samedi 12 mai 2012

Sherlock Holmes contre le Fantôme de l’Opéra, de Nicholas Meyer,

1891. Alors que toute l’Angleterre le croit mort et enterré, Sherlock Holmes, fin mélomane, vivote à Paris en donnant des cours de musique sous un nom d’emprunt.
Apprenant que le prestigieux orchestre de l’Opéra recrute un violoniste, il parvient à se faire engager. Mais, très vite, il découvre que le Palais Garnier est le théâtre d’événements étranges.
Le fantôme de l’Opéra existerait-il ? À défaut, comment expliquer les accidents qui y surviennent ? Et les vois que chacun dit entendre résonner dans le labyrinthe édifice ?
Chargé de protéger une jeune soprano, le célèbre détective va se lancer dans une chasse à l’homme à travers le Paris nocturne et souterrain. Une course contre la montre… Et la police française.
Quatrième de couverture par Archi (collection Poche).
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Taper dans les pastiches holmésiens, c’est un peu piocher dans un bocal de bonbons sans savoir sur quel goût vous allez tomber. Y a la saveur bien dégueu et pis, par chance, on tombe sur ce qu’on préfère. Sherlock Holmes contre le Fantôme de l’Opéra est justement un bon petit livre qui m’aura fait passer un moment très sympathique.
Certes, pas le chef d’œuvre suprême, le bonbon à la Willy Wonka, mais une histoire qui laisse un bon arrière-goût quand même.

Bon, outre le style qui est très basique et qui devrait plaire à tout le monde, Nicholas Meyer offre un très bon récit où il prouve qu’il connaît un minimum ses sujets. Sherlock Holmes est reproduit assez fidèlement, tout comme l’époque et les grandes lignes du roman de Gaston Leroux… Car il faut reconnaître qu’il s’agit plus d’un pastiche holmésien que d’un pastiche du F. de l’O., alors si je boudais un peu au début, il faut reconnaître que reprendre tous les points des deux ouvres n’aurait pas eu grand intérêt… Et Nicholas Meyer dit lui-même à la fin, dans les remerciements, qu’il regrette ne pas avoir été lus fidèle à l’univers de l’Opéra Garnier, je cite :
Cette fois-ci, mes remerciements à Doyle doivent s’accompagner d’une reconnaissance tout aussi grande envers l’homme qui a écrit Le Fantôme de l’Opéra. Que le chef d’œuvre fantastique de Gaston Leroux ne soit pas plus lu de nos jours me dépasse.
Je ne sais pas vous, mais comme je partage l’avis de ce monsieur, ça me réchauffe le cœur de voir ce genre de conclusion. Et pis, les grands moments du roman de Leroux sont respectés, sans en dire de trop, je pense au bal masqué, aux tours de passe-passe du fantôme… Et voir Sherlock Holmes, partagé entre les spéculations à propos d’un être surnaturel et son comportement cartésien, mener l’enquête d’une façon aussi maîtrisée a fait tout mon bonheur dans ce livre.

Au final, même si il s’agit d’un roman plus adressé aux holmésiens puisque, si vous pouvez vous passer de l’œuvre de Gaston Leroux, vous ne comprendrez rien si vous n’avez rien lu de Arthur Conan Doyle. Mais il permet de faire découvrir les œuvres dans les deux clans (et c’est encore mieux si vous aimez les deux œuvres) et offre une nouvelle vision. L’enquête, même si certains connaissent le mot final, intéresse, grâce à sa maîtrise et à la nouvelle version que Nicholas Meyer nous offre. Pas exceptionnel et un peu trop court, je pense qu’il plaira tout de même aux fans.

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Le prologue se présente comme énormément d’autres pastiches holmésiens : oh ! Miracle ! Une archive trouvée dans les affaires de Sherlock Holmes qui n’avait jamais vu le jour et qui est enfin envoyé à un éditeur ! Enjoy.
• Nicholas Meyer a écrit un autre pastiche holmésien intitulé La Solution à 7% où il dresse une rencontre entre le détective et le psychanalyste Freud. Encore une fois, Nicholas Meyer touche à un sujet qu’il connaît car son père était psychologue clinicien lui-même.



Orgueil et Préjugés et Zombies, de Jane Austen et Seth Grahame-Smith,

Pour la famille Bennet, qui compte cinq filles à marier, l’arrivée de deux jeunes et riches célibataires dans le voisinage est une aubaine : enfin, des cœurs à prendre, et des bras supplémentaires pour repousser les zombies qui prolifèrent dans la région ! Mais le sombre Mr Darcy saura-t-il vaincre le mépris d’Elizabeth, et son ardeur au combat ? Les innommables auront-ils raison de l’entraînement des demoiselles Bennet ? Les sœurs de Mr Bringley parviendront-elles à le dissuader de déclarer ses sentiments à Jane ? Surtout, le chef-d’œuvre de Jane Austen peut-être survire à une attaque de morts-vivants ?
Quatrième de couverture par Flammarion.
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Je sais que certains vont hurler pour avoir attribuer un 5/5 à Orgueil et Préjugés et Zombies, mais c’est que vous n’avez vraiment pas d’humour alors. Pour apprécier ce roman pleinement, il faut le prendre tel qu’il est : une parodie qui n’est pas mal intentionnée de l’œuvre de Jane Austen et pleine d’humour.

Pour être honnête, j’ai essayé de lire Orgueil et Préjugés avant celui-ci et j’ai totalement décroché, m’ennuyant au possible… Là, Seth Grahame-Smith nous offre une version nouvelle, à la fois hilarante et terrifiante, qui a des faux-airs de Kill Bill. Je pense que les fans de Tarantino trouveront leur bonheur car on retrouve les mêmes ingrédients : des nanas débrouillardes qui en imposent avec leurs techniques d’arts martiaux, des humains à la limite d’être des fontaines à sang, un gore un peu burlesque mais réussi… Bref, étant une grande fan de Tarantino et adorant les films de zombies, j’ai vraiment trouvé mon bonheur dans cette réécriture de Orgueil et Préjugés.

Pour le style, Seth Grahame-Smith a conservé un style qui colle à l’époque, tout en restant fidèle à l’ambiance. Et, même si je n’ai lu que la première moitié de Orgueil et Préjugés, les relations, les caractères et les grandes lignes sont reprises avec respect.


Alors certes, ceux qui veulent retrouver le pur roman de Jane Austen… Il vaut mieux carrément rouvrir le bouquin et ne pas chercher du côté de Orgueil et Préjugés et Zombies. Pour ceux qui veulent un peu de romance entre les zombies, du combat pour impressionner et décrocher les cœurs masculins, je pense que vous pouvez vous lancer, vous adorerez. Même moi qui ne suis pas très romance, j’ai couiné en voyant la magnifique demande en mariage. De l’épique. Du haut niveau.

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Seth Grahame-Smith est également un scénariste de films, c’est d’ailleurs lui qui a écrit le scénario du film Dark Shadows de Tim Burton.
• Seth Grahame-Smith est également l’auteur d’un autre roman du même style que Orgueil et Préjugés et Zombies : Abraham Lincoln: Chasseur de Vampires. Il est le scénariste de l’adaptation qui sortira.


Âmes Perdues, de Poppy Z. Brite,

À quinze ans, Nothing, adolescent rebelle et mal dans sa peau, s’enfuit de chez ses parents. Sa route croise celle des Lost Souls, créatures étranges, vêtues de noir, qui boivent une liqueur au goût de sang. Insatiables, sensuels, sauvages, ce sont des prédateurs sans loi qui n’obéissent qu’à leurs instincts. Avec Molochai, Twig et Zillah, Nothing part en quête d’amour, de sexe et de violence au son de longs riffs lancinants dans les boîtes punk de La Nouvelle-Orléans et découvre la vérité sur ses origines…
Quatrième de couverture par Folio (collection SF).
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Sensuels, dangereux, provocants… Puisque nous sommes immortels, touchons à toutes les drogues et tous les alcools. Telle est la philosophie des vampires de Âmes Perdues. Les vampires font boire leurs victimes et les droguent pour que leur sang soit un délicieux cocktail pétillant et rapide. Du sang saturé d’alcool et de coke pour leur plus grand bonheur mêlé à de la peur et l’excitation, histoire que leur liqueur coule à flots.

C’est à travers ce roman que j’ai découvert Poppy Z. Brite et que je suis tombée complètement amoureuse de cette auteure. Et ce, dès le prologue où elle décrit habilement le décor coloré du Vieux Carré avec ses guirlandes et ses nombreuses lumières et pourtant, une ambiance malsaine qui ne présage rien de bon pour la suite. La plume de Brite est violente, crue et pourtant, superbe. Et Âmes Perdues nous raconte une excellente histoire de vampires qui sont de vrais démons sans cœur, des pervers aux dents longues et leurs opposants qui tentent de se sauver de cette rude existence par tous les moyens possible… Ou de si plonger. Parmi eux, deux personnages qui tiennent à cœur à l’auteure et que j’aime énormément : le duo Steve et Ghost, dont la vie déjà dure va connaître de rudes épreuves. Duo de rockers sans foyer qui vivent dans une T-Bird et se contentent de peu. 

Une superbe représentation de Ghost, par fya-shellk (dA)

Il se dégage d’Âmes Perdues une espèce de brume noire : à la fois ensorcelante et étouffante. L’histoire a beau être d’une dureté monstrueuse, les mots choisis lui offrent une beauté unique. C’est en somme un excellent roman de la littérature trash, underground, parfait pour découvrir l’auteur mais à déconseiller aux âmes sensibles. Je ne parle pas de marres de sang détaillées, Brite ne se borne pas à ça, elle décrit même les actes sexuels les plus bestiaux, l’horreur d’une passion sans amour et des sujets tabous sans secret.

Je peux dire que mon bouquin est passé entre pas mal de mains (je le lisais au lycée et beaucoup d’amies étaient intriguées, c’est le roman qui a dû le plus voyager dans ma bibliothèque) et jusqu’à maintenant, je n’ai eu aucun retour négatif ! J’espère qu’il en sera de même pour vous.

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Steve et Ghost sont deux personnages que Poppy Z. Brite reprends souvent : dans des nouvelles, des histoires en ligne sur son blog… Sur cette page où elle décrit leur histoire, elle poste une chronologie des histoires où ils apparaissent.


mercredi 9 mai 2012

Les Contes de Crimes, de Pierre Dubois,




Il était une fois, au temps où les princes n’épousaient plus des bergères mais se pacsaient aux bergers, des contes de fées noirs à souhait.
Cendrillon est victime des pulsions sexuelles d’un prince héritier, la Belle au bois dormant, l’otage pathétique d’un époux déséquilibré. Derrière Peter Pan se cache un dangereux innocent, derrière le Petit Chaperon Rouge une machiavélique enfant. Pour résoudre une série de meurtres, Blanche-Neige fait appel à un détective spécialiste des nains de jardin…
Pierre Dubois se livre à une réécriture diabolique des contes ayant bercé notre enfance. Issus du mariage improbable de personnages de Grimm avec le roman policier, ces Contes de crimes font autant rire que frissonner…
Quatrième de couverture par Folio.
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Il faut tout d’abord reconnaître que je ne suis pas une grande fan de contes de fée. Les fins me laissaient toujours dubitative et plus je grandissais et plus je me rendais compte à quel point la plupart étaient cruels. On racontait vraiment ça aux enfants ? Merci Disney d’avoir égayer tout ça pour modifier totalement notre vision de ces contes alors.

Mais c’est sur l’air de Cendrillon de Téléphone que j’ouvre Les Contes de Crimes pour vous raconter combien j’ai apprécié ce recueil de nouvelles. Déjà, pour calmer les perplexes, Pierre Dubois ne s’est pas borné à une vulgaire réécriture, il faut comprendre que Les Contes de Crimes ne reprennent pas le Petit Chaperon Rouge à la lettre avec deux fois plus de tripes sanguinolentes ou deux fois plus de sexe. L’auteur emprunte les mythes et leurs idées pour les dépoussiérer, les mettre à notre époque, leur donner un aspect du roman policier. La Belle au Bois dormant n’est plus ensorcelée, elle est dans un coma causé par un poison qu’un médecin de nos jours est incapable de diagnostiquer. Le Chaperon Rouge ne traverse pas la forêt en étant suivie par le loup mais dans une voiture avec un conducteur douteux…

Pour certains, l’idée reste très classique et il est vrai que je n’aurai jamais noté aussi généreusement un simple recueil de nouvelles modernes. En fait, tout l’intérêt du livre à mes yeux est le style lyrique, voire chantonnant, de Pierre Dubois : si il a préservé l’esprit cruel des contes, il a également adopté un style rythmé comme une comptine sans que ce soit trop lourd pour renforcer la féérie de ses récits. Cru et ignoble, il mêle l’humour et l’effroi dans une plume unique.

En gros, un recueil de contes qui offre une nouvelle vision de ces histoires pourtant vues et revues et le tout dans un style très sympathique même si certains pourront se lasser rapidement.

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• À croire que l’auteur est aussi douteux que les personnages de ses nouvelles qui s’alimentent aux contes de fée : Pierre Dubois a écrit énormément d’ouvrages sur des contes avec des sorcières, des monstres, des elfes… Et même des encyclopédies sur les fées, des lutins, etc.

L'Appel du Mort, de John Le Carré,



Face à face après tant d’années, mais chacun dans le camp opposé. Tuer ou se laisser tuer… Dans le monde impitoyable des services secrets, peut-on se souvenir d’une amitié ancienne ?
Quatrième de couverture par Folio.
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Folio, je vous aime beaucoup, vos bouquins sentent bon… Mais vos résumés laissent franchement à désirer parfois, au point que l’on pourrait me demander : mais pourquoi avoir acheter ce livre ? Certains auront un peu de jugeote et de mémoire ("Ah oui, c’est vrai que le Vampire aime bien John Le Carré") mais non, ce n’est pas cette réponse-là la plus juste.
La vraie réponse c’est : "Ah oui, c’est vrai que le Vampire est en admiration totale devant George Smiley". Vous voyez que c’était pas très difficile ?

Alors on s’égare à chaque fois qu’on parle de ce petit bonhomme bedonnant et aux lunettes énormes avec un cerveau en or et vous vous attendez à ce que je parle du livre en lui-même… Sauf que si j’ai acheté ce livre, c’est surtout parce que le premier chapitre s’intitule « Courte Biographie de George Smiley ». Et là vous avez pleinement saisi pourquoi j’ai acheté ce bouquin !

J’aime bien sûr John Le Carré et ce livre nous fait comprendre que même les plus grands ont eu des débuts bien médiocres. Alors certes, j’ai noté ce premier roman de John Le Carré assez sévèrement, surtout s’il s’agissait d’un début mais c’est uniquement pour bien marquer que, à côté de ce qu’il nous a offert dernièrement, L’Appel du Mort n’est que pour les masochistes amoureux comme moi. Car si l’intrigue est intéressante, les indices et les explications sont très maladroites. Au point de perdre le lecteur et de le lasser avec ces mystères trop secrets. John Le Carré avait déjà cette sale habitude de nous lancer des mots de son milieu des Services Secrets en oubliant de nous donner plus de détail pour comprendre le tout.
Pour vous résumer le roman plus proprement que Folio : George Smiley reçoit un appel du Cirque qui l’accuse d’avoir poussé un collègue à se suicider. Beaucoup de détails dans le rapport ne collent pas du tout à ce que Smiley a constaté avec le défunt espion et décide d’éclaircir toute l’affaire avant que tout s’écroule sur lui. Au fur et à mesure, il retrouve d’anciennes connaissances qui ont des rôles douteux dans cette affaire.

On ne retiendra de ce roman que la profondeur des personnages… Ou plutôt des esquisses car ce n’est que dans les romans suivants qu’on aura droit à une psychologie magnifique et travaillée des personnages dignes de Le Carré.

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• La Courte Biographie de George Smiley est intéressante pour ceux qui adorent le personnage. Cependant, John Le Carré a modifié des détails depuis ce premier jet et c’est pour ça que L’Appel du Mort est un peu en décalé par rapport à La trilogie de Karla.

samedi 5 mai 2012

Noir Corbeau, de Joel Rose,

Un corps affreusement mutilé s'échoue sur les rivages de l'Hudson. Nous sommes en 1841 et New York vit des années sombres. L'enquête menée par le vieux Hays patine jusqu'à ce qu'il découvre une nouvelle d'Edgar Allan Poe décrivant exactement le meurtre de la jeune Mary. L'inspecteur rencontre le poète, qui prétend pouvoir résoudre l'énigme...
Quatrième de couverture par Points.
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C’est drôle, pour une fois qu’un livre dont personne n’a entendu parler me tombe dessus. Pas la peine de passer 3 mois devant ma boîte aux lettres pour le recevoir, ce livre m’est littéralement tombé dessus. Par hasard. Et mon visage s’est mis peu à peu à rayonner en lisant le résumé : une enquête avec le sublime Edgar Poe. C’est un sujet assez à la mode d’écrire avec des grandes figures historiques de la Littérature d’ailleurs (ou figures historiques tout court même…) et qui pourtant, est plutôt délicat. Car si un bouquin ne peut pas plaire à tout le monde, l’auteur pourra toujours se défendre que c’est une affaire de goût… Mais toucher à un personnage historique ? C’est doublement risqué et les râleurs peuvent s’en donner à cœur joie.

Mais l’interprétation d’Edgar Poe de Joel Rose m’a énormément touché. Déjà, toutes les métaphores douloureuses sur le physique tordu du poète, avec sa tête bombée, lourde, accentuant son savoir et en même temps, son corps trop maigre et ses épaules trop voutées pour supporter tout son chagrin. De la poésie qui entoure cette icône du genre. En plus du caractère : passionné, narcissique et en même temps, extrêmement sensible, dangereux… Un Edgar Poe fidèle sans en faire des tonnes, qui a ses défauts, ses qualités et surtout, toute sa magie obscure.
Les autres personnages ne manquent pas d’intérêt non plus. Je pense surtout au policier central, Jacob Hays (ou surnommé Le Vieux Hays dans le roman). Sans trop en dévoiler, j’ai beaucoup aimé le réalisme que lui offre Joel Rose par exemple en faisant de son personnage un adepte de la phrénologie (cette « science » qui disait pouvoir reconnaître les criminels à leur physique et qui est ignorée de nos jours). Il ne faut pas oublier que nous sommes en 1830-1840 et donc, Le Vieux Hays colle parfaitement à son époque. Cela change des personnages incroyablement modernes des romans historiques avec trop de qualités dignes du XXIème siècle. D’autres personnages, comme des criminels avec Ruby Pearl, peuvent frôler un peu la caricature mais rien de vraiment gênant.

Joel Rose fait un travail remarquable sur sa recherche sur l’époque. Si la dure période qui précède la guerre de Sécession aux États-Unis ne vous fait pas peur avec tous ses gangs peu fréquentables (si je vous parle du film Gangs of New-York, je pense que vous visualiserez l’ambiance du roman), vous risquez d’aimer l’ambiance qui se dégage de ce roman. D’autant plus que Edgar Poe n’est pas le seul personnage historique que Joel Rose met en scène dans Noir Corbeau.

Enfin, comme il s’agit d’un roman thriller, parlons de l’enquête… La couverture de l’édition que j’ai déclare « On pense à L’Aliéniste de Caleb Carr, en plus sanglant ». Publicité mensongère. Je n’ai lu que les deux premiers chapitres de L’Aliéniste pour tâter le terrain et pourtant, ces deux chapitres sont bien plus glauques que les 560 pages de Noir Corbeau. En clair, rien de bien violent ou de trop cruel. Mais les tâches de sang et les cadavres démembrés ne font pas forcément de bonnes enquêtes : Joel Rose maîtrise très bien ses énigmes intelligentes et ne dévoilera la réponse qu’au dernier moment. Donc accrochez-vous. C’est peut-être le soucis de ce roman : accrochez-vous. Il n’est pas long à lire, certes, mais il y a quelques longueurs et des problèmes de rythmes. Je pense par exemple au chapitre 65 où, lors d’une réception, Joel Rose s’étale pour la première et dernière fois sur les parures que les femmes portent. D’accord, le moment du roman y prête, mais les détails sont assez mal insérés et donnent l’impression que Joel Rose nous fait des grands signes avec des « Hé, vous avez vu ! J’ai même fait des recherches sur les robes d’époque ! ». Bref, pas très subtil et ça casse un peu le rythme. Quant au style, il est très simple mais pas sans émotion et reste donc très agréable. Les dialogues sont sympathiques et on a réellement l’impression de lire Edgar Poe lui-même (car cette fois, les citations du poète sont placées très naturellement).
En conclusion, je ne regrette pas ce petit roman qui me marquera par ses retournements de situation et les petites anecdotes qu’il offre sur le poète Edgar Poe et la triste époque durant laquelle il vivait.

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Il n’est pas nécessaire d’avoir lu toutes les œuvres d’Edgar Poe. C’est conseillé, mais vous pouvez comprendre l’histoire quand même : Joel Rose nous cite énormément de poèmes et nouvelles fantastiques sans pour autant copier/coller vulgairement des passages entier et pourtant, expliquer clairement où il veut en venir. Seul le poème Le Corbeau est intégralement dans le roman.
• Malgré les nombreuses entorses chronologiques que s’autorise Joel Rose, le premier crime de Noir Corbeau, celui de Mary Rogers, a vraiment eu lieu. Étant entouré de mystère, Joel Rose partage une théorie en respectant le principal de l’enquête. Et Edgar Poe a effectivement écrit une nouvelle policière, mettant en scène le Chevalier Dupin, librement inspirée de ce fait divers et intitulée The Mystery of Marie Rogêt.

mercredi 2 mai 2012

Love & Pop, de Murakami,



Love & Pop aborde une forme de prostitution propre au Japon, dont Murakami avait déjà fait le sujet troublant dans son film Tokyo Decadence. Par l’intermédiaire de messageries téléphoniques, de jeunes lycéennes acceptent des rendez-vous avec des inconnus pour pouvoir s’acheter des produits de marque.
Le roman raconte la journée d’une jeune fille qui, désirant absolument s’offrir une topaze impériale, accepte coup sur coup deux rendez-vous avec des hommes. Mais les rencontres ne vont pas se passer comme elle l’avait prévu.
La littérature n’a que faire des question de moralité, dit Murakami Ryû, qui a construit son roman à la manière d’une œuvre d’Andy Warhol, en fondant dans la narration des bribes de conversations, d’émissions de radio ou de télévision, des litanies de marques, de titres de films ou des paroles de chansons à la mode. Comme un bruit de fond faisant soudain irruption au premier plan pour saturer le sens de ces rencontres qui ouvrent sur tous les possibles de l’humain. Tandis qu’une violence latente se fait de plus en plus pressante et précise.
Quatrième de couverture par Picquier (Poche).
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Un étrange roman dont l’auteur ne m’était pas inconnu. Mais je n’avais lu aucun roman de lui jusqu’à maintenant et, Love & Pop étant mis en avant sur les rayons et mon sac, déjà plein, me permettant de prendre un petit ouvrage, je finis par me lancer. 

Le sujet était intéressant : certes, on peut s’attendre à ce que l’auteur nous dise, tel un père puritain, « la prostitution, c’est le mâl ! », mais je connaissais déjà le style particulier de Murakami et le roman moraliste était certainement à exclure. Donc, un tabou de société civilisée vu et vécu par une jeune lycéenne qui ne sait rien de ces pratiques et qui va en découvrir le plus gros en une journée. Un thème intéressant avec une interprétation intéressante. Même chose pour le style de Murakami : les japonais ont un style différent, loin des métaphores et des longues descriptions. Mais Murakami arrive à retrancher ses courts paragraphes avec originalité, une structure sympa et légère.

Mais au final, j’ai un avis plutôt mitigé. Car il n’y a pas de conclusion. Enfin… Que je m’explique : nous faisons notre conclusion, maintenant que nous savons presque tout de cette pratique moderne de la prostitution, nous sommes capable de dire clairement ce que nous en pensons. Est-ce bien ? Est-ce mal ? Bref, vous connaissez la chanson. Le problème c’est que le personnage principal semble n’avoir rien appris de ses expériences et, honnêtement, j’ai été assez agacée par cette fin avec cette fille totalement inconsciente. En soit, ne pas aimer un personnage, ce n’est pas grave. Mais quand c’est le personnage principal et que ça brise toute la trame du roman… C’est quand même franchement énervant.

Donc ouais, un avis mitigé pour un petit bouquin qui me laissera un peu de marbre comme la question a été visitée et revisitée. Ce qui sauve le thème, c'est la façon de comment l'auteur l'aborde. Mais d’autres romans m’intéressent de Murakami et ça ne m’a pas refroidi pour autant. Heureusement.

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Je n’ai rien trouvé sur ce roman en fait. Donc je vais juste dire que je me suis faîte draguer par trois vieillards dans un tram pendant que je lisais ce bouquin et que c’était franchement perturbant. Surtout pour le thème et pour le passage. Limite flippant… Content de l’anecdote ? Non ? Je me rattraperai la prochaine fois !
• Ah si... Certaines personnes pensaient que le livre parlaient de mode et non de prostitution. J'espère que vous lisez les résumés derrière les livres, vous aussi... ?