mercredi 20 avril 2016

Le blog fête ses 4 ans, bientôt la crise des 5 ans !,




Éwi.
Aujourd’hui, le blog fête ses quatre ans. Un joli score quand j’y pense car ça veut dire qu’il y a quatre ans, j’entamais un début de nuit blanche avec d’autres insomniaques sur Skype et qu’une question assez fatale a frappé sous le crâne : Bordel, je relis jamais mes livres, faudrait que je tienne un carnet pour me souvenir de ce qui m’a plu ou non.
La crise existentielle.
Sauf que :



• J’écris toujours bien au début, je m’applique et après, je suis contaminée par l’écriture médicale par pure flemme et manque de patience. Résultat : je n’arrive plus à me relire.
• Les carnets, c’est bien, mais j’en ai déjà un où je marque des bribes d’écriture à caler dans mes histoires et que je tente d’emmener toujours avec moi (l’inspiration frappe vraiment n’importe comment), un second carnet ferait lourd dans le sac.
• Et pis, les carnets, ça s’abîme, ça se perd… Du coup, cette pensée me fait peur à propos du premier carnet. *fear*
• Je passe mes journées sur Internet, autant me faire un petit coin sur la toile. Pas pour me plaindre de mes problèmes de vampire aigri ou de ma taille qui fait que je suis obligée de faire mon propre cercueil sur mesure, mais pour parler livres !
Et boom. Le vendredi 20 avril 2012, à 2h34 du matin, je postais une présentation brève et concise de mon projet
On voit que mes samedi m’étaient encore réservés et que je n’avais pas dégoté un boulot d’étudiant.

Et je ne pensais pas que je tiendrais régulièrement (malgré des pauses plus ou moins longues) en ne voyant pas le temps filer. Je dois avouer que je suis plutôt fière de cette cabane que j’ai installé, et je le suis notamment car elle accueille quelques lecteurs curieux et les compliments que j’ai reçus m’ont toujours fait très plaisir : merci donc à chaque visiteur et si mes chroniques vous ont permis des découvertes, de fixer votre avis, de vous rassurer, alors mon but est accompli.

(même si, égoïstement, j’ai surtout ouvert ce blog pour moi d’abord.)

Comme pour les anniversaires précédents, je regroupe ici les mots-clés les plus drôles de l’année.
Je suis assez déçue de ne pas avoir eu la visite d’un explorateur de porno cette année, pas de « démons à grosse biroute » ou de « pervers » pour cette fois… Il va falloir que je me mette sérieusement à la littérature érotique. Et trash.
Mais la diversité est au rendez-vous :


LE ROMANTIQUE.
• jane rochester adopte un mec

LES RAGEUX.
• bilbo bessac et puis quoi encore
• skyrim insulter provoquer
• je suis devenue aigrie (je comprends parfaitement)
• pourquoi arya ne tue pas le limier (PARCE QUE.)

LE SIMPLE QUI N’EN DEMANDE PAS BEAUCOUP.
• arme super belle

LES ÉTUDIANTS DE MÉDECINE.
• vampirisme clinique psychopathologie livre
• cadavre gaté

L’ALTRUISTE.
• aventure point and click marrant qui pourrait plaire a une personne agée

CEUX QUI NE VONT PAS EN COURS DE FRANÇAIS.
(vous navez pas honte ?! Pourquoi écrire comme ça ?)
• epee elphique
• devenir loup garou elders sclol (Mix de Skyrim et League of Legends ?)

CEUX QUI ÉTAIENT VRAIMENT PERDUS.
• irlande parti cyv
• la vallee des loups 10 9ist 3ach9
• le chevalier éclata de rire et retourna dans son château. (ah bah ma foi, c’est un fort vilain goujat)
• skyrim dg delire

J’ai eu droit également, le même jour, à une incertitude :
• Charlotte et Thomas Pitt
• Thomas et Charlotte Pitt
Mon conseil : les dames d’abord.

Pour passer à quelque chose d’un peu plus sérieux, je vous partage la page Facebook : non, ce n’est pas mon compte pas-si-privé que des auteures aigries espionnent (bisous, Martine), mais simplement la page, donc si mes dents trop longues vous font peur mais que vous souhaitez suivre un peu l’actualité sur Facebook, vous pouvez liker comme l’inconnu timide que vous resterez ;
Cliquez sur la bannière pour y atterrir.

Mais je vous aimerai quand même ♥

En plus, cette page partagera le même anniversaire que ce blog. Histoire que je ne me foule pas trop.

Sur ce, je vous souhaite une bonne fin de semaine et si vous subissez aussi en ce moment des petits rhumes chroniques infligés par le Printemps, alors prenez soin de vous !

samedi 9 avril 2016

Notre-Dame de Paris, de Victor Hugo,

Paris, 1482. Autour de la belle bohémienne Esmeralda, dont la danse résonne sur le parvis de Notre-Dame, gravitent trois prétendants prêts à tout pour la conquérir : Phoebus, noble capitaine,  Claude Frollo, prêtre sans foi, et le célèbre Quasimodo, bossu au grand cœur… Surplombant le roman, la cathédrale, vivifiante Babel, lieu de refuge et d’épouvante aussi, voit se presser autour d’elle le peuple, acteur de l’Histoire en marche. Récit historique à la langue pittoresque et roman noir tout de meurtres et de mystères, Notre-Dame de Paris connaît, aujourd’hui encore, une popularité sans égale.
Quatrième de couverture par GF – Flammarion.
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« – Monsieur le bailli du Palais, dit-il à un grand homme noir placé à quelques pas de lui, est-ce que ces drôles sont dans un bénitier, qu’ils font ce bruit d’enfer ? »
P. 109

Petite, j’étais une sacrée hippie : Le Roi Lion et Les 101 Dalmatiens étaient mes deux Disney préférés car les héros étaient des animaux et qu’ils gagnaient. Forcément, dans une certaine logique, je voulais adopter des lions et posséder autant de dalmatiens que possible.
Et puis il y avait ce Disney que je ne considérais pas comme mon favori mais qui m’intriguait au plus haut point. Je n’ai pas été surprise quand j’ai appris l’an dernier que Le Bossu de Notre-Dame avait failli passer à la trappe d’ailleurs : ce dessin-animé est tellement glauque et sexualisé que même moi, enfant, je savais qu’il y avait quelque chose à propos de cette histoire sans toutefois mettre le doigt dessus. Mais je sentais que quelque chose n’allait pas. 
Quand j’ai su qu’il s’agissait d’un roman de Victor Hugo, j’étais si petite (je n’avais pas encore lu les Harry Potter) que je n’ai pas cherché à me lancer dans cette lecture. Et puis, pendant deux ans, je me suis tanné pour passer le pas.
Le Bossu de Notre-Dame n’était pas mon Disney préféré, mais il l’est devenu. Tout comme le roman d’origine a rejoint mes coups de cœur de lecture.

Puisque Victor Hugo est un nom qui fait dresser les cheveux sur les crânes d’une majorité d’élèves, je dois bien reconnaître que l’identité de l’auteur a retardé ma lecture : je suis moins familière avec les classiques français et j’avais peur d’être dépassée par cette narration...
Quiconque s’intéresse au roman a entendu parler des descriptions du Paris médiévale par exemple, un passage qui en a découragé plus d’un...
Malgré tout, la découverte de la plume d’Hugo se résume à une bonne surprise, une très bonne surprise : si quelques pages semblent arrachées à un manuel d’Histoire, le récit d’Hugo reste très accessible encore aujourd’hui, rythmé tantôt par de la mélancolie, tantôt par beaucoup, beaucoup d’humour : j’ai été émue à plusieurs reprises, tandis qu’à d’autres moments, j’ai ricané, surtout aux côtés de Gringoire.
Les lecteurs allergiques aux notes en bas de page risquent de faire une crise de leur côté, mais pour ma part, j’étais ravie : sans note, j’aurais été perdue et ça permet de se cultiver un peu (genre que thune vient de thuner qui voulait dire mendier, génial, non ?).

Il faut également aimer l’Histoire : Victor Hugo nous plonge dans un Paris tout en royauté et en architecture gothique, tout en places du peuple et bâtiments administratifs. Je n’ai pas la prétention de dire que j’ai tout retenu et que je pourrais me lancer dans un job d’été en tant que guide à Paris et certaines informations sont peut-être de trop... mais beaucoup servent pour le décor, tandis que d’autres permettent surtout de comprendre les oppositions entre le peuple et les nobles, les juifs et les catholiques, les victimes et la justice...
Victor Hugo dépeint un Moyen Âge très noir, peut-être un peu trop, où l’ignorance frappe même les figures d’autorité et créent, volontairement ou non, des destins bien tragiques. Véritable roman gothique, Hugo se serait même inspiré du Moine de Lewis et je reconnais quelques aspects de ce premier roman sombre.
Pour aimer Notre-Dame de Paris, il faut surtout aimer être offusqué par l’injustice et la dureté de la réalité, la violence et la déception. Et en même temps, ironiquement, ça donne des occasions de rire. Je pense tout d’abord aux jugements de Gringoire et de Quasimodo...

Visions de Notre-Dame, dessin de Victor Hugo.
Parce qu’il n’y a pas qu’Olivier Peru qui illustre ses propres romans~

... Et le comportement de Phœbus. Quand je me souvenais du Phœbus de Disney, je tombais de mon lit et par terre, je faisais mes abdos en rigolant parce que je n’en revenais pas : donc oubliez la version de Disney, même si vous écoutez l’OST pendant votre lecture.
Humour mis à part, les personnages sont de qualité. Des claques se perdent par moments, mais dans mon cas, c’étaient des claques de rage, de frustration, pourtant, je pensais être rodée pour mon attachement aux personnages fictifs avec le Trône de Fer…
En tout cas, la galerie réunit des caractéristiques que j’aime : du réalisme, pas de manichéisme, des interactions frappantes et surtout, un religieux qui découvre les faiblesses humaines. Le point suprême pour que je tombe dans le panneau.
L’histoire qui me marquera le plus sera sûrement celle de Pasquette la Chantefleurie de Reims, même si j’avais rapidement soupçonné les ressorts du récit, j’avais hâte d’en voir les répercussions et je n’ai pas été déçue !
« – […] Le jour est à tout le monde. Pourquoi ne me donne-t-on que la nuit ? »
P. 456

Tragique avec une fin très marquante ([spoiler sur la fin] ça calme de lire le passage où le corps d’Esmeralda tressaute car pendue haut et court. Une gamine de seize ans se faire exécuter en place publique et avoir les descriptions… Qui a dit que les classiques étaient chiants et mielleux ? [/fin du spoiler sur la fin]), des personnages qui s’accordent parfaitement au décor gothique, un médiéval aux traits grossis mais effrayant et une écriture savoureuse, Notre-Dame de Paris a réuni toutes les qualités que je demandais et c’est comblée que je sors de cette lecture, prête à lire de nouveau du Hugo.
La peur en moins.
Et sur ce, je retourne me plonger dans mon enfance non plus avec le Disney mais la comédie musicale.


Je raccroche cette chronique à l’idée n°29 du Challenge des 170 Idées : on voit la cathédrale de Notre-Dame de Paris et il fallait bien que je lui laisse cette place d’honneur :

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Victor Hugo a écrit Notre-Dame de Paris à la demande de son éditeur qui lui réclame un roman historique dans la même lignée que ceux de Walter Scott qui connaissent un grand succès aussi bien en Angleterre qu’en France à cette époque. Requête acceptée, d’autant plus que Victor Hugo était un grand admirateur de Walter Scott.
• Si vous n’avez pas aimé Notre-Dame de Paris de votre côté, sachez que même à l’époque, un congénère avait qualifié en 1831 le roman « [d’]ennuyeux, vide [et] plein de prétention architecturale » : il s’agit de celui qui sniffait son p’tit expresso par citerne, Honoré de Balzac.

vendredi 1 avril 2016

La Maison de Soie, d'Anthony Horowitz,

Les aventures de l’Homme à la casquette plate et de la Maison de soie ont été, d’un certain point de vue, les plus sensationnelles de la carrière de Holmes. Seulement, à l’époque, il m’a été impossible de les raconter pour des raisons qui apparaîtront clairement au lecteur. Cependant, j’ai toujours eu le désir de les écrire, afin de compléter le canon holmésien.
C’était impossible plus tôt : les événements que je vais décrire étaient trop monstrueux, trop choquants pour être imprimés. Ils le sont toujours aujourd’hui. Je n’exagère rien en affirmant qu’ils pourraient mettre à mal le tissu tout entier de notre société, ce qui, particulièrement en temps de guerre, est une chose que je ne peux risquer. Une fois ma tâche accomplie, à supposer que j’aie la force de la mener à bien, j’empaquetterai le manuscrit et je l’enverrai dans les coffres de Cox and Co., à Charing Cross, où certains autres de mes papiers personnels sont conservés. Je donnerai comme instruction que, de cent ans, le paquet ne devra pas être ouvert. Il est impossible d’imaginer à quoi le monde ressemblera alors, mais peut-être mes futurs lecteurs seront-ils mieux immunisés contre le scandale et la corruption que mes contemporains. Je leur transmets ici un dernier portrait de Mr Sherlock Holmes.
Quatrième de couverture par Calmann-Lévy.
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« Holmes s’était souvent moqué de ma prose, et je n’ai pas pu m’empêcher de penser que, si j’avais pris place devant le pupitre, je l’aurais senti debout derrière mon épaule, en train de se moquer gentiment, depuis l’outre-tombe, de tout ce que j’aurais pu dire. »
P. 11

Quand La Maison de Soie a été éditée, je l’ai reçu pour le Noël qui a suivi sa sortie. Mais avec cette vague de critiques enthousiastes, j’ai beaucoup retardé ma lecture, un peu inquiète, et j’avoue que j’ai commencé le roman à reculons. Tout le monde parle d’Anthony Horowitz comme le digne héritier fidèle de Sir Arthur Conan Doyle, qu’il s’agit de la révélation du siècle... Bref, le genre de pub qui ne rassure pas. 
Comme quand on appelle Stephenie Meyer la digne héritière de J. K. Rowling alors que Twilight a autant de rapport avec Harry Potter que j’en ai avec un morse (les blagues sur les dents sont déconseillées).
Au niveau espoir, j’ai eu une meilleure surprise avec La Maison de Soie qu’avec la romance de Bella et Edward ! Effectivement, si je refuse de dire qu’Anthony Horowitz est le nouveau Arthur Conan Doyle (car c’est contre mes principes de comparer deux auteurs comme ça, c’est réducteur), il est très fidèle en tout cas à l’œuvre première !


Comme pour Anne Perry et contrairement à Arthur Conan Doyle, Anthony Horowitz est libéré des mœurs victoriennes, pouvant offrir une trame plus glauque, plus fouillée et ainsi répondre à des attentes des lecteurs d’aujourd’hui. Ne vous attendez pas pour autant à un thriller violent et gore : Anthony Horowitz ne fait pas l’injure de servir un roman à la David Fincher où l’hémoglobine coule à flots et si l’enquête reste assez "simple", elle est axée sur l’intelligence et la logique. L’horreur du roman puise plutôt dans le comportement des coupables et leur psychologie, un sujet humain.
Certes ce n’est pas une logique aussi mind-fuckante que celle de Conan Doyle et si je n’avais pas deviné tout le mystère, j’ai vite suspecté les grandes lignes. Alors que j’étais bien souvent dans le brouillard total dans les nouvelles du canon…


Mais ces deux écarts n’empêchent pas la fidélité d’Horowitz à l’œuvre de Doyle : les références sont nombreuses, on sent que l’auteur a potassé son sujet et qu’il s’adresse à ceux qui connaissent le canon. Je pense qu’on peut lire La Maison de Soie sans avoir lu ne serait-ce que trois romans/nouvelles d’Arthur Conan Doyle, mais le roman risque de perdre de sa saveur. Reconnaissons-le : on lit des pastiches pour faire une continuité et combler le manque, partager un sujet favori.

Ici, on est devant un pastiche que les amateurs holmésiens devraient essayer : ne vous attendez pas à du Arthur Conan Doyle, attendez-vous plutôt à un bel hommage fait avec respect et modernité, proche du thriller. Malgré mes craintes, je ne regrette pas et j’accepte le fait que le roman ait autant de succès... Sans aller jusqu’à dire qu’Horowitz est le "nouveau Doyle", car je déteste ce genre d’appellation.

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Les liens ci-dessous concernent le livre en grand format (l’édition que j’ai), mais la version poche existe depuis.

jeudi 31 mars 2016

Les Fiancés de l’Hiver, de Christelle Dabos,

Sous son écharpe élimée et ses lunettes de myope, Ophélie cache des dons singuliers : elle peut lire le passé des objets et traverser les miroirs. Elle vit paisiblement sur l’Arche d'Anima quand on la fiance à Thorn, du puissant clan des Dragons. La jeune fille doit quitter sa famille et le suivre à la Citacielle, capitale flottante du Pôle. À quelle fin a-t-elle été choisie ? Pourquoi doit-elle dissimuler sa véritable identité ? Sans le savoir, Ophélie devient le jouet d’un complot mortel.
Quatrième de couverture par Gallimard.
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« Clouée sur place, Ophélie était incapable de bouger. Il était là. L’homme qui était sur le point de déstructurer sa vie était là. Elle ne voulait ni le voir ni lui parler.
[…] Enivrée de bruits et de pluie, à demi consciente, Ophélie passa de visage en visage jusqu’à tomber sur le poitrail d’un ours polaire. Hébétée, elle ne réagit pas quand l’ours marmonna un « bonsoir » glacé, tout là-haut, loin au-dessus de sa tête.
— Les présentations sont faites ! s’époumona sa mère au milieu des applaudissements polis. À vos fiacres ! Il ne s’agit pas non plus d’attraper la mort. »
P. 61

Dur de sauter de blog littéraire en blog littéraire comme Ophélie de miroir en miroir sans apercevoir la couverture bleu givré du premier tome de La Passe-Miroir. Et bah paf : désormais, quand vous passerez dans mon domaine, vous verrez aussi ce château ambulant monochrome enroulé dans sa banderole avec le titre et le nom de l’auteur qui m’a emportée dans son monde.
Ce n’est pas que je veux participer au harcèlement, mais je tiens à apporter ma pierre à l’édifice qui encense Christelle Dabos car effectivement, Les Fiancés de l’Hiver est un très, très bon livre.

Après une ou deux mauvaises surprises concernant ma lecture (il s’agissait d’un emprunt à la bibliothèque, je sais maintenant que je vais aller carrément les acheter), j’ai réussi à plonger dans l’histoire. Première mise en garde : je m’imaginais du Fantasy avec des princesses et des dragons, toutefois La Passe-Miroir verse plutôt dans le steampunk féerique : moins de vapeur, plus de magie, mais les corsets et le tea time sont au rendez-vous. Seconde mise en garde : je ne classe pas trop vite le livre en jeunesse car il s’approche plus du Young Adult, du Young Adult mature même. Les détails ne sont pas brutaux et le contexte reste relativement doux, toutefois, les aventures d’Ophélie embarquée par Thorn s’adressent à un public plus âgé que celui de Darkwind par exemple.
Là, j’ai pu plonger pleinement dans le monde de Dabos et j’ai été totalement conquise.

La première preuve est qu’il y a longtemps que je ne me suis pas montrée aussi curieuse concernant la relation ambiguë entre deux protagonistes : ce qui lie Ophélie et Thorn fait penser à Catherine et Heathcliff ou Jane Eyre et Rochester. Je ne suis pas fan des relations construites sur la méfiance, le conflit, la haine même, mais quand la recette marche, il n’y a rien à redire et je surveille attentivement chaque signe entre les deux frigides de La Passe-Miroir comme je surveillais chaque sous-entendu de Rochester adressé à Jane ou chaque sourire que Yennefer peut accorder à Geralt.
Les autres personnages semblent posséder aussi beaucoup de charisme, malheureusement, étant cantonnée au premier tome et les secrets étant encore bien ficelés, l’honnêteté n’est pas au rendez-vous et je ne peux pas encore me prononcer sur la galerie autour… Sauf concernant la grand-mère de Thorn qui réserve des surprises. De bonnes surprises.

Des portraits que l’on peut trouver sur le site officiel.
C’est là le second point qui a réussi à me convaincre : l’intrigue est admirablement bien menée. Les mensonges sont partout et chacun poursuit des objectifs personnels, des buts privés. Difficile de percer à travers ces masques et les lecteurs devront se montrer patients, d’autant plus que des réponses ne seront pas apportées dans ce premier tome.
Les retournements de situation sont efficaces, la trame suit un rythme agréable et le monde, original, dresse un cadre unique.

Le style est très agréable, bien que si je devais reprocher une chose, ce serait au niveau des répétitions (j’ai surtout été marquée par les nombreux « grignotements des gants d’Ophélie », je ne sais pas pourquoi, cette phrase m’a marquée)  mais c’est peut-être vraiment le seul point que j’ai relevé sans être gênée : l’avancement est fluide, clair et conviendra aussi bien aux jeunes lecteurs qu’aux bons rats de bibliothèque mordus de Balzac.

Et enfin, certainement mon portrait préféré d'Ophélie signé Kiramizuno.

Ce premier tome de La Passe-Miroir, lu dans le cadre du Baby Challenge Fantasy et que j’ai repoussé longtemps, est donc une réussite totale auprès de moi : les personnages captent l’attention, leurs mystères attirent et le monde est assez intriguant pour que le lecteur veuille gratter tout le vernis qui recouvre cette féerie.
Ma seule question est maintenant de savoir où Christine Dabos va entraîner ses lecteurs. Une seule chose est certaine : j’ai hâte de savoir ce que les autres tomes réserveront.

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• L’histoire de la publication des Fiancés de l’Hiver est suffisamment intéressante pour être mentionnée, mais au lieu d’un discours, je vous transmets ce qu’on trouve à la première page :
« Au printemps 2012, Gallimars Jeunesse, RTL et Télérame ont lancé un grand concours ouvert à tous ceux qui rêvent d’écrire pour la jeunesse. Parmi les 1 362 textes reçus, un jury composé d’éditeurs, d’auteurs, de journalistes, de libraires et du public a désigné le gagnant en Juin 2013. C’est ce livre que vous avez aujourd’hui entre les mains. »
(ou pas si vous ne le possédez pas, mwah)
• Bien que l’histoire ne se passe pas dans notre monde, j’ai raccroché l’étiquette Historique : Belle Époque selon les dires de Christelle Dabos : « La Passe-miroir est une série littéraire qui mélange Fantasy et Belle Époque. » (depuis le site officiel). Évidemment, ne vous attendez pas à croiser Georges Méliès, mais ça donne une idée du contexte qui n’est pas médiéval mais plutôt Belle Époque.

Le Secret de l'Épouvanteur, de Joseph Delaney,

« L’hiver va être long et rude, mon fils. Tous les signes l’annoncent. Les hirondelles se sont envolées vers le sud presque un mois plus tôt qu’à l’accoutumé, et les premières gelées sont survenues alors que mes rosiers étaient encore en fleur. Je n’avais jamais vu ça. Ce sera une période éprouvante ; aucun de nous n’en sortira indemne. Aussi, ne quitte jamais ton maître. Il est ton seul véritable ami. Vous devrez vous soutenir l’un l’autre. » 
Alors que le froid se fait plus vif, l’Épouvanteur reçoit un message qui semble grandement le perturber. Il décide aussitôt de quitter Chipenden pour se rendre dans sa maison d’hiver, à Anglezarke. La vieille demeure est lugubre ; dans les profondeurs obscures de ses caves sont enfermés des sorcières et des gobelins. Quant au mystérieux auteur de la lettre, qui rôde dans les parages, il se révèle être l’ennemi juré de John Gregory. Au cours des longs mois d’hiver, Tom découvre peu à peu le passé de son maître. L’Épouvanteur doit-il payer le prix de ses erreurs de jeunesse ? Lorsque certains secrets, qu’il a toujours dissimulés, seront finalement dévoilés, Tom va se trouver en grand danger…
Quatrième de couverture par Bayard Jeunesse.
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Quand j’ai lu le second tome de l’Épouvanteur, j’ai eu peur. Pas à cause de l’histoire, mais à cause de ma déception : la saga partait si bien avec son premier roman riche en noirceur halloweenesque que j’avais concentré beaucoup d’espoir dans la suite... pour finir avec un sentiment très mitigé.
Forcément, j’ai commencé Le Secret de l’Épouvanteur un peu à reculons. Puis, en fin de compte, Joseph Delaney a réussi à me reconquérir !


J’ai un petit faible : c’est lorsqu’un auteur, qui utilise un monde où les monstres existent, aborde le côté sombre d’un être humain, alors l’homme devient aussi dangereux qu’une goule ou un zombie. Le concept d’homo homini lupus marche à chaque fois avec moi comme le prouvent Le Dernier Vœu et Un Vampire Ordinaire, et par bonheur, Le Secret de l’Épouvanteur a fait ses preuves aussi.
L’antagoniste, Morgan, est très intéressant même dans un livre pour enfants : il apporte une dose de frissons et d’horreur qui se démarque de celle apportée par les sorcières et les gobelins. Si le style jeunesse pose des limites, Joseph Delaney explore pleinement chaque facette et respecte le contexte : un joli exercice très bien mené donc, d’autant plus que la dimension surnaturelle reste présente, elle n’est pas oubliée pour autant.

Le fait d’introduire un peu d’homo homini lupus apporte une dimension humaine, très humaine. Mais la sensibilité ne se trouve pas uniquement du côté de l’intrigue de Morgan : le lecteur en apprend plus sur l’Épouvanteur Gregory et sa vie privée tout comme il a droit aux premières révélations concernant les parents de Tom. Sa mère occupe une place encore importante dans cette partie et je ne me lasse toujours pas de ce personnage.
Chaque révélation, chaque réponse a du sens et même si les secrets étaient mal gardés pour certains lecteurs, la vérité une fois déballée fait plaisir et reste prenante.

Quant à la plume, ou plutôt à la traduction, elle reste toujours aussi agréable avec ses dialogues rythmés, les moments de suspens gérés et un vocabulaire finement choisi pour installer une ambiance brumeuse et glaciale.

Un tome que je mettrais au-dessus des deux premiers. Oui, oui, même le premier que j’avais déjà pleinement adoré ! Les personnages prennent un relief saisissant, même les secondaires, les thèmes sont poignants et éveillent une sensibilité tout en nous plongeant dans un hiver mortifère. Une très bonne lecture pour cette troisième aventure de l’Épouvanteur et de son apprenti !

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,

jeudi 17 mars 2016

There's poop in my soup,

Have you ever wanted to poop on people but were too shy to just go for it? There's poop in my soup lets you do just that, poop in soups, poop on people, poop on poodles, poop anywhere you please, from the streets of New York to Paris to Beijing. Poop on everybody.
Résumé par Steam.

Faire caca.
Résumé du Vampire Aigri.
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Ce jeu est fait pour vous si vous voulez balancer du caca.


Bon, l’intrigue est pas extraordinaire hein, mais en même temps, vous, ce que vous vouliez, c’était juste lancer du caca…

Les graphismes sont très corrects par contre ! Le joueur voyage un peu, ce qui est agréable. Mais enfin, ce n’est qu’un détail, dans le fond, vous demandez surtout à pouvoir balancer du caca.
Niveau gameplay, le clavier passe de l’azerty au qwerty donc le coup de main est dur à prendre, un chouilla chiant mais ça vaut le coup si vous, ce que vous aimez, c’est balancer du caca.

Donc un bon jeu parce que bon, dans le fond, ce qu’on lui demande, c’est de pouvoir balancer du caca après une journée crevante.



             Quelques anecdotes sur ce jeu,
• RAS. Mais il faut vérifier si les bruits de pets sont des vrais de l’artisanat ou de la vulgaire production informatique.

samedi 12 mars 2016

Mordred, de Justine Niogret,

"Oyez la sinistre et triste histoire de Mordred, le chevalier renégat."
La légende veut que Mordred, fruit des amours incestueux d’Arthur et de sa sœur Morgause, soit un traître, un fou, un assassin. Mais ce qu’on appelle trahison ne serait-il pas un sacrifice ?
Alité après une terrible blessure reçue lors d’une joute, Mordred rêve nuit après nuit pour échapper à la douleur. Il rêve de la douceur de son enfance enfuie, du fracas de ses premiers combats, de sa solitude au sein des chevaliers. Et de ses nombreuses heures passées auprès d’Arthur, du difficile apprentissage de son métier des armes et de l’amour filial. Jusqu’à ce que le guérisseur parvienne à le soigner de ses maux, et qu’il puisse enfin accomplir son destin.
Quatrième de couverture par Mnémos.
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La célèbre illustration qui oppose Mordred à Arthur...
Oui bah non, retirez cette image de votre tête. Le mythe de Mordred est dépoussiéré.

Légendes arthuriennes, dit-on. Le grand et bon roi Arthur chante-t-on sur un air du roi Dagobert.
Mais si Arthur n’a pas sa culotte à l’envers, son rôle l’est : n’avez-vous jamais été frustré de le voir si peu présent dans les romans de Troyes ? Si lisse, si effacé et si fade ? Voire même cliché ?
Par chance, les romans plus modernes font reculer de leur plume le torturé Lancelot, le preux Perceval et le noble Gauvain pour s’intéresser à la source de cette immense Table Ronde : le roi Arthur. Le roi, mais aussi tout simplement l’homme.
Justine Niogret fait même plus en prenant pour narrateur de ce roman un chevalier bien mal aimé dans cet univers : Mordred.
On laisse la pureté de Galaad et le divin de Perceval pour s’intéresser à quelque chose de plus terre à terre, quelque chose de plus humain. On se fiche du Graal ici, ce n’est pas Dieu qui compte mais les relation humaines, les liens tissés.

Je n’aime pas beaucoup lire un résumé habituellement : il révèle des passages clés de l’intrigue, des rebondissements que l’auteur avait pourtant travaillés... Mais pour Mordred, le résumé sert d’introduction et aide le lecteur à s’installer dans ce roman, ce qui est primordial : tout comme Mordred, le lecteur nage en plein brouillard, entre le rêve et le réveil, le passé et le présent, le réel et les hallucinations.
De plus, la plume de Justine Niogret, bien que très poétique et admirablement travaillée, n’aide pas à la compréhension : il y a de ces phrases au sens ambigu et il faut accepter de ne pas pouvoir les comprendre. Mais cela ne retire rien à la beauté de certains passages. Un peu comme lorsqu’une indienne vous fait une chorégraphie endiablée d’odissi : c’est très beau, c’est même émouvant… mais impossible de comprendre comment fonctionne son corps et ce qu’elle exprime exactement.
La clarté n’a pas de place ici et les sentiments de l’auteure sont personnels, tout comme ceux du lecteur et son interprétation donne un nouveau souffle à Mordred.

J’avoue que j’avais peur de ce court roman : ma rencontre avec Chien du Heaume il y a quelque temps m’avait un peu laissée froide et je craignais de finir sur un sentiment d’inachevé ou de creux…
Déjà, en moins de 200 pages, Justine Niogret ne commet pas l’impair de faire un catalogue des chevaliers arthuriens : seuls les acteurs essentiels ont leur place sur scène, c’est-à-dire Mordred, Arthur, Morgause et l’étrange Porîk.
Ah oui, et les chevaux et un mire cynique que j’ai bien aimé. Sans oublier un serpent aussi.
On s’écarte des réunions avec un Mordred "adolescent" en quête d’un concept inconnu, à la découverte d’un monde trop connu mais qui a ici une nouvelle dimension. Lire Mordred ne donne pas l’impression de reconnaître un autre livre du thème, et pourtant, les plus néophytes seront perdus : pas pour les références, il n’y en a quasiment pas, mais pour l’intérêt de voir un Mordred jeune et "inoffensif", tout comme de voir un Arthur en simple homme.
J’ai aimé ces personnages mais j’ai surtout aimé leurs relations et plonger dans les souvenirs de Mordred aide à la familiarité.

Justine Niogret dresse donc un portrait de ce méchant et ténébreux Mordred très personnel, sortant des clichés et de l’interprétation facile. Quand on ouvre Mordred, on s’attend à des empoisonnements, des viols, de la boucherie, un tout façon Borgia à Camelot et pourtant, une ambiance celtique accueillera plutôt le lecteur dans des forêts humides où la pluie est courante, la magie timide et les hommes plein de doutes, de remords et de souhaits.
Un doux roman plein de poésie que je ne regrette pas d’avoir lu mais que je conseille aux lecteurs patients et sensibles qui ne demandent pas le mythe du chevalier courtois et valeureux.

Par contre, si quelqu’un veut me partager son interprétation sur le passage concernant les dragons intérieurs, je suis preneuse !

Cette chronique rejoint le Challenge des Légendes Arthuriennes :
J’aimerais une adaptation avec Alexandre Astier d’ailleurs.
Je sais qu’il peut jouer autre chose que le roi Arthur mais sa version a des échos avec celle de Niogret et sans regret, je l’ai imaginé durant ma lecture.

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Rien à ce jour~
• Mais seulement pour l’instant.
• Nous verrons.