, je me sens toujours comme chez moi dès que j’aperçois la Tour Eiffel depuis le métro.

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Une petite nouvelle bonus intitulée Magicis in Mobile vient conclure ce premier tome.

lundi 24 novembre 2014

Les Aventures de Sherlock Holmes [Tome 3], d'Arthur Conan Doyle,


Il vit à Londres, au 221B Baker Street, à la fin du dix-neuvième siècle. Il a des idées un peu bizarres… Il se passionne pour certaines branches de la science. Il est assez calé en anatomie, est un chimiste de premier ordre qui, malgré des études très décousues et excentriques, a amassé un tas de connaissances peu ordinaires. Il n’est pas aisé de le faire parler, bien qu’il puisse être assez expansif quand l’envie lui en prend. Il joue du violon.
Il a un métier : dénouer des énigmes étranges auxquelles il est le seul à pouvoir apporter une solution.
Il a un défaut : il affectionne les drogues.
Il a un ami : le docteur Watson, témoin et narrateur de ses aventures.
Son créateur, Arthur Conan Doyle, a inventé le récit policier moderne.
Il s’appelle Sherlock Holmes.
Quatrième de couverture par Omnibus.
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« — Cela signifie qu’il y a une affaire en cours, je suppose ?
— Oui monsieur ; il est à fond là-dessus en ce moment. Je m’inquiète pour sa santé. Il est de plus en plus pâle et maigre, et il ne mange rien. « Quand désireriez-vous dîner, monsieur Holmes ? » lui a demandé Mme Hudson. « À sept heures et demi, après-demain », a-t-il dit. Vous savez comment il est lorsqu’une affaire l’inspire. »
P. 707

Rencontré il y a maintenant plus de cinq ans, j’avais dans l’objectif d’acheter toutes les nouvelles et tous les romans d’Arthur Conan Doyle qui met en scène son célèbre détective Sherlock Holmes. J’avais opté pour les éditions Omnibus car les trois tomes sont bilingues et y sont représentées les illustrations de Sidney Paget, illustrations d’époque. Depuis, ni Holmes, ni son fidèle Watson n’ont quitté ma vie de lectrice : ils se sont immiscés dans des pastiches, des adaptations, des clins d’œil dans des romans policiers… Et même à un cours de de criminologie de trois heures où l’enseignante mettait l’accent sur les méthodes de déductions et tout ce que l’œuvre de Doyle a apporté à la police (ce n’est pas pour rien si un programme de la police anglaise se nomme HOLMES 2).
Et pourtant, il fallait bien que je finisse par m’en séparer. Ou presque. Si j’ai acheté les trois tomes, c’était pour les lire, et si j’ai dévoré les deux premiers en l’espace de deux ans, j’ai longtemps repoussé la lecture du dernier tome. Ce n’est que grâce au Challenge Écosse que j’ai fini par me pousser un peu au cul et à me lancer dans ces dernières enquêtes.
Je dois dire que j’ai été très surprise : Doyle s’autorise plus d’anecdotes, d’humour et dote même son héros d’un côté plus humain, comme si Holmes en était venu à délaisser son image de cerveau penseur. Placé face à de situations assez sentimentales et violentes, Sherlock Holmes devient plus réaliste que jamais, surtout aux côtés de son ami Watson.
Je n’ai pas regretté cette lecture : Doyle ne perd pas la main dans la construction de mystères intelligents même si il délaisse un peu les méthodes. Mes impressions en détails ci-dessous…
Pour rappeler un peu le premier et le second articles, je note les romans et aventures au cas par cas avec mes impressions, à savoir que la note finale n’est pas une moyenne de toutes les notes ci-dessous, c’est une impression générale.


             • La Vallée de la Peur (titre original, The Valley of Fear, publié en Décembre 1915) 3/5
Dernier roman de Sherlock Holmes, La Vallée de la Peur offre une enquête qui peut s’étendre et se compléter. Je n’ai pas été totalement emballée cependant car le récit se rapproche un peu trop de celui d’Une Étude en Rouge à mon goût, le plaisir de la rencontre en moins.
Doyle nous entraîne tout d’abord dans un décor typiquement anglais : un magnifique château médiéval, des douves humides et des nuits glauques qui, grâce à leur tranquillité et leur silence, permettent à des crimes de s’opérer. Bien sûr, tout ce début était à mon goût, surtout grâce à cette remarque de Watson : l’existence quasi-éternelle d’un château perturbée par un meurtre victorien qui fait l’effet d’une fausse note. Une pointe de modernité qui entache cette fresque médiévale si parfaite.
[Ci-contre, La jeune fille à l’agneau, de Jean-Baptiste Greuze, un tableau au goût d’un redoutable professeur.]
Le mystère est aussi riche que le décor : les indices sont intéressants et les énigmes ne se démêleront pas facilement. La conclusion, en tout cas, ne sera pas uniquement apportée par Holmes, un autre élément s’ajoutera.
Je serai franche : j’ai eu du mal à accrocher à la suite du récit. Le décor bascule trop brusquement et c’était très dur de retrouver le fil tout en gardant en mémoire les indices du début.
Le final rattrape un peu le tout, mais voilà, mon intérêt était bien tassé.
La Vallée de la Peur reste un roman très sympathique mais, quand on a déjà lu Une Étude en Rouge, il y a comme une impression de redondance. D’autant plus que le format n’est, selon moi, pas pleinement exploité par Doyle.

Son Dernier Coup d’Archet,
             • Wisteria Lodge (titre original, The Adventure of Wisteria Lodge, publié la première fois en Août 1908) 4/5
Avec Wisteria Lodge, on se retrouve dans une demeure aussi immense que l’énigme qui fera la joie de Sherlock Holmes et du docteur Watson (enfin, presque pour ce dernier…) : un client suspecté, des rituels macabres, une victime à l’honnêteté questionnable, des intentions décalées et une apparition effrayante et presque surnaturelle ! Bref, Doyle a de quoi occuper son lecteur avec cette nouvelle où les filons sont nombreux et la conclusion est surprenante !
Je regrette juste que, à la façon d’Anne Perry, Doyle délaisse quelques indices qui sont trompeurs, ainsi, l’idée que je me faisais sur l’ambiance était fausse, mais ce défaut est rattrapé par un élément de taille, ou un personnage plutôt : l’inspecteur Baynes. Mais je n’en dis pas plus, cela pourrait gâcher les surprises du personnage~
             Quelques anecdotes sur cette nouvelle,
• Dès le début, Sherlock Holmes fait allusion à La Ligue des Rouquins et Cinq Pépins d’Orange, nouvelles apparues dans les Aventures de Sherlock Holmes.
• C’est une des aventures où Watson annonce une date, 1892, mais Holmes est sensé faire le mort et ne réapparaît qu'en 1894.
             • Le Cercle Rouge (titre original, The Adventure of the Red Circle, publié la première fois en Mars 1911) 3/5
Si Doyle fait toujours preuve d’imagination même dans ce recueil, il faut reconnaître qu’il faut attendre un peu avant d’assister à des prouesses d’originalité : le schéma du Cercle Rouge se rapproche un peu trop de celui de La Vallée de la Peur. [spoiler]On enchaîne trois fois à la suite avec des organisations criminelles[/spoiler] et il y a un effet un peu redondant, un rythme très lassant.
L’énigme est pourtant au départ très captivante avec des indices intrigants, poussant à la curiosité. Mais voilà, le thème m’a quelque peu ennuyée et la fin n’a pas réussi à me recaptiver.

             • Les Plans du Bruce-Partington (titre original, The Adventure of the Bruce-Partington Plans, publié la première fois en Décembre 1908) 3/5
Déjà, le vrai plaisir des Plans du Bruce-Partington, c’est la présence de Mycroft Holmes. C’est d’ailleurs la dernière fois qu’on le rencontre et il faut bien en profiter. Et si cette énigme ne manque pas de charme, la note assez mitigée vient du fait que c’est moi qui ai déconné : persuadée que j’avais déjà lu la nouvelle, j’ai visionné l’épisode de la série Granada. Je me souvenais du tour avec les volets, de l’agitation dans la gare, l’astuce des rails… Bref, je n’avais eu aucune surprise.
Mais le bon signe dans tout ça, c’est que l’enquête est digne des plus célèbres nouvelles de Doyle et que l’adaptation m’a tellement marquée que dès le début de ma lecture, ma mémoire était totalement rafraîchie.
             • Le Détective Agonisant (titre original, The Adventure of the Dying Detective, publié la première fois en Novembre 1913) 4/5
Arthur Conan Doyle ne manque pas d’imagination malgré sa plume assez chirurgicale et pauvre : pour Le Détective Agonisant, le lecteur se retrouve aussi désemparé que Watson devant la détresse d’un Sherlock Holmes mourant à petit feu. Comment le détective agonisant pourrait résoudre une énigme en étant cloué au lit, suant et délirant. Pire : il refuse l’aide de son fidèle ami médecin.
L’énigme est donc complètement éclipsée par cette angoisse et apparaît bien soudainement grâce à un retournement de situation magnifiquement orchestré ! Doyle s’est encore une fois surpassé pour le grand plaisir de ses lecteurs.
Une excellente nouvelle qui répondra aux attentes des curieux.

             • La Disparition de Lady Frances Carfax (titre original, The Disappearance of Lady Frances Carfax, publié la première fois en Décembre 1911) 5/5
Si on aborde souvent le vol ou le meurtre, Doyle n’a pas tellement utilisé le thème de la disparition et pourtant, lorsqu’une victime est kidnappée, il nous sert un p’tit bijou : je pense à L’École du Prieuré par exemple, mais je pourrais maintenant citer La Disparition de Lady Frances Carfax.
Mouvementée et complète, l’enquête réserve de nombreuses surprises et ne fera pas bâiller son lecteur. Le rythme ne s’essouffle même pas au bout et offre même une conclusion qui fait froid dans le dos, distillant un peu d’horreur dans ce monde criminel… Encore une preuve que Sherlock Holmes, contrairement à son frère Mycroft, a tout intérêt à s’activer quand il est sur un mystère.
Une excellente nouvelle qui pourra satisfaire les connaisseurs comme les moins aguerris des histoires de Doyle.

             • Le Pied-du-Diable (titre original, The Adventure of the Devil’s Foot, publié la première fois en Décembre 1910) 3/5
À la fois terrifiante et intrigante, Le Pied-du-Diable est un mystère aux éléments très complexes. Si les motifs ne sont pas vraiment obscurs, c’est l’arme du crime qui surprendra les lecteurs : pervers et ingénieux, Doyle ajoute des candidats à sa collection de criminels dangereux.
La conclusion n’était pas vraiment à mon goût à cause d’un élément mélodramatique qui était peut-être un peu de trop pour moi… Mais je retiendrai cette nouvelle dans tous les cas grâce à son côté effrayant.
             Quelques anecdotes sur cette nouvelle,
• Parfois traduite "L’Aventure du Pied du Diable".
•  Dans sa liste des 12 meilleures nouvelles de Sherlock Holmes, Sir Arthur Conan Doyle place Le Pied-du-Diable à la neuvième place.
             • Son Dernier Coup d’Archet (titre original, His Last Bow, publié la première fois en Septembre 1917) 2/5
Oulah ! Comme j’ai été perturbée par cette (trop) longue introduction à propos d’espionnage. J’avais pourtant hâte d’arriver à ces nouvelles car j’étais curieuse de voir la transition les séduisantes années 1880 vers celles, nettement plus sombres, qui précèdent la Guerre de 14-18. Et bien j’ai été assez déçue… Je m’attendais à une ambiance paranoïaque, des craintes capables de transpercer les deux héros populaires, un ciel gris qui précède un orage violent et terrifiant mais finalement, rien de tout ça !
Je regrette que Doyle n’ait pas exploré le thème de la guerre imminente (surtout du point de vue d’un ancien soldat comme Watson) et j’ai donc très vite oublié l’énigme dont le déroulement est assez floue, puisque le détective et son fidèle compagnon apparaissent bien trop tard…
Boh. Tant pis…
             Quelques anecdotes sur cette nouvelle,
• La traduction française ne permet pas le jeu de mots qu’utilise Doyle : His Last Bow peut vouloir dire Son Dernier Coup d’Archet comme Sa Dernière Révérence. C’est la première traduction qui est habituellement gardée, en clin d’œil à la passion d’Holmes pour le violon.
source
Les Archives de Sherlock Holmes,
             • L’Illustre Client (titre original, The Adventure of the Illustrious Client, publié la première fois en Novembre 1924) 5/5
Arthur Conan Doyle reprend du poil de la bête et ça fait plaisir, car si L’Illustre Client m’a fait quelques fois penser à Un Scandale en Bohème, cette nouvelle peut se targuer d’être originale et addictive. La petite touche de suspense se marie très bien au côté humain exploité chez les personnages, qu’on les connaisse ou non.
Les thèmes romantiques s’entrechoquent dans L’Illustre Client : un croqueur de femmes, une vengeance passionnelle, un amour destructeur… Les personnages secondaires sont complètement animés par des sentiments très vifs et il s’agit certainement de la seule nouvelle où Holmes et Watson se retrouvent piégés dans ce tourbillon expressif de haine, les réactions des éléments leur échappant à plusieurs reprises.
Vous l’aurez compris, j’ai adoré cette nouvelle qui, malgré l’absence de mystère, reste néanmoins surprenante et capte l’attention du lecteur.

             • Le Soldat Blafard (titre original, The Adventure of the Blanched Soldier, publié la première fois en Octobre 1926) 2/5
Si le choix de la narration était très intéressante, j’avoue que j’ai été assez déçue par Le Soldat Blafard. J’ai eu l’impression de tourner un peu en rond au bout de quelques pages et la solution, bien qu’attendrissante, n’est pas spectaculaire et fait retomber la nouvelle à plat. Sans compter que le happy-ending était un peu de trop.
Le véritable avantage avec Le Soldat Blafard est la proximité du lecteur avec Holmes : descriptions acerbes, pensées amusantes… On redécouvre le célèbre personnage et on se rend compte que l’automate possède non seulement un cerveau actif mais aussi un cœur en or. 
             Quelques anecdotes sur cette nouvelle,
• Il s’agit de la première nouvelle narrée par Holmes lui-même.
             • La Pierre de Mazarin (titre original, The Adventure of the Mazarin Stone, publié la première fois en Octobre 1921) 5/5
Voilà un autre coup de cœur dans ce recueil avec La Pierre de Mazarin : des situations comiques mais intenses, des retournements de situation théâtrales, des dialogues dynamiques… Dur de s’ennuyer avec cette nouvelle où j’ai adoré chaque élément. J’avais remarqué que Doyle se permettait de doter ses personnages d’un sens de l’humour plus prononcé, accentuant aussi leur humanité et La Pierre de Mazarin confirme cette impression que j’avais : Holmes est plus excentrique que jamais, surtout ici.
Ce n’est pas l’énigme mais les tactiques du détective qui vous feront chauffer les méninges.
J’en garderai un excellent souvenir et sera une des nouvelles que je relirai avec un grand plaisir !
             Quelques anecdotes sur cette nouvelle,
• Il s’agit de la première nouvelle narrée par un narrateur totalement extérieur au récit (hétérodiégétique, si vous voulez briller en société). Un choix qui permet des possibilités de narration sans ambiguïtés.
             • Les Trois-Pignons (titre original, The Adventure of the Three Gables, publié la première fois en Septembre 1926) 2/5
Bon, en tout franchise, je ne garderai pas un souvenir impérissable de cette nouvelle que j’ai trouvé assez plate, brouillon et obscure. Seuls les personnages apportent la touche d’intérêt dans Les Trois-Pignons, même le duo célèbre reste touchant et on ne se lasse toujours pas de leur alliance ingénieuse.
Mais voilà, une aventure dont peuvent se passer les plus timides lecteurs de Doyle…

             • Le Vampire du Sussex (titre original, The Adventure of the Sussex Vampire, publié en Janvier 1924) 4/5
Les fins connaisseurs n’ignorent pas qu’Arthur Conan Doyle, médecin et enquêteur non confirmé, s’est beaucoup intéressé au surnaturel à la fin de sa vie, comme bon nombre de compères à cette époque. Entre la mode des clichés post-mortem et les légendes urbaines qui font la popularité de l’Angleterre, même un scientifique comme Doyle ne pouvait pas résister aux charmes du fantastique et je suis bien contente de voir qu’il a osé confronter son détective cartésien à un mort-vivant imaginaire.
Toutefois, comme pour le Chien de Baskerville, le lecteur ne doit pas s’attendre à une conclusion magique mais bien à une réponse terre-à-terre : on reste dans le domaine de la science, dans le pur concret. Sauf que cela n’enlève rien à la qualité du mystère, ni à l’esthétique du délit et encore moins au côté touchant de la conclusion.
Une nouvelle intéressante, originale et très émouvante qui répondra aux attentes des grands lecteurs doyliens.

Les clichés post-mortem étaient particulièrement populaires pendant l’Ère Victorienne 
et les familles pensaient conférer un semblant d’immortalité à leurs disparus.

             • Les Trois Garrideb (titre original, The Adventure of the Three Garridebs, publié la première fois en Octobre 1924) 5/5
Une nouvelle que j’ai adoré grâce à ses notes humoristiques (il n’y a qu’à voir la situation cocasse du début) et ses moments intenses : ceux qui veulent une preuve de l’amitié qui rattache Holmes et Watson, lisez Les Trois Garrideb, vous ne serez pas déçu.
Le criminel m’a aussi plu car particulièrement audacieux et tordu, se démarquant de ses compères, rendant l’énigme très difficile à percer.
À lire pour le plaisir !

             • Le Pont de Thor (titre original, The Problem of Thor Bridge, publié en Mars 1922) 4/5
Bien que sympathique, Le Pont de Thor est un récit que je juge un peu plat. Ce qui est dommage vu la qualité de l’énigme qui se rapproche beaucoup du style d’Agatha Christie au passage : les fans d’Hercule Poirot et de Miss Marple seront sûrement enchantés de la tragédie entre madame Gibson et mademoiselle Dunbar. La platitude vient surtout du manque d’indice et de la résolution à tendances abracadabrantes du mystère.
Toutefois, je ne regrette pas cette lecture mais un petit détail manquant fait que la nouvelle aurait pu être un véritable coup de cœur.

             • L’Homme qui rampait (titre original, The Adventure of the Creeping Man, publié la première fois en Mars 1923) 3/5
Loin de L’Estropié (The Crooked Man dans le titre original) dans Les Mémoires de Sherlock Holmes ou encore de L’Homme à la Lèvre Tordue dans Les Aventures de Sherlock Holmes, on assiste à un vrai cas de contorsionniste dans L’Homme qui Rampait ! À tel point que j’ai eu l’impression de lire une nouvelle d’Edgar Poe ou de Stephen King.
Il n’y a pas tellement de délit, juste un sombre mystère où un homme est désincarné et ressemble à un animal étrange, un monstre rampant.
La solution est intéressante mais assez facile en réalité. Une nouvelle très sympathique mais qui peut être ignorée, sauf si vous voulez lire le canon entier.
             Quelques anecdotes sur cette nouvelle,
• Traduit aussi en "L’Homme qui rampait".
• À la page 903, il y a une référence aux Hêtres-Dorés, nouvelle qui est rangée dans Les Aventures de Sherlock Holmes.
             • La Crinière du Lion (titre original, The Adventure of Lion’s Mane, publié la première fois en Novembre 1926) 3/5
Après toutes ces nouvelles, on pourrait penser que Doyle ne puisse plus nous surprendre. Et pourtant ! La Crinière du Lion est vraiment originale et se démarque de toutes les autres aventures de Sherlock Holmes. On change aussi de décor : Doyle nous permet de visiter le lieu de retraite de son détective et de rencontrer rapidement ses nouveaux compagnons, Watson ne l’ayant pas rejoint dans les Cornouailles.
Bien sûr, personne ne peut surpasser le sympathique médecin mais ce paysage en bord de plage change et apporte une touche de nouveauté. Même l’énigme est inhabituelle, tout comme le coupable…
Mais je n’en révèle pas plus pour ne pas gâcher les effets de surprise. Pourtant, si je suis presque tombée de ma chaise, quelque chose fait que je n’ai pas réussi à accrocher davantage à La Crinière du Lion…
             Quelques anecdotes sur cette nouvelle,
• Il s’agit de la seconde et dernière nouvelle narrée par Holmes lui-même.
Les magnifiques couvertures des éditions Penguin pour 
La Vallée de la Peur, Son Dernier Coup d’Archet et Les Archives de Sherlock Holmes.

             • La Pensionnaire Voilée (titre original, The Adventure of the Veiled Lodger, publié la première fois en Janvier 1927) 5/5
La Pensionnaire Voilée est une nouvelle un peu particulière qui s’adresse plus aux lecteurs confirmés qu’aux nouveaux curieux : si il y a quelques mystères, ils seront servis sur un plateau et Holmes ne démontrera pas ici sa science de la déduction. Peut-on classer La Pensionnaire Voilée comme un policier ? Je le classerais plutôt dans la section dramatique car la dimension humaine occupe une très grande place : la cliente est particulièrement émouvante et son histoire ne peut laisser insensible, même pas un ancien soldat comme Watson ou un détective comme Holmes. Forcément, j’ai beaucoup aimé cette confrontation entre ces hommes et la détresse d’une telle femme, très loin de la relation enquêteurs-cliente.
Une histoire qui marque non grâce à ses énigmes (bien qu’elles soient intéressantes) mais par sa conclusion et sa cliente exceptionnelles.

             • Shoscombe Old Place (titre original, The Adventure of Shoscombe Old Place, publié la première fois en Mars 1927) 4/5
J’avoue que j’ai eu très peur lors du début, avec cette conversation sur les courses de chevaux car je me souviens que Flamme d’Argent, dans Les Mémoires de Sherlock Holmes, m’avait profondément ennuyée. Et finalement, ce n’est pas une question de courses, pour mon plus grand bonheur ! On tombe même plutôt dans le macabre avec une vérité peu reluisante et complexe qui se dévoile grâce à des indices logiques.
Une excellente surprise.

             • Le Marchand de Couleurs Retraité (titre original, The Adventure of the Retired Colourman, publié la première fois en Décembre 1926) 4/5
Le recueil touche à sa fin mais Arthur Conan Doyle reste fidèle à lui-même avec cette nouvelle qui mérite sa place aux côtés des plus grandes aventures, des plus connues : des tours de passe-passe, des indices logiques avec des révélations adéquations, un coupable étrange et mémorable… Et surtout, un Watson au devant de la scène comme dans La Cycliste Solitaire. Ça fait toujours plaisir à voir quand Watson prend aussi les devants et mène une partie de l’enquête.
Une très bonne nouvelle qui m’a surprise jusqu’au bout.

             • La Boîte en Carton (titre original, The Adventure of the Cardboard Box, publié en Janvier 1893) 4/5
Écrit bien avant les nouvelles de ce troisième tome des éditions Omnibus, on retrouve nettement l’ambiance des débuts de Doyle avec une ère Victorienne bien plus marquée. Ce qui est un bel avantage si on considère le côté assez gore de la nouvelle qui m’a rappelé un petit peu L’Aliéniste.
Sordide et brutale, La Boîte en Carton aborde des sujets sensibles et plutôt sombres, n’enviant rien aux détails croustillants d’un fait-divers réel. Bien sûr, les éléments de départ sont très intrigants et mènent vers un mystère complet bien que simple.
Cette dernière nouvelle lue me marquera par sa finalité et sa qualité.
             Quelques anecdotes sur cette nouvelle,
• Bien que publié dans le Strand en Janvier 1893, la nouvelle La Boîte en Carton n’a pas été retenue dans le recueil des Mémoires de Sherlock Holmes, elle n’a rejoint ses consœurs qu’avec l’édition américaine. Choix d’Arthur Conan Doyle ou des éditeurs ? Ce n’est pas clair si ce n’est que les personnes à l’époque avaient jugé la nouvelle trop explicite.

Afternoon, par Suwi, pour finir sur une note douce et tranquille.

Ce n’est pas ni roman, ce n’est pas une nouvelle mais c’est une lettre. Un dernier petit mot alors sur cette fameuse lettre qui est supposée être la dernière que Watson ait reçu d’Holmes. Autant vous dire que cette minuscule et bête indication m’a achevée, me tirant quelques petites larmes car vous savez ce qu’on dit : finir un livre, c’est comme perdre un ami. Forcément, finir cette longue saga me laisse un gros vide dans le cœur semblable à celui que j’avais ressenti en lisant le dernier tome d’Harry Potter.
Que puis-je dire d’autre si ce n’est que c’est bien fini et qu’il ne me reste plus qu’à porter le deuil avec des pastiches ?

Au revoir messieurs Sherlock Holmes et John Watson, vous allez énormément me manquer.

Ainsi, je termine mon Challenge Sherlock Holmes, ayant lu toutes les nouvelles et tous les romans du canon. Grâce à la nationalité d’Arthur Conan Doyle, je boucle aussi mon Challenge d’Écosse in extremis. Et enfin, je tenais à réserver l’idée n°66 du Challenge des 170 Idées, faisant honneur au nez en bec-d’aigle du plus célèbre détective d’Angleterre :

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Contrairement aux tomes 1 et 2, Omnibus n’a pas respecté l’ordre chronologique dans ce troisième tome. J’ai remarqué aussi un petit relâchement au niveau de la traduction avec pas mal de fautes d’orthographe, mais bon, lisant aussi la version anglaise, je n’y ai pas prêté plus attention.
• Pour ceux que cela intéresse : chronique du tome 1 et chronique du tome 2.

dimanche 22 septembre 2013

Le Fantôme de l'Opéra, de Gaston Leroux,

Des phénomènes étranges se produisent à l'Opéra. Un lustre s'effondre pendant une représentation, un machiniste est retrouvé pendu. Mais le personnage dont certains affirment avoir vu la tête squelettique ne semble être qu'un humain ; en effet les directeurs de l'Opéra se voient réclamer 20 000 francs par mois de la part d'un certain « Fantôme de l'Opéra » qui exige aussi que la loge numéro 5 lui soit réservée. Mais, plus étrange encore, une jeune chanteuse orpheline nommée Christine Daaé, recueillie par la femme de son professeur de chant, entend son nom pendant la nuit et elle dirait même avoir vu et rencontré le fameux Fantôme de l'Opéra...
Quatrième de couverture par Le Livre de Poche
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Bien que férue de classiques, Le Fantôme de l’Opéra est en fait ma première véritable approche avec la section classiques français. Nous, français, sommes connus pour notre style pompeux et lourd, notre savoir-faire dans la littérature rococo. Forcément, cette réputation m’effraie toujours un peu lorsque je m’apprête à lire un classique de Paris. Mais restons réalistes : la langue de Voltaire est ma langue maternelle, donc plus c’est pompeux, plus j’aime.


Plus sérieusement parlant, j’aime quand les lignes foisonnent de détails, de métaphores et de descriptions chargées. La plume de Gaston Leroux multiplie les précisions sur sa toile de décor, ce qui n’est pas dommage quand on pense que c’est une excellente façon de faire écho à l’architecture de l’Opéra Garnier. Par contre, j’ai trouvé dommage que les personnages soient si pâles dans ce milieu haut en couleurs : les caractères sont trop évidents, voire ordinaires même si l’histoire qui les lie reste passionnante.

Peintures que j'aime énormément signées Anne Bachelier, 
de gauche à droite : Le Fantôme ; Le Lustre Tombe ; Le Persan.

Certains lecteurs reprocheront que le schéma reste commun : une demoiselle en détresse, un monstre au cœur mutilé, un chevalier servant (et particulièrement chiant) et je ne peux pas leur en vouloir. Cependant, l’histoire est quand même bien menée et offre ce qu’on lui demande : des romances funèbres enrobées de drame bien noir. Avec même quelques crimes à la clé, ce qui est magnifique. J’ai trouvé agréable de suivre le parcours de Christine que j’ai apprécié et découvrir la conclusion que j’ai trouvé juste et honnête. Le Fantôme de l’Opéra aussi est un bon élément, antagoniste terrifiant et barge, qui mérite sa popularité dans le cirque des Horreurs. Sans oublier le fameux Persan, sûrement le personnage que j’ai préféré avec le charisme qu’il dégage même à travers les mots. Mon unique regret est le mystère entier qui entoure ce personnage et ne laisse donc au lecteur que des hypothèses.
Par contre, comme beaucoup d'autres lecteurs, j'aurai aimé virer Raoul et ses questions à la con qui font de lui un homme très fatiguant... Oui, oui, je parle du chapitre où il interrompt Christine qui lui relate son kidnapping pour lui demander si elle l'aime. GAWD RAOUL, TAIS-TOI.
Le Fantôme de l’Opéra est donc un étrange thriller sur fausse note romantique loin des rues mal famées, au centre plutôt des coulisses agitées jusqu’aux planches de la scène éclairée, dans le milieu mondain de la Belle Époque. Une originalité sur laquelle je ne pouvais pas cracher. Gaston Leroux a une plume travaillée et aussi excellente que de délicieux cupcakes au glaçage saturé de beurre et la chute, digne d’une pièce de théâtre burlesque, possède son charme grandiloquent.
Ma conclusion pourrait sonner ironique mais c’est uniquement parce que je cherche à viser des lecteurs particuliers, de la même façon que dans ma chronique de Basil de W. Wilkie Collins.

La Mort Rouge par André Castaigne, illustration qui accompagne la toute première édition.

Je termine sur une petite parenthèse car l’occasion ne se présentera pas ailleurs pour expliquer mon aversion envers la comédie musicale de 2004 signé Joel Schumacher. Petit détail : les critiques sont très positives pour la comédie musicale de Londres, ne l’ayant pas vu, je parle bien évidemment du film !
Alors que j’avais adoré la part de mystère qui s’engluait dans les pages du roman d’origine, au morbide qui pourrissait sous les dorures de l’opéra, Le Fantôme de l’Opéra (2004) préfère se concentrer sur les décors surchargés et nous offrir du kitsch qui brille, faisant abstraction de l’angoisse qui règne dans les coulisses pour mettre sous les projecteurs la romance qui déchire Christine.
Mais là où j’en ai réellement voulu à l’équipe du film, c’est le changement que subit le Fantôme de l’Opéra. Je ne peux pas mieux résumer qu’un commentaire que j’avais lu sur Youtube qui en gros était : Erik est censé avoir une voix magnifique et un visage repoussant, pas l’inverse. On va me sortir l’argument « les goûts et les couleurs ne se discutent pas » mais en choisissant un personnage sensuel et charmant comme le Erik de ce film, la donne change. J’y vois là une façon d’attirer la sympathie vers Erik (de la même façon qu’Hitchcock l’avait fait pour Norman Bates dans Psycho) et de pousser les jeunes romantiques à hurler de colère contre le choix final de Christine.
Croyez-moi, le Erik du film n’a RIEN à voir avec celui du livre dont le visage ressemble à celui d’une tête-de-mort et dont l’humeur est aussi changeante que le temps en montagne.
Je vous en prie alors : ne dîtes pas être fan du Fantôme de l’Opéra si vous n’avez vu que ce film, le personnage n’a pas été du tout respecté et il n’a rien de romantique (et, de mon propre avis, une femme qui souhaite finir avec Erik, dans une relation au-delà du fantasme, doit être véritablement désespérée).
Oh et pis, il n’y a même pas le Persan…

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Les événements tragiques du livre ont été inspirés de faits réels survenus à la seconde moitié du XIXème à l’Opéra Garnier mais également d’un incendie du 4 mai 1897 au Bazar de la Charité qui fit près 129 morts (dont la sœur de Sissi l’Impératrice d’Autriche, Sophie-Charlotte, Duchesse d’Alençon).
• Les plus connaisseurs en théâtre ont peut-être remarqué que le Fantôme de l’Opéra, malgré son récit romanesque, s’inspire des différentes registres et courants du genre théâtral : Gaston Leroux aurait « rangé » les étages de l’Opéra Garnier, du lustre jusqu’aux plus sombres sous-sol où vit le Fantôme pour faire passer le lecteur du burlesque au tragique.
• Lors de sa première publication, Le Fantôme de l’Opéra a été illustré par André Castaigne.